La maison personnelle de Guillaume Des Marez est un hôtel particulier de style néo-Renaissance flamande.. Elle est située à Ixelles, dans la région bruxelloise, en Belgique. La totalité de la maison, y compris le mobilier, immeuble par destination, est classée comme monument en raison de sa valeur historique et artistique depuis 1994Arrêté du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale portant classement comme monument de la totalité de l'immeuble sis avenue des Klauwaerts, 11 à Ixelles du 28/04/1994..
Contexte
Intérêts gauche|vignette|350x350px|Vue sur l'avenue des Klauwaerts
Le caractère paysager du quartier Outre son intérêt patrimonial intrinsèque, l’immeuble situé au de l’avenue des Klauwaerts fait partie d’un ensemble remarquable tant au niveau architectural que paysager, constitué par les étangs d’Ixelles et les voiries limitrophes, qui bordent les deux rives des étangs.
Prolongeant les jardins de l’Abbaye de la Cambre et restaurés au début des années 2010, les étangs d’Ixelles, vestiges de l’ancien Maelbeek, font partie des lieux de promenade réputés de la capitale et en constitue un des poumons verts notables.
La qualité architecturale indéniable des immeubles qui bordent ces étangs contribue également à cet engouement. En flânant le long des étangs, les yeux sont indéniablement attirés par une multitude de détails plus étonnants les uns que les autres.
L’imposition urbanistique de construire les façades en recul de l’alignement accentue encore ce sentiment, en donnant lieu à l’aménagement de jardins privés à l’avant des fronts bâtis. Ces jardins ajoutent une certaine qualité à la conception paysagère et pittoresque du quartier.
La diversité de l'architecture À l'instar de l'ensemble des rues du quartier des Étangs et malgré quelques reconstructions, l'avenue Klauwaerts conserve l'essentiel de son architecture originelle et offre ainsi un très bel exemple de la diversité de l'architecture du début du siècle.
Ce bâti, constitué d’une suite de maisons bourgeoises dominées par l'éclectisme, est remarquable tant du point de vue architectural que pour l'entité qu'il forme en tant que site. Bien que très peu d’immeubles soient classés, la majorité des maisons situées en bordure des étangs sont inscrites à l'inventaire du patrimoine immobilier de la Région de Bruxelles-CapitaleDonnées disponibles sur le Système d’Information Géographique de la Région de Bruxelles-Capitale, BruGIS®, 2019 (https://mybrugis.irisnet.be/brugis/#/), carte "Inventaire Irismonument".
Parmi celles de l’avenue des Klauwaerts, il faut repérer l'ensemble Art nouveau de l'architecte Ernest Blérot (1870-1957) (aux 15 et 16) ou encore la maison de l’architecte Pierre De Groef (1876-1940) (au ), également de style néo-Renaissance flamande. D’autres exemples illustrent encore les différents styles en vogue à l'époque, comme le néogothique, l’Art déco, le style Beaux-Arts, ou plus tard le ModernismeCercle d’Histoire locale d’Ixelles, Le quartier des étangs d’Ixelles, Collection Bruxelles, Ville d’Art et d’Histoire, , Bruxelles, 1996.
Les éléments forts de l'histoire L’avenue des Klauwaerts et l'avenue des Éperons d'Or qui longent la rive droite des étangs, sont construites sur les traces d’un des plus anciens chemins de ce qui n’était pas encore à l’époque la commune d’Ixelles. Déjà présentes sur les cartes de FerrarisPour plus de détails, consulter l'article de De Maeyer Philippe, Les Cartes de Ferraris, disponible en ligne sur http://www.ngi.be/Common/ferraris_fr.pdf, il s’agissait à l’origine d’un chemin par lequel s'opérait le transport du bois de la forêt de Soignes vers Bruxelles, l'ancien Losgat, qui reliait l'abbaye de La Cambre à l'actuelle place Eugène Flagey (ancien village d'Ixelles). Empierré en 1700, il allait alors prendre la dénomination de chaussée de La Cambre.
C'est dans le cadre des travaux urbanistiques des années 1870 que ces avenues ont reçu leur dénomination actuelle. Leur nom fait référence à la bataille des Éperons d'Or qui au début du siècle opposa le roi de France aux milices communales flamandes, les Klauwaerts (« Hommes de griffes ») ; les éperons d’or étant ramenés par ces derniers à titre de trophéeInventaire du patrimoine architectural. Région de Bruxelles-Capitale, Monuments & Sites. Avenue des Klauwaerts..
Aux alentours de 1900, profitant de la nouvelle urbanisation autour des étangs, la Société de l'Avenue Louise, filiale de la Compagnie immobilière de Belgique, aménage des lotissements pour la bourgeoisie de Bruxelles. Celle-ci y fait ainsi bâtir des maisons mitoyennes dont l'architecture fera coexister les différents courants de l’époque.
Le commanditaire Un autre intérêt de cette maison bourgeoise réside dans la parfaite symbiose entre son style historiciste et le parcours de son commanditaire et occupant jusqu’à sa mort, Guillaume Des Marez (1870-1931).
Né à Courtrai le et mort à Ixelles le , ce docteur en droit, historien et membre de l’Académie entre aux Archives de la Ville de Bruxelles en 1899, pour en devenir le chef quelques années plus tard. Nommé professeur à l'Université de Bruxelles en 1901, c'est dans la capitale que se déroule toute sa carrière. Cette circonstance influence toute son activité.
Il est notamment l’auteur du célèbre Guide illustré de Bruxelles, véritable œuvre d'histoire urbaine, permettant de mieux saisir la formation et le développement d'une grande ville. Son action, conjuguée à celle de l’abbé Maxime Carton de Wiart (1875-1944) et du général baron Jacques de Dixmude (1858-1928), permet aussi la sauvegarde et la restauration de l'abbaye de La Cambre, menacée par la ruine après la Première Guerre mondialeDe nombreuses décorations à l’intérieur de la maison font référence à l’abbaye. (référence : Inventaire du patrimoine architectural. Région de Bruxelles-Capitale, Monuments & Sites. Avenue des Klauwaerts, 11).
Ainsi, la maison témoigne des préférences stylistiques et des sujets de prédilection de son premier propriétaire. Inspiré par l’hôtel de ville de Bruxelles où il travaille, l’archiviste conçoit une habitation et une décoration tout en symboles et références au passé, mêlant les inscriptions en latin, en néerlandais et en français, et s’autorisant des anachronismes qui font de sa maison un jeu de déchiffrage et de mystère. Quoique les habitations qui bordent les étangs d'Ixelles offrent une riche diversité de styles dans leurs façades, c’est le caractère romantique et pittoresque de la maison qui marque le promeneur en premier lieu.
Architecte, propriétaires et transformations Cette maison de maître de l'avenue des Klauwaerts fut construite entre 1898 et 1905 d'après les plans de l'architecte D. Willaert. Contrairement au commanditaire, aucune information n’a pu être retrouvée concernant cet architecte, qui a également réalisé les maisons de style Art nouveau sises au 55 rue Franz Merjay à Ixelles et au 203 avenue Rogier à SchaerbeekLes recherches dans les bibliographies existantes, notamment le « Dictionnaire de l’architecture en Belgique : de 1830 à nos jours » et « Une école d’architecture des tendances 1766-1991 : cent-cinquante architectes » sont restées vaines..
Plus encore que la façade qui s’inscrit dans l’enfilade de maisons bourgeoises qui bordent l’avenue, l’intérêt exceptionnel de cette maison provient essentiellement de l’aménagement intérieur en style néogothique et qui, fait rare à Bruxelles, se trouve dans un état parfait de conservation et de restauration grâce à la vigilance de ses propriétaires successifs. Ils sont aujourd’hui pas moins de sept à s’être succédé : 1905-1931 : Guillaume Des Marez 1932-1961 : Marie Werzels 1961-1965 : Jean Marie Norre et Esmosé Heaton 1965-1980 : Alfred Terfve et Maria Boute 1980-1986 : Philippe Couldrey et Gaëtane Waterkeyn 1986-2000 : Pierre Vansteenkiste et Nadine Copette Depuis 2000 : Axel Van Der MerschEn mai 2019, la maison est mise en vente. Son estimation à cette date est de 1.300.000 € (annonce sur www.sothebysrealty.be)
Sur base des informations collectées auprès des anciens propriétaires et reprises dans divers dossiers soumis au Service des Monuments et Sites et à la Commission royale des Monuments et Sites, la maison a fait l’objet de plusieurs travaux de rénovation et/ou restauration, dont : Avant le classement, et en ce qui concerne la façade et la toiture, le remplacement des ardoises de toiture par des tuiles vernissées et le démontage du pinacle ; Après le classement : divers travaux d’entretien à l’intérieur de la maison et réfection de la façade avant, ayant entraîné une usure importante des pierres en façades en raison d’un nettoyage trop agressif (AGRBC du ) ; La restauration de l’enveloppe extérieure comprenant la reconstitution historique du pinacle sur le pignon de la façade à rue, la pose de nouvelles ardoises en toiture, la remise en état des bas-reliefs de la bretèche (dorures), des aménagements intérieurs et la restauration des ferronneries (grilles du jardinet), des voussettes (stabilité) sous le perron d’entrée et des châssis (permis délivrés le et le ) ; La restauration/rénovation de la cuisine, des salons intérieurs et le réaménagement des greniers (permis délivré le ).
L’auteur de projet de ces restaurations successives est l’architecte Nicolas Fallon, 90 rue du Menuisier, à 1200 Bruxelles. centré|vignette|400x400px|Vue sur la maison personnelle de Guillaume Des Marez
Description de la façade
Aspect général Il s’agit d’un hôtel particulier avec deux façades mitoyennes. Sa largeur est d’environ 6,70 mètres de large et sa hauteur sous corniche de 11,40 mètres. La maison se situe en zone d’habitation à prédominance résidentielle au plan régional d’affectation du sol (PRAS) et est couverte par une ZICHEE, ou Zone d’Intérêt Culturel, Historique, Esthétique ou d'EmbellissementDonnées disponibles sur le Système d’Information Géographique de la Région de Bruxelles-Capitale, BruGIS®, 2019 (https://mybrugis.irisnet.be/brugis/#/), carte "Zichée".
De style néo-Renaissance flamande, elle présente une façade « à pignon » qui compte deux travées. Elle se compose d’un sous-sol semi-enterré, niveau initialement réservé au personnel avec notamment les cuisines ; d’un rez-de-chaussée comprenant le hall, l’antichambre, le parloir et la salle à manger ; de deux étages avec les chambres et de combles sous la toiture. Les circulations verticales sont lisibles à droite de la façade, au niveau du sous-sol et du rez-de-chaussée. Au deuxième étage, les pièces de vie occupent les deux travées de la façadePlans et autres documents techniques consultés au Centre de Documentation de urban.brussels (Bruxelles Urbanisme et Patrimoine) dans le cadre des dossiers de rénovation/restauration..
Zone de recul (jardinet) La construction est implantée en recul de l’alignement en vertu d’une servitude de non-bâtisse de ± 8 mètresLes saillies participant à l’embellissement des façades sont autorisées, à condition qu’elles ne dépassent pas les 3 mètres. (référence : Herla Michèle, Ixelles. Histoire du développement urbanistique. Partie 2, SPRB Direction des Monuments et des Sites, Bruxelles, 2016-2017). Celle-ci est aménagée sous la forme d’un jardinet romantique, avec un arbre pleureur (un prunus) et des parterres de buissons fleuris. Un bassin de forme ronde est placé devant la travée gauche.
Les grilles de clôture avec la voirie et latéralement avec les parcelles voisines sont en fer forgé, sur un soubassement en pierre bleue. Vraisemblablement d'origine, elles font environ 2 mètres de hauteur. L’ouverture en voirie étant située à l’opposé de la porte d’entrée, le chemin d’accès serpente de la gauche vers la droite.
Matériaux