René Étiemble (prononcé //), né le à Mayenne et mort le à Dreux, connu sous le nom de plume d’Étiemble, est un écrivain et universitaire français, reconnu notamment comme sinisant éminent, spécialiste du confucianisme et du haïku et traducteur de poésie.

Défenseur des littératures extra-européennes, il est reconnu comme l'un des principaux initiateurs et animateurs de la littérature comparée de son époque.

La parution en 1964 de son livre le plus connu, Parlez-vous franglais ?, vaut à René Étiemble d'être salué comme le « pourfendeur du franglais ».

Origines et vie privée René Ernest Joseph Eugène Étiemble naît le à Mayenne.. Il est le fils d'Ernest Étiemble, voyageur de commerce, et d'Angèle Falaise, ouvrière modiste. Il est très tôt orphelin de père. Sa famille est d'origine dieppoise : le patronyme Étiemble est une forme régionale du prénom Étienne.

Il passe son enfance entre Mayenne, sa ville natale, et Laval, où il poursuit ses études secondaires au lycée Ambroise-Paré, dont il ne garde pas un souvenir ébloui. Titulaire du baccalauréat, il gagne Paris et prépare le concours d'entrée à l’École normale supérieure au lycée Louis-le-Grand, où Albert Bayet lui donne le goût de la clarté et de la simplicité efficace. Il intègre l'école en 1929.

Il épouse Yassu Gauclère, qu'il a rencontrée lors d'un voyage à Moscou.. Elle meurt d'un cancer en 1961. En secondes noces, il épouse, le , Jeannine Kohn, avec laquelle il adopte, en 1975, une enfant, Sylvie Étiemble, d'origine vietnamienne.

Débuts et engagements Il est agrégé de grammaire. Passionné par la Chine et la philosophie, il entreprend alors des études de chinois à l'École des langues orientales. Il est pensionnaire à la Fondation Thiers de 1933 à 1936. Il s'engage en politique et adhère à l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires qui veut unir les écrivains antifascistes. Il s'éloigne cependant rapidement de la galaxie communiste française et « Etiemble, un bilan », dans Le Monde daté du 3 mars 1990.. Il reviendra plus tard sur son engagement communiste : .

Après son voyage à Moscou, il fonde en 1934 « Les Amis du peuple chinois », avec Louis Laloy, André Malraux, Paul Vaillant-CouturierÉtiemble, Quarante ans de mon maoïsme, 64-66., association proche du Parti communiste français et qui soutient Mao Zedong. Malgré sa rupture avec le stalinisme en 1936, il restera favorable à Mao pendant de nombreuses années (s'il reconnaît que les maoïstes chinois sont « durs sans doute, et souvent impitoyables », il admire sans réserve leur volonté de relever la civilisation chinoise dont ils seraient les héritiers philosophiquesÉtiemble, Connaissons-nous la Chine ?, 1964.). Il revient ensuite sur ce jugement alors que le maoïsme devient à la mode en Occident, et polémique durant les années 1960 avec les maoïstes français réunis autour de la revue Tel Quel, notamment Philippe Sollers et Julia Kristeva. Lors de la sortie de l'ouvrage de Simon Leys, Les Habits neufs du président Mao, fortement critique à l'égard de Mao, Étiemble fait l'éloge du livre du sinologue belgeÉtiemble, « Les Habits neufs du président Mao », Le Nouvel Observateur, 13 décembre 1971, repris dans Quarante ans de mon maoïsme, 357-361.. En 1976, il publie Quarante ans de mon maoïsme qu'il présente comme un « examen de conscience d'un de ces imbéciles qui, en 1934, fondèrent à Paris une association de soutien à Mao Tsö-tongQuatrième de couverture de Quarante ans de mon maoïsme. ». Simon Leys écrit quant à lui que « deux hommes seulement peuvent fièrement remettre aujourd'hui sous les yeux du public ce qu'ils écrivaient hier sur ce sujet [la Chine]Simon Leys, Essais sur la Chine, Robert Laffont, collection « Bouquins », 1998, p. 685. ».

Ses pérégrinations : Antilles, Mexique, États-Unis, Égypte, Moscou, Hongrie, Chine, Japon, Inde, dont il déclarait : , détrompèrent ses convictions socialistes. Cependant en utopiste non repenti, il refusait le désespoir :

Littérature Il entre en littérature sous la tutelle de celui qu'il appellera plus tard son « parâtreÉtiemble, Lignes d'une vie, Arléa, 1988. », Jean Paulhan : il signe, dans la N.R.F. d' sous le pseudonyme de Jean Louverné (reprenant le nom d'une commune mayennaise située à côté de Laval), un article consacré à André Gide et publie en 1937 son premier roman autobiographique, L'Enfant de chœur. Les 226 lettres inédites de Jean Paulhan à René Étiemble ont été éditées et annotées par Jeannine Kohn-Étiemble (Klincksieck, 1975). Après deux brefs séjours comme professeur au lycée de Beauvais et un voyage au Mexique, il enseigne à l'Université de Chicago jusqu'en 1943, date à laquelle il est détaché à l'Office of War Information de New York. Pendant ses années américaines, il fait de longs séjours en Arizona et se passionne pour les cultures indiennes, notamment hopi ; elles lui inspirent une pièce monumentale, Cœurs doubles, qu'il tentera vainement de faire jouer après la guerre.

Dans le domaine de la littérature comparée il a reçu le prix Balzan en 1988 (motivation du Comité général des prix Balzan).

Universitaire À la fin de 1943, il s'installe en Égypte où il est nommé chef de la section de français de l'Université d'Alexandrie. Il y fonde, avec l'appui du recteur Taha Hussein, la revue littéraire Valeurs dont le premier numéro paraît en 1945. Il est par la suite nommé à l'université de Montpellier, en 1948. Il est élu à la Sorbonne en 1955 où il enseigne la littérature comparée jusqu'en 1978.

Il peut être considéré comme le véritable introducteur en France de la littérature comparée. Après avoir donné, avec Le Mythe de Rimbaud, un imposant exemple des études de réception littéraire (comment l'œuvre et le personnage de Rimbaud ont été lus, compris, interprétés voire déformés en « mythe » à travers le monde), il s'est ainsi employé à faire l'histoire exhaustive des liens culturels entre la Chine et l'Europe depuis l'Antiquité (L'Europe chinoise). Outre ces deux entreprises monumentales, il a défendu et illustré le comparatisme littéraire dans de nombreux articles, en partie rassemblés dans ses Essais de littérature universelle.

Ces travaux se fondent en effet sur cette idée de littérature universelle, inspirée de Goethe (Weltliteratur). Pour lui, les littératures, et plus généralement les cultures, ne peuvent être considérées comme des entités pures et hermétiques : les formes et les idées circulent sans cesse et depuis toujours, même entre des univers culturels sans rapports apparents, et cette circulation est créative, même quand elle repose sur des contre-sens ; Étiemble a ainsi montré comment l'esthétique poétique symboliste, stérile et obsolète en Europe, a eu en revanche un effet novateur et fécondant dans les littératures chinoise ou japonaise ; de même que des formes littéraires orientales comme le haïku ou le pantoum ont inspiré les poètes européens, même quand ils en avaient une conception erronée.

En outre, Étiemble considère que les grandes catégories poétiques dépassent les littératures nationales et ne peuvent être vraiment comprises que par une approche aussi universelle que possible. Il est ainsi absurde, selon lui, de disserter sur l'épopée à partir des seuls exemples européens, en ignorant les littératures épiques persane, indienne, peule.

Il a défendu ce mondialisme littéraire par ses activités de traducteur, de critique, de directeur de collection et de professeur d'université, en entretenant des échanges incessants avec des écrivains, des intellectuels, des universitaires de tous les continents, en accueillant et dirigeant de nombreux étudiants étrangers et en encourageant les travaux comparatistes. Avec l'invention du néologisme « franglais », il se fit le pourfendeur des emprunts envahissants d'expressions anglaises dans l'usage courant de la langue française.

Écrivain Directeur littéraire des éditions du Scarabée, il signe dans le même temps des articles de critique littéraire dans La Nouvelle Revue française et Les Temps Modernes (1946-1952). Il exerça une plume acérée et sensible au service d'Arthur Rimbaud et de Confucius. C'est un défenseur des valeurs de la langue française. Il sera directeur de la collection « Connaissance de l'Orient » chez Gallimard ayant pour but de faire connaître en France les littératures asiatiques, qu'elles soient chinoise, japonaise, indienne, vietnamienne ou autres.

Éclectisme et combats

Franglais La parution en 1964 de son livre le plus connu, Parlez-vous franglais ?, vaut à René Étiemble d'être salué comme le Nedim Gürsel, « Étiemble : le pourfendeur du franglais », pp. 89-91, in Le Mythe d'Étiemble : Hommages - Études et recherches - Inédits, Didier Érudition, 1979, coll. « Études de littérature étrangère et comparée », 366 p.Marc Francioli, Jacques Soustelle : l'ami qui a défié De Gaulle, Éditions du Rocher, 2015, 316 p. (édition numérique) : .Geneviève Jacquinot, L'école devant les écrans, les éditions ESF, coll. « SE Sciences de l'éducation », 2012 (édition numérique, 2016, FeniXX) : ..

Écrivant l'anglais comme le français, il estimait qu'aucune de ces deux langues n'avait à empiéter l'une sur l'autre, chacune ayant à respecter son génie propre. Il citait à cet égard en exemple le « bowling green » devenu « boulingrin », le « packet-boat » francisé en « paquebot » et le « riding-coat » dont on avait fait avec bonheur la « redingote ».

Considérant comme une régression le « babélien », y compris dans sa manifestation nommée par lui « sabir atlantique », il se montrait critique des anglicismes d'ignorance, comme l'abréviation « Mr. » au lieu de « M. » pour « monsieur » (il fit gratter ce « r » d'une inscription le désignant dans une intervention publique, refusant sa prestation tant que la correction n'aurait pas été effectuée)Tous ces exemples sont donnés par lui dans Parlez-vous franglais ?.

Civilisation chinoise Ses nombreux ouvrages sur la Chine, en particulier Confucius (1956), montrent une grande admiration pour la civilisation chinoise, qu'il affirme sous-évaluée par les universitaires occidentaux.

« Mythe de Rimbaud » Il est l'auteur du concept de « mythe de Rimbaud », par lequel il estimait que l'interprétation de l'œuvre du poète Arthur Rimbaud avait « été plombée par les commentaires et les crétineries »Claire Devarrieux, Mort du professeur, essayiste et pamphlétaire, célèbre pour « Parlez-vous franglais ? », Libération, 8 janvier 2002.Françoise d'Eaubonne, Verlaine et Rimbaud. Ou la fausse évasion, Albin Michel, Paris, 1960 (réédition numérique FeniXX, 336 p.) : .. Il en fait le sujet de sa thèse en 1952.

Autres combats D'autres combats : Racismes (réédité en 1998 par Arléa), puis l'Érotisme et l'amour, en 1987, où il entendait montrer qu'on parle trop d'amour, c'est-à-dire mal.

Étiemble aurait été également un pamphlétaire littéraire : invité de Bernard Pivot en 1988, il se prit à réexaminer la figure de Jean Paulhan, précepteur de Claude et de Michel Gallimard, ce dernier fils et neveu de Gaston Gallimard. À propos de l'accident de voiture où Michel Gallimard se tua avec Albert Camus en 1960, il écrit : « J'ai longtemps enquêté et j'avais les preuves que cette Facel Vega était un cercueil. J'ai cherché en vain un journal qui veuille publier mon article... ».

Œuvres Principaux ouvrages

Autres réalisations Édition de Gil Blas de Santillana, de Le Sage, Paris, Folio Classique, 1973, . Édition des deux volumes de la Pléiade consacrés aux Romanciers du . Édition du premier volume des Philosophes taoïstes, Bibliothèque de la Pléiade, 1980. Traductions de Giuseppe Antonio Borgese et de T. E. Lawrence

Distinctions Récompenses 1944 : prix de la première pièce 1952 : prix Sainte-Beuve (critique) 1974 : prix de l'essai de l'Académie française pour Essais de littérature (vraiment) générale 1981 : prix international du livre 1981 : prix de l’Union rationaliste pour l’ensemble de son œuvre 1982 : prix de la critique littéraire 1986 : Lauréat du PEN club français