Sophie Charlotte Auguste de Wittelsbach, duchesse en Bavière puis, par son mariage, duchesse d'Alençon, est née le à Munich (Bavière) et morte le dans le (France).

La princesse est la sœur cadette d'Élisabeth, impératrice d'Autriche et reine de Hongrie (plus connue sous le diminutif « Sissi ») et de Marie, reine des Deux-Siciles. Ses tantes maternelles ayant épousé des souverains allemands (Autriche, Prusse, Saxe), Sophie-Charlotte, comme ses frères et sœurs, est entre autres une cousine germaine de l'empereur (dont elle est aussi la belle-sœur), de l'empereur , des rois , Maximilien II de Bavière, Albert et , de la reine Joséphine de Suède, de la grande-duchesse Mathilde de Hesse-Darmstadt. Elle est aussi la tante de la reine Élisabeth de Belgique.

Elle meurt lors de l'incendie du Bazar de la Charité.

Famille vignette|Le duc et la duchesse en Bavière (1888). vignette|« Possi », le château des ducs en Bavière. vignette|Les enfants du duc en Bavière : « Sopherl », 7 ans, « Mapperl », 5 ans, « Gackel », 15 ans, « Néné », 20 ans, Louis-Guillaume, 23 ans, « Spatz », 11 ans et Marie, 13 ans (1854).

Issue de l'illustre maison de Wittelsbach, Sophie-Charlotte est le septième enfant ayant atteint l'âge adulte des dix enfants du duc Maximilien en Bavière (1808-1888), chef de la branche cadette de la maison de Bavière, et de la duchesse Ludovica de Bavière (1808-1892), fille du roi Maximilien de Bavière (1756-1825) et de la reine née Caroline de Bade (1776-1841).

Le , la duchesse Sophie-Charlotte épouse à Possenhofen, résidence des ducs en Bavière, le prince Ferdinand d'Orléans (1844-1910), duc d'Alençon, fils cadet du duc de Nemours (1814-1896), et de feu son épouse née Victoire de Saxe-Cobourg-Kohary (1822-1857). Le duc d'Alençon, petit-fils du feu roi des Français Louis-Philippe , vit avec sa famille en exil en Angleterre (sa mère était une cousine germaine de la reine Victoria du Royaume-Uni et une nièce du roi des Belges Léopold ). Son frère a épousé la princesse héritière du Brésil.

Sophie-Charlotte et son époux ont deux enfants : Louise (1869-1952) qui s'unit en 1891 à son cousin le prince Alphonse de Bavière, infant d'Espagne (1862-1933) ; Emmanuel (1872-1931), duc de Vendôme, qui épouse, en 1896, après une liaison avec Louise de Maillé et la naissance d'un enfant naturel, la princesse Henriette de Belgique (1870-1948), sœur du roi Albert de Belgique.

Biographie thumb|Deux sœurs de Sophie-Charlotte : « Néné » et « Sissi (1853) ».

Surnommée affectueusement « Sopherl » par sa famille, la jeune duchesse est élevée comme ses frères et sœurs librement et sans réelle contrainte entre le château de Possenhofen, surnommé familièrement « Possi », et la Residenz de la capitale, Munich.

Âgée de quelques mois lors de la révolution de 1848, la princesse n'en a pas gardé de souvenirs. Elle se souvient mieux en revanche du mariage brillant de sa sœur Élisabeth, dite « Sissi », son aînée de 9 ans dont elle est la sœur préférée : au mois d', la duchesse Ludovica avait été invitée à se rendre à Ischl, résidence d'été de la famille impériale autrichienne, où serait fêté le vingt-troisième anniversaire de son neveu l'empereur d'Autriche. La duchesse devait être accompagnée de sa fille aînée Hélène âgée de 19 ans. Cette fête familiale servirait de paravent à une célébration plus politique, l’annonce des fiançailles de l'empereur avec Hélène. Cependant, la duchesse Ludovica emmena avec elles sa seconde fille, alors âgée 15 ans. L'empereur tomba immédiatement amoureux de sa jeune cousine, renonça à Hélène qui en fut ridiculisée et épousa l'année suivante Sissi.

Ce mariage inopiné voire inopportun permettra cependant aux autres filles des ducs en Bavière de contracter des unions brillantes à défaut d'être heureuses.

En 1858, Hélène alors âgée de 24 ans, n'a toujours pas trouvé d'époux. À l'époque, cela est mal vu par la société, d'autant que la jeune femme a subi une humiliation, sa sœur lui ayant été préférée. Elle est demandée en mariage par le richissime prince héritier Maximilien de Tour et Taxis. Le roi de Bavière, chef de la famille royale, refuse car le prince, malgré son immense fortune, n'est pas de sang royal. Sissi et François-Joseph, qui n'oublient pas l'affront qu'ils ont infligé à Hélène, s'entremettent. Le roi cède devant le couple impérial et le mariage est célébré. Hélène et Maximilien formeront un couple uni avant que la mort ne les sépare prématurément.

L'année suivante Marie-Sophie, qui ne parle pas un mot d'italien, épouse le prince héritier des Deux-Siciles qui ne parle pas un mot d'allemand. Le couple s'entendra mal. Peu après, le prince héritier devient roi. Chassés de leurs états par les Chemises Rouges de Garibaldi, Le couple se réfugiera avec ses fidèles dans la forteresse de Gaëte où pendant deux ans Marie sera l'âme de la résistance. Vaincu, le couple royal recevra la protection du pape Pie IX et vivra à Rome où l'intrépide Marie aura d'une liaison adultérine une fille (née discrètement à Augsbourg) avant de se réconcilier avec son mari. Le couple n'aura qu'une fille morte à la naissance et vivra séparément.

Pour tromper son ennui, Marie souhaite partager sa vie avec sa sœur cadette, la pétillante Mathilde dite « Spatz », qui signifie Moineau. Avec la complicité d’Élisabeth, un mariage est organisé entre la sœur cadette de la reine et le frère cadet du roi, Louis, comte de Trani. Les noces sont célébrées en 1862 mais le couple ne s'entendra pas mieux que le couple royal. Mathilde connaîtra aussi l'adultère, le couple vivra également séparément et tandis que Mathilde voyage avec sa sœur, Louis sombrera dans l'alcoolisme.

Aussi avantageux qu'ils soient, les mariages des princesses en Bavière ne sont pas forcément heureux et ces jeunes femmes reviennent si fréquemment à « Possi », cherchant à recréer la magie d'une enfance perdue et se plaindre de leur vie conjugale que leur père en est exaspéré au point de les renvoyer avec fracas auprès de leurs maris. De son côté, la duchesse Ludovica (qui ne fut guère heureuse en ménage) admettra que si ses gendres n'étaient pas parfaits, ses filles étaient loin d'être des épouses faciles.

Quant aux frères aînés de Sophie-Charlotte, le premier est l'héritier du titre Louis-Guillaume, passionné de théâtre. Il va aller jusqu'à renoncer à ses titres et privilèges pour épouser la femme de sa vie, une comédienne dont il aura deux enfants et qui saura se comporter avec tact avec sa belle-famille princière.

Le second, Charles-Théodore, que le mariage morganatique de son frère a rendu héritier du titre, a épousé en 1864 une de leurs cousines, la princesse Sophie de Saxe. Union conforme au rang des jeunes gens mais aussi mariage d'inclination. Après avoir donné le jour à une petite fille, la jeune duchesse mourra de maladie à l'âge de 22 ans laissant Charles-Théodore désespéré. Ce deuil influera sur la destinée du jeune prince qui entamera plus tard des études de médecine.

Sophie-Charlotte, qui vient d'avoir 15 ans, est témoin de ces scènes. Elle reste la dernière fille célibataire de la famille ducale et la duchesse Ludovica se met donc en recherche d'un prince pouvant rehausser encore l'éclat de sa maison.

En effet, nonobstant les drames personnels, les mariages brillants de ses filles flattent l'amour-propre de leur mère, la duchesse Ludovica qui se console ainsi de ses déboires conjugaux. Fille benjamine du roi Maximilien de Bavière, elle a été mariée contre son gré à son cousin Maximilien, duc en Bavière alors qu'elle espérait épouser le roi . Ce mariage fut pour elle une blessure d'amour-propre dans la mesure où d'une part, il la faisait régresser dans la hiérarchie sociale, d'autre part ses sœurs avaient épousé des souverains et elle se devait de se comporter envers eux avec la componction d'une inférieure car ce n'est qu'en 1845 que le roi Louis , frère de Ludovica, accorda à son beau-frère le duc en Bavière le prédicat d'Altesse Royale qui permit à la duchesse de retrouver une partie des honneurs qu'elle avait reçus enfant et de faire meilleure figure en présence de sa famille.

Princesse mélomane Musicienne dotée d'une jolie voix et admirant la musique de Richard Wagner, Sophie-Charlotte refuse d'abord tous les partis qui se présentent à elle, au grand dam de sa mère. thumb|left|« Sopherl ».

Ainsi, « Sopherl » refuse-t-elle successivement les propositions du roi Louis de Portugal, du prince Philippe de Wurtemberg, un petit-fils du roi des Français Louis-Philippe, et en 1866 celle de l'archiduc Louis-Victor d'Autriche, le propre frère de l'empereur d'Autriche (le beau-frère de « Sissi »).

Pour la duchesse Ludovica, ces refus sont autant de catastrophes et le mariage de sa benjamine, toujours célibataire à 19 ans, devient un véritable casse-tête.

C'est alors que se présente Louis II de Bavière. Le roi Maximilien II de Bavière est mort en 1864 ; son fils aîné lui a succédé. Il est âgé de 19 ans, ami d'enfance du duc Charles-Théodore en Bavière, frère aîné de Sophie-Charlotte. Fasciné par son impériale cousine « Sissi », il apprécie le charme et le talent de Sophie-Charlotte et partage avec elle son goût (qui chez lui tournera à l'idolâtrie) pour la musique de Richard Wagner, le compositeur qu'il a appelé à sa cour dès son avènement. Cependant, la conduite du musicien et son train de vie dispendieux choquent les munichois. Quelques mois après son arrivée à la cour, le jeune roi a été contraint de se séparer de son protégé.

thumb|Paul de Tour et Taxis. Sur les conseils de son aide de camp et ami intime, le prince Paul de Tour et Taxis - dont le frère aîné a épousé "Néné", la duchesse Hélène en Bavière, fiancée délaissée de l'empereur François-Joseph et sœur aînée de "Sopherl" et de "Sissi" - le jeune souverain se décide à se marier et choisit d'épouser sa cousine qu'il surnomme Elsa du nom de l'héroïne de Lohengrin, l'opéra du « maître ».

Elsa ou les fiançailles rompues thumb|Photographie officielle des fiançailles royales. Le , sont proclamées les fiançailles officielles du roi Louis II de Bavière, qui est également le chef de la maison de Wittelsbach avec la duchesse Sophie-Charlotte, sa cousine.

La duchesse Ludovica exulte : princesse de second rang, voici qu'elle va devenir la mère de sa souveraine, et si un fils naît, la grand-mère du futur roi de Bavière.

Après la défaite face à la Prusse et la dissolution de la Confédération germanique, le mariage du jeune roi, avec une cousine bavaroise, réjouit les Bavarois. Le roi a 21 ans, Sophie, 18. Ils se connaissent depuis l'enfance. Louis II, qui admire sa cousine l'impératrice d'Autriche eut pour compagnon de jeu Charles-Théodore. Les deux jeunes gens ont aussi en commun l'amour de la musique de Richard Wagner et le jeune monarque surnomme sa fiancée Elsa.

Les préparatifs vont bon train, le carrosse des noces est prêt, la couronne de la mariée également et nouveauté, le couple, ensemble ou séparément, pose pour des photographies officielles dans le studio munichois du photographe de la cour, Franz Hanfstaengl.

Cependant, Louis II conçoit difficilement une vie conjugale avec une femme. N'osant s'engager, il repousse plusieurs fois la date du mariage tout en faisant une cour extravagante à sa fiancée, la laissant sans nouvelles ou la faisant réveiller en pleine nuit pour lui faire offrir des fleurs. Le roi repousse plusieurs fois la date des noces ce qui exaspère le duc Maximilien et désespère Sophie qui s'écrie au sein du cercle familial « Ne voyez-vous pas qu'il ne m'aime pas ».

thumb|left|Edgar, fils du photographe de la cour. Déconcertée par la situation, la jeune « Sopherl-Elsa » noue, avec la complicité de ses deux dames d'honneur, une idylle secrète avec le séduisant fils du photographe de la cour Edgar Hanfstaengl dont il reste quelques lettres.