L'histoire de la Jordanie indépendante commence le 25 mai 1946 avec la fin du mandat britannique sur la partie transjordanienne de la Palestine mandataire.
Ce royaume unifie des territoires occidentaux, appartenant au croissant fertile et habités depuis des millénaires, à d'immenses zones occupées majoritairement par le désert d'Arabie. La Jordanie est ainsi à la fois l'héritière des empires qui ont successivement dominé la région des quatre fleuves (le Jourdain, l'Euphrate, le Tigre et le Nil) et l'héritière des cultures arabe et bédouine du désert. Son histoire moderne a été largement rythmée par le conflit israélo-arabe et, plus qu'ailleurs, par le conflit israélo-palestinien. Cela s'explique par la composition de la population jordanienne à 70 % d'origine palestinienne et par la période de 1948 à 1967 pendant laquelle la Transjordanie annexa la Cisjordanie en donnant la citoyenneté jordanienne aux populations arabes de ce territoire.
Premiers âges
La Jordanie s'inscrit dans l'Arabah de la vallée du rift du Jourdain, partie sud de la faille du Levant.
Les premières traces d'activité humaine dans ce territoire datent de la période paléolithique (de -500 000 à - avant l'ère chrétienne). . Au cours du Néolithique (-8500 à -4500), les populations se sédentarisent dans des villages et augmentent en nombre grâce à la culture des céréales, des pois et des lentilles ainsi qu'à la domestication, principalement de chèvres. Le climat devient de plus en plus chaud et sec dans la partie orientale qui devient progressivement inhabitable une grande partie de l'année entre -6500 et -5500. À partir de -5500, la poterie est introduite en provenance de la Mésopotamie voisine.
Le plus important site jordanien datant du Néolithique se trouve à Ain Ghazal à Amman. Des habitations rectangulaires, divisées en chambres distinctes et parfois avec du plâtre au sol, y ont été découvertes. Les archéologues y ont aussi trouvé des crânes aux orbites oculaires remplies de bitume, comme sur plusieurs autres sites en Jordanie, en Palestine et en Syrie.
Dans la période chalcolithique (-4500 à -3200), l'usage du cuivre dans les outils se fait plus fréquent, les cultures de l'orge, des dattes, des olives et des lentilles se développent et la domestication des moutons et des chèvres dépasse la pratique de la chasse. Dans le désert, le style de vie devient probablement très semblable à celui des Bédouins actuels. Ghassoul est un village de cette époque découvert dans la vallée du Jourdain. Les maisons y sont faites de briques de boue séchées au soleil et les toits sont constitués de bois, de roseaux amalgamés à de la boue. Certaines de ces maisons ont des fondations en pierre et beaucoup sont organisées autour de larges cours intérieures. Les murs sont souvent peints avec des représentations d'hommes masqués, d'étoiles et des motifs géométriques, qui étaient peut-être liés aux croyances religieuses de cette époqueAncient Jordan - History, Site kinghussein.gov.jo.
Des villages commencent à construire des fortifications à partir de l'âge de Bronze afin de se protéger des tribus nomades. Les archéologues ont découvert à Bab al-Dhra, dans la vallée de Arabah, d'innombrables tombeaux en forme de puits, parfois avec des chambres multiples, ainsi que des maisons de briques contenant des restes humains, des pots, des bijoux et des armesDead Sea Plain, Expédition d'Archéologie. Les centaines de dolmens dispersés partout dans les montagnes ont été datés de la fin du chalcolithique voire du début de l'âge de Bronze.
Antiquité
Tandis que l'écriture se développe à partir de -3000 en Égypte et en Mésopotamie, elle n’apparaît en Syrie-Jordanie que plus de mille ans plus tard, malgré les échanges qui sont réalisés avec ces deux centres plus avancés. Un grand nombre de villages fortifiés aux sommets de certaines collines sont abandonnés, entre -2300 et -1950 avant l'ère chrétienne, à la faveur d'une vie plus pastorale ou pour des villages non fortifiés. Des changements politiques et/ou climatiques expliquent peut-être cette tendance qui s'accentue à mesure que les échanges se développent et que des communautés se concentrent davantage dans le nord et le centre de la Jordanie. Le sud reste peuplé uniquement par des nomades, connus sous le nom de Shasous.
De nouvelles fortifications apparaissent sur les sites de la Citadelle d'Amman, d'Irbid (ou Arabella) et de Tabaqat Fahil (ou Pella). Des villes sont entourées par des remparts avec des pentes glissantes pour empêcher leur escalade. Pella est ainsi entourée par des murs massifs et des tours de guet. Finalement, de nombreuses villes de Canaan et de la Transjordanie sont détruites à l'âge de Bronze moyen (vers -1550 avant l'ère chrétienne), à la même époque que l'expulsion des Hyksôs par les et d'Égypte.
De nombreux royaumes cananéens et sémites sont mentionnés dans la Bible et localisés en Jordanie : les Ammonites, les Édomites, les Moabites, les Amorrites, le Bachân et le Mont Séïr. La conquête du pays de Canaan par les Hébreux, comme relatée dans le livre de Josué (ces faits ne sont pas vérifiés par l'archéologie), commence par la rive orientale du Jourdain. Selon cette même tradition, la tribu de Ruben, la tribu de Gad et une moitié de la tribu de Manassé restent alors s'installer dans le pays de Galaad. Le premier roi israélite, Saül y intervient pour libérer les habitants de Jabès de l’invasion des Ammonites. Plus tard, le roi araméen de Damas, Hazaël, conquiert la région, soutenu par les Ammonites et les Moabites à la fin du . Une partie de ce territoire continuera à faire partie du royaume d'Israël jusqu'à sa destruction en -722 par l'Assyrie. Le roi d'Assyrie, Tiglath-Phalazar III crée la province de Galaad vers -733. En -582, les régions d’Ammon (Amman) et Moab deviennent des provinces babyloniennes pendant le règne de Nabuchodonosor II.
Au sein de l'empire grec, les Lagides qui succèdent à Alexandre le Grand en Égypte fondent un certain nombre de villes dans la région comme Gadara et Abila. Notamment, en 312 avant l'ère chrétienne, le roi gréco égyptien, Ptolémée II Philadelphe fonde la ville de Philadelphie, qui deviendra Amman. La ville de Gadara est prise par le séleucide Antiochos III lors de sa première invasion de la Palestine en -218Histoire générale, livre V, chap.XV de Polybe. Le terme Palestine est apparu en l'an 135 seulement, et fait référence à une région géographique, regroupant à la fois l'actuelle Jordanie et l'actuel Israël. Dans l'antiquité, le terme Palestine n'existait pas. La ville est renommée Antiochia Semiramis (ou Antioche) et SéleucieUmm Qais.
En -169, toute la région au sud d’Amman est sous le contrôle des Nabatéens. Leur capitale est la cité troglodytique de Pétra. Les récits de l'époque hasmonéenne relatent l'affrontement, dans le nord de Galaad, des troupes de Judas Maccabée face à une armée d'Ammonites dirigée par un certain Timothéos. Les Nabatéens y sont décrits comme bienveillants mais se heurtent aux Hasmonéens lorsqu’ils tentent de pénétrer dans le Golan.
En -102, le roi hasmonéen de Judée et grand prêtre de Jérusalem Alexandre Jannée investit Gadara et la prend après un siège de dix mois. Puis il prend Amathonte. En -101, Théodore, tyran de Philadelphie, massacre les troupes judéennes et reprend à Alexandre Jannée les trésors qu’il lui avait pris à Amathonte ; .. Après avoir maté une révolte chez les Judéens, Alexandre Jannée revient dans le pays de Galaad et de Moab, leur impose un tribut et se tourne de nouveau contre Amathonte. Il trouve la place abandonnée par Théodore et il la démantèle ; .. Après cette victoire, il subit un revers contre le roi nabatéen Obodas à Gadara en Gaulanitide. Cette défaite provoque une nouvelle révolte des Judéens qu’Alexandre Jannée réprime avec férocité. Le roi séleucide de Damas Démétrios III Eukairos est appelé à les secourir. En 88 ou , Démétrios écrase Alexandre Jannée, cette fois la défaite inquiète les Juifs qui se rassemblent autour d’Alexandre Jannée. Devant ce revirement, Démétrios préfère se retirer ; .. Arétas III successeur d’Obodas attaque la Judée (vers ). Alexandre Jannée subit un nouveau revers mais ce dernier parvient néanmoins à agrandir ses domaines. À sa mort en Alexandre Jannée a pris le contrôle de tout le versant ouest de la montagne de Galaad. Flavius Josèphe énumère les villes prises par Alexandre Jannée sur la rive est du Jourdain et signale qu’il a détruit Pella parce que ses habitants ont refusé de se soumettre aux lois juives qui cite ..
Vers , le romain Pompée restaure Gadara pour plaire à Démétrius son affranchi, originaire de la ville ; . Démétrius s'était exilé à la suite des guerres menées par Alexandre Jannée et sa politique de judaïsation. Démétrius, devenu plus riche que son ancien maître, aurait consacré une partie de sa fortune à la reconstruction de sa ville natale.
En , Aulus Gabinius est nommé proconsul en Syrie. Il sort vainqueur d'un affrontement avec le roi des Juifs Aristobule qu'il remplace par Hyrcan II dont la fonction se réduit à diriger le temple de Jérusalem. Il dote cinq cités de sénat de notables. Deux de ces villes ainsi gouvernées sont dans le pays de Galaad : Gadara et Amathonte les trois autres Jérusalem, Jéricho et Sepphoris sont en Judée et en Samarie (actuelle Cisjordanie).
En , les Parthes envahissent la Syrie-Palestine et écartent Hyrcan II. L'armée romaine victorieuse des Parthes permet à Hérode le Grand de prendre le pouvoir en Palestine. En remerciement de ses services Hérode reçoit les villes d’Hippos et de Gadara. La Pérée à l'Est du Jourdain devient un district judéen. À la mort d'Hérode, ces deux villes réintègrent la province romaine de Syrie () qui cite ; .
L'administration romaine distingue deux provinces : la Syrie dont Hippos et Gadara font partie tandis que les villes plus à l’est comme Gerasa, Philadelphie et Dion sont dans la province d’Arabie dont la Nabatène fait partie (106) et .. Les gouverneurs romains de la province d’Arabie sont tantôt à Bosra, tantôts à Pétra ou à Gerasa.. La densité du réseau de routes de la région autour de Gerasa et de Philadelphie laisse supposer une extension des zones habitées et cultivées..
Moyen Âge Jusqu'au , les Byzantins dominent la Décapole comprenant les villes de: Gerasa/Jerash, Philadelphie/Amman, Raphana/Abila, Dion/Capitolias, Gadara/Umm Qeis et Pella/Irbid. vignette|280px|Qasr Kharana, époque omayyade (vers 750).
Dès les premières décennies de l'hégire, les musulmans conquièrent la région. En 635, les forces musulmanes battent l'armée byzantine à la bataille de Fihl près de Pella. Le retrait des Byzantins est définitif après leur défaite à la bataille du Yarmouk le . Le territoire de la Jordanie actuelle fera intégralement partie de l'empire musulman au cours des différents califats qui se succèdent, notamment sous les Califes bien guidés (Rachidoune), les Omeyyades et les Abbassides puis les Mongols.
Originaires de la péninsule arabique, les Hachémites sont, selon la tradition, les descendants en droite ligne de l'arrière-grand-père de Mahomet, Hachim ibn Abd Manaf (mort en 510), appartenant comme lui à la tribu des Quraychites, riche et commerçante, qui dominait La Mecque au et à laquelle est dédiée une brève sourate du CoranCoran, Les Quraych, CVI, 1-4. Depuis le , les chérifs et émirs de La Mecque furent des Hachémites, voyant se succéder les empires régionaux tout en conservant leur autorité.
À partir de 1115, les Croisés créent la seigneurie d'Outre-Jourdain (1118–1189), un des États latins d'Orient. Les Ayyoubides et les Mamelouks y mettent un terme et s'affrontent également pour le contrôle de ce territoire jusqu'au et l'émergence de l'empire ottoman qui va durer jusqu'au début du .
Empire ottoman
La région de l'actuelle Jordanie passe sous contrôle ottoman au .