Saris () est un village arabe palestinien dépeuplé lors de l'Opération Nachshon, une grande offensive lancée par la Haganah le avant que les Britanniques ne quittent la Palestine. L'objectif était de prendre le contrôle des villages situés entre Jérusalem et la plaine côtièrePalestine Remembered - Saris. Il fait partie des centaines de villages détruits lors du nettoyage ethnique de la PalestineIlan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). , 130..
Histoire Yaqut al-Hamawi signale dans les années 1220 que Saris est « un village du district de Jérusalem. Il se trouve à mi-chemin entre Jérusalem et Ar Ramlah, et à 4 heures de ces deux villes "Le Strange, 1890, p. 531.
Période ottomane
vignette|gauche|Représentation de Saris par Jean Zuallart en 1587 En 1596, Saris, situé dans le nahiya (sous-district) de Jérusalem, dans le liwa''' (district) de Jérusalem compte 53 ménages musulmans, soit environ 292 personnes. Les villageois payent des taxes sur un certain nombre de produits agricoles, notamment le blé, l'orge, les olives, les fruits, les caroubes, ainsi que sur les chèvres, les ruches et les vignobles ; un total de 7 098 Akçe. Un quart des revenus revient à un WaqfHütteroth and Abdulfattah, 1977, p. 112. Cité dans Khalidi, 1992, p. 315.
En 1838, Saris est signalé comme un village musulman du district de Beni Malik, à l'ouest de JérusalemRobinson and Smith, 1841, vol 3, Appendix 2, p. 123.
En 1863, l'explorateur français Victor Guérin trouve à Saris un puits, apparemment ancien, les maisons semblent délabréesGuérin, 1868, pp. 62, 281 -283 D'après liste de villages ottomans de 1870 environ, on y trouve 57 maisons pour 169 hommesSocin, 1879, p.160Hartmann, 1883, p. 118..
En 1883, une enquête du Palestine Exploration Fund décrit Saris comme étant situé au sommet d 'une colline, avec des oliviers poussant en contrebasConder, Kitchener, 1883, SWP III, 18. Cité dans Khalidi, 1992, 315..
En 1896, la population de Saris est estimée à environ 360 personnesSchick, 1896, 125..
Période du mandat britannique
De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Saris est conquise fin 1917 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.
D'après le recensement de Palestine de 1922 mené par les autorités du Mandat britannique, Saris comte 373 habitants tous musulmansBarron, 1923, Table VII, Sub-district of Jerusalem, p. 14 et 470 en 1931, tous musulmans, habitant 114 maisonsMills, 1932, p. 43.
Selon les statistiques de Village de 1945, la population de Saris est estimée à 560 habitants, tous musulmans et de terresKhalidi, 1992, 316. Les plantations et terres irrigables occupent 366 dounams, 3 677 sont consacrés à la céréalcultureGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, avril 1945. Cité dans Hadawi, 1970, 104Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, avril 1945. Cité dans Hadawi, 1970, 154..
Guerre de 1948 et nettoyage ethnique
Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Saris est attribué à l’État arabeSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..
Le , avant que le village ne soit attaqué, Israël Galili écrit à Yosef Weitz du Fonds national juif pour demander l'établissement d'une implantation à Saris « dans les meilleurs délais »Khalidi, 1992, 316, citant Benny Morris..
Le , The Scotsman rapporte que « des juifs ont détruit une mosquée, une école de village et 25 maisons, tuant trois femmes lors d'une attaque sur le village arabe de Saris tôt aujourd'hui [le 16]. Il y avait environ 500 assaillants". Le New York Times publie le même rapport et compte sept morts arabes. Un communiqué de la Haganah est cité, il indique qu'un bataillon israélien est resté 5 h, a détruit 25 bâtiments et en a incendié d'autresKhalidi, 1992, 315-316. Le recensement de 1931 dénombre 114 maisons dans le village.Morris, 2004, 234-235, 240.. Uri Ben-Ari commande l’unité de sapeurs qui détruit à l’explosif le village, sans empêcher son pillageIllan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. . Version électronique, 126.. S. A. Jawad retient le chiffre prudent de quatre femmes abattues sans motif militaire, ce qui en fait selon lui un massacreSaleh Abdel Jawad, « Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War », In E. Benvenisti, C. Gans, S. Hanafi, (directeurs de publication) Israel and the Palestinian Refugees. Beiträge zum ausländischen öffentlichen Recht und Völkerrecht, vol. 189. Springer, Berlin, Heidelberg, 2007. https://doi.org/10.1007/978-3-540-68161-8_3, 106..
Les habitants reviennent clandestinement de nuit, s’exposant à être abattus par l’armée israélienne, pour pouvoir faire les récoltesFareed Taamallah, « The abandoned harvests of 1948: Palestinian farmers remember the Nakba », Middle East Eye, 14 mai 2020..
Après la guerre, Saris est annexé par Israël. Le village de Shoresh est créé 1 km au sud-ouest des ruines de Saris en 1948, alors que Sho'eva est édifié à 500 m au nord-est du site en 1950, sur des terres ayant appartenu à Saris.
Dans son commentaire de photographies officielles israéliennes de la la guerre et de ses conséquences, Ariella Azoulay note à propos des photos de sapeurs détruisant le village (notamment celle de gauche) qu’ Le prétexte politique était que le village était important du point de vue de la sécurité. Au moment où la photo est prise, le village a été vidé maison par maison, et les habitants sont à proximité, et assistent impuissants à la destruction de leur village. Ce genre de photo contredit également le discours israélien selon lequel les habitants avaient fui et aurait pu rester, s’ils l’avaient vouluAzoulay, , 154..
L’historien palestinien Walid Khalidi décrit ainsi ce qui subsiste du village en 1992 : "Le site est recouvert de gravats; des barres de fer dépassent des toits effondrés. Il y a beaucoup de puits ouverts et plusieurs caves voûtées. Un grand nombre d'arbres, notamment des cyprès, des figuiers et des amandiers, poussent sur le site. Un bosquet d’amandiers abandonné se trouve du côté est. Au milieu de la pente se trouvent les restes d'un bassin artificiel. Le cimetière du village, entouré d'arbres, est situé au sud-ouest du site. Il contient plusieurs grandes tombes, dont l'une est entourée d'une petite enceinte sans toit ; un amandier pousse en son centre. " Il note également que deux forêts ont été établies dans la zone par le Fonds national juif.
Voir aussi
Bibliographie complémentaire
Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 ( édition en français). ; Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians'', Arabicus Books & Media LLC : 2000.
Articles connexes
Liste des villes et villages arabes dépeuplés durant l'exode palestinien de 1948
Liens externes
Bienvenue à Saris Saris, Zochrot Enquête sur la Palestine occidentale, carte 17: IAA, Wikimedia commons
Références
Bibliographie
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