L'équilibre général est un concept d'économie qui désigne la possibilité pour tous les marchés d'atteindre l'équilibre simultanément, par le libre jeu de l'offre et de la demande. L'équilibre général se distingue de l'équilibre simple (ou partiel) en ce qu'il s'agit d'un équilibre atteint sur un seul marché.

Issu de la microéconomie, la théorie de l'équilibre général est développée par Léon Walras dans son ouvrage de , Éléments d'économie politique pure. Elle atteint sa forme moderne avec les travaux de Kenneth Arrow et Gérard Debreu dans les années 1950.

Concept

Principes L'équilibre général est un concept issu de l'école néoclassique, quoiqu'il ait ensuite été discuté, et parfois repris, par différentes écoles de pensée. L'école néoclassique considère que le système économique est formé d'une multitude d'agents économiques (les ménages, les entreprises) qui échangent des biens afin de satisfaire leurs objectifs de maximisation de leur utilité. L'équilibre est atteint sur un marché lorsque l'offre et la demande sont en adéquation.

L'équilibre général s'intéresse au cas où les échanges permettent d'atteindre, sur tous les marchés, l'équilibre. Cela signifie que chacun est satisfait, de telle manière que personne ne souhaite modifier ses ordres d'achat et de vente, c'est-à-dire faire de nouveaux échanges. Tous les biens sont alors pris en compte, sur tous les marchés. Dans un tel cas, la société atteint la meilleure allocation possible des ressources dont elle dispose..

Le mécanisme d'atteinte de l'équilibre général est le même que celui d'atteinte d'un équilibre partiel, mais généralisé à tous les marchés simultanément. Sur les trois composantes du marché (capital, travail et biens)., chaque offreur (demandeur) a intérêt à vendre (acheter) des unités supplémentaires tant que son prix de vente (d'achat) est supérieur (inférieur) à son coût (utilité). Arrêter de vendre (d'acheter) à un prix supérieur (inférieur) au coût (à l'utilité) correspond à renoncer à des occasions de gains (d'utilité) supplémentairesJean-Pierre Delas , .. À l'inverse, vendre (acheter) à un prix inférieur (supérieur) au coût (à l'utilité) d'une unité supplémentaire revient à subir une perte nette. L'offreur et le demandeur ont intérêt à échanger davantage jusqu'à ce que le prix de chaque unité supplémentaire échangée égalise à la fois le coût de production du vendeur et l'utilité de l'acheteur. L'équilibre général a lieu lorsque le processus atteint sa fin d'équilibre sur tous les marchés. À ce stade, l'optimum de Pareto est atteint.

Généralement, quand on parle de théorie de l'équilibre général, on entend par là le modèle de base de la théorie néoclassique, celui de la concurrence parfaite., dont la version la plus achevée a été donnée par Kenneth Arrow et Gérard Debreu avec un article publié en 1954. dans lequel ils montrent, dans le cadre d'hypothèses très précises, l'existence d'au moins un système (vecteur) de prix qui égalise les offres et les demandes (globales) des agents économiques — qui se comportent en « preneurs de prix ».

Critiques et actualité économique L'équilibre général est un concept incontournable de la science économique contemporaine. Le modèle de l'équilibre général, notamment dans la version mathématisée d'Arrow et Debreu, constitue l'ossature des cours de microéconomie dans l'enseignement universitaire de l'économie (voir Enseignement de l'économie en France). L'équilibre général est alors souvent présenté comme une présentation idéalisée d'une économie de marché..

Toutefois, l'équilibre général a fait l'objet de nombreuses critiques épistémologiques. Aujourd'hui, c'est le modèle de l'équilibre partiel, mis en évidence par Alfred Marshall, qui est le plus utilisé dans l'analyse microéconomique des marchés...

Historique Théorisation de Léon Walras

L'économiste français Léon Walras est le premier à proposer une théorie de l'équilibre générale, avec son ouvrage de 1874, Éléments d'économie politique pure ou théorie de la richesse sociale. Walras cherche à réduire le système économique à un modèle afin d'expliquer la manière dont les prix se forment dans un marché. Pour ce faire, Walras propose une série de modèles de plus en plus complexes : le premier décrit une économie à deux biens, puis à plusieurs types de biens, puis il prend en compte la production, la croissance et la monnaie.

Le problème de Walras s'exprime formellement par un système d'équations. Walras formalise un système économique qui peut théoriquement atteindre l'équilibre général. Il représente les fonctions d'offres et de demandes. Les inconnues qu'il cherche sont les prix et les quantités pour atteindre cet équilibre. Chaque marché est représenté par deux équations (une d'offre, une de demande). Afin de résoudre le problème, il faut résoudre un système à deux équations et à deux inconnues. Walras déduit que, le nombre d'équations étant égal au nombre d'inconnues, une solution mathématique est nécessairement possible. Puisqu'un tel système d'équation ne peut, selon lui, avoir qu'une seule solution, il existe nécessairement une situation d'équilibre stable. Toutefois, il a été découvert depuis lors que le postulat de Walras, selon lequel deux équations correspondant à deux inconnues ne peuvent avoir qu'une solution, n'est pas nécessairement vrai.

Reprise de Kenneth Arrow et Gérard Debreu

La théorie de l'équilibre général continue de faire l'objet de programmes de recherche après Walras. Kenneth Arrow et Gérard Debreu travaillent sur la théorie walrasienne, et proposent en une nouvelle démonstration de l'équilibre général, rigoureusement établi par un système d'équations poussé. Ils montrent que, dans une économie décentralisée où règne une concurrence pure et parfaite entre des agents rationnels, un système de prix concurrentiel est le meilleur moyen de coordonner les décisions, et que pour tout marché, il doit exister un jeu de prix tel que l'offre agrégée soit égale à la demande agrégée.

Arrow et Debreu montrent qu'un équilibre général est possible à plusieurs conditions, qui sont la continuité des fonctions de demande nette, l'homogénéité de degré zéro par rapport aux prix, et la validité de la loi de Walras. La démonstration repose sur des arguments de convexité sur des ensembles fermés d'un espace vectoriel et l'utilisation du théorème du point fixe de Kakutani. La première preuve de l'existence de l'équilibre général est toutefois le résultat du travail de Lionel McKenzie. Le modèle auxquels aboutissent les économistes est appelé modèle d'Arrow-Debreu.

Postulats et mécanismes Rareté des ressources et rationalité des agents

La théorie de l'équilibre général, qu'il s'agisse de celle des walrassiens ou des néo-walrassiens, conserve un cadre théorique qui évolue peu. Le système économique décrit par les ensembles d'équations est celui d'un monde où les ressources sont rares, ce qui oblige les agents économiques à effectuer des calculs pour maximiser leur utilité (bien-être, richesse). Aussi, la rationalité des agents est postulée comme étant totale : chaque agent économique est un maximisateur stratège et mathématicien.

Dans un tel modèle, les prix reflètent entièrement les comportements de tous les agents. Les agents sont price takers, c'est-à-dire qu'ils subissent les prix et ne les choisissent pas. Les variations de leurs préférences, toutefois, conduisent à une modification du prix auquel ils sont prêts à acheter des biens. Ainsi, en général, selon la loi de l'offre et de la demande, quand les consommateurs diminuent leur demande ou quand les producteurs augmentent leur production, les prix baissent ; et inversement.

Les variations de prix modifient les préférences des agents économiques, et stimulent ou découragent consommation et production. En général, la hausse (respectivement la baisse) du prix fait baisser (respectivement, augmenter) la consommation et augmente (respectivement, baisse) la production.

Formation du prix d’équilibre par tâtonnement

La théorie de l'équilibre général ne soutient pas qu'il existe un équilibre immédiat et spontané sur tous les marchés, ni même sur un seul. En effet, comme le soutient Walras, il n'y a aucune raison que les quantités demandées et offertes soient égales à l'origine. Les prix évoluent et convergent vers l'équilibre au fur et à mesure, par le biais d'un tâtonnement qui voit un ajustement du prix se produire.

Prenons l’exemple d’un bien produit en quantité insuffisante : la demande est supérieure à l’offre. Ceux qui tiennent vraiment à se le procurer feront savoir qu’ils acceptent de payer un prix plus élevé que le prix initial pour l’avoir. De nouveaux producteurs trouveront alors le marché rentable, alors que dans le même temps, certains consommateurs renonceront à consommer un bien devenu trop cher : l’offre augmente et la demande diminue. Walras explique qu’un agent fictif, le , reçoit les informations sur les quantités que souhaitent échanger les agents et leur renvoie des prix qui les renseignent sur la rareté de tel ou tel bien. Par un processus de tâtonnement (essais, erreurs, tentatives enchaînées), ce mécanisme permet de trouver le prix qui assure l’égalité entre l'offre et la demande. Ce prix est le prix d'équilibre, qui correspond à une quantité d'équilibre (d'offre et de demande).

En général, il est fréquent qu'en raison des délais de réactions des agents économiques et de leurs manques d'information, on observe non pas un prix d'équilibre, mais un prix plus ou moins cyclique autour du prix d'équilibre théorique. Le comportement des prix peut même être parfaitement chaotique, avec des phases d'expansion ou de glissement (lorsque les anticipations des agents sont divergentes, et qu'ils cherchent à s'aligner sur les autres ) et des chocs brutaux (souvent à la baisse, mais parfois à la hausse, lorsque tous les agents réalignent leurs anticipations). C'est notamment le cas pour des biens spéculatifs ou dont l'utilité est très subjective (objet d'art, biens financiers, etc.). Et ce, même si les phénomènes spéculatifs observés empiriquement peuvent être analysés, par exemple comme des bulles rationnelles (selon la logique du concours de beauté décrite par John Maynard Keynes).

Corrélations multiples Dans une économie capitaliste, les prix et les quantités produites des biens sont liés et corrélés : le changement du prix d'un bien, le pain par exemple, influence les revenus des boulangers. Si les boulangers ont des goûts spécifiques, c'est-à-dire qu'ils dépensent leur argent d'une manière particulière, ils achètent plus de réveils-matin que la moyenne, on retrouve cet impact dans les revenus des horlogers. Le prix du pain sera certainement affecté. Établir le prix d'équilibre d'un seul bien exige en théorie une analyse qui tienne compte des millions d'autres biens disponibles.

Modélisation mathématique Dans l'article de Arrow et Debreu démontrant l'existence d'un équilibre général, les auteurs définissent un ensemble d'équations dans l'espace des commodités. Dans le cadre de ce modèle économique ils définissent l'ensemble des unités de production et l'ensemble des consommateurs.

Espace des commodités L'espace des commodités est modélisé par , avec le nombre de commodités.

Il existe au moins une commodité représentant le travail. Ils appellent , pour « Labour », l'ensemble des commodités représentant un service travail. Chez un consommateur les composantes d'un vecteur de commodités correspondant à un service travail sont négatives.

À chaque commodité est associée un prix. L'ensemble des prix , est normalisé car toutes les équations sont homogènes de degrés 1 en p dans le modèle. Soit et , est le prix de toutes les commodités représentées par le vecteur . Formellement l'espace des prix est l'espace dual de celui des commodités. Dans le cadre de ce modèle ils sont tous les deux identifiés à .

Unités de production