La bataille d'Alger ou la grande répression d’Alger oppose en 1957 à Alger (département d'Alger ou zone autonome d'Alger), durant la guerre d'Algérie, la parachutiste de l'Armée française aux indépendantistes algériens du Front de libération nationale (FLN). À la suite des nombreux attentats perpétrés contre la population par le FLN, le pouvoir civil délègue alors tous pouvoirs au général Massu pour démanteler l'organisation du FLN et ainsi mettre fin aux attentats, de janvier à .

Dès 1956, la violence s'accentue en Algérie et à Alger en particulier, Robert Lacoste, ministre résident et gouverneur général de l'Algérie, utilise les pouvoirs spéciaux adoptés à l'Assemblée nationale en . Il ordonne au général Jacques Massu, commandant de la parachutiste, de pacifier Alger. Le , Massu entre dans la ville avec et proclame la loi martiale. Le FLN réplique par des attentats et une grève générale qui débute le . En réaction, l'armée divise la ville en secteurs et ceinture les quartiers musulmans. Elle exerce une sévère répression et procède à des arrestations massives, internant les détenus dans des centres où l'on recourt à la torture pour obtenir des informations. Cette stratégie permet effectivement de démanteler l'organisation de la Zone autonome d'Alger, forçant ses dirigeants à quitter Alger et entraînant l'arrestation de certains membres clés, Larbi Ben M'hidi et Yacef Saâdi, ainsi que l'élimination d'Ali la Pointe.

La bataille est remportée par l'Armée française qui a éradiqué les attentats et la guérilla urbaine du FLN, l'ordre est rétabli, mais elle suscite une crise morale car les méthodes utilisées ne sont pas acceptées par tousPolémique suscitée notamment par le livre d'Henri Alleg, La question, paru en 1958.. Le , le général Jacques Pâris de Bollardière, opposé à la torture, demande à être relevé de ses fonctions. Des intellectuels et fonctionnaires, de même que certains réservistes servant en Algérie, lui emboîtent le pas. Le , Paul Teitgen, ancien résistant, catholique, secrétaire général de la police d'Alger, démissionne pour protester contre les méthodes du général Massu. En dépit de la censure, les Français découvrent les aspects moins connus de cet épisode de la guerre d'Algérie, tandis qu'en Algérie elle contribue à solidariser une partie de la population autochtone autour du FLN. Les Français d'Algérie, qui ont subi durant trois mois les attentats du FLN, n'oublient pas le général Massu qui a gagné la « bataille d'Alger », et le soutiennent lors de la crise de mai 1958, appelée également putsch d'Alger, lorsqu'il crée le Comité de salut public., puis une seconde fois lorsque, après avoir critiqué la politique algérienne du général de Gaulle, il est muté en métropole, ce qui provoque la semaine des barricades.

La « bataille d'Alger » est l'un des épisodes les plus sanglants de la guerre d'Algérie qui se termine en 1962 avec la proclamation de l'indépendance algérienne.

thumb|upright=1.3|La Casbah d'Alger « le maquis urbain », l'endroit propice à la clandestinité totale des dirigeants du FLN est le siège de l'état-major de la Zone autonome d'Alger.

Histoire L'utilisation de l'expression : « Bataille d'Alger » Les instruments essentiels des affrontements de la batailleSelon l'officier parachutiste français, Marcel Bigeard, qui a directement participé à l'opération, la désignation « bataille » constitue un abus de langage : cf Marcel Bigeard, Pour une parcelle de gloire, , cité in , , ont été, d'un côté, les attentats, et, de l'autre, les arrestations, les interrogatoires et la torture. Pour ces raisons, certains historiens jugent préférable de parler d'une gigantesque opération de police, d'autres d'une bataille du renseignement, sans sous estimer la violence de cet épisode, qui a entraîné pour les populations urbaines des épreuves, physiques et psychologiques, peut-être moins profondes que celles des populations des campagnes. Le général Massu, dans son ouvrage La vraie bataille d'AlgerLa vraie Bataille d'Alger, Plon, Évreux 1971, , dit avoir emprunté l'expression « bataille d'Alger » à Yacef Saâdi, qui avait publié en 1962 ses Souvenirs de la bataille d'Alger. Celui-ci, en revanche, observe que le général l'avait déjà employée dans une lettre du reproduite par celui-ci ci dans son livre. Mais on trouve déjà cette expression dans une directive de Robert Lacoste du Yves Courrière, La guerre d'Algérie Tome III : L'heure des colonels Collection : Le Livre de poche , Librairie Générale Française, 1982 , , dans laquelle il se félicite de la victoire dans « la bataille d'Alger ». Selon SaadiYaacef Saâdi, La Bataille d'Alger, Julliard, 1962, réédite en 2002 chez Publisud, l'inventeur de la formule serait un journaliste de « Radio Alger », Jacques Le Prévost, qu'il décrit comme un « polémiste redoutable », attaché à présenter de manière « tendancieuse » la cause du FLN, et contre lequel, en guise d'avertissement, une bombe aurait été déposée dans les studios de la station le . En choisissant un terme volontairement exagéré, les autorités françaises auraient voulu justifier leurs propres excès dans la répression. En tout cas, le terme s'est très vite imposé. thumb|300px|Alger : Principaux attentats du FLN, attentats contre-terroristes des ultras de l'Algérie française et opérations répressives par l'armée française avant et pendant la bataille d'Alger.

Principaux chefs militaires

Général Jacques Massu : commande la parachutiste et reçoit les pleins pouvoirs à Alger. Il dirige les opérations de la bataille d'Alger. Colonel Marcel Bigeard : son régiment, le de parachutistes coloniaux ou RPC, participe à la bataille d'Alger au sein de la Division Parachutiste Colonel Yves Godard : nommé par le général Massu comme chef d’état-major, chef du secteur « Alger sahel », qui lui délègue tous les pouvoirs de police. Il crée avec le capitaine Léger le Groupe de renseignement et d'exploitation. Il a dirigé la deuxième phase de la bataille d'Alger (juin-octobre). Colonel Roger Trinquier : dirige la première phase de la bataille d'Alger (janvier-juin) et crée le « Dispositif de protection urbaine » (DPU) chargé de contrôler la population Lieutenant-colonel Pierre Paul Jeanpierre : commande le étranger de parachutistes (REP) aux durs moments de la seconde phase de la bataille d'Alger, blessé par Yacef Saâdi au jour même de son arrestation dans la Casbah, le Capitaine Paul-Alain Léger : adjoint du colonel Godard pendant la seconde phase de la bataille d'Alger (juin-octobre) et infiltre les réseaux de la Zone autonome d'Alger sous le procédé de la fameuse « Bleuite ». Commandant Paul Aussaresses : chargé de la liaison avec la police au PC du général Massu, il supervise l'action des OR des régiments de la DP de janvier à juin. Général Jacques Pâris de Bollardière : commande un secteur à Mitidja et, en désaccord avec Massu, demande sa relève en

Principaux chefs du Front de Libération Nationale (FLN)

Abane Ramdane : responsable politique et financier et membre du CCE durant la première phase de la bataille d'Alger Krim Belkacem : responsable des liaisons, chef d'état-major, stratège de la lutte armée et membre du CCE durant la première phase de la bataille d'Alger Larbi Ben M'hidi, alias Si Hakim : responsable de l'action armée à Alger et membre du CCE Benyoucef Benkhedda, responsable politique et membre du CCE durant la première phase de la bataille d'Alger Yacef Saâdi, alias Si Djaâfar, Réda Lee : adjoint de Ben M'Hidi, responsable du réseau bombes, chef de la Zone autonome d'Alger et figure emblématique de la seconde phase de la bataille d'Alger. Ali la Pointe : adjoint de Yacef Saâdi Chérif Debih : dit Si Mourad, commissaire politique de la Zone autonome d'Alger et responsable du « réseau bombes » sous le commandement de Yacef Saadi. Il sera tué avec son compagnon Ramel au cours d'une véritable bataille rangée avec les parachutistes dans la Casbah, fin Août 1957. Arezki Haffaf alias Houd : responsable liaison renseignement de la Zone autonome d'Alger.

Filles du « réseau bombes » recrutées par le Front de Libération Nationale (FLN)

Contexte thumb|Filles du « réseau bombe » de Yacef Saâdi, de gauche à droite : Samia Lakhdari, Zohra Drif, Djamila Bouhired et Hassiba Ben Bouali

thumb|Le Milk-Bar à Alger en 2011, où s'est produit le spectaculaire attentat du 30 septembre 1956, bilan : 4 morts et 55 blessés, perpétré par la poseuse des bombes Zohra Drif du réseau bombes de Yacef Saâdi. Au moment de la prise photo, le cabinet de Zohra Drif, devenue avocate, se trouve au dessus du Milk Bar.

En , Rabah Bitat, le chef du FLN à Alger, ville qui compte , est arrêté et c'est Abane Ramdane, récemment libéré de prison, parachuté de Kabylie, qui prend en charge la direction politique d'Alger. Ramdane parvient en peu de temps à rassembler et à réimplanter le FLN dans la ville en créant la Zone autonome d'Alger (ZAA)Guy Pervillé, « Terrorisme et torture : la bataille d'Alger de 1957 », L'Histoire, (octobre 1997) . Abane, d'après son biographe Khalfa Mameri, souhaite mettre en place une stratégie d’« accélération voulue de la répression», pour unifier le peuple algérien autour du FLN. Après l'exécution de deux condamnés à mort le , il fait diffuser un tract menaçant : « Pour chaque maquisard guillotiné, cent Français seront abattus sans distinction »Guy Pervillé, Terrorisme et répression s’affrontent dans Alger, 2001 ; Lire en ligne. Et du 20 au , 49 personnes sont tuées ou blessées dans les rues lors de 72 attentatsGuy Pervillé, Bataille d'Alger, in L'Algérie et la France dictionnaire coordonné par Jeannine Verdès-Leroux, Robert Laffont 2009, ; .

En 1956, alors que la « question algérienne » doit être débattue à l'ONU, Abane Ramdane et Larbi Ben M'Hidi, décident à l'issue du congrès de la Soummam, pour donner au conflit une plus large audience, d'intensifier et de concentrer les opérations sur Alger« la bataille d’Alger, par Benjamin Stora », entretien avec Benjamin Stora, L’Express du 5 janvier 2007..

Dans le même temps, des négociations secrètes se déroulent à Belgrade et à Rome durant l’été 1956. Un attentat est commis à Bab El Oued, quartier européen d'Alger, le , par le commando FLN de Boudhries qui avait mitraillé des civils faisant un mort et trois blessés1956 la bataille d'Alger et des djebels Guy Mollet. En représailles, les plus radicaux des militants de l'Algérie française s'organisent en groupuscules paramilitaires, sous la direction d'André Achiary, ex-officier du SDECE qui fut sous-préfet dans le Constantinois au moment du massacre de Sétif (1945), 2008, . Avec des membres de l'Organisation de la résistance de l'Algérie française, créée par Robert Martel, Achiary monte l'attentat de la rue de Thèbes, dans la Casbah d'Alger, dans la nuit du , qui fait 16 morts et 57 blessés, et marque un tournant dans la guerre d'Algérie. Patrick Rotman souligne ainsi, dans L'Ennemi intime (2002), qu'« à Alger, le contre-terrorisme a précédé le terrorisme », mais la guerre d'Algérie a commencé depuis plus de 2 ans. L'historien Guy Pervillé note que cette interprétation oublie que les attentats contre-terroristes de l'été répondaient à la vague d'attentats commencée fin . Yacef Saâdi, qui était alors le chef militaire FLN de la Zone autonome d'Alger, déclarera ensuite à la journaliste Marie-Monique Robin :

Jusqu'au massacre de la rue de Thèbes, nous ne faisions des attentats à Alger qu'en réponse à des arrestations massives ou à des exécutions. Mais là, nous n'avions plus le choix : fous de rage, les habitants de la Casbah ont commencé à marcher sur la ville européenne pour venger leurs morts. J'ai eu beaucoup de mal à les arrêter, en les haranguant depuis les terrasses, pour éviter un bain de sang. Je leur ai promis que le FLN les vengerait.