thumb|upright=1.5|Agroglyphe en Suisse.
Un cercle de culture (traduction de la dénomination anglaise « »), ou parfois « agrogramme » ou « agroglyphe », est un vaste motif ou ensemble de motifs géométriques créés dans un champ de céréales (généralement de blé) par courbure et couchage des épis. Apparus dans les pays anglo-saxons (Australie, Canada et Angleterre) dans la seconde moitié des années 1960, ils se sont développés et complexifiés à partir des années 1980. Visibles depuis le ciel, ces réalisations peuvent aller d'un simple cercle de quelques mètres de diamètre à des compositions de plusieurs hectares comportant de nombreuses figures disposées géométriquement.
Bien que l'origine humaine des agroglyphes apparus dans la campagne anglaise soit maintenant reconnue et que les approches scientifiques et sceptiques aient dissipé leur mystère, ces productions ne sont pas systématiquement revendiquées par leurs auteurs. Aussi divers amateurs de phénomènes paranormaux continuent-ils d'avancer des explications alternatives non étayées : phénomènes naturels inconnus, manifestations ufologiques ou manifestations ésotériques.
Nomenclature Cercle de culture, , cercle de récolte L'expression « cercle de culture » est une traduction directe de la locution anglaise (inventée par l'ingénieur britannique à la fin des années 1970 , Brian Regal, Greenwood Press, 2009, par Andrea Pelleschi, ABDO, 2012, ). On rencontre aussi, mais moins souvent, le calque de traduction « cercle de récolte ».
Agroglyphe « Agroglyphe », quant à lui, est un néologisme savant issu de agro- et de glyphe (littéralement « représentation graphique dans l'agriculture »).
Céréologie, céréologue L'étude de la formation de motifs géométriques dans les champs est la « céréologie » et les personnes étudiant ce sujet sont des « céréologues »Définitions de « céréalogie », lalanguefrancaise.com.
Historique
La fable du « diable faucheur » vignette|Représentation symbolique d'un « diable faucheur » dans une gazette anglaise du .
Des céréologues présentent comme étant l'ancêtre des cercles de culture la gravure d'un « diable faucheur » (), occupé à faucher une aire en forme d'anneau dans un champ d'avoine, figurant dans une gazette de 1678 Andy Thomas, « » 22 décembre 2005. Lauren Monaghan « Grand delusions » Cosmos, août 2009, : . Le texte d'accompagnement dit que le fermier, irrité par la rémunération excessive demandée par son faucheur pour accomplir son travail, jura qu'il préfèrerait que ce soit le diable lui-même qui s'en charge. Dans la nuit, le champ fut pris dans des flammes et le lendemain matin on retrouva l'avoine parfaitement fauchéeTranscription du texte :
,
Spi .
(…) . (sic), 1678.. Cependant, dans la mesure où l'avoine est non pas couchée mais fauchée et que c'est la totalité du champ qui est concernée et non une zone de celui-ci, on ne saurait voir dans cette gravure un ancêtre du cercle de culture.
Premiers cercles de culture Selon et Herman Roodenburg, les folkloristes sont muets sur la formation de cercles de culture au et dans la première moitié du , ce qui indique qu'on a probablement affaire à un phénomène contemporain récent Peter Jan Margry, Herman Roodenburg, , Ltd., 2007, 291 : .
Les premiers cercles de culture imprimés dans la végétation furent observés à la fin des années 1960 dans des pays anglo-saxons : en Australie, au Canada et en Angleterre.
Le , George Pedlez, propriétaire d'une plantation en Australie, près de la ville de Tully, prétend avoir été témoin du décollage d'un aéronef qui se serait posé dans un marécage. On découvre dans les roseaux ce qu'on qualifie à l'époque du nom de (« nid de soucoupe »), un aplatissement des végétaux de manière circulaire. D'autres nids de soucoupe sont découverts par la suite dans le voisinage Article de Bill Chalker, pour le « projet 1947 »..
Au Canada, un fermier de Duhamel, Alberta, découvre des cercles de culture le . Dans les semaines précédentes, plusieurs personnes avaient déclaré avoir vu des ovnis. Le rapport d'enquête conclut qu'il n'y avait pas de signe évident d'intervention humaine ni de trace d'activité chimique ni de radioactivitéBibliothèque et archives du Canada..
Confession de Doug Bower et Dave Chorley À partir de 1978, d'autres cercles apparaissent dans le sud de l'Angleterre, en , et dans les contrées avoisinantes. Leurs auteurs : deux peintres paysagistes anglais, Doug Bower et Dave Chorley, qui avouèrent, en 1991, les avoir exécutés par plaisanterie avec des planches en bois et une corde .. Se déplaçant de nuit sans être vus dans le sud de l'Angleterre, ils avaient tracé de 25 à 30 cercles à chaque époque où les blés lèvent. Un des auteurs, Doug Bower, d'origine australienne, s'était inspiré des « nids de soucoupe » () tracés à l'aide d'un tracteur par des agriculteurs australiens pour faire croire à l'atterrissage de soucoupes volantes comme dans le cas de l'observation de Tully, dans le Queensland, le . C'est seulement à partir de 1981 que les créations de Bower et Chorley attirèrent l'attention des médias et qu'elles furent attribuées à des extraterrestres . It happens in the best circles, Time, september 23, 1991..
Au fil du temps, à mesure que le nombre des cercles de culture croît, les motifs deviennent de plus en plus complexes : alors que les premiers agroglyphes étaient de simples disques, certains de ceux apparus dans les années 1990 et 2000 sont de plus en plus élaborés et complexes. Les agroglyphes se répandent dans plusieurs régions du mondeUn agroglyphe de de diamètre est découvert dans un champ de riz à Sleman, près de Yogyakarta, en Indonésie, le 24 janvier 2011. Des agroglyphes avaient déjà été signalés à Tuban (Java oriental) en 1986 et 1987. D'après l'article « Yogyakarta », , 25 janvier 2011. Consulté le 3 novembre 2012..
Recensement Les statistiques sur les cercles de culture divergent parfois beaucoup d'une étude à l'autre. Entre 170 et 250 agroglyphes sont recensés chaque année dans le monde, dont une soixantaine au Royaume-Uni et 90 % en Europe Statistics, The International Crop Circle Archive. Les bases de données recensent de 2500 The International Crop Circle Database, base de données répertoriant les cercles de culture jusqu'en 2008. à 7000 Cropcirclecenter.com. occurrences en tout.
La plupart d'entre eux apparaissent entre juin et août USA Crop Circles 1990-2008 - Reports by Month, Independant Crop Circle Research Association, principalement dans des champs de blé, mais aussi dans l'herbe, le maïs et plus rarement dans d'autres cultures USA Crop Circles 1990-2008 - Crop Medium Analysis, Independant Crop Circle Research Association..
Une étude suggère qu'ils sont de préférence créés à proximité des routes, près de zones d'habitation moyennes à denses, et systématiquement dans des zones faciles d'accès Jeremy Northcote, Spatial distribution of England's crop circles, Geography Online, Southern Illinois University..
Origine des cercles de culture vignette|Agroglyphe. L'explication généralement admise est que les agroglyphes sont des créations humaines, soit relevant du canular, soit similaires aux créations du ou encore aux graffitis dans un milieu urbain.
Construction La très grande majorité des figures sont constituées de lignes droites et d'arcs de cercles (lunules, spirales, etc.) The Crop Circle Mystery: A Closer Look, Benjamin Radford, Live Science Contributor. : un décamètre de longueur suffisante et une « planche à foulage », planche en bois d'un à deux mètres de long aux extrémités reliées par une corde, suffisent ainsi à les réaliser Faking UFOs, Roel Van der Meulen Robert Irving, John Lundberg, The Field Guide: The Art, History and Philosophy of Crop Circle Making, 2006.
Des agroplyphes relativement complexes n'exigent pas de dextérité ou d'expérience particulièreBeginners guide, circlemakers.org. Une équipe de trois ou quatre personnes peut ainsi construire une figure en quelques heures : le plan dessiné à la main sur une feuille de papier, l'équipe intervient la nuit, à la lueur des étoiles et de la Lune. L’œil humain, une fois accoutumé à l'obscurité, voit suffisamment loin pour se repérer.
Selon Andy Russel, les créateurs de revendiqueraient rarement leur création par peur des sanctions pénales. Ils auraient néanmoins le sentiment d'être lésés en raison des bénéfices que feraient les céréologues sur leurs œuvresAndy Russel, Les cropmakers cultivent le mythe, Nexus, , mai-juin 2011, pp. 84-89..
Cas avérés de canulars La création des agroglyphes réalisés à partir de 1978 a été revendiquée par deux fermiers britanniques, Doug Bower et Dave Chorley, dans la région d' dans le district de . Ils expliquèrent plus tard leur intention de faire une plaisanterie, inspirée par les « » d'Australie en 1966.
Expérience du spécialiste d'effets spéciaux André Pierdel (1990) En 1990, le spécialiste d'effets spéciaux André Pierdel est contacté par un groupe informel de sociologues et d'enquêteurs-ufologues, le VECA (acronyme de Voyage d'étude des cercles anglais), qui s'intéresse aux cercles de culture. Souhaitant faire vérifier la faisabilité de ces cercles par une personne qui serait adroite et facétieuse, ces ufologues proposent à Pierdel d'exécuter une figure dans un champ de blé beauceron. Pierdel accepte de relever le défi en fonction du cahier des charges qui lui est remis. En , à Verdes (Loir-et-Cher), avec deux aides (dont le propriétaire du champ), il réalise une figure (parmi les plus complexes recensées à l'époque) appelée « quintuplet », de 70 m d'envergure, composée d'un cercle central de 40 m de diamètre, de deux anneaux concentriques et de quatre satellites. Il s'acquitte de sa tâche en deux heures pile, en respectant scrupuleusement le cahier des charges. Sa prestation sera dévoilée au public en , dans un dossier de la revue Science & Vie () consacré aux cercles de culture et aux conclusions de l'équipe VECA90, signé de Thierry Pinvidic et intitulé « L'histoire folle des ronds dans le blé »Gilles Munsch, Rapport VECA, Groupe d'études et d'informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (GEIPAN), 1993..
Expérience en aveugle de vidéastes français (2018) vignette|Motif de l'agroglyphe de Sarraltroff. Le , à Sarraltroff (Moselle), un groupe de youtubeurs français (dont Thomas C. Durand, Christophe Michel et Defakator) dirigé par le vidéaste Arnaud Thiry, réalise une expérience pour éprouver la fiabilité des différentes méthodes tentant de déterminer l'origine des agroglyphes. Le groupe crée un cercle de culture, dont la fabrication est filmée afin de prouver son origine humaine. En aveugle, les tenants de l'hypothèse extraterrestre authentifient le cercle de culture comme d'origine extraterrestre, ce qui amène à la conclusion que leurs méthodes sont pseudo-scientifiques. À l'inverse, l'expérience met en évidence la pertinence de la méthode proposée par le rapport du groupe VECA et le traitement sans critique ni mise en perspective du sujet par la presse...
Une expérience semblable avait déjà été menée en 2007, de nuit, sans éclairage, avec des outils (comme des cordes et des planches), à l'initiative d'une équipe de journalistes. Le faiseur de cercles John Lundberg y témoigne : « Pour nous en tant qu'artistes, une œuvre est d'autant plus réussie qu'elle génère des débats autour de son origine. [...] Ce qui continue à m'intéresser dans les cercles, au-delà du défi technique, c'est le plaisir de savourer les histoires et la mythologie autour de ces créations ». Les anomalies physiologiques alléguées des épis de blé ont été jugées normales par les agronomes et biologistes consultésLes crops circles sont-ils des signes extra-terrestres ?, Question a la une, RTBF, 2007..
Cercles de culture dessinés dans un but artistique