Une langue auxiliaire internationale est une langue construite à vocation véhiculaire, conçue dans un objectif de neutralité, afin de transcender les cultures, et de rendre son apprentissage et sa maîtrise plus facile et plus rapide qu'une langue naturelle. On distingue, parmi les langues construites, les langues parlées plus d'une décennie, essentiellement l'espéranto (99 % des locuteurs de ces langues et plus de 92 % des journaux publiés) et deux ou trois autres et les centaines de projets et esquisses de langues auxiliaires internationales qui pour la plupart n'ont jamais été parlées ou par un cercle très restreint pendant très peu de temps.

Dans un sens plus large, on peut, en restant à un niveau général, distinguer les langues artificielles suivantes :

Les langues internationales auxiliaires comme l’espéranto, l’ido ou l'interlingua qui visent à être la langue internationale auxiliaire de l’humanité afin de faciliter la communication internationale aux côtés des grandes langues nationales ;

Les langues fictionnelles (comme le klingon de Star Trek ou le Al Bhed dans Final Fantasy X) dont le but est de contribuer à l’élaboration d’un univers fictionnel ;

Les langues expérimentales comme la langue dite "logique" lojban.

Pasigraphies et pasilalies Il y a deux sortes de moyens de communication artificiels : les pasigraphies et les pasilalies.

Les pasigraphies (du grec ancien : « pour tous » et « écriture ») ne sont pas destinées à être parlées, donc ne sont pas des langues. Elles sont des conventions purement visuelles, destinées à être comprises du regard par quiconque, quelle que soit sa langue et sans aucune traduction. Elles se rapprochent par là des sémasiographies. Les premières pasigraphies furent créées par Johannes J. Becher en 1661 et John Wilkins en 1668. Cependant, le mot n’apparut qu’en 1797 : il fut créé par Joseph de Maimieux, qui le définit comme étant une manière d’« écrire même à ceux dont on ignore la langue, au moyen d’une écriture qui soit l’image de la pensée que chacun rend par différentes syllabes ». Les pasigraphies peuvent se présenter sous forme de signes de nature diverse : lettres, chiffres, idéogrammes, pictogrammes, hiéroglyphes ou même notes de musique comme le solresol créé par François Sudre.

Les pasilalies (du grec ancien « pour tous » et « babil »), quant à elles, sont des conventions destinées autant à être parlées qu’écrites, donc à servir dans les mêmes conditions qu'une langue naturelle. Elles s'écrivent le plus souvent dans des alphabets préexistants, dont les signes sont affectés d’un son, de sorte à former des ensembles prononçables.

Les différents types de pasigraphie Les pasigraphies se divisent en pasigraphies philosophiques (ou a priori) et en pasigraphies empiriques (ou pratiques, ou a posteriori).

Les pasigraphies empiriques répondent le plus souvent à un besoin purement pratique et se basent sur des notions exprimées par de mots ou groupes de mots, ordonnés selon des structures grammaticales. Par exemple, dans la langue de Cave Beck de 1657, chaque combinaison de chiffres correspond à un « terme primitif » de chaque langue, auxquels sont associés des lettres spécifiant les caractéristiques grammaticales : ainsi « p2477 » désignera le « père », car « 2477 » correspond à « père » et « p » indique le substantif ; de même, « f » indiquant le féminin, « pf2477 » désignera la « mère ».

Les langues philosophiques sont le fruit des réflexions philosophiques du et ont joué un rôle capital dans l’histoire du concept de langue internationale. En effet, comme l’avaient souhaité de nombreux penseurs de l’époque (Descartes, Leibniz, Bacon), les divers projets de langues philosophiques qui fleurirent à partir de 1650 cherchèrent à classer les idées en constituant des systèmes cohérents et logiques ordonnés autour de concepts fondamentaux.

Citons par exemple le projet de Jean Delormel en 1795 (les langues philosophiques furent particulièrement en vogue du au début du ) où chaque lettre désigne une classe d’idée : par exemple, la lettre « a » indiquant l’« art de parler », on aura AVA : grammaire / AVE : lettre / AVAU : mot / AVEU : nombre / ALVE : voyelle / ADVE : consonne / ALVAU : nom / ALAVAU : nom commun / ALEVAU : nom propre, etc.

Un exemple moderne de ce type de langue est le kotava.

Certaines pasigraphies ont obtenu une consécration officielle comme le « Code international des signaux maritimes » (de Sallandrouze de Lamormaix en 1871) et la « Classification décimale de Dewey » (de Melvil Dewey en 1873), plus tard étendue en Classification décimale universelle par Paul Otlet et Henri La Fontaine, toujours employée comme classification bibliographique en bibliothèque. D’autres classifications décimales et codes télégraphiques (comme l’alphabet Morse par exemple) sont parfois rattachés aux pasigraphies. On peut également y rattacher les panneaux du code de la route, les symboles électriques.

Il est parfois arrivé qu’une pasigraphie soit transformée en projet de langue parlée, pour ainsi devenir une pasilalie : ce fut par exemple le cas de celle de Beck.

Les différents types de pasilalie Les pasilalies sont définies en fonction de leurs rapports avec les langues naturelles. Les racines de la langue peuvent être issues des langues naturelles ou totalement artificielles, et la dérivation peut être naturelle ou schématique.

On obtient ainsi plusieurs possibilités :

dévivation/racine racines naturelles racines naturelles déformées racines naturelles et artificielles racines artificielles dérivation naturelle langues naturalistes : ex. interlingua dérivation schématique espéranto, ido volapük, langues a priori

Lorsque l'on parle pour les pasilalies de « langue a priori », on désigne des langues ayant à la fois des racines artificielles et une dérivation schématique. Ces langues, trop difficiles à mémoriser, sont restées à l'état d'esquisses ou de projets, sans communauté de locuteurs. Dans tous les autres cas on parle de « langue a posteriori », c'est-à-dire se référant aux langues naturelles. Suivant les rapports entretenus entre les langues a posteriori et les langues naturelles, on distingue plusieurs cas : les langues minimales, les langues naturalistes, les langues mixtes.

Langues minimales Les langues minimales sont des simplifications de langues vivantes ou mortes : on parle donc également de langues simplifiées. On trouve parmi les projets de langue morte simplifié essentiellement des projets concernant le latin, bien qu'il existe des projets de grec simplifié. Projet de grec simplifié : Ixessoire (1879) par Raymond et Lucien Poincaré ou Apolema de (1907) par La Grasserie. Projet de latin simplifié : le plus connu de ces projets fut le Latino sine flexione de Giuseppe Peano en 1903.

On trouve également des projets de langue minimale concernant les langues vivantes. Le plus connu de tous ces projets est le Basic English (1930).

Tous les projets de langue simplifiée ont échoué car ils déformaient tellement la langue d'origine que ni les étrangers ni les locuteurs natifs n’y reconnaissaient plus son génie particulier. De plus, certaines comme le Basic English paralysaient l'expression car le locuteur devait constamment recourir à des périphrases.

Langues naturalistes Ce terme, qui désignait à l'origine les langues a posteriori, a fini par désigner une sous-catégorie de celles-ci. Ces langues reproduisent les irrégularités des langues naturelles. Les exemples les plus connus de ce type de langue sont l'interlingua et l'occidental. Leurs complexités les rendent aussi difficiles à apprendre que les langues naturelles et de ce fait privilégient les locuteurs dont la langue maternelle se rapproche de la langue créée.

Pierre Janton parle de schématisme pour évoquer les langues mixtes à racine non déformée, qui selon lui ont les qualités des langues a priori pour ce qui est de la dérivation mais présentent l'avantage de ne pas être artificiellesPierre Janton, Esperanto: Language, Literature, and Community. Translated by Humphrey Tonkin et al. State University of New York Press, 1993. .. Le concept s'oppose au naturalisme.

Langues dites mixtes On retrouve dans cette catégorie les langues utilisant des racines naturelles mais dont la dérivation est schématique, c'est-à-dire entièrement régulière, sans aucune exception, et systématique, ce qui limite le nombre de radicaux à mémoriser. Cette catégorie de langues se divise en plusieurs ensembles.

Langues mixtes à racines déformées Langue à racines naturelles déformées et à dérivation schématique. Exemples : volapük, . Ce groupe a eu peu de succès, en partie parce que les racines sont trop déformées pour être facilement reconnaissables et servir ainsi de soutien à la mémoire (cas du volapük).

Langues mixtes à racines non déformées Langues à racines naturelles non déformées et à dérivation schématique. Exemple : espéranto, ido, panduniaLes emprunts lexicaux du pandunia, toujours invariables, proviennent de deux douzaines de langues, y compris asiatiques. Voir : « Pandunia, une langue simple pour tout le monde » sur Pandunia.info.

C'est l'espéranto dans ce groupe qui a eu le plus de succès. Il est au moins cent fois plus parlée que la deuxième langue construite. Cela s'explique en partie par le fait que les racines issues des langues naturelles, n'étant pas déformées, sont facilement reconnaissables.

Historique des projets de langues auxiliaires internationales Les premiers projets de langue auxiliaire furent les langages philosophiques des . Ils furent inventés pour servir de langue pont entre différents peuples et éviter toute ambiguïté dans le discours. Beaucoup de ces langues ne restèrent qu'à l'état de projet ou ne furent pas suffisamment développées pour devenir réellement opérationnelles.

Le premier projet de langue assez complet fut le solresol de François Sudre, mais il ne fut apparemment jamais utilisé en pratique. Le volapük, créé par Johann Martin Schleyer et mentionné dès 1879, fut la première langue construite à réunir une véritable communauté internationale de locuteurs. Il y eut trois grandes conventions sur le volapük en 1884, 1887, et 1889. Ce fut en cette dernière année que pour la première fois de l'histoire se tint une convention internationale dans une langue auxiliaire. Cependant, peu de temps après la convention de 1889, la communauté volapükiste se désagrégea pour plusieurs raisons dont notamment le refus de Schleyer de simplifier cette langue qu'il considérait comme sa propriété, se voulant donc le seul à pouvoir la modifier.

L'espéranto apparait avec la publication en 1887 par Louis-Lazare Zamenhof du premier ouvrage décrivant ses bases sous le titre Langue internationale. Il rencontra un vif succès avec un accroissement rapide du nombre de locuteurs et l'organisation en 1905 à Boulogne-sur-Mer du premier Congrès mondial d'espéranto, année où sera publié le Fundamento de Esperanto ouvrage de référence encadrant les évolutions ultérieures de la langue. En 1905, la « Délégation pour l'adoption d'une langue auxiliaire internationale » fut fondée à l'instigation de Louis de Beaufront et Louis Couturat. Elle examina plusieurs projets et décida de n'en choisir aucun mais d'en créer un nouveau, ce qu'elle fit en modifiant l'espéranto de manière naturaliste, créant une nouvelle langue construite, plus proche des langues romanes et moins internationale : l'ido. Un petit nombre d'espérantophones dans quelques pays occidentaux passèrent à l'ido dont quelques-uns revinrent ensuite à l'espéranto. Cette situation provoqua ce que l'on appelle aujourd'hui la crise de l'ido.