Un arbre génétiquement modifié (arbre OGM ou arbre transgénique) est un arbre dont le génome a été modifié à l'aide de techniques de génie génétique, généralement par insertion de fragments d’ADN d’autres espèces. L’objectif est d’introduire dans la plante un caractère (transmissible à sa descendance ou, potentiellement, non transmissible via un gène « terminator ») et n’existant pas naturellement dans la nature ou au sein de l’espèce (ex : résistance à des insectes, bactéries, champignons, virus ou parasites, à des stress environnementaux tels que la sécheresse, la chaleur, le gel et/ou la salinisation, une croissance accélérée, une tolérance à un herbicide total, ou encore un bas taux de lignine pour de réduire les coûts de production de la pâte à papier)°.
Histoire des arbres transgéniques En 1988, des généticiens créent en Belgique le premier arbre transgénique. C'est un peuplier, rendu résistant au glyphosate. Au même moment, sous l’égide de l’OCDE, des experts travaillent à un effort d'harmonisation de règles de biosécurité, et de surveillance réglementaire en biotechnologie, dont pour les arbres forestiers.
En 1999, le WWF publie un rapport intitulée GM Technology in the Forest Sector - portant sur les implications environnementales et sociales des arbres GM. Ce document souligne un risque élevé de pollution génétique (via les pollens et graines modifiées par un ou plusieurs transgènes). Les auteurs craignent que les arbres manipulés pour tuer des ravageurs et résister aux herbicides puissent nuire à de nombreuses espèces non ciblées. Selon ce rapport, de 1998 à 1999, en dix ans, 116 sites expérimentaux ont été recensés dans dix-sept pays concernant d'arbres, dont 75 % sont source de bois industriel. Le WWF note que les essais en plein air et les espèces utilisées ne cessent d'augmenter dans le monde. Les États-Unis et le Canada ont accueilli 61 % des essais). Et en Europe, c'est alors la France qui est le pays le plus actif, avec 8 sites créés entre 1992 et 1999 pour tester des arbres rendus par transgénèse résistants aux herbicides et/ou aux insectes, ou encore pour tester des modifications du taux de lignine. L'un de ces tests est confidentiel précise l'ONG.
À cette époque dans le monde tous les arbres GM sont « expérimentaux », mais on évoque déjà de futures autorisation commerciale. De plus si les expériences ont un cadre réglementaire strict dans les pays riches, le secteur privé pilote des essais en Amérique latine, en Afrique et en Asie du sud-est où les mesures de biosécurité et de contrôle législatif sont « insignifiantes », ce qui inquiète l'ONG qui pense que des multinationales se heurtant à certaines barrières légales dans les nations industrialisées en profitent pour développer leurs OGM dans des pays pauvres. Pour ces raisons le WWF demande aux gouvernements du monde entier de décréter un moratoire sur la commercialisation des arbres génétiquement modifiés.
En 2006, la littérature cite alors environ 200 essais d'arbres GM, principalement réalisés aux États-Unis (64 %) et portant sur 15 essences différentes (fruitières ou forestières). Cependant l'industrie forestière et le privé restent circonspects, à l'exception d'ArborGen en Caroline du Sud, une filiale de groupes papetiers américains et néo-zélandais, qui est présidée par une ancienne de Monsanto, Barbara Wells. ArborGen s'engage discrètement mais fermement dans la production d'arbres transgéniques, testant ses méthodes de transgenèse sur des eucalyptus, des peupliers et des pins. Hervé Kemps note qu'ArborGen vise surtout les pays du Sud, moins regardants sur les risques pour l'environnement et où les oppositions citoyennes sont moins vives ; en le Brésil autorisera ArborGen à y tester des eucalyptus génétiquement modifiésHervé Kempf (2007) Les promoteurs des arbres OGM veulent profiter de la vogue pour les agrocarburants ; Les arbres transgéniques sont encore au stade expérimental. Riches en cellulose, et donc plus intéressants pour la production de papier ou d'éthanol, ils attisent déjà les convoitises, le 20 avril 2007.. En 2006 plus de 50 % des essais (contrôlés) en plein air étaient des peupliers rendus résistant aux herbicides (31 % des cas), ou dotés de gènes marqueurs (23 % des cas) ou rendus résistants aux insectes (14 % des cas).
À cette époque un seul arbre (peuplier) avait été autorisé dans la nature, par les autorités chinoises en Chine ; là plus de 1 million de peupliers noirs Populus nigra produisant la toxine insecticide Bt, plantés sur des parcelles de 300 à dans plusieurs régions où les peupliers sont habituellement très attaqués par des insectes. Aux États-Unis, un Institute of Forest Biotechnology (IFB) est créé pour promouvoir les arbres GM sylvicoles, affirme Susan McCord de l'IFB, interrogée par Hervé Kempf, alors que les écologistes au contraire dénoncent une sylviculture industrielle monospécifique qui en Indonésie et au Brésil est devenue une cause majeure de déforestation (Anne Petermann, du Global Justice Ecology Project).
Ailleurs dans le monde, en termes de biosécurité, les arbres OGM suscitent la méfiance (en Europe notamment). Valenzuela & al. concluent en 2006 que leur avenir dans le secteur forestier dépend de facteurs politiques et publics et mais de cadres réglementaires adéquats à créer, mais aussi d’une acceptation publique des arbres transgéniques.. Cette année-là Greenpeace a demandé au secrétariat de la convention des Nations-Unies pour la diversité biologique une interdiction mondiale sur la dissémination des arbres OGM. L'ONG a aussi écrit au gouvernement fédéral du Canada (où 2 peupliers et une épinette OGM avaient été créés et testés dans la région de Québec) en demandant l'arrêt immédiat des essais d´arbres OGM à l´air libreArbres OGM au Canada – Greenpeace s’oppose aux arbres génétiquement modifiés, communiqué Greenpeace, 2006, endu publique le 15 novembre ; texte complet..
En 2010, selon un article paru dans Nature Biotechnology. le nombre d’essais déclarés avait plus que triplé dans le monde, passant à environ 700 tests réalisés entre 1988 et 2010. L’auteur ne cite pas encore d’effet négatif sur l’environnement, même pour la Chine, mais peu après - comme pour d’autres cultures transgéniques – un nombre croissant de problèmes seront détectés. D’autres auteurs ont montré qu’en Chine les transgènes de peupliers OGM on trapidement commencé à se disperser dans d’autres peupliers de la région (au risque de gravement perturber les écosystèmes et de plus pouvoir être contrôlé S.H. von Andreas Bauer-Panskus & C. Then, « Transgene Escape–Atlas der unkontrollierten Verbreitung gentechnisch veränderter Pflanzen », 2013., peut être durant des siècles selon une modélisation publiée en 2006 R. Bialozyt, M. Fladung & B. Ziegenhagen, « Modellierung des Genflusses für die Risikoabschät-zung gentechnisch veränderter Bäume », 2006, Abschlussbericht des Verbundvorhaben des Umweltbundes-amtes FuE Vorhaben FKZ: 201 67 4307/02 Verbundprojekt zu transgenen Gehölzen, cité par Christoph Then & Sylvia Hamberger, « Genetically engineered trees – a ticking “time bomb”? », décembre 2010, Report prepared by Testbiotech and Society for Ecological Research.).
À la même époque (2010), quelques arbres fruitiers trangéniques sont déjà cultivés aux États-Unis, notamment la papaye. et le prunier, mais dans le monde les arbres forestiers génétiquement modifiés ne sont pas approuvés pour une utilisation commerciale, à deux exception un peuplier GM produisant un insecticide dans ses tissu en Chine.. et un eucalyptus GM au Brésil.. Ensuite Hawaï a aussi autorisé des plantations d’arbres OGM en plein air.
Plusieurs essences forestières ou paraforestièrse (peupliers) génétiquement modifiées font aussi depuis plus de dix ans l'objet d'essais contrôlés, dont en France par l’INRA à Angers, généralement pour l'industrie papetière, dans l’espoir d’accroitre sa productivité en termes de production de biomasse..
Au milieu des années 2010, après une trentaine d’années de recherche, la mise au point, les essais et l'utilisation d'arbres transgéniques n’ont pas encore donné lieu à des cultures en grande quantité, alors que des plantes annuelles ou vivaces cultivées sont couramment cultivées dans certains pays..
De nombreux experts indépendants plaident pour un niveau élevé de précaution et des réglementations protégeant la biodiversité et l'intégrité évolutive concernant les arbres génétiquement modifiés, car « en raison de leur longue durée de vie et leur importance pour des écosystèmes tels que les forêts, ils posent intrinsèquement - comme le montre l'exemple du peuplier – certains risques environnementaux uniques ».
Recherches visant à produire ou étudier des arbres transgéniques Des recherches sur les arbres génétiquement modifiés sont en cours dans quelques laboratoires, et parfois « en plein champs » depuis 1988., d’une part sur des fruitiers, et d’autre part sur des arbres de rente (peuplier GM ou eucalyptus GM pour l’industrie papetière).
Il existe une revue scientifique et technique dédiée au sujet : « Tree Genetics & Genomes ».
Le peuplier a été le premier choisi, car c’est un arbre à croissance rapide (d'où une évaluation vite disponible lors de tests) et dont le génome est plus léger que celui de pin (autre candidat, mais dont le génome contient 40 à 50 fois plus de gène que le peuplier, qui en contient lui-même bien plus que le génome humain). Le premier arbre dont le génome (38 chromosomes.)a été entièrement séquencé est un peuplier et le premier arbre transgénique également (1986) ; et il reste l'essence qui a fait l'objet du plus grand nombre d'essais et de tests (47 % en 2005) d'arbres génétiquement modifiés (une souche en France, par l'INRA et d'autres au Canada)..
Ces expériences ont été critiquées par de nombreuses ONG en raison de leurs risques et incertitudes ; également jugés préoccupants par la Convention sur la diversité biologique qui en 2014 a recommandé à ce sujet d’appliquer le principe de précaution : : The Conference of the Parties, Recognising the uncertainties related to the potential environmental and socio-economic impacts, including long term and trans-boundary impacts, of genetically modified trees on global forest biological diversity, as well as on the livelihoods of indigenous and local communities, and given the absence of reliable data and of capacity in some countries to undertake risk assessments and to evaluate those potential impacts, recommends parties to take a precautionary approach when addressing the issue of genetically modified trees., le principal risque étant que des transgènes se diffusent dans la nature. Ils peuvent le faire très facilement via les pollens (via la pollinisation croisée et l’hybridation avec les populations de peupliers sauvages ou cultivés) ou via des drageons. Ces phénomènes de pollution génétique sont une source de « grande préoccupation ».
De nombreuses espèces de peupliers existent dans le mondeFAO (2009), session de l' "International Poplar Commission" et session de son comité exécutif à Pékin en Chine, China, 26-30 octobre 2008 | ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/011/k4541e/k4541e00.pdf ., toutes concernées, potentiellement, par un risque d’introgression de transgène introduit dans la nature par une culture de peupliers transgéniques. Transgène qui pourrait leur donner un avantage sélectif artificiel sur d’autres espèces tout en rendant l’arbre écologiquement problématique s’il résiste aux désherbants tels que le glyphosage et/ou qu’il produit son propre insecticide Bt.
Besoin d'un cadre international Une condition préalable à la poursuite des expérimentations, et plus encore de la commercialisation d’arbres forestiers génétiquement modifiés sera probablement leur stérilité complète. car des peupliers « insecticides » ont déjà commencé à disséminer leurs gènes chez des peupliers sauvages et natifs en Chine..
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