La conférence Temps et Être, en allemand, , a été prononcée le au Studium Generale de l’Université de Fribourg en Brisgau. Elle a été traduite par François Fédier et publiée la première fois en 1968 chez Plon dans L’endurance de la pensée, livre conçu en hommage à Jean Beaufret. Elle a ensuite été reprise en 1976 dans Martin Heidegger, « Questions IV » dans une nouvelle traduction de Jean Lauxerois et Claude Roëls (Gallimard), accompagnée de notes de traduction ainsi que du protocole du séminaire sur ladite conférence qui s'est tenue, la même année, à Todnauberg en Forêt Noire du 11 au . Ce titre de « Temps et Être » fait référence, trente-cinq ans après à la troisième section du livre Être et Temps, qui élaborée mais non satisfaisante aux yeux de l'auteur fut purement et simplement détruiteLe cours intitulé Les problèmes fondamentaux de la phénoménologie comme le souligne son traducteur Jean-François Courtine dans l'avertissement introductif se présentent comme une nouvelle élaboration de cette troisième section qui n'a jamais été publiée Martin Heidegger Gallimard 1989. Toutefois ce que contient aujourd'hui le texte de la conférence, en raison du délai et de l'évolution de la pensée d'Heidegger, ne peut plus être mis en connexion directe avec Être et Temps (note en exergue du traducteur) .

Projet

Être et Temps se donnait pour but de reprendre la question en général et non pas seulement la signification temporelle du à laquelle elle semble de prime abord s'être arrêtée. . Dans la mesure où « Temps et être » (Zeit und Sein) est le titre que Heidegger prévoyait de donner à la troisième section de Sein und Zeit, la conférence peut apparaître en quelque sorte comme, le contre-point et la répétition de l’ouvrage de 1927 estime Arthur Cebal. Au moment d'Être et Temps, souligne Marlène Zarader, Heidegger n'aurait pas réussi à démontrer sa thèse .

. On voit à partir de là tout ce qui sépare la pensée de 1927 de celle de 1962. En fin de son travail consacré à la continuité entre « Être et Temps » et la conférence « Temps et Être », Pegoraro Olinto fait appel au concept d'Imagination transcendantale tel que celui-ci fut reçu et retravaillé dans le Kant et le problème de la métaphysique.

Le Protocole du Séminaire engage l'explicitation de la conférence selon trois perspectives : .

Développement Face au paradoxe qui veut que l'être a besoin du temps pour être déterminé et réciproquement que le temps a besoin de l'être, Heidegger commence par s'interroger sur ce qui unit l'être et le temps (). . Devant un étant quelconque nous ne disons pas l'être est, le temps est, mais il y a être, et il y a temps déportant ainsi le problème vers la signification de l'expression « Il-y-a ».

La Conférence se poursuit par l'examen de cet « Il-y-a » qu'elle aborde selon trois perspectives : ce que veut dire « être », ce que veut dire « temps » et qu'en est-il de ce « Il » qui donne à la fois sens et être (). Questionnant sur ce qui est le propre de l'être, tout l'effort de la conférence tend à détacher l'être de l'étantLe problème consiste à penser l'être pour lui-même autrement dit de l'abandonner en tant que fond de l'étant. Dans l' « Il-y-a », il y a l'idée de don (), puis sur ce qui est le propre du temps, il s'avère selon ce qu'en dit le Protocole : . Le « Il » est d'abord interprété dans la perspective du « donner » puis dans la perspective de cela qui donne.

L'être comme entrée en présence Heidegger commence par rappeler que, depuis l'antiquité l'« être » est compris comme « déploiement en présence », en allemand , en grec parousia, avec l'idée de mouvement d'éclosionLa conférence fournit l'occasion à Heidegger d'expliciter ce rapprochement de l'être et du temps. Le rapprochement de temps et être contient l'invite compte tenu de ce qui a été dit de l'être à situer le temps dans ce qui lui est propre. Être veut dire avancée de l'être, se déployer en présence, laisser se déployer en présence, être-présent en grec parousia. Nous lisons par exemple n'importe où l'information : En présence de nombreux invités, la fête a été déclarée. La phrase pourrait se dire également : De nombreux invités étant-là ou bien étant présents. Le présent, à peine l'avons-nous nommé pour lui-même que déjà nous pensons présent et avenir, l'antérieur et l'ultérieur par rapport au maintenant. Seulement le présent entendu à partir du maintenant du présent entendu au sens de l'être-présent parousia. Nous comprenons habituellement le présent comme le maintenant, par opposition au non-plus maintenant et pas encore maintenant. Mais présent veut tout aussi bien dire être-présent, se déployer en présence parousia .

Heidegger détaille les modes du se « déployer en présence » effectivement recensés dans l'histoire de la métaphysique : . L'histoire de l'être n'est qu'une manière dont il y a : « être » (p. 202). Cette déclinaison des modes d'être est suivie d'une méditation sur le caractère « destinal » de ces modesHeidegger écrit : . L'Être s'est destiné de nos jours comme essence de la Technique dans le Gestell. Heidegger précise sa conception : . Avec la domination universelle de la Technique moderne, l'être prend le sens de « stock disponible » , qui interpelle tous les habitants de la terre, pour déboucher sur ce qu'Heidegger appelle la « Machenschaft » (). Avec la il s'agit de saisir l'essence de notre civilisation technicienne qui s'applique à .

Le propre du temps Françoise Dastur écrit : en perdant le sens de mouvement au bénéfice exclusif de l'étant.

Heidegger remarque que lorsque nous méditons sur l'expression : « entrée en présence », correspondant à l'allemand, , cet , prend en plus, une tournure particulière si nous prenons en compte le phénomène de l'« absence » et nous ne limitons pas seulement à la présence concrète et manifeste. Ce phénomène de l'absence « être-passé » ou « être à-venir » représente, tout aussi bien, un « déploiement en présence » de l'être, différent, mais parfois plus intense plus élevée que la pure et simple présence (). Alain Boutot, dans son Que-sais-je ? résume ainsi son propos : . Parfois les choses ou êtres absents sont plus présents que les objets véritablement présents . Dans cette « entrée en présence » les choses futures ou passées font à leur manière mouvement dans le présent, alors que la tradition métaphysique ne les conçoit que comme « choses en mémoire » et « projet » c'est-à-dire sans substance réelle, sans « être » : .Heidegger précise : (), l'absence de l'« avoir-été » comme l'absence du non-encore-présent (). Ici Heidegger s'interroge ().

Dans la conférence de 1962, Heidegger reprend à Husserl le mot grec epokhè pour l’appliquer aux « époques de la destination de l’être ». La suite des « époques » n'est pas plus, dans son déploiement, contingente que nécessaire écrit Heidegger () À chaque époque correspond un monde . L'initiale époque où l'être était compris comme ousia « être entré en présence » ou en allemand est recouverte de plus en plus de diverses manières ().

Jusqu'ici le destin de l'être, ses modes successifs, n'était envisagé que comme un processus historique. C'est en vain même que Être et Temps tentait d'échapper à l'historicité du pour penser le « destinement » de l'être lui-même reconnaît Heidegger ().

L'Il y a Ce qui, depuis l'origine, anime Heidegger c'est la vieille question du « pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien », autrement dit celle du sens de l'« Il-y-a ». C'est cette question écrit Philippe Arjakovky.

Pour penser le « Il » de l' il y a qui donne l'être, Heidegger, porte son regard vers le temps (). À partir de cette méditation sur le temps, Heidegger envisage () une nouvelle caractérisation de l'homme comme et il ajoute : .

Le rapport réciproque et simultané du « non encore présent » et de l'« avoir-été » porte et produit, selon Heidegger, le présent (). Pour Heidegger, la simultanéité et la réciprocité évoquée est étrangère à la conception triviale du temps, car le temps lui-même n'a rien de temporel (). L'unité est à rechercher ailleurs dans (). Heidegger conçoit cette unité comme originaire, (). Pour caractériser cette dimension originaire, Heidegger parle d'« Ouvert » ou d'().

Heidegger reviendra () sur le Il qu'il faut éviter de comprendre comme une puissance donatrice. « Il y a » dans ce cas n'est pas une proposition mais une simple contrainte linguistique transmise par les grammairiens gréco-romains ().

L'Ereignis À cette étape de la conférence apparaît la notion fondamentale d'Ereignis, que l'on retrouvera en 1989, avec la publication du livre maître des « traités impubliés », les Beiträge zur Philosophie (Vom Ereignis)<ref group="N">Alain Boutot, dans son Que sais-je ?, résume ainsi sa compréhension de l : .</ref>. Ce terme nommerait enfin le lien recherché entre « l'être et le temps » aussi bien dans Être et temps que dans la conférence de 1962.

L'''Ereignis ou Avenance selon la traduction de François Fédier n'est pas, pour Heidegger, une déclinaison nouvelle dans la suite des interprétations de l'être. Paul Slama remarque l’insistance de Zeit und Sein sur l’Ereignis comme événement appropriant de l’être et de l’homme. Cette importance découlerait d'après cet auteur : lire ligne.

Heidegger interroge encore le sens originaire de cette unité des trois modes du temps qui (). Aucun de ces modes ne doit prévaloir sur l'autre (). Le temps véritable devient alors quadridimensionnel, la quatrième serait celle qui déterminerait et accorderait tout. L'unité des trois dimensions temporelles repose dans le jeu par lequel chacune se tient et se tend pour chacune ()

, feint de s'interroger Heidegger , alors qu'il ne nous est plus permis de demander après un « où », après un « lieu »(). Même s'il n'il n'y a pas de temps sans l'homme, l'homme n'est en aucune manière donateur du temps (). Le temps véritable a toujours déjà atteint de son règne l'homme en tant que tel et de façon qu'il ne peut être homme qu'en se tenant au cœur de la triple avancée de l'être ().

Heidegger conclut sa conférence par un long et complexe développement sur lEreignis. En interrogeant sur l'Ereignis, nous paraissons exiger un renseignement sur l'être de l'Ereignis, mais il semble qu'une réponse soit impossible reconnaît Heidegger (). Notre commentaire s'essoufle devant la complexité des dernières pages. Mëme le conférencier, rapporte Marc Froment-Meurice, parle . « Temps et être » se révèle alors comme la « répétition » de Sein und Zeit en direction de l’an-historialité du rapport entre être « et » temps, là où l’ouvrage de 1927, dont la Lettre sur l'humanisme'' pointait le langage métaphysique, se trouvait encore pris dans la clôture de l’Histoire.

Notes et références Notes

Références

Annexes Bibliographie . . . . . . . . . .

Articles connexes Être et Temps

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