La campagne de Vicksburg est une série de batailles et de manœuvres ayant eu lieu sur le théâtre occidental de la guerre de Sécession et menées contre Vicksburg, une ville-forteresse dominant la dernière portion du Mississippi contrôlée par les États confédérés d'Amérique.
À l'issue de cette campagne, l'Armée fédérale du Tennessee commandée par le major-général Ulysses S. Grant reprit le contrôle du fleuve Mississippi en capturant cette place forte défendue par le lieutenant-général John C. Pemberton, commandant de l'Armée confédérée du Mississippi.
La campagne vit se dérouler de nombreuses opérations navales, déplacements de troupes, tentatives avortées ou manquées, et 11 batailles distinctes entre le et le .
Les spécialistes de l'histoire militaire divisent la campagne en 2 phases distinctes : les opérations contre Vicksburg (-) ; les opérations de Grant contre Vicksburg (-).
Grant avait tout d'abord imaginé une approche en tenailles au cours de laquelle la moitié de son armée, commandée par le major-général William T. Sherman, se serait rapprochée de la Yazoo River pour tenter de s'emparer de Vicksburg par le nord-est, tandis que Grant aurait conduit le reste de ses troupes le long de la ligne de chemin de fer du Mississippi Central Railroad. Ces deux initiatives échouèrent.
Grant conduisit alors un certain nombre d'« expérimentations », qui prirent la forme de cinq expéditions (les opérations de Grant dans le bayou), recherchant à chaque fois une voie navigable qui lui donnerait accès au Mississippi en aval de Vicksburg sans passer sous le feu de ses canons. Toutes ces tentatives échouèrent également.
Finalement, les canonnières de l'Union et des transports de troupes se glissèrent sous le feu des batteries de la ville-forteresse et rejoignirent les hommes de Grant qui avaient progressé par voie de terre depuis la rive de Louisiane.
Les et , l'armée de Grant traversa le Mississippi et débarqua à Bruinsburg (Mississippi). Un plan élaboré de diversion détourna l'attention des Confédérés et le débarquement se déroula sans opposition. Pendant les 17 jours qui suivirent, Grant fit manœuvrer son armée vers l'intérieur des terres, remporta cinq batailles, captura Jackson, la capitale de l'État du Mississippi, donna l'assaut à Vicksburg et mit le siège devant la ville.
Après la reddition de Pemberton, le (au lendemain de la victoire de l'Union à Gettysburg), et celle de Port Hudson, prise par le major-général Nathaniel P. Banks le , les États du Texas et de l'Arkansas se trouvèrent coupés du reste de la Confédération. Le cours du Mississippi était à nouveau libre, jusqu'au golfe du Mexique, pour le commerce des États du Nord et le ravitaillement des armées de l'Union.
La campagne menée par Grant à Vicksburg est étudiée comme un modèle d'opération militaire et considérée comme un tournant de la guerre de Sécession.
Contexte thumb|300px|right|Théâtre des opérations en . Vicksburg était stratégiquement vitale pour les Confédérés. Jefferson Davis disait que « Vicksburg est la tête du clou qui fait tenir ensemble les deux moitiés du Sud ». Tant qu'ils tenaient la « ville-forteresse », les rebelles pouvaient bloquer les bateaux de l'Union qui descendaient le Mississippi. Contrôlant également, en aval, l'embouchure de la Red River et Port Hudson, ils disposaient de communications avec les États qui s'étendaient à l'Ouest du fleuve et dont ils dépendaient fortement pour s'approvisionner en chevaux, en bétail et en renforts.
La ville était naturellement défendue, à tel point qu'elle était surnommée « la Gibraltar de la Confédération ». Située sur une haute falaise, Vicksburg surplombe en effet un méandre en fer à cheval qui enserre la péninsule De Soto et rend impossible toute attaque par voie fluviale. Au nord et à l'est de la ville s'étendait alors le « Mississippi Delta » (également connu sous le nom de « Yazoo Delta »), une zone couvrant du nord au sud et d'ouest en est, décrite par le géographe Warren E. Grabau comme , dont certaines étaient suffisamment larges et profondes pour laisser passer des vapeurs de petit gabarit. Les zones situées entre les rivières et les bayous formaient des bassins fermés, baptisés « backswamps » (marécages), que Grabau décrivait ainsi : Grabau, .. À une vingtaine de kilomètres en aval, à Haynes Bluff, sur la Yazoo River, se trouvaient des batteries et des fortifications confédérées.
La rive de Louisiane qui s'étendait à l'ouest de Vicksburg, faisait face à la forteresse de l'autre côté du fleuve, et était tout aussi difficile, coupée de nombreux cours d'eau, dotée de chemins en mauvais état, inondée la plus grande partie de l'hiver.
La ville avait déjà subi des attaques fluviales : en 1862, l'amiral David Farragut avait remonté le Mississippi après avoir capturé La Nouvelle-Orléans et, le , avait sommé Vicksburg de se rendre. N'ayant pas assez d'hommes pour forcer le destin, il avait choisi de se replier sur La Nouvelle-Orléans. Il revint en force en et tenta, en vain, (-) de forcer la ville à se rendre en la bombardant. La flottille de Farragut continua dans cette voie pendant le mois de juillet et quelques batailles mineures l'opposèrent à des navires confédérées présents dans la zone. Mais ses effectifs ne permettaient pas à l'Union d'envisager un débarquement et l'idée de forcer la ville à se rendre fut abandonnée. Farragut examina la possibilité d'éviter le feu des batteries postées sur la falaise en creusant un canal à travers la péninsule De Soto. Le , le brigadier-général Thomas R. Williams, sur ordre de Farragut, fit commencer le creusement en réquisitionnant des manœuvres locaux et quelques soldats. Nombre d'entre eux furent victimes de fièvres tropicales et d'insolations, et le chantier fut abandonné le . Williams fut tué deux semaines plus tard à la Bataille de Bâton-Rouge)Ballard, ; Bearss, vol. I, ; VNMP article sur le canal de Grant..
À l'automne 1862, le major-général Henry W. Halleck fut promu de commandant du théâtre occidental à général-en-chef des armées de l'Union. Le , il fit part à Grant de sa préférence pour un mouvement massif vers l'aval et Vicksburg ; comme à l'accoutumée, il laissa le champ libre à ses subordonnés pour organiser les détails de la campagne, offrant à Grant la possibilité de donner libre cours à sa pugnacité. Halleck a été critiqué pour ne pas avoir avancé rapidement par voie de terre depuis Memphis, pour s'emparer de Vicksburg pendant l'été, alors qu'il assumait le commandement sur place. Il pensait, pour sa part, que la Navy pourrait capturer la forteresse à elle seule, ignorant que les forces navales de l'Union présentes sur place ne disposaient pas de suffisamment de troupes terrestres pour l'emporter. Ce qui aurait été possible durant l'été 1862 ne l'était plus en novembre, date à laquelle les Confédérés avaient amplement renforcé la garnison.
L'armée de Grant fit marche vers le sud en suivant la voie de chemin de fer du Mississippi Central Railroad, établissant une base avancée à Holly Springs. Grant envisageait un mouvement en tenailles en direction de Vicksburg. Son principal subordonné, le major-général William T. Sherman, devait descendre le long de la rivière avec quatre divisions (environ ). Grant continuerait avec le reste des troupes ( environ) le long de la ligne de chemin de fer jusqu'à Oxford, où il attendrait la suite des événements, espérant attirer les Confédérés hors de Vicksburg pour l'affronter dans les environs de Grenada.
Du côté confédéré, les forces présentes au Mississippi étaient sous le commandement du lieutenant-général John C. Pemberton, un officier originaire de Pennsylvanie qui avait fait le choix de se battre avec les Sudistes. Il disposait d'environ à Vicksburg et à Jackson, tandis que le major-général Earl Van Dorn en commandait environ à Grenada.
Pendant ce temps, les pressions politiques se manifestaient. Le président Lincoln avait depuis longtemps identifié l'importance de Vicksburg. Il écrivait Lincoln était également partisan d'une approche en tenailles, mais plutôt en attaquant par l'amont et par l'aval. Le major-général John A. McClernand, parvint à convaincre Lincoln qu'il pouvait descendre le fleuve avec une armée et prendre Vicksburg. Lincoln approuva ce plan, mais demanda que le major-général Nathaniel P. Banks remonte, dans le même temps, le cours du Mississippi en partant de La Nouvelle-Orléans.
McClernand commença à mettre sur pied des régiments et à les acheminer sur Memphis. Au même moment, à Washington, Halleck, inquiet des initiatives de McClernand, confiait à Grant le contrôle de toutes les troupes de son département. Les forces de McClernand étaient divisées en deux corps, l'un commandé par McClernand, et l'autre par Sherman. McClernand se plaignit de cette décision, mais ses récriminations n'eurent aucun effet. Grant s'appropria ses troupes, marquant ainsi le début d'une série de manœuvres qui allaient ponctuer un conflit personnel qui ne prendrait fin qu'avec la campagne.
Batailles rattachées aux opérations contre Vicksburg ( – ) thumb|300px|Opérations contre Vicksburg et opérations de Grant dans le Bayou.
La phase des opérations contre Vicksburg comprend les batailles suivantes :
Chickasaw Bayou (–)
Sherman débarqua trois divisions à Johnson's Plantation, sur la rivière Yazoo, pour s'approcher des défenses de Vicksburg par le nord-est. Le , les Fédéraux firent avancer leurs lignes, à travers les marais, en direction de Walnut Hills, une ligne de collines fortement défendues. Le , plusieurs tentatives inutiles s'attaquèrent à ces défenses. Le , Sherman ordonna un assaut frontal, qui fut repoussé avec de lourdes pertes et se termina par un repliSite du National Park Service - Chickasaw Bayou..
Pendant ce temps, l'autre moitié du plan d'attaque, conduit par Grant, échouait. Ses lignes de communication étaient perturbées par les raids de Van Dorn et de Nathan Bedford Forrest, qui parvinrent à détruire un important dépôt de ravitaillement à Holly Springs. Incapable d'assurer l'approvisionnement de ses troupes en l'absence de ces vivres, Grant fut contraint de mettre un terme à son avance.
Début janvier, McClernand arriva à Memphis avec le corps d'armée dont il avait assuré le recrutement (XIII Corps, dirigé par le brigadier-général George W. Morgan) et entama sa descente du Mississippi. Le , il ordonna à Sherman d'attacher son XV Corps à l'expédition, baptisant ces forces combinées Armée du Mississippi. Il s'agissait d'une provocation délibérée à l'attention de Grant, mais Sherman dut se plier aux ordres d'un officier qui lui était supérieur. Il suggéra cependant de débuter par un mouvement conjoint (terrestre et naval) contre Arkansas Post, une base de canonnières confédérées, située sur le cours de l'Arkansas, à environ en amont de sa confluence avec le Mississippi. L'expédition fut entreprise sans que Grant en ait été informéBallard, ..
Arkansas Post (–)
Les navires de l'Union, commandés par le contre-amiral David D. Porter, commencèrent à débarquer des troupes à proximité d'Arkansas Post dans la soirée du . Les soldats remontèrent la rivière vers Fort Hindman. Le corps d'armée commandé par Sherman emporta les tranchées des confédérés qui se retirèrent derrière les protections du fort. Le , Porter déplaça sa flottille vers Fort Hindman le bombarda et se retira à la nuit tombante. Le , l'artillerie de l'Union fit feu sur le fort, à partir de batteries installées de l'autre côté de la rivière, et l'infanterie se positionna pour l'assaut. Les cuirassés nordistes commencèrent à bombarder le fort et la flottille de Porter le dépassa pour bloquer toute retraite. Encerclé, puis attaqué par les hommes de Morgan, l'état-major confédéré se rendit dans l'après-midi. Au prix de pertes élevées, mais sans avoir contribué à la chute de Vicksburg, l'Union venait de lever un obstacle au trafic fluvial sur le MississippiSite du National Park Service - Arkansas Post..