L'affaire Epstein (prononcé à l'américaine ou à l'allemande) est un cas de trafic sexuel pédocriminel impliquant au moins mineures (certaines âgées de seulement 9 ans) et jeunes adultes dont le protagoniste central est Jeffrey Epstein, homme d'affaires américain mondain. Plusieurs personnalités sont également mises en cause et d'autres procédures sont ouvertes.
En 2019, il est arrêté par le Federal Bureau of Investigation (FBI) dans le New Jersey. Dans l'attente d'un procès pour trafic de mineurs où il risquait la perpétuité et incarcéré à la prison de Manhattan, il est retrouvé mort par pendaison, le , dans sa cellule anti-suicide, et la procédure qui le vise est éteinte. À la suite de ce qui est décrit comme un , deux enquêtes sont ouvertes aux États-Unis dans le but de poursuivre des complices.
La compagne de Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell, est arrêtée le . Lors de son procès fin 2021, elle est reconnue coupable de cinq des six chefs d'inculpation. Le tribunal la condamne à vingt ans de prison pour trafic sexuel de mineurs et conspiration le .
La décision du FBI et du département de la Justice, en , de clore cette enquête malgré les promesses de campagne de Trump de déclassifier les « dossiers Epstein » relance l'intérêt du public pour cette affaire. Le flou autour de la relation entre Donald Trump et Jeffrey Epstein en est la principale cause. En , Donald Trump signe le Epstein Files Transparency Act exigeant auprès de la justice la publication des documents, qui débute le mois suivant.
L'affaire a des ramifications dans plusieurs pays, et a des répercussions sur un grand nombre de personnalités proches de Jeffrey Epstein, telles que Andrew Mountbatten-Windsor de la famille royale britannique, l'ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, l'ancien ministre français Jack Lang et de nombreuses personnes fortunées, issues de milieux politiques, financiers ou culturels.
Contexte Premières accusations En 1996, l'artiste Maria Farmer alerte le département de police de la ville de New York et le FBI au sujet d'une agression sexuelle qu'elle aurait subie de la part de Jeffrey Epstein et de Ghislaine Maxwell, lors de son travail comme artiste en résidence dans la propriété de l'entrepreneur Les Wexner, dans l'Ohio.
Moins d'un an après cette plainte, l'actrice Alicia Arden signale à la police de Los Angeles que Jeffrey Epstein se serait fait passer pour un recruteur de la marque de lingerie Victoria's Secret, appartenant à Les Wexner, avant de commettre une autre agression sexuelle.
En 2007 ou 2008, Epstein aurait été interdit d'accès au club Mar-a-Lago de Donald Trump après une accusation de relation avec la fille mineure d'un membre du club. La presse américaine, se référant à une enquête des journalistes Sarah Blaskey, Nicholas Nehamas, Caitlin Ostroff et Jay Weaver, note que cette interdiction a eu lieu "plusieurs mois avant [qu'Epstein] ne plaide coupable en 2008 d'accusations criminelles au niveau de l'État de Floride", mais s'est produite "plus de deux ans après qu'un grand jury d'État a inculpé Epstein pour sollicitation de prostitution".
Procédure judiciaire à Palm Beach et emprisonnement vignette|redresse|Photo d'identité judiciaire de Jeffrey Epstein en 2006. En , une femme contacte la police de Palm Beach et affirme que sa fille de a été emmenée au manoir de Jeffrey Epstein par une jeune fille plus âgée et payée 300 dollars après un déshabillage (en sous-vêtements) et après avoir été massée...
Après une enquête de onze mois suivie d'une perquisition, la police conclut qu'Epstein a payé plusieurs « escorts » pour accomplir des actes sexuels avec lui. Sur la base des dires de cinq victimes présumées et dix-sept témoins sous serment, d'un relevé de notes et d'objets trouvés chez Epstein, les enquêteurs concluent que certaines des filles étaient mineures au moment des faits. Un grand nombre de photographies de jeunes filles (dont certaines ont été interrogées plus tôt par la police) sont trouvées partout dans la maison. Selon les enquêteurs, en 2006, Epstein a caché des caméras dans de nombreux endroits de sa propriété pour enregistrer les rapports sexuels entre des personnalités et des prostituées, à des fins de chantage..
Epstein a mis en place un système pour faire recruter des jeunes femmes par d'autres femmes, pour ses services de massage. Deux femmes de ménage déclarent à la police qu'Epstein recevait des « massages » chaque jour, quand il était à Palm Beach. En , la police de Palm Beach émet finalement une inculpation pour plusieurs chefs d'accusation, dont relations sexuelles illégales avec des mineurs et atteinte à la pudeur. À la demande de son équipe d'avocats (dont Gerald Lefcourt, Alan Dershowitz et, plus tard, Kenneth Starr), Epstein subit un test au détecteur de mensonges (bien qu'un détecteur de mensonges ne soit généralement pas recevable devant la cour d'un tribunal), où il lui est demandé s'il savait que les filles étaient mineures.Iacono, W.G. "Forensic 'lie detection': Procedures without scientific basis", Journal of Forensic Psychology Practice, Vol. 1 (2001), No. 1, ..
Au lieu de suivre les recommandations de la police, les procureurs examinent des éléments de preuve faibles et les présentent à un grand jury. L'ancien chef de la police de Palm Beach, Michael Reiter, écrit plus tard au procureur de l'État, Barry Krischer, pour se plaindre de la manière « très inhabituelle » dont l'affaire était conduite et lui demander de s'en retirer. Le grand jury n'a retenu qu'une seule accusation criminelle (sollicitation de prostitution), pour laquelle Epstein n'a pas plaidé coupable, en ...
vignette|redresse|Accord de non-poursuite d'Epstein et annexes, daté d'octobre 2007.
Accusé d'avoir mis sur pied un système très élaboré de trafic de mineures, pour la plupart issues de milieux sociaux défavorisés, il encourt en 2008 la prison à perpétuité. Il conclut cependant un accord secret de non-poursuite avec les procureurs fédéraux de Floride lui permettant de faire face à des chefs d'accusation allégés. En 2008, Epstein plaide donc coupable pour racolage de mineures et négocie une peine de prison de dix-huit mois, ainsi que l'immunité judiciaire pour ses complices. Il effectue sa peine dans des conditions particulièrement favorables, obtenant notamment le droit de se rendre à son bureau six jours par semaine. Aucune de ses victimes n'est informée de l'accord passé avec les procureurs, alors même qu'une loi l'impose. L'une d'entre elles, Courtney Wild, contacte un avocat indépendant, pour comprendre pourquoi elle est sans nouvelle de sa plainte. Courtney Wild porte par la suite plainte contre le gouvernement fédéral des États-Unis pour dénoncer cet accord conclu sans le consentement des victimes.
Des courriels divulgués dans la presse en 2018 révèlent que les procureurs ont été dépassés et impressionnés par le pouvoir d'Epstein, . Le procureur Alexander Acosta, devenu secrétaire au Travail dans l'administration Trump, sera contraint à la démission en 2019 à la suite de ces révélations.
Epstein est libéré au bout de treize mois et inscrit sur la liste des délinquants sexuels. Il est visé par deux accusations criminelles à la suite de l'accord passé avec l'accusation tandis qu'à l'époque, les détectives fédéraux peuvent identifier trente-six de ses victimes, dont certaines avaient moins de quatorze ans. Une controverse s'ensuit sur la manière dont cette affaire a été traitée....
Lorsque les accusations deviennent publiques, plusieurs personnes ou entités ayant reçu des dons de la part du milliardaire lui renvoient l'argent, dont Eliot Spitzer, Bill Richardson, et le département de la police de Palm Beach. L'université Harvard annonce qu'elle ne lui rendrait pas l'argent. Plusieurs dons de bienfaisance effectués par Epstein au financement de l'éducation des enfants sont également remis en question..
Le , l'ancien majordome d'Epstein, Alfredo Rodriguez, est condamné à dix-huit mois de prison pour avoir tenté de vendre un enregistrement d'Epstein. L'agent spécial Christina Pryor examine l'enregistrement et convient qu'il « aurait été extrêmement utile dans les enquêtes et la poursuite des cas, y compris pour les noms et les coordonnées de témoins et pour la détection de victimes supplémentaires »...
Campagne de gestion de réputation en ligne À partir de 2010, après la fin de son assignation à résidence consécutive à sa condamnation de 2008, Epstein finance une campagne de gestion de réputation en ligne destinée à reléguer les informations sur sa condamnation dans les résultats de recherche et à promouvoir son image de philanthrope. Des courriels et documents rendus publics en 2026 montrent que ses intermédiaires créent des sites et contenus favorables et tentent de modifier sa biographie sur Wikipédia, notamment en remplaçant sa photographie signalétique, en atténuant la présentation de sa condamnation et en ajoutant des développements sur ses activités philanthropiques. Des contributeurs de l’encyclopédie annulent une partie de ces modifications et plusieurs comptes utilisés pour ces interventions sont bloqués.
Nouvelles accusations en 2015 et 2016 En , une Américaine de , Virginia Roberts Giuffre, affirme sous serment qu'à l'âge de (et de 1999 à 2002), elle a été utilisée par Epstein comme « esclave sexuelle » à son service et celui de ses amis puissants, dont Andrew Mountbatten Windsor (anciennement Prince Andrew) et un professeur de droit de Harvard, Alan Dershowitz. Elle affirme avoir subi des abus physiques qui lui ont fait craindre pour sa vie..
Elle allègue que le FBI pourrait avoir été impliqué dans une couverture., évoquant aussi le recrutement d'autres filles.. Andrew, Epstein et Alan Dershowitz nient tous avoir eu des rapports sexuels avec elle, et Dershowitz intente une action judiciaire contre ses accusations.... Un journal censé appartenir à Virginia Roberts est publié en ligne...
Au sein de la BBC, l'émission Panorama prévoit une enquête sur le scandale.. Au début de 2015, aucune juridiction n'a tranché sur ces affirmations..
Le , le juge Kenneth Marra juge que les allégations nouvelles formulées par Virginia Roberts contre Andrew Mountbatten Windsor n'ont pas d'incidence sur l'accord de non-poursuite et devaient être retirées du dossier.. Le juge Marra ne rend aucune décision concernant la véracité ou non des affirmations faites par Virginia Roberts., il déclare expressément que Roberts, plus tard, pourrait apporter ses preuves quand son affaire serait portée devant la cour.. vignette|L'avant-dernier passeport d'Epstein (2010 - 2020). Le , une femme (restée anonyme) de Virginie dépose plainte contre Epstein, devant la cour fédérale, en réclamant cinquante millions de dollars. alléguant que quand elle avait , en 2004-2005, elle a été « recrutée » pour donner à Epstein un massage dans son manoir, où elle aurait obtenu pour avoir des relations sexuelles avec lui. Une plainte semblable ( de dollars demandés) est déposée par une autre femme le mois suivant, représentée par le même avocat.. Plusieurs de ces poursuites sont jugées non recevables et d'autres réglées à l'amiable.. Epstein aurait jusqu'à présent réglé 17 cas à l'amiable et d'autres cas étaient en cours de négociation au moment de sa mort.. Le , une autre plainte (déposée en Floride) concerne une violation du « Crime Victims' Rights Act ». Dershowitz est accusé d'avoir abusé sexuellement d'une mineure « fournie » par Epstein.. Les allégations portées contre Dershowitz sont finalement éliminées après que son avocat a soutenu qu'elles étaient sans fondements.. Un document de la cour allègue qu'Epstein a procuré des jeunes filles mineures à ..