La seconde guerre ndébélé, aussi connue sous le nom de « rébellion du Matabeleland » et, au Zimbabwe actuel, comme la « première Chimurenga », se déroule entre et en Rhodésie du Sud. Elle oppose la British South Africa Company aux Ndébélé, ce qui amène à un conflit généralisé avec les Shona.

Les Britanniques envoient immédiatement des troupes pour réprimer Shona et Ndébélé, mais le coût humain est élevé des deux côtés. Des mois s'écoulent avant que les forces britanniques soient suffisamment fortes pour lever les sièges et défendre les principales zones de peuplement ; la guerre fait rage jusqu'en octobre de l'année qui suit.

Guerre au Matabeleland Contexte En , les Ndébélé se révoltent contre l'autorité de la British South Africa Company (BSAC). Le mlimo (ou m'limo, ou umlimo), le dirigeant spirituel des Ndébélé, suscite et entretient la colère conduisant à cette confrontation. Il convainc les Ndébélé et les Shona que les colons, près de à l'époque, sont responsables de la sécheresse, des invasions de criquets et de la peste bovine qui ravagent la région.

L'appel du mlimo arrive à point nommé. Quelques mois auparavant, l'administrateur général de la BSAC pour le Matabeleland, Leander Starr Jameson, avait envoyé la plupart de ses troupes combattre la république du Transvaal lors du malheureux « raid Jameson », ce qui laisse le pays presque sans défense.

Rébellion Le mlimo prévoit d'attendre jusqu'à la nuit du , à la pleine lune, pour s'emparer de Bulawayo par surprise, immédiatement après une cérémonie appelé la « grande danse ». Il promet, par l'intermédiaire de ses prêtres, que si les Ndébélé entrent en guerre, les balles des colons se changeront en eau et les obus des canons deviendront des œufs. Son plan consiste à d'abord tuer tous les colons de Bulawayo mais de ne pas détruire la ville afin qu'elle serve de kraal royal à la nouvelle réincarnation du roi Lobengula. Le mlimo décrète que les colons doivent être attaqués et chassés du pays par le col de Mangwe, sur le flanc ouest des collines de Matobo, qui est laissé libre à cet effet. Une fois les colons chassés de Bulawayo, les guerriers Ndébélé et Shona sont censés se répandre dans le pays et continuer le massacre jusqu'à ce que les colons soient tués ou aient fui.

Cependant, plusieurs jeunes guerriers sont impatients d'entrer en guerre et la rébellion se déclenche prématurément. Le , des rebelles s'attaquent à un policier autochtone. Au cours des jours qui suivent, des prospecteurs et des colons sont tués. Le célèbre chasseur et explorateur Frederick Selous entend des rumeurs à ce sujet, mais il pense que c'est un problème isolé. Lorsque la nouvelle que d'autres policiers ont été tués parvient à ses oreilles le , il comprend que les Ndébélé ont commencé une rébellion massive.

Près de Ndébélé commencent la rébellion le . Beaucoup, quoique pas tous, des policiers autochtones désertent immédiatement et se joignent aux rebelles. Les guerriers sont équipés d'armes diverses, fusils Martini-Henry, carabines Winchester, fusils Lee-Metford, sagaies, knobkierries et haches de guerre. Au fur et à mesure de l'expansion de la rébellion, les Shona se joignent eux aussi aux rebelles et les colons fuient et convergent vers Bulawayo. En une semaine, sont tués au Matabeleland, 103 autres au Mashonaland et des centaines de maisons, de ranches et de mines sont brûlés. Un cas particulièrement tragique est celui de Madame Fourie, retrouvée mutilée ainsi que ses six enfants. Deux jeunes filles de la famille Ross sont tuées de manière similaire dans la maison familiale nouvellement construite.

Siège de Bulawayo vignette|Dessin de Robert Baden-Powell représentant un guerrier Ndébélé.

Ne disposant que de peu de troupes pour se défendre, les colons mettent rapidement un laager en place au centre de Bulawayo, fait de chariots remplis de sacs de sable. Du fil de fer barbelé est ajouté aux défenses. Des fagots imbibés d'huile sont disposés à des endroits stratégiques en cas d'attaque nocturne. Des explosifs sont dissimulés dans des bâtiments périphériques situés au-delà du périmètre de défense, afin de pouvoir exploser si l'ennemi les occupe. Des tessons de bouteilles sont disposés devant les chariots. À l'exception des fusils de chasse, il y a peu d'armes à Bulawayo. Heureusement pour les colons, il y a quelques pièces d'artillerie en état de marche et quelques mitrailleuses.

Plutôt que d'attendre passivement, ils décident de mettre sur pied des patrouilles, nommées Bulawayo Field Force, commandées par des hommes tels Frederick Selous et Frederick Russell Burnham ; elles partent à la rescousse des colons survivants et mènent des attaques contre les Ndébélé. Selous crée une troupe montée de quarante hommes qui patrouille au sud dans les collines Matobo. Maurice Gifford, un officier militaire britannique, disposant lui aussi de quarante hommes, se dirige vers l'est et la rivière Iniza. Lorsque des colons sont découverts, ils montent dans des chariots qui les emmènent, sous bonne garde, à Bulawayo. Durant la première semaine d'affrontement, vingt hommes des Bulawayo Field Force sont tués et cinquante blessés.

vignette|Carte de Bulawayo et des collines de Matobo, dessinée par Baden-Powell.

Durant la première guerre ndébélé, les Ndébélé avaient expérimenté l'efficacité des mitrailleuses Maxim, ils attendent donc d'avoir rassemblé plus de près de la ville de Bulawayo pour l'assiéger. Les conditions de vie dans la ville deviennent rapidement insupportables. Durant la journée, les gens peuvent utiliser les bâtiments, mais, la nuit venue, ils se serrent à l'intérieur du laager, beaucoup plus petit. Près de et enfants s'y entassent et les fausses alarmes sont fréquentes. Les Ndébélé assiègent la ville mais commettent une grave erreur, ils négligent de couper les lignes télégraphiques qui la relient à Mafeking. Cela permet aux forces de secours et à la Bulawayo Field Force de disposer de beaucoup plus d'informations que celles qu'elles auraient pu obtenir autrement.

Plusieurs colonnes de secours sont organisées, mais leur cheminement à travers un pays hostile est lent et prend plusieurs mois. À la fin du mois de mai, les deux premières colonnes arrivent près de Bulawayo presque le même jour mais venant de deux directions opposées. Cecil Rhodes et le colonel Beal arrivent de Salisbury et Fort Victoria au Mashonaland, situés au nord, tandis que lord Grey et Herbert Plumer viennent de Kimberley et Mafeking, à au sud. Les forces venant du sud sont proches de tomber dans une embuscade, mais Frederick Selous découvre l'endroit où se dissimulent les guerriers et les mitrailleuses Maxim repoussent les assaillants. Peu de temps après l'arrivée des secours, le général Frederick Carrington arrive pour assurer le commandement avec l'aide de son chef d'état-major, le colonel Baden-Powell.

Avec la levée du siège, se retirent dans leur bastion des collines de Matobo. La région devient le théâtre de combats acharnés entre les révoltés et les patrouilles des colons. En juin, les Shona se joignent aux combats, comme ils l'avaient promis. Mais, faute d'un dirigeant inspiré comme le mlimo, ils restent le plus souvent derrière leurs fortifications et ne mènent que peu de raids.

Assassinat du mlimo vignette|Cecil Rhodes en pourparlers avec les Ndébélé dans les collines de Matobo, 1896 ; dessin de Baden-Powell.

Les renseignements militaires de l'époque estiment que capturer le mlimo serait la voie la plus rapide pour terminer la guerre. L'emplacement de la grotte sacrée du mlimo avait été révélé au commissaire aux affaires autochtones à Mangwe, Bonar Armstrong, par un informateur Zoulou inconnu. Armstrong rapporte immédiatement l'information au chef des éclaireurs, Burnham, et ils préviennent l'administrateur de la Rhodésie du Sud, Albert Grey. L'administrateur leur demande d'en informer le commandant militaire, le général Carrington, lequel convoque son chef d'état-major, Baden-Powell. Carrington demande à Burnham, Armstrong et Baden-Powell de se mettre en mouvement la nuit même, avec les instructions suivantes : L'annonce de mouvements d'ennemis près de Bembezi oblige Baden-Powell à s'y rendre. Burnham et Armstrong se rendent dans les collines Matobo.

Ils voyagent de nuit et approchent de la grotte sacrée. Non loin, se trouve un village d'environ cent habitations, remplies de guerriers. Les deux éclaireurs attachent leurs chevaux dans un bosquet et rampent prudemment, en se cachant avec des branches ; ils atteignent la grotte, où ils attendent l'arrivée du mlimo. Juste après que ce dernier a commencé sa danse d'immunité, Burhnam le tue d'un coup de feu droit au cœur. Les deux hommes s'échappent ensuite en courant en direction de leurs chevaux. Les guerriers s'emparent de leurs armes et se lancent à leur poursuite. Burnham met le feu au village pour faire diversion. Les deux s'enfuient vers Bulawayo avec les guerriers à leurs trousses.

Après cet assassinat, la presse étrangère qualifie Burnham et Armstrong de « héros de l'empire britannique ». Mais, en Rhodésie, une partie de la presse est sceptique. Il y aurait eu erreur sur la personne, le prêtre ou le prophète tué dans les Matobo n'étant peut-être pas le mlimo. Sur la foi des rapports militaires, Carrington pense que le mlimo est l'autorité spirituelle centrale et que L'historien Terence Ranger écrit que et que Frederick Selous croit que le grand prêtre du mlimo vit dans les Matobo, mais aussi qu' Burnham exécute les ordres de Carrington et, à l'instar de Carrington, il se repose massivement sur les informations d'Armstrong et du renseignement militaire. Armstrong, instigateur et participant actif à l'opération, est, selon le commissaire aux affaires indigènes, E. C. Harley, . Armstrong est aussi Major dans la Mangwe Field Force, et Selous le décrit comme jeune mais . Selous et Harley disent qu'Armstrong commandait le laager de Mangwe, bien que Baden-Powell et d'autres sources donnent van Rooyen et Lee comme en étant les commandants. Certains auteurs décrivent aussi Armstrong comme jeune et lunatique et disent qu'il exprima aussi ses doutes quant à l'identité de l'homme tué, mais seulement après coup.

À l'origine, la compagnie refuse d'examiner la situation et Burnham quitte la Rhodésie le , une semaine après la dissolution de la Bulawayo Force Field, et retourne aux États-Unis, où il participe à la ruée vers l'or du Klondike. Cependant, sur l'insistance d'Armstrong, un tribunal est constitué pour enquêter sur cet assassinat. Des auteurs ont commenté le résultat de l'enquête, mais le rapport officiel est perdu. Se référant à ce rapport, Harley écrit : L'historien Hugh Marshall Hole, quant à lui, écrit : À l'inverse, les historiens Mary et Richard Bradford, Mary Clarke, Peter Emmerson et Jack Lott sont d'accord avec Harley pour affirmer que la cour a favorisé Armstrong. Emmerson cite un rapport du commissaire aux affaires indigènes, H. J. Taylor, comme preuve que Watermayer a statué en faveur d'Armstrong. Mary et Richard Bradford étudient le rapport de Taylor datant de 1899 ainsi que la correspondance de Hole, et ils suggèrent des erreurs d'interprétation de la part de Hole quant au rapport de Taylor. Clarke et Lott notent tous les deux qu'Armstrong a reçu une montre en or et une lettre de félicitations de la direction de la British South Africa Company après l'énoncé du verdict.

Concernant l'identité de l'homme exécuté et sa fonction, la confusion règne. En , le père Prestage, le capitaine van Rooyen, Hans Lee et Armstrong rencontrent à Mangwe Harley déclare que Mais le rapport du commissaire aux affaires indigènes, Taylor, mentionne que Taylor joint à son rapport une déclaration sous serment d'un , qui déclare Taylor rapporte également que assassiné, quoiqu'il ne précise pas si « Jobane » et « Dshobane » sont deux manières différentes d'orthographier le nom d'une même personne.