Horace François Bastien Sébastiani, comte de La Porta et de l'EmpireSébastiani a été fait comte de l'Empire le 31 décembre 1809. On a prétendu que Napoléon l'avait fait duc de Murcie, mais cette allégation ne repose sur rien de sérieux. Contrairement à ce qu'on lit parfois, il n'a jamais été baron, ce titre ayant été conféré en 1810 à son oncle Louis Sébastiani de La Porta, évêque d'Ajaccio. Les lettres patentes du Premier Empire lui donnent, comme à son oncle, le nom de Sébastiani-Porta. Sous la monarchie de Juillet, en 1841, les lettres de concession du titre de comte à ses frères Ange et Tiburce leur donnent le nom de Sébastiani della Porta, également orthographié Sébastiani de La Porta, simple intercalaison d'une particule rarement admise par la Chancellerie de l'Empire., né le à La Porta, en Corse, et mort le à Paris, est un militaire, diplomate et homme politique français.

Il s'est illustré pendant les guerres de l'Empire et a été ambassadeur à la Porte (1806-1808), avant de jouer un rôle politique de premier plan sous la monarchie de Juillet qui le fait maréchal de France, ministre de la Marine et des Colonies ( – ) et ministre des Affaires étrangères ( – ).

Biographie Fils de Joseph-Marie Sébastiani, tailleur et artisan aisé, et de la signora Maria Piétra Francesca Alterice Franceschi, Horace Sébastiani est élevé par son oncle Louis Sébastiani, qui est prêtre et doit devenir évêque d'Ajaccio en 1802, puis baron de l'Empire en 1810. Il est d'abord destiné à la carrière ecclésiastique, mais la Révolution française vient contrarier ce plan : pour fuir les troubles de la Corse, la famille Sébastiani est contrainte de passer en France, où le jeune Horace obtient un brevet de sous-lieutenant d'infanterie au régiment de Vintimille le .

Sous la Révolution et l'Empire vignette|Horace Sébastiani en uniforme de lieutenant du d'infanterie de ligne en 1793. Portrait par Jean-Baptiste Paulin Guérin (1783-1855), 1835, château de Versailles.

En 1793, Sébastiani rejoint comme lieutenant la légère de première formation, qui prend le nom de de chasseurs et sert en Corse. Il remplit les fonctions d'agent militaire auprès des représentants du peuple en mission et devient aide de camp du général Rochon le . Il passe le à l'armée des Alpes et devient aide de camp du général de Casabianca. Il est incorporé avec le grade de capitaine dans le de dragons le .

Campagnes d'Italie Il se distingue dans la première campagne d'Italie, est blessé lors de la bataille de Dego le et est nommé chef d'escadron par le général Marceau le , pour sa belle conduite à Arcole, puis promu chef de brigade par le général Moreau le un mois après la bataille de Vérone du . Il est fait prisonnier avec la division Sérurier, dont fait partie son régiment, surprise à Verderio le , engagement où il fit de vaillants mais inutiles efforts pour s'ouvrir un passage à travers les rangs de l'armée russe commandée par Souvorov, mais fut finalement obligé de se rendre. Après une courte captivité, il est échangé et peut rentrer en France. Il reçoit le commandement du de dragons le .

18 brumaire Au 18 brumaire le , Sébastiani est en garnison à Paris avec son , dont il est désormais le colonel (ou plutôt chef de corps avec grade de chef de brigade). Il prête à Napoléon Bonapartedont il se prétend ensuite le parent l'appui de ses soldats pour chasser les députés récalcitrants à Saint-CloudIl se montre dans cette occasion tout dévoué aux intérêts de son compatriote, et sait habilement seconder l’audace de Lucien Bonaparte, et c'est sans doute en reconnaissance de ce service que Napoléon le comble dans la suite de ses faveurs et le 20 brumaire () on peut lire au Moniteur une adresse du et de son colonel aux consuls pour les féliciter des « changements salutaires qui venaient de s'opérer »cité in Louis de La Roque, Op. cit..

Il combat ensuite à la bataille de Marengo le , puis au passage du Mincio et à Monzambano le . Il entre à Trévise le et est chargé, après la victoire, de poser, de concert avec Marmont, les bases de l'armistice de Trévise.

C'est alors un jeune homme particulièrement séduisant : « Il a reçu de la nature, écrit Adolphe Loève-Veimars, un physique des plus séduisants, une de ces allures qui font insurrection dans les salons et dans les boudoirs ; il est d'une taille moyenne, mais bien prise ; tous ses gestes sont gracieux [...] Sa figure longue et pleine a quelque chose d'angélique et de chérubin, de longs cheveux bouclés encadrent merveilleusement sa tête harmonieuse, qui semble une conception raphaélique. »Revue des deux Mondes, 15 décembre 1833, cité in P. de La Roque, Op. cit. « Il causait, dit la comtesse Merlin, avec une grâce à nulle autre pareille, car même lorsqu'il s'écoutait trop, ce qui lui arrivait souvent, on se sentait porté à lui pardonner en faveur de sa physionomie fière et sympathique. »Maria de las Mercedes Santa Cruz y Montalvo, comtesse de Merlin, Souvenirs et mémoires de Madame la comtesse Merlin (1789-1852), Paris, Mercure de France, 1990

Missions diplomatiques en Orient (1802-1805) Le , il est envoyé en mission dans l'Empire ottoman. La paix d'Amiens marque le début de la carrière diplomatique de Sébastiani. Il est chargé d’une mission importante en Orient ; parti le , il est chargé de faire reconnaître le drapeau de la République cisalpine à Tunis et à Tripoli, puis il se rend à nouveau à Constantinople pour y faire des propositions d'alliance. Il est ensuite envoyé en Égypte, où il somme le général britannique Stuart d'évacuer Alexandrie comme le stipulait le traité d'Amiens, et effectue également une mission près de Djezzar Pacha, pacha de Saint-Jean-d'Acre, ainsi qu'auprès des puissances barbaresques, pour tenter de les attacher à la France dans la prévision d'une attaque contre les Indes britanniques.

Ayant réussi dans cette négociation difficile, il obtient à son retour le grade de général de brigade le et va prendre le commandement d'une brigade de dragons au camp de Boulogne. Puis il est chargé de surveiller pendant quelque temps les côtes de Bretagne.

Ambassadeur à Constantinople (1805-1808) Lors de la campagne d'Autriche, il se distingue à la tête de la brigade de la division de dragons du général Walther, rattachée à la réserve de cavalerie de Murat. Il entre à Vienne le . Il combat à la bataille d'Hollabrunn (1805) le , il fait à la bataille de Pohrlitz le et participe à la bataille d'Austerlitz le , où il est grièvement blessé d'une balle dans la poitrine, ce qui lui vaut le grade de général de division le . Il reçoit alors une nouvelle mission diplomatique en étant appelé à l'ambassade de Constantinople le , avec pour mission de tenter de rompre l'alliance de la Sublime Porte avec la Russie et le Royaume-Uni.

Sébastiani déploie beaucoup d’habileté dans son ambassade, et décide Sélim III, dont il s'est fait un ami, à faire alliance avec Napoléon et à déclarer la guerre à la Russie dès le . Il a eu à lutter, avant d’arriver à ce résultat, contre l’influence du Royaume-Uni, qui prodigue ses subsides pour maintenir sa prépondérance en Turquie, et contre la frayeur qu’inspire aux ministres turcs la pensée d’une guerre avec la Russie.

vignette|gauche|Horace Sébastiani avec l'Ordre du Croissant.

Le gouvernement britannique, alarmé du traité conclu entre Sélim et Napoléon, donne à son amiral Duckworth l’ordre de franchir les Dardanelles, et d’aller imposer au Sultan l’abolition de ce traité. Durant cette guerre anglo-turque, en , la flotte britannique, forçant le passage des Détroits, vient jeter l'ancre sur le Bosphore, en face du Sérail dans une attitude imposante, et demande impérieusement au Sultan de renoncer à l’alliance de la France, de renvoyer l’ambassadeur français et de mettre l’escadre turque en dépôt entre les mains du Royaume-Uni, jusqu’à ce qu’un traité de quadruple alliance eût été conclu entre cette puissance, la Russie, la Turquie et la Prusse.

Cette nouvelle consterne les Turcs, effrayés à l’idée de se voir engagés dans une guerre maritime qui, en effet, eût été désastreuse pour eux, et le Sultan, n’apercevant aucun moyen d’échapper au danger qui le menace, écrit au général Sébastiani qu’il se voyait à regret forcé d’obtempérer aux ordres de l’amiral britannique et de le prier de se retirer. Le général répond qu’il n’en ferait rien et attendrait avec confiance une décision plus digne du Sultan, qu'il finit par convaincre de résister. Aussitôt, il se met à préparer des moyens de défense. On a ouvert avec l’amiral britannique des négociations qui, portant sur des détails de forme, traînent en longueur et donnent le temps d'armer les batteries de la côte. Sous la direction de l'ambassadeur de France, le peuple travaille avec ardeur et en moins de cinq jours, 600 bouches à feu, cent chaloupes canonnières, une ligne de vaisseaux rasés et embossés, menacent l'escadre britannique qui se hâte de repasser le détroit, non sans perdre deux corvettes et 500 hommes en .

Ce succès diplomatique et militaire est toutefois de peu de conséquence. En effet, la prépondérance russe et britannique finit par l'emporter. est déposé et Sébastiani, après avoir demandé son rappel, quitte Constantinople le et rentre en France au mois de juin suivant. Le sultan de Turquie l'a élevé à la dignité de première classe de l'Ordre du CroissantGustav Adolph Ackermann, Ordenbuch, Annaberg 1855 Blz. 123. Il a aussi été élevé par à la dignité de grand aigle de la Légion d'honneur le .

Le jour même de sa nomination comme ambassadeur le , il a épousé la sœur de son aide de camp Auguste de Franquetot de Coigny, Antoinette Jeanne Françoise (dite Fanny) de Franquetot de Coigny., fille du duc de Coigny, petite-fille du second maréchal de Coigny, qui meurt en couches à Constantinople le après avoir donné naissance à une fille, Françoise Altarice Rosalba (dite Fanny) Sébastiani, née le .

Guerre d'Espagne (1808-1811) vignette|Portrait d'Horace Sébastiani par Franz Xaver Winterhalter, 1841. Le , Sébastiani est envoyé en Espagne comme commandant du et concourt aux opérations de l'armée d'occupation sous les ordres du maréchal Lefebvre, qu'il remplace dans son commandement en . Après avoir forcé le passage de la Guadiana, il bat le général José de Urbina à la bataille de Ciudad Real le , s'empare des dépôts d'armes que les Espagnols ont constitués au pied de la Sierra Morena et, revenant sur ses pas sur l'ordre du roi Joseph, il prend part à la bataille indécise de Talavera le .

Envoyé ensuite sur la rive gauche du Tage, Sébastiani gagne la bataille d'Almonacid le et celle de Rio d'Almanzor, est créé comte de l'Empire le , enlève les retranchements d'Alcala la Real le , entre en vainqueur dans Grenade le , s'empare de Malaga le et bat de nouveau l'ennemi à Rio d'Almenzor le , puis à Baza. Il refuse de s'associer aux intrigues de Soult et du roi Joseph contre l'Empereur, mais celui-ci, sensible aux rumeurs calomnieuses, le soupçonne, et leurs relations commencent de s'altérer.

Il perd bientôt une grande partie du territoire conquis : cité par le Dictionnaire des parlementaires français. Néanmoins ses bulletins continuent à crier victoire, et l'Empereur doit mander au maréchal Jourdan : .

En définitive, Sébastiani se trouve bloqué dans Grenade lorsqu'il demande son rappel en France le , officiellement pour cause de maladie. S'ensuit une période de semi-disgrâce, mais celle-ci dure peu car il ne tarde pas à être envoyé en Russie.

On lit souvent que le général Sébastiani avait été fait par , ce qui est inexact.