Le mouvement TERF (, également écrit terf), acronyme de , littéralement « féministes radicales excluant les personnes trans » en anglais, est un courant de pensée féministe qui exclut les femmes transgenres des luttes féministes, tout en incluant les hommes trans qu'il considère comme des « femmes biologiques ». Les TERFs s'opposent à la reconnaissance des personnes transgenres en tant que telles ainsi qu'à leurs droits. Elles considèrent que les personnes transféminines ne sont pas des femmes et ne partagent pas les problématiques biologiques et sociales auxquelles répond le féminisme.

Cette idéologie est souvent décrite par ses critiques comme essentialiste et transphobe. Elle définit les femmes et les hommes par leur sexe biologique et s'oppose aux courants du féminisme accordant une place centrale au genre et à l'identité de genre comme constructions sociales, ainsi qu'à la notion d'intersectionnalité qui irrigue le transféminisme.

Né dans les pays anglophones, le mouvement TERF s'est développé conjointement aux États-Unis et en Europe. Des liens ont été documentés entre certains groupes TERFs et des mouvements conservateurs, notamment la droite chrétienne américaine, autour de l'opposition aux droits des personnes transgenres.

Créé en 2008 avec la volonté d'être un terme neutre, le terme TERF a progressivement acquis une connotation péjorative. Certaines féministes ainsi qualifiées le rejettent et lui préfèrent l'expression « critique du genre » (gender critical).

Terminologie

Origine et création La blogueuse féministe australienne Viv Smythe. est considérée comme la créatrice du terme TERF, qu'elle emploie en 2008 dans un billet de blog en réaction à la décision du Michigan Womyn's Music Festival de refuser l'entrée aux femmes trans.. Elle cherchait alors à distinguer les féministes trans-exclusives du reste du mouvement féministe radical. En 2014, elle a déclaré qu'elle souhaitait . Dans son message initial, elle propose aussi TES (, « séparatistes excluant les personnes trans »). Smythe reconnaît toutefois que la question de l'inclusion des femmes trans était déjà un sujet de débat parmi les féministes radicales avant 2008, et que le label TERF aurait pu être employé antérieurement. La blogueuse a contribué à populariser le terme (notamment sur internet).

Selon Cristan Williams, historienne trans, le terme désigne une forme de féminisme radical En 2019, la théoricienne féministe Sophie Lewis utilise le néologisme dans The New York Times pour décrire le féminisme anti-trans au Royaume-Uni.. Le TERFism fait partie intégrante de l'histoire du féminisme car son déterminisme biologique provient directement du féminisme fasciste du début du , du système colonial britannique et de sa classification racialiste et stricto-biologique des humains.

Après sa première apparition, le terme TERF se diffuse conjointement aux États-Unis et en Europe dans les années 2010. Il est depuis utilisé pour décrire les féministes qui soutiennent des positions considérées comme transphobes..., telles que l'opposition aux droits des personnes trans et à l'inclusion des femmes trans dans les espaces en non-mixité..., les listes politiques réservées aux femmes., opinions généralement fondées sur le refus de considérer que les femmes trans sont des femmes.

Évolution sémantique et débat En 2021, le sociologue britannique trans note que l'appellation TERF s'est répandue dans les espaces militants, notamment en ligne, et dans la presse, et que le terme est désormais utilisé pour qualifier toute personne ayant des positions transphobes ou excluant les personnes trans, sans lien avec le féminisme radical : Mackay regrette également que le féminisme radical soit presque systématiquement associé à la transphobie dans le débat , effaçant ainsi les nuances entre les différents courants (lesbianismes politiques, féminismes culturels, séparatismes, abolitionnismes du genre…)..

Les féministes qualifiées de TERFs considèrent généralement ce terme comme une insulte et lui préfèrent la dénomination ....... Cette perception est partagée par certains observateurs extérieurs au mouvement. La chroniqueuse britannique estime en 2017 que La blogueuse britannique Claire Heuchan, a écrit que ce mot était souvent utilisé en même temps qu'une et qu'il contribuait à minimiser le rôle des hommes comme véritables auteurs des violences envers les femmes et les personnes trans. Cette critique de la violence associée au terme est partagé au sein du mouvement trans lui-même. La journaliste Beth Desmond considère que les personnes trans n'ont rien à gagner d'un vocable trop agressif..

Sur le plan académique et médiatique, en , sept philosophes britanniques écrivent sur le site Nous que deux articles publiés dans la revue avaient contribué à normaliser le terme. Rachel McKinnon. et de . estime que celui-ci est .. La même année, le magazine britannique demande à ces auteurs , affirmant qu'il était utilisé pour tenter de faire taire certaines opinions et parfois pour inciter à la violence. Le Monde qualifie aussi le terme de péjoratif.

Ces qualificatifs d'insulte sont cependant rejetés par d'autres féministes, des universitaires et des personnes trans, qui estiment que le terme TERF reste descriptif d'un courant aux positions clairement définies.

Termes apparentés vignette|Banderole « Le féminisme est intersectionnel, non aux TERF, non aux SWERF » lors d'une manifestation en 2020 au Royaume-Uni.Le terme PERF (Penis Exclusionary Radical Feminist, « féministe radicale qui exclut les personnes à pénis ») désigne une nuance qui exclut toute personne ayant un pénis. Il existe un autre sigle qui est formé sur le même modèle. SWERF, pour Sex Worker Exclusionary Radical Feminist désigne péjorativement une féministe accusée de stigmatiser les travailleuses du sexe. Celles étant en faveur de l'abolition de la prostitution sont accusées par les personnes militants pour la légalisation de la prostitution comme excluant les femmes prostituées de la lutte féministe.

Certaines féministes radicales utilisent la dénomination (critique du genre). la définit ainsi : Selon Claire Thurlow, bien que ce changement de terminologie soit présenté comme une manière de rejeter la transphobie ouverte des débuts du mouvement TERF, les idées restent les mêmes..

Pour marquer leur différence avec les mouvements féministes, certaines comme Marguerite Stern préfèrent se qualifier de « femelliste ».

Idéologie et positionnements

Fondements communs L'ensemble des perspectives TERF, au-delà des clivages internes sur la notion de genre, considère que les femmes sont définies par leur biologie, qu'elles sont confrontées à des enjeux spécifiques provoqués ou accentués par la société, et qu'elles ont le droit de se battre pour être respectées en tant que femmes biologiques, à l'exclusion des femmes trans.

Cette logique s'étend généralement à une réflexion sur le genre et l'identité de genre qui tend à catégoriser les personnes en fonction du sexe biologique et, le plus souvent, à associer des rôles de genre plus ou moins strictement distincts à chaque sexe, sans que la liberté individuelle ne constitue la valeur de base.

Universalisme et matérialisme Certaines TERFs, se déclarant universalistes et matérialistes, affirment que les femmes trans renforceraient les stéréotypes de genre contre lesquels le féminisme lutte, notamment par la recherche d'un passing cisgenre. Dans cette optique, le féminisme est une lutte des seules femmes déterminées par leur anatomie de naissance, afin que la société ne leur impose pas un rôle étroit sur cette base. Les femmes trans auraient ainsi un comportement insultant à l'égard du sexe féminin en se revendiquant du genre féminin par des marqueurs considérés comme des constructions patriarcales.

Ce courant se distingue d'un essentialisme strict dans la mesure où il vise à déconstruire les stéréotypes de genre, mais il partage avec les autres perspectives TERFs le refus d'inclure les femmes trans dans la définition de la femme.

Selon l'Institut La Boétie, ce rejet croissant de la part des TERFs s'explique par la suspicion des femmes trans de promouvoir des stéréotypes de genre voire de détruire le mouvement féministe de l'intérieur, et en cela serait misogynes.

Rapports aux hommes transgenres Certaines féministes qui se décrivent comme critiques du genre affirment qu'elles ne peuvent pas être décrites comme trans-exclusives, puisqu'elles déclarent inclure les hommes transgenres, qu'elles considèrent comme étant des femmes. . Cependant, il semble constant que les TERFs, tout en cristallisant plus de tensions autour des femmes trans (qu'elles excluent totalement de leurs combats), ne défendent pas les hommes trans en tant que personnes trans, mais en les percevant comme des femmes.

Si les femmes trans sont particulièrement critiquées par les TERFs pour avoir recours à des marqueurs caricaturaux du féminin, les hommes trans sont considérés comme reproduisant une forme de rejet du féminin et de domination masculine.

Contexte historique et développement

Origines (années 1960–1979) L'ouvrage de Janice G. Raymond positionne pour la première fois en 1979 les femmes trans comme des sujets masculins violents infiltrant les espaces féminins et s'appropriant le corps des femmes.

La question de l'inclusion des femmes trans est débattue au sein des mouvements féministes depuis les années 1960, durant la deuxième vague du féminisme. Cette controverse s'inscrit dans des débats plus larges sur les rapports de pouvoir entre les femmes et les différences en matière de race ou de classe sociale.

Montée en visibilité dans les années 2010 vignette|270x270px|Laverne Cox, personnalité transféminine, en 2014 Dans les , la visibilité médiatique des personnes trans s'accroît au Royaume-Uni et aux États-Unis, avec certaines personnalités comme Laverne Cox ou Caitlyn Jenner, tandis que parmi la génération Z (née à la fin des et début 2000), la diversité et la fluidité des identités de genre est de plus en plus importante..

En réponse, l’Église catholique et les groupes partisans du conservatisme sociétal dénoncent ce qu'ils appellent la ou .. Ce faisant, ils reprennent des termes déjà utilisés par les féministes radicales, mais employés dans un sens profondément différent : l'Église et la droite défendent une vision traditionnelle de la famille nucléaire hétérosexuelle au sein de laquelle les différences de genre seraient naturelles et complémentaires, et l'idée que le genre découlerait naturellement des caractéristiques sexuelles, tandis que les féministes radicales s'opposent aux approches assimilant le sexe au genre (sans distinction entre sexe et genre) et invisibilisant les oppressions basées sur le sexe.

Dans les , les débats autour des personnes trans deviennent de plus en plus âpres et trouvent un écho dans la presse et les médias, en particulier au Royaume-Uni, aux États-Unis et dans le reste de l'Europe.. ..

Rapport au lesbianisme politique

Liens avec les mouvements conservateurs Des groupes TERFs se sont rapprochés de mouvements conservateurs (aux États-Unis et au Royaume-Uni) dans un contexte général de lois anti-trans... ou ont vu leur discours repris par ces mouvements conservateurs et l'extrême droite. Des liens existent entre des organisations féministes excluant les femmes trans et des organisations de la droite conservatrice chrétienne américaine (comme l'ONG ou la ). Dans certains cas, ce rapprochement est une stratégie assumée de la part des conservateurs afin de fragiliser le mouvement LGBT+ en le divisant.