Le référendum de 2020 sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie est un référendum d'autodétermination organisé le dans le cadre de l'accord de Nouméa. Il s'agit du deuxième des trois référendums prévus par cet accord signé en 1998, après celui de 2018, et du troisième organisé sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie, le premier remontant à 1988.

Pour satisfaire aux exigences des indépendantistes, le droit de vote est restreint aux citoyens résidant de longue date et de manière continue en Nouvelle-Calédonie, et exclut notamment les personnes installées après 1994. Initialement prévu le , le scrutin est reporté d'un mois en raison de la pandémie de Covid-19.

Avec une participation en hausse dans toutes les provinces, le scrutin voit la victoire des loyalistes, qui, bien qu'en recul, réunissent un peu plus de 53 % des suffrages exprimés en faveur du maintien dans la République française. La progression du vote indépendantiste conforte cependant ses partisans qui demandent la convocation d'un troisième et dernier référendum qui est organisé en , conformément à l'accord de Nouméa...

Contexte

Référendum de 1987 et accords de Matignon

Après les « événements » des années 1980 en Nouvelle-Calédonie, un référendum se tient en 1987. Boycotté par les indépendantistes, il aboutit au maintien au sein de la République par 98,30 % des voix avec une participation de 59,10 %.

Les accords de Matignon, signés en 1988 et approuvés par un référendum national le , prévoient un référendum lors de l’année 1998. Puis l’accord de Nouméa, signé en 1998, prévoit que le référendum ait lieu entre 2014 et 2018, et puisse être suivi de deux autres.... Cet accord est inscrit dans les articles 76 et 77 de la Constitution.

Référendum de 2018 vignette|Résultat du référendum de 2018 par commune néo-calédonienne (pourcentage de "Oui")

Le scrutin de 2018 voit les votants répondre « non » à 56,67 % à la proposition d'indépendance. Les résultats renouvellent le constat d'une importante disparité entre les votes des deux principales communautés, kanak et européennes, tandis que 17 % des électeurs vivant dans l'archipel sont exclus du scrutin, en accord avec les listes établies par l'accord de Nouméa.

Dans un contexte de forte participation ( de plus que lors de la consultation de 1998 sur l’accord de Nouméa), le « non » obtient un score moins important que prévu par les sondages. Les anti-indépendantistes espéraient une large victoire du « non » afin de voir annulée la tenue des deuxième et troisième référendums prévus par l’accord de Nouméa.. Les résultats font en outre apparaître une fracture territoriale et sociologique importante.. En effet, Nouméa et la province Sud, la plus riche, concentrent le vote pour le non à plus de 75 %. Si le vote indépendantiste obtient un résultat plus important que prévu, il n'effectue pas de percée, mais est lié à une bonne mobilisation de l'électorat indépendantiste, attribuée à la campagne unitaire des deux courants du FLNKS. L'article 217 de la loi organique du relative à la Nouvelle-Calédonie prévoit alors un mécanisme où le tiers des membres du Congrès de la Nouvelle-Calédonie peut, à compter du sixième mois suivant la consultation (soit le ), demander l'organisation de deux nouvelles consultations dans les deux et quatre ans après le premier référendum.. Au sein du Congrès élu pour la période 2019-2024, les indépendantistes détiennent ensemble sur 54, soit un peu plus de 48 % de ses membres.

À la mi-, une majorité des membres du Congrès demandent l'organisation de cette nouvelle consultation, qui pourrait avoir lieu au second semestre 2020.. Après des négociations entre les différentes parties néocalédoniennes, les dates provisoires sont le ou le ., la deuxième date étant finalement retenue.. En raison des restrictions de circulation causée par la pandémie de Covid-19 ainsi que du report au du deuxième tour des élections municipales que celle ci entraine un report du scrutin est évoqué. Le Premier ministre Édouard Philippe propose ainsi fin mai de reporter le scrutin au . Si la proposition d'un report est initialement vue avec réticence par le camp non indépendantiste, qui souhaite en finir rapidement avec la période d'incertitude économique liée au référendum, une majorité des élus se prononce finalement sur une date plus tardive, proposant le ... Le gouvernement décide néanmoins de conserver un report à la date du , officialisée fin juin..

Modalités

Question posée vignette|Bulletins de vote utilisés La consultation porte sur le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, sur l’accès à un statut international de pleine responsabilité et sur l’organisation de la citoyenneté en nationalité.. Le référendum est officiellement appelé « consultation sur l'accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté. ».

La question posée aux Néo-Calédoniens avait fait l'objet d'un débat en 2018 pour le premier référendum entre indépendantistes et anti-indépendantistes concernant les expressions et .. Le , un compromis avait finalement été trouvé après des négociations entre le gouvernement d’Édouard Philippe et les différentes parties.. La question retenue pour le référendum sur l'indépendance de 2018, et conservée pour celui de 2020, est :

Conditions de participation Pour pouvoir voter, il faut d'abord être inscrit sur la liste électorale générale et sur la liste électorale pour la consultation sur l'accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté (LESC). Quelque inscrits sur la liste générale sont ainsi exclus du scrutin, soit 17 %.. Il s'agit essentiellement d'Européens arrivés en Nouvelle-Calédonie après 1994.

La question de l'inscription sur les listes de nouvelles personnes répondant à ces critères et ayant eu dix-huit ans depuis le référendum de 2018 fait l'objet d'intenses débats avant l'organisation du second référendum, les personnes de statut civil coutumier étant automatiquement inscrites, contrairement à celles de statut civil de droit commun qui doivent effectuer d'eux-mêmes la démarche d'inscription.. Les indépendantistes obtiennent finalement gain de cause, les anti-indépendantistes obtenant cependant l'assurance que les individus concernés seront contactés individuellement pour leur rappeler la possibilité de leur inscription..

Les anti-indépendantistes obtiennent en revanche la possibilité de faire campagne avec le drapeau tricolore français. Le code électoral français interdisant à un bord politique de s'approprier cet emblème au cours d'une campagne électorale, celle du référendum de 2018 avait vu les indépendantistes utiliser massivement le drapeau du FLNKS sans que les loyalistes puissent y opposer le drapeau français. Cette situation, décriée par les loyalistes, est corrigée par un décret gouvernemental pour le scrutin de 2020. La décision provoque néanmoins une levée de boucliers de la part des indépendantistes, qui jugent anti-démocratique une prise de position de l'État...

Résultats Globaux +Résultats globaux..ChoixVotes%Oui 46,74Non53,26Exprimés 98,79Blancs 855 0,55Nuls 0,66Total100Abstentions 14,31Inscrits/participation 85,69

« Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » Votes« Oui »(46,74 %) Votes« Non »(53,26 %) ▲ Majorité absolue

Par province vignette|droite|Vote arrivé en tête par province : +Résultats par province+54px|Drapeau de la Province Nord de Nouvelle-CalédonieProvince NordChoixVotes% Oui 78,34Non 21,66Exprimés 98,98Blancs 129 0,35Nuls 248 0,67 Total 100Abstentions 10,99Inscrits/participation 89,01+60px|Drapeau de la Province Sud de Nouvelle-CalédonieProvince SudChoixVotes%Oui 29,14 Non 70,86Exprimés 98,66Blancs 679 0,67Nuls 682 0,67 Total 100Abstentions 13,42Inscrits/participation 86,58+59px|Drapeau de la Province des îles Loyauté de Nouvelle-CalédonieÎles Loyauté ChoixVotes% Oui 84,27Non 15,73Exprimés 99,13Blancs 47 0,29Nuls 97 0,59 Total 100Abstentions 25,28Inscrits/participation 74,72

Par commune vignette|droite|Vote arrivé en tête par commune : vignette|droite|Pourcentages par commune. +Résultats dans les Commune Oui Non Blanc Nul Partici-pation± oui /2018± partici-pation /2018Bélep 96,45 % 3,55 % 0,13 % 0,13 % 81,43 % 2,00 4,58 Boulouparis 30,81 % 69,19 % 0,34 % 0,54 % 92,59 % 0,55 1,85 Bourail 32,72 % 67,28 % 0,54 % 0,86 % 90,94 % 1,81 2,43 Canala 95,42 % 4,58 % 0,25 % 0,53 % 91,31 % 1,15 5,74 Dumbéa 26,29 % 73,71 % 0,67 % 0,63 % 87,08 % 4,53 4,29 Farino 11,46 % 88,54 % 0,18 % 0,91 % 94,80 % 2,28 0,09 Hienghène 96,26 % 3,74 % 0,04 % 0,58 % 91,45 % 1,51 4,88 Houaïlou 87,43 % 12,57 % 0,28 % 0,72 % 87,17 % 3,53 4,78 Île des Pins 69,85 % 30,15 % 0,53 % 0,47 % 85,26 % 2,53 2,79 Kaala-Gomen 75,90 % 24,10 % 0,20 % 0,66 % 89,51 % 0,48 1,99 Koné 66,64 % 33,36 % 0,53 % 0,98 % 89,82 % 2,32 2,14 Kouaoua 79,46 % 20,54 % 0,38 % 0,48 % 89,91 % 5,92 5,63 Koumac 38,48 % 61,52 % 0,41 % 0,69 % 90,07 % 2,01 0,30 La Foa 32,55 % 67,45 % 0,40 % 0,94 % 92,44 % 2,59 1,05 Lifou 86,49 % 13,51 % 0,31 % 0,61 % 76,47 % 6,57 14,18 Maré 79,29 % 20,71 % 0,20 % 0,61 % 71,90 % 5,29 18,13 Moindou 46,10 % 53,90 % 0,95 % 1,23 % 93,03 % 1,61 1,73 Le Mont-Dore 28,16 % 71,84 % 0,99 % 1,03 % 86,51 % 2,60 2,90 Nouméa 23,31 % 76,69 % 0,63 % 0,58 % 84,71 % 3,82 4,42 Ouégoa 71,81 % 28,19 % 0,26 % 1,11 % 87,03 % 1,97 2,10 Ouvéa 86,18 % 13,82 % 0,33 % 0,51 % 74,81 % 2,00 15,41 Païta 28,77 % 71,23 % 0,75 % 0,51 % 87,57 % 2,87 1,95 Poindimié 82,52 % 17,48 % 0,37 % 0,64 % 91,00 % 3,26 3,08 Ponérihouen 89,18 % 10,82 % 0,42 % 0,59 % 88,77 % 3,56 3,09 Pouébo 95,12 % 4,88 % 0,05 % 0,64 % 84,62 % 0,87 3,76 Pouembout 48,17 % 51,83 % 0,60 % 0,53 % 89,41 % 1,64 1,34 Poum 85,14 % 14,86 % 0,24 % 0,32 % 88,54 % 1,47 4,21 Poya-Nord 67,30 % 32,70 % 0,21 % 0,56 % 89,52 % 3,14 2,96 Poya-Sud 2,31 % 97,69 % 0,00 % 0,00 % 91,53 % 0,26 0,92 Sarraméa 79,03 % 20,97 % 0,42 % 0,63 % 93,53 % 6,13 0,25 Thio 85,85 % 14,15 % 0,16 % 0,78 % 88,15 % 2,77 2,77 Touho 85,41 % 14,59 % 0,36 % 0,54 % 86,96 % 2,81 1,62 Voh 71,58 % 28,42 % 1,00 % 0,95 % 89,60 % 2,98 1,93 Yaté 90,96 % 9,04 % 0,12 % 0,25 % 92,10 % 2,73 2,21

Analyses vignette|droite|Carte de la participation selon les données provisoires. Avec une participation en hausse, le scrutin voit la victoire des non-indépendantistes qui, bien qu'en recul, réunissent un peu plus de 53 % des votants...

Le scrutin est notamment marqué par des intimidations de la part de partisans de l'indépendance vis-à-vis des électeurs. La présence de jeunes indépendantistes en masse aux abords de certains bureaux de vote brandissant des drapeaux, caillassant les voitures et proférant parfois des insultes racistes a été notée et dénoncée par les responsables politiques anti-indépendantistes.... Un recours est déposé devant le Conseil d'État par des élus loyalistes, concernant neuf bureaux de votes pour . La décision ne devrait pas changer le cours du scrutin, mais il s'agit pour les loyalistes d'une ....

Référendum de 2021