Le château de Boissezon est un ancien château-fort situé à Murat-sur-Vèbre, dans le Tarn (France).
Situé au hameau de Boissezon de Masviel, il n'en reste aujourd'hui qu'une tour ruinée et sauvegardée. C'était le château seigneurial de la communauté d'Ancien Régime de Boissezon de MatvielOrthographié Boissezon de Masviel à partir de la fin du ., devenue avec ses quatre paroisses (Murat, Boissezon, La Bessière et Canac) la commune de Murat, puis de Murat-sur-Vèbre.
Le promontoire sur lequel il était construit, dans une boucle du ruisseau Rieu-Pourquié, a été peu à peu grignoté pour alimenter un four à chaux utilisé massivement pour le chaulage des prairies agricoles au . Ses ruines ont servi à construire la départementale qui a remplacé à flanc de montagne la voie historique qui restait sur les hauteurs.
Historique Le temps des mottes et des roques vignette|Cadastre de la commune à la fin du |gauche Murat et le château de BoissezonGuy Mercadier, Étude des mottes entre Tarn et Agout cité dans Histoire de Castres, Mazamet, La Montagne sont cités dès 966 dans le testament de Matfred, vicomte de Narbonne, et de son épouse AdelaïdeHGL, Testament du vicomte de Narbonne Matfred et d'Adelaïde son épouse. Néanmoins, on ne sait pas s'il s'agit alors de Boissezon d'Augmontel ou de Boissezon de Masviel. L'archiviste Emile Jolibois, par ses annotations de l'Êtude du canton de Murat, propose celui de MasvielVictor Rascol, Étude du canton de Murat, Revue du Tarn, Tomes I (1877), III (1881) et IV (1883) annotée par Émile Jolibois, Facsimilé Rieumontagné, CRPR, 2006. Quant à la citation de Murat, c'est une des rares mentions d'une construction médiévale dont les vestiges subsistaient encore à la fin du , mais dont on ne trouvera plus trace dans les archives de la seigneurieAM Murat-sur-Vèbre, État de section de1791. Il en reste le toponyme du Castelas dominant le bourg de Murat-sur-Vèbre.
Mentionnée dans un accord entre le vicomte d'Albi, Bernard Aton IV Trencavel, et le comte de Barcelone, Raimond-Bérenger III, en 1112, la seigneurie se situe dans la vicomté d'Albi, alors tenue par les puissants vicomtes de Trencavel, comme aussi le Camarés voisin et le château de BrusqueHGL, Livre XVI, Accord de paix entre Bernard Aton vicomte d'Albi et Raymond Beranger comte de Barcelone. À la suite des péripéties guerrières entre les Trencavel et les comtes de Toulouse et surtout la croisade contre les albigeois, toutes les terres que possédait Trencavel dans le diocèse d'Albi constitueront une seigneurie donnée en fief à Philippe de Montfort en (traité de Paris). C'est son fils Philippe II de Montfort qui donnera la seigneurie de Boissezon en fief à un certain Jean de Manicort, ses frères et successeurs en 1268AD 31, Donation de 1268 mentionnée dans l'Inventaire de la succession de Gabrielle de Génibrouse en 1788, Série II (). Les successions au fil du temps réduiront le vaste territoire, érigé en comté en 1356, mais tout le pays s'étendant de Castres à Lacaune et à Boissezon de Matviel y demeurera. La seigneurie de Castres est aussi entrée dans une nouvelle structure administrative, la sénéchaussée de Carcassonne et Béziers.
Le « fort de Boissazo » C'est à la toute fin du que les archives plus nombreuses permettent de mieux connaitre la seigneurie de Boissezon de Matviel et son châteauAD Tarn-et-Garonne, Fonds Génibrouse, Série II
AM Toulouse, Fonds Génibrouse, Série II, Série DD. Elle s'étend sur quatre paroisses, Sainte-Marie de Boissezon, Saint-Pierre de Canac, Saint-Étienne de Murat et Saint-Pierre-Saint-Paul de La Bessière. Les droits seigneuriaux sont partagés entre le seigneur résidant au château pour les deux parts, et une part à un autre coseigneur selon des règles qui conduiront régulièrement à des disputes et des procès.
Ainsi en 1329, Guilhaume de l'Estendart et ses frères Gaston et Roger qui détiennent les deux tiers des droits conviennent d'un accord avec Déodat de Caylus, coseigneur des baronnies de Caylus et d'Olargues pour le partage des redevancesAD 31, Série II (ii 142) Copie d'une transaction. Un accord analogue avaient déjà été convenu en 1292 et ils viennent alors d'acquérir (en 1326) de nouveaux droits d'un Ayméric du Pont de Camarès à Boissezon. On trouvera à la génération suivante les fils de Guilhaume et de Gaston de L'Estendart. C'est un Pierre de l'Estendart qui aurait acquis la seigneurie de Jeanne de Saint-Feriol, épouse de Hughes de Massilian, seigneur de Camarés.
Dans les toutes premières années du , apparaissent dans des citations de documents disparus, les PeyrusseAM Toulouse, Fonds Génibrouse, Série II, Série DD. Le premier, un Azémar (ou Adhémar) dit Paternac aurait épousé une Jeanne de l'Estendart en 1404 et acquis partie de la seigneurie d'une autre de l'Estendart en 1418, MargueriteAD 31, Série II (ii 298), Contrat de mariage du 4 mai 1404 d'Azemar de Peyrusse cité dans un Inventaire des papiers trouvés concernant Boissezon....
Le château des Peyrusse
Cinq générations de Peyrusse vont se succéder à Boissezon de Matviel, toujours seigneur dit "pour les deux parts" et détenant château et justice seigneuriale.
Ils demeurent un temps à Lombers mais l'essentiel de leurs revenus provient des droits prélevés sur la seigneurie de Boissezon de Matviel. Des droits importants, qui font de Bringuier de Peyrusse, le petit fils du premier Peyrusse, le premier des vassaux en revenu du comte de Castres dans les Monts de Lacaune avec devant celui de Brassac () mais loin derrière le comte ()Stéphane Clerc, Estimation financière des seigneuries et seigneurs du comté de Castres au début du , Cahier de la Société culturelle du Pays castrais, 1990.
Les Peyrusse vont très tôt s'engager dans la religion protestante. Antoine de Peyrusse (~†1572) probablement élevé dans cette religion va "lever" dans son château en une église réformée de « Boissezon, Murat, Canac, Arnac et la moline basse » pour regrouper les groupes de prières du château et du villageArchives Nationales, TT 235, dossier 16 : Délibérations du consistoire et actes de l'église de Boissezon (-de Matviel), (Tarn, com. et cant. Murat-sur-Vèbre).
Ils s'engagent aussi dans les épisodes guerriers qui s'étalent de 1562 à 1598, connus sous le nom de guerres de Religion. Les chroniqueurs réformés, contemporains des luttes religieuses dans le pays, nous racontent la violence de l'époque. Lors d'une trêve des combats entre les Montmorency (alliés aux protestants) et les Joyeuse (catholiques), le roi avait exigé de « vider les châteaux de leurs brigands » et Montmorency donné l'ordre à Pierre de Peyrusse de mettre bon ordre dans celui d'Olargues tenu par le capitaine PierreAntoine Batailler, Mémoires de Batailler sur les guerres civiles a Castres e dans le Languedoc, Imprimerie G.-M. Nouguies, Albi, 1884.. Le consistoire de l'église s'était d'ailleurs réuni l'année précédente, en , pour reprocher à quelques-uns de ses fidèles, dont l'oncle de ce capitaine, d'avoir acheté du bétail volé à OlarguesL'église réformée de Boissezon de Masviel, Marie-Louise et Bernard Roumestant, Cahier de Rieumontagné , CRPR, Janvier 2012. Pierre de Peyrusse attirera le capitaine Pierre à Boissezon sous prétexte d'être le parrain d'un futur baptisé. Et lors du repas dans le château, il sera "saisi, dévalisé de ses armes" et malgré ses supplications tué à coups de dague. Quant à Pierre de Peyrusse, il sera tué l'année suivante "d'une salve d'arquebusades" lors de l'attaque d'un fort proche de BelmontJacques Gaches, Mémoires sur les guerres de religion à Castres et dans le Languedoc 1555-1560 et Suite des mémoires, 1610-1612., Reproduction en Facsimilé, Publiés pour la première fois parc Charles Pradel, Stlatkine Reprints, Genève, 1970.
Consultable sur BNF Gallica, lui aussi tenu par "un brigand" mais catholique !
Pierre de Peyrusse sera enseveli dans le cimetière qui se situait devant la porte du château, cimetière cité dans les testaments des Peyrusse de ce tempsAD 31, Série II (ii 298), Testament d'Aldonce de Peyrusse - AD 31, Série II (ii 418), Testament de Nicolas de Génibrouse. On retrouvera ce cimetière, lors de l'exploitation du site, sur la langue de terre qui donne accès au château. Il révèlera outre une trentaine de squelettes, des monnaies du temps de Philippe IV le Bel, de Philippe VI de Valois, de Louis XI et des derniers ValoisAlfred Caraven-Cachin, Les inhumations de Boissezon, Bulletin de la commission des antiquités de la Ville de Castres, Tome III, année, 1880.. Les pièces de monnaie ont été confiées au musée Toulouse-Lautrec à Albi. Un autre ossuaire, un "amas d'ossements humains", avait été découvert dans une excavation proche de la tour existante.
Au décès de Pierre de Peyruse en 1586, la seigneurie reviendra à sa sœur Aldonce qui avait épousé en , dans le château de Boissezon, Guillaume de Génibrouse futur seigneur de Saint-Amans-Valtoret.
Le château des Génibrouse
vignette|Le blason des Genibrouse au Guillaume de Génibrouse Guillaume de Génibrouse décède "dans les premiers jours de ", dans leur château voisin de Canac, où la famille s'était retirée lors de la prise par les catholiques de leur château de Saint-Amans, durant les guerres de Religion. La paix revenue, Aldonce retrouvera son château de Boissezon où elle souhaitera être ensevelie dans le cimetière « où ses prédécesseurs ont été ensevelis dans la religion réformée »AD 31, Série II (ii 298).
Nicolas de Génibrouse Les seigneuries de Saint-Amans et de Boissezon de Matviel reviennent au fils ainé Nicolas. Il prendra les armes pour suivre le duc de Rohan dans le dernier épisode des guerres de Religion en Languedoc, les révoltes huguenotes, et s'engagera dans le parti du frère du roi, Gaston d'Orléans, lorsqu'il tente de soulever la province de Languedoc contre la politique de Richelieu. Il y perdra un temps, entre 1633 et 1637, sa seigneurie de Boissezon et son château de Saint-Amans sera rasé. Rétabli dans ses droits, il désigne son fils Jacques pour héritier et souhaitera être enseveli dans une « chapelle qu'il a de nouveau faite construire proche du château »AD 31, Série II (ii 418, ii 298).
Jacques de Génibrouse Jacques de Génibrouse, s'il va reconstituer la seigneurie des Peyrusse en rachetant celle de Canac à son neveu et quelques droits à son cousin Jean de Caylus, est très endetté. Il a dû assurer la dot de quelques-unes de ses huit sœurs.
C'est lors du mariage de son fils ainé Charles, en 1687, avec la fille de son puissant voisin Thomas de Thésan, coseigneur de Boissezon, vicomte du Poujol, seigneur de Nages et lieutenant du roi en Guyenne, que la seigneurie entre dans la maison des Thésan-Poujol. Jacques s'est installé dans son château de Saint-Amans, reconstruit. Il y décède en 1701 dans la religion catholique. La séquence des quatre générations protestantes à la tête de la seigneurie de Boissezon est terminée.
Bernard de Génibrouse Le décès précoce de Charles remet en cause la transaction avec les Thésan-Poujol et son frère Bernard obtient en justice la restitution de ses biens en 1699. Il vendra bientôt sa seigneurie de Saint-Amans.
On note quelques réparations au château, quatre jours de maçon en 1708, pour "la chambre de madame" l'épouse de Bernard, Marguerite de Percin de Montgaillard. Il sera enseveli dans une chapelle de l'église de Boissezon, vers 1726.
Les Thesan-Poujol sont toujours coseigneurs "pour une part" de la seigneurie et l'exercice de la justice seigneuriale est maintenant exercée dans la règle précise des tiers, 16 mois au nom de Monsieur de Saint-Amans à Boissezon et 8 mois à Murat pour Monsieur de PoujolAD 31, Dénombrement de la seigneurie et vicomté de Boissezon et Murat de 1724.
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