Les alliances électorales du Front national, aujourd'hui Rassemblement national, ont majoritairement été constituées d'accords de désistements réciproques entre candidats de droite et du Front national ou de soutien de celui-ci à des investitures de candidats de droite. Ces accords ont également abouti à des participations des exécutifs régionaux en échange d'un soutien des élus FN lors de l'élection du président de région.
Ces accords ou inclusions de candidats du FN sont principalement datés de la période 1977 à 1992. En 1991, le Parti républicain les condamnait tout comme le RPR en 1998. Les contrevenants ont cependant encore été quelques-uns lors des élections régionales de 1998.
En avril 2002, au second tour de l'élection présidentielle, Jacques Chirac apparaît comme l'« ultime rempart » entre le candidat du Front national et la présidence de la République, après l'élimination au premier tour du candidat socialisteLa presse nationale est alors unanime à l'image de Libération qui barre sa une d'un immense « NON » à Le Pen et appelle à voter pour Jacques Chirac. Pour le magazine L'Express, Chirac « n'a pas d'autre choix que d'endosser les habits du “père de la nation”, dernier rempart contre le danger extrémiste » (« Chirac, patron d'une droite émiettée », L'Express, 25 avril 2002.. L'ancien président de la République tire de cet épisode l'image de l'homme de droite qui s'oppose au Front national. Entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen conclut une alliance avec Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) et annonce que celui-ci deviendrait son Premier ministre en cas de victoire.
1973-1977 La première entente informelle entre le Front national et le représentant d'un parti politique a lieu en mars 1973 à Montpellier (Hérault). À l'époque, Georges Frêche est candidat du Parti socialiste pour la première fois aux élections législatives à Montpellier (Hérault). Arrivé second au premier tour derrière le candidat UDR, il se rapproche d'André Troise, le candidat du Front national, par ailleurs ancien officier de l'OAS, qui vient d'obtenir 5 % des voix et est éliminé du second tour.
Le FN refuse d'appeler officiellement à voter pour le candidat de gauche. Il a en effet choisi, parmi ses thèmes de la campagne, la dénonciation virulente du nouveau « Front populaire »Joseph Alazy, L'Extrême droite en France, de 1965 à 1984, éd. de L'Harmattan, 1989, 120. Cependant, Georges Frêche intervint personnellement pour plaider sa cause auprès d'une quinzaine de militants FN où il dénonça les « criminels gaullistes ». Frêche, donné perdant, est cependant élu contre le candidat UDR de quelques centaines de voix. L'attitude du candidat socialiste ne provoque à l'époque aucun commentaire de la direction du Parti socialiste« Quand Frêche flirtait avec les ex de l'OAS », Libération, 19 mai 2006..
1977-1998 1977-1983 : un Front national groupusculaire Aux élections municipales de mars 1977 et de mars 1983, le FN est présent sur quelques listes RPR/UDF, notamment à Toulouse, où il obtient une élue. En Haute-Garonne, le FN remporte une mairie sur une liste commune avec le RPR et l'UDFQuid 2006, , .. En dehors de Toulouse, des conseillers municipaux FN sont élus sur des listes d’union des droites à Millau, Forcalquier, Donzenac et Villefranche-sur-Mer ; Valérie Igounet souligne que ..
Lors des élections municipales de 1983 à Paris, Jean-Marie Le Pen à Paris obtient 11,26 % des voix au premier tour et noue des contacts avec le RPR pour négocier une fusion des listes pour le second tour, en vain.
1983, le tournant de Dreux Lors de l'élection partielle de Dreux, en septembre 1983, la liste du FN, représenté par Jean-Pierre Stirbois, réalise au premier tour 17 % des voix, le meilleur score jamais obtenu par un candidat FN, lui permettant d'accéder au second tour contre le candidat sortant de la gauche unie et contre le candidat de la liste RPR/UDF. Pour le second tour, la liste RPR/UDF incorpore quatre représentants du FN en place éligible, dont Jean-Pierre Stirbois, secrétaire général du parti. Cette alliance est contractée pour éviter une triangulaire qui limiterait fortement les chances de la droite dans une ville que Françoise Gaspard, au nom de l'Union de la gauche, avait remporté lors des élections de . En mars 1983, elle avait été réélue mais l'élection avait été invalidée pour irrégularité du scrutin.
Lors du second tour, la liste RPR/UDF/FN menée par le RPR Jean Hieaux gagne l'élection..
Hormis Bernard Stasi et Simone Veil, qui font part de leur désapprobation, les dirigeants de la droite restent en retrait ou approuvent cette alliance locale au nom du contexte national (présence de quatre ministres communistes au gouvernement, « tournant de la rigueur ») et international (occupation de l'URSS en Afghanistan, état d'urgence en Pologne, crise des missiles Pershing, destruction d'un Boeing 747 par un missile soviétique).
Ainsi, dans L'Express du , Raymond Aron, ancien résistant, journaliste et philosophe refuse de et proclame à propos de l'élection de Dreux :
De son côté, Jacques Chirac déclare que . Il ajoute :
Pour Jean-Claude Gaudin,
Bernard Pons déclare de son côté :
Pour Michel Poniatowski :
Enfin, Alain Juppé déclare, lors d'un dîner-débat à Royan :
La cogestion municipale entre droite et FN a lieu jusqu'en 1989. Jean-Pierre Stirbois, numéro 2 du FN, est alors adjoint à la sécurité.
1985-1988 : le Front national, faiseur d'élections En mars 1985, quelques désistements réciproques locaux ont lieu lors des élections cantonales, Jacques Chirac ayant laissé les fédérations RPR agir comme elles l'entendaient. Des candidats en Provence, qui avaient l'investiture du RPR et de l'UDF, reçoivent également le soutien dès le premier tour du FN, la plupart du temps parce que celui-ci n'a pas encore suffisamment de candidats à présenter. Jacques Toubon, au RPR, avait affirmé qu'il n'y aurait pas d'alliance avec le Front national, organisation à qui il refusa en le titre de « républicaine » et « démocratique ». Le , Philippe Seguin déclara à l'annonce de la percée électorale et parlementaire du FN, que le RPR s'était toujours déclaré « aussi éloigné de cette organisation que du Parti socialiste », et qu'il resterait dans l'opposition, s'il lui manquait deux ou trois points pour former la majorité avec l'UDF.
Scrutin proportionnel et élections législatives et régionales de 1986 De l'automne 1985 au printemps 1986, des personnalités comme Michel Poniatowski ou Édouard Frédéric-Dupont se font les avocats d'une « dédiabolisation » du Front national, demandant à la droite de ne pas se tromper d'adversaire alors que le scrutin proportionnel a remplacé le scrutin majoritaire. Dans les publications journalistiques de droite, Franz-Olivier Giesbert, directeur du Figaro, considère que cette décision survient au lendemain d'une sévère défaite socialiste aux élections cantonales en , pour contenir la victoire de la droite et protéger les futurs battusFranz-Olivier Giesbert, Le Président, 236-237 rappelle que devant Pierre Mauroy, François Mitterrand avouait que la proportionnelle est « un mode de scrutin contre le RPR ». Pour rassurer, il dit également que Le Pen n'aura aucun député.René Rémond rappelle dans Notre Siècle, 1988, Fayard, 883, qu'aux élections cantonales de mars 1985, la gauche avait perdu 7 présidences de département et n'en dirigeait plus que 28 contre 71 à la droite, soit son plus mauvais score depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.. Pourtant, la réforme du mode de scrutin fut annoncée à la télévision par le président de la République à l'automne 1984 : il déclara qu'elle serait présentée à la prochaine session parlementaire du printemps 1985. Invité à l'émission L'Heure de Vérité peu avant les débuts de cette session parlementaire, Robert Badinter le présente tout prêt en le comparant au mode de scrutin imposé par le général De Gaulle à la libération : une proportionnelle départementale permettant d'associer démocratie représentative et maintien de listes d'union majoritaire. Ce fut une des 110 propositions de François Mitterrand (la ) présentée à l'élection de 1981. À ce titre en 1982 pour l'élection municipale de , François Mitterrand et le gouvernement Mauroy avaient fait voter dans le cadre du maintien du scrutin majoritaire à deux tours l'insertion limitée d'une dose de proportionnelle de manière qu'une liste victorieuse, qu'elle soit de gauche ou de droite, avec 50 % plus une voix n'obtienne plus 100 % des sièges.
Lors des Assises du libéralisme, la seule alliance planifiée pour un futur gouvernement rassemble l'UDF, le RPR et le CNISelon Pierre Favier et Michel Martin-Roland, des « contacts » non identifiés auraient eu lieu entre des responsables de la droite et du FN. Bruno Mégret et Jean-Marie Le Pen confirment aux deux journalistes l'existence de tractations, indiquant qu'elles ont échoué à cause de la préférence nationale..
Dans sa dernière édition précédant les élections du , le Figaro Magazine présente ses dernières estimations à partir des derniers sondages publiés donnant une majorité absolue de minimum à la droiteFranz-Olivier Giesbert, dans Le Président, rappelle que même pour l'Élysée, en avril 1985, la déroute de la gauche est prévisible et que, selon le témoignage de Jean-Louis Bianco, François Mitterrand, dès décembre 1985, avait prévu de nommer Jacques Chirac, et pas un autre, à Matignon (277). Il constate également que, au-delà des espérances, la proportionnelle fonctionna comme prévu en limitant la majorité de la droite..
Lors des élections législatives du , la droite obtient (seulement trois députés de majorité absolue) et le FN en obtient 35. Le CNI a fait liste commune avec le FN dans trois départements (Paris, l'Essonne et le Val-d'Oise) : trois députés CNI sont apparentés FN (Édouard Frédéric-Dupont, Michel de Rostolan et Yvon Briant), et les deux autres au RPR.
La droite n'a toutefois pas besoin du FN pour être majoritaire à l'Assemblée entre 1986 et 1988. Le parti de Jean-Marie Le Pen, à cette époque sur une ligne libérale (il se réfère à Ronald Reagan), vote cela dit la plupart des lois présentées par le gouvernement ChiracÉric Zemmour, « Le casse-tête de la droite », Le Figaro Magazine, semaine du juin 2012, pages 46-48..
Au même moment, les élections régionales sont remportées par l'Union RPR/UDF qui s'empare de 10 régions avec la majorité absolue contre 2 seulement pour le parti socialiste. Dans chaque région métropolitaine, l'alliance RPR-UDF obtient le plus grand nombre de conseillers régionaux sauf dans le Nord-Pas-de-Calais où elle est à égalité avec le groupe PSRésultats.. Neuf régions n'ont que des majorités relatives mais trois d'entre elles sont clairement dominées par la droite (Champagne-Ardenne, Île-de-France, Provence-Alpes-Côte d'Azur) tandis qu'en Midi-Pyrénées, les deux pôles gauche-droite hors FN sont à égalité absolue. Il n'y a finalement que dans cinq régions qu'aucune majorité absolue ne se dessine bien en dépit de la majorité relative détenue par l'inter-groupe RPR-UDF.
Finalement, neuf présidents supplémentaires RPR ou UDF sont élus à la majorité absolue dont cinq le sont grâce à l'apport stratégique des voix du FN. Celles-ci n'ont en effet été déterminantes qu'en Languedoc-Roussillon, Haute-Normandie, Picardie, Aquitaine et Franche-Comté.
En Midi-Pyrénées, la gauche n'a pas de majorité de rechange malgré des discussions engagées et découvertes avec le FN lors d'une rencontre entre quatre responsables socialistes et frontistes à Colomiers en Haute-Garonne. Finalement, elle ne présentera pas de candidat. Le scandale qui suivra la découverte des tractations PS/FN - réunion relatée par la presse - aboutira à la démission du secrétaire fédéral socialiste et à l'arrivée de Lionel Jospin à Cintegabelle.