Othman ibn Affan (en , ), également connu en français (par l'intermédiaire du turc et du persan) comme Osman, né en 574 à Taëf et mort assassiné en 656 à Médine., est le beau-fils et un éminent compagnon de Mahomet, prophète de l'islam, ainsi que le troisième calife bien guidé. Né dans un clan mecquois de premier plan, les Omeyyades de la tribu des Quraych, il joue un rôle majeur dans l’histoire de l'islam et est connu pour avoir commandé la compilation du Coran dans sa forme canonique.. À la mort du calife Omar ibn al-Khattâb, âgé de 59 ou 60 ans, Othman, âgé de 69 ou 70 ans, lui succède, étant ainsi le deuxième plus âgé à gouverner comme calife.
Othman était marié à Ruqayyah. À la mort de cette dernière, il épousa Oumm Koulthoum. Ces deux épouses, filles de Mahomet et de Khadija (première femme du prophète), lui valurent le titre honorifique Dhū al-Nurayn (« l'homme aux deux lumières »).. Par conséquent, il était également le beau-frère du quatrième calife bien-guidé Ali dont la femme Fatima était la plus jeune sœur de ses épouses.
Sous le califat d'Othman, l'empire islamique annexa l'Istakhr (déjà conquis une première fois en 642) en 645 et certaines zones du Khorassan en 651. La conquête de l'Arménie, entamée dans les années 640, fut quant à elle parachevée.. Son règne a néanmoins été marqué par de nombreuses manifestations et troubles qui débouchèrent sur un à l'issue duquel Othman fut assassiné, jetant ainsi les prémices de la première fitna.
Historicité L'histoire du « passé primordial arabo-musulman » pose des difficultés, tant méthodologiques qu'historiographiques, à la recherche puisqu'il « se donne en effet à lire comme un récit composé a posteriori et visant à légitimer un pouvoir musulman confronté à ses propres divisions et à la splendeur des empires passés »A. Borrut, « De l'Arabie à l'Empire », Le Coran des Historiens, 2019, p. 249 et suiv.Voir aussi : Antoine Borrut, « Introduction : la fabrique de l’histoire et de la tradition islamiques », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, 129, 2011, p.17-30.L'historiographie des premiers siècles de l'islam a été étudié par Borrut dans Entre mémoire et Pouvoir.
Pour Borrut, l'écriture de l'histoire des deux premiers siècles de l'Hégire est une construction formant une « vulgate historiographique ». Viviane Comerro considère, que si les premiers siècles de l'Hégire témoignent bien d'une « histoire sociale déchirée par des orthodoxies concurrentes », le terme de « vulgate historiographique » paraît impropre (V. Comerro, "Borrut Antoine: Entre mémoire et pouvoir. L’espace syrien sous les derniers Omeyyades et les premiers Abbassides (v. 72-193/692-809)", BCAI 28, 2013, p. 60-62).. C'est en particulier le cas de la période des califes rashidun. Tayeb el-Hibri voit dans le récit de cette période une construction fondamentalement littéraire, du genre de la paraboleT. el-Hibri, Parable and politics in early Islamic history: the Rashidun caliphs, Columbia University Press, 2010.. Ces récits, qui peuvent être étudiés de manière intertextuelle n'ont été perçus comme « rapport factuel », que de manière récenteCette recherche, qui forme un récit révisionniste, est un « travail d'une perspicacité scientifique profonde et attentive [et] est une contribution des plus significatives à l'historiographie islamique précoce et un point de référence précieux pour l'érudition contemporaine et les débats sur les origines de l’islam et les fondements des traditions sunnites et chiites. »(Douglas Pratt, "Parable and politics in early Islamic history: the Rashidun caliphs", Islam and Christian–Muslim Relations, 22:2, 2011, p.224-225Douglas Pratt, "Parable and politics in early Islamic history: the Rashidun caliphs", Islam and Christian–Muslim Relations, 22:2, 2011, p.224-225.. Humphreys proposait déjà une lecture de la période rashidun, sur un principe de pacte-trahison-rédemption. Othmân et les Ommeyades appartiendraient au second ensemble. Ainsi Tabari, auteur et non seulement compilateur, inscrit la mort d'Othmân dans une forme de théorie du complot rompant l'âge d'or prophétique et le mythe d'une Oumma unieH. I. Bouali, « Le meurtre du calife ʿUṯmān (35/656) dans le Taʾrī ḫ al‑rusul wa‑l‑mulūk d’al‑Ṭabarī », Bulletin d’études orientales 2018/1 (n° 66), p.323-352..
Néanmoins, si le récit des quatre premiers califes « se présente, dans une large mesure, comme une reconstruction de l'âge abbasside » afin de construire un âge d'or, des éléments anciens attestent qu'il ne s'agit pas que d'un « construit narratif ». Ainsi, Othman est cité dans un graffiti unique qui évoque son assassinat. Celui-ci est probablement l’œuvre d'un « partisan de la famille omeyyade choqué par le meurtre de ʿUṯmān et qui réagit à chaud en maudissant les assassins ». Une étude a été menée sur une conquête de l'époque d'Othmân en comparant les récits musulmans avec les récits chrétiens de cet événement. Dans cette étude, le « noyau historique » supposé « tend à s'évanouir »Cl. Gilliot, « Le débat contemporain sur l'islam des origines », Les Débuts du monde musulman, 2012, p. 361..
Famille
Othman ou UthmanLe coran d’‘Uthman dans le traité de Versailles, Michael Marx, dans Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Année 2011 155-1 pp. 431-454, https://www.persee.fr/doc/crai_0065-0536_2011_num_155_1_93158 est le fils d'Affan ibn Abi al-'As, des Omeyyades, et d'Urwa bint Kariz, des Abd Shams, deux clans riches de la tribu des Quraych de La Mecque. La mère d'Othman était une cousine germaine de Mahomet, lequel était donc un oncle ou cousin au 5 degré d'Othman. Othman avait une sœur, Amina.
Uthman est né à Taëf à une date inconnue (574, 576, 579 et 583 sont proposés). Il est dit être l'un des sachant écrire « à l'aube de l'islam »Ahmed ibn Jabir al-Baladhuri. Kitab Futuh al-Buldan. Traduit par Murgotten, F. C. (1924). The Origins of the Islamic State Part 2, p. 271. New York, Longmans, Green & Co., et Londres, P. S. King & Son, Ltd..
Son père, Affan, est décédé très jeune alors qu'il voyageait à l'étranger, laissant à Othman un héritage conséquent. Il devint un marchand comme son père et ses affaires prospérèrent, faisant de lui l'un des plus riches Quraych..
Son petit-fils est Sidi Tlil, un saint soufi tunisien qui a fondé la tribu des Ouled Sidi Tlil..
Compagnon de Mahomet Conversion à l'islam De retour d'un voyage d'affaires en Syrie en 611, Othman fut mis au courant de la mission déclarée de Mahomet. Après une conversation avec Abou Bakr, Othman décida de se convertir à l'islam et Abou Bakr l'amena à Mahomet pour qu'il atteste sa foi. Othman devint ainsi le quatrième homme à se convertir à l'islam selon la tradition musulmane, après Abou Bakr, Ali et Zayd. Membre de l'aristocratie mecquoise, il est alors l'un des rares personnages de haut rang à se convertir à l'islam., ce qui ne va pas sans susciter la colère de son clan, les Bani Oumaya, qui voient d'un très mauvais œil la prophétie de Mahomet..
Émigration en Abyssinie Othman et son épouse, Ruqayyah, émigrèrent en Abyssinie (Éthiopie actuelle) en avril 615, avec treize autres musulmans (dix hommes et trois femmes). Des dizaines de musulmans les rejoignirent par la suiteMuhammad ibn Ishaq. Sirat Rasul Allah. Translated by Guillaume, A. (1955). The Life of Muhammad, pp. 146-148. Oxford: Oxford University Press.Muhammad ibn Saad. Kitab al-Tabaqat al-Kabir. Translated by Haq, S. M. (1967). Ibn Sa'd's Kitab al-Tabaqat al-Kabir Volume I Parts I & II pp. 235-236. Delhi: Kitab Bhavan.. Othman, qui jouissait déjà de contacts commerciaux en Abyssinie, put continuer à y exercer sa profession et son entreprise prospéraHazrat Usman – by Rafi Ahmad Fidai, Publisher: Islamic Book Service Pages: 32.
En 619, une rumeur affirmant que les idolâtres de Quraych avaient embrassé l'islam se répandit chez les musulmans d'Abyssinie, cela persuada Othman, Ruqqayah et 39 autres compagnons de rentrer à La Mecque. Une fois arrivés à destination, ils découvrirent cependant qu'ils avaient été victimes d'une fausse nouvelle, les Quraychites n'ayant pas adopté l'islam. Malgré cela, Othman et Ruqqayah décidèrent de rester. Othman dut alors repartir de zéro, mais les contacts qu'il avait déjà établis en Abyssinie ont joué en sa faveur et son commerce fructifia à nouveau.
Installation à Médine En 622, Othman et son épouse, Ruqayyah, firent partie du troisième groupe de musulmans émigrant à Médine avec sa fortune considérable. La plupart des musulmans de Médine étaient des fermiers n'ayant que peu d’intérêt pour le commerce, c'étaient d'ailleurs les Juifs qui géraient la majorité des commerces de la ville. Othman réalisa alors l'incroyable occasion qu'il avait de promouvoir le commerce parmi les musulmans et il s’est rapidement établi lui-même comme commerçant à Médine. Grâce à son travail et à son honnêteté, son affaire fructifia et il devint l'un des hommes les plus riches de la ville..
Vie à Médine Lorsque Ali épousa Fatima, Othman acheta le bouclier d’Ali pour 500 dirhams. 400 furent mis de côté comme mahr (douaire) pour le mariage, ce qui en laissait une centaine pour toutes les autres dépenses. Plus tard, Othman redonna le bouclier à Ali en guise de cadeau de mariage.A Chronology Of Islamic History 570–1000 CE, by H.U. Rahman 1999 Page 48 and Page 52–53.
Batailles
D'après R. V. C. Bodley, Othman n’était pas une figure remarquable du vivant de Mahomet. En effet, il n'avait été affecté à aucune autorité et n'avait pas non plus gagné en prestige lors des ghazwatR.V.C. Bodley, The Messenger – the Life of Mohammed, pgs. 348–9.. De plus, Othman présentait déjà des tendances népotistes, qui se sont notamment illustrées dans la question du partage des butins de guerre, où Othman privilégiait ses proches aux dépens des combattants. Lors de l'invasion d'Hamra al-Assad, le / 8 chawwal 3 AH, un espion mecquois, , cousin d’Othman ibn Affan, a été capturé. Selon l’érudit musulman , Othman lui accorda l'asile après avoir obtenu la permission de Mahomet qui lui laissa un délai de trois jours pour partir (le temps de prévoir un chameau et des provisions), sans quoi il serait exécuté. Othman partit avec Mahomet pour mais Muʿawiya outrepassa le délai. Bien qu’il ait réussi à fuir au moment où l’armée est revenue, Mahomet a ordonné qu'il soit poursuivi et tué. Ses ordres furent respectés et mis en œuvre..
Les dernières années de Mahomet
En 632, l’année julienne où Mahomet est mort, Othman a participé au pèlerinage d'adieu. Il était également présent à l’événement de Ghadir Khumm, où, selon des sources chiites, il était parmi ceux qui ont juré allégeance à Ali......
Mariage Othmân ibn ‘Affan était surnommé « Dhu al-Nurayn », c’est-à-dire, l’homme au deux lumières car il avait épousé deux des filles de Mahomet Rukayya et Umm Kulthum. Rukayya était mariée à Otba Ibn Abi Lahab et Oum Koulthoum à son frère Oteiba Ibn Abi Lahab. Lorsque la sourate Al-Massad qui concerne le couple Abu Lahab fut revelée, elle a suscité la colère du couple qui a exigé que les deux fils répudient leurs épouses. Après être revenues chez elles, et après un certain temps Othmane s'est empressé de demander à Mahomet la main de sa fille Rukayya qu'il appréciait énormément avant même sa conversion à l'islam. Après la mort de Rukayya, Othmân était tellement chagriné d'avoir perdu son épouse et ses liens de parenté avec Mahomet que ce dernier lui a accordé l'autorisation d'épouser sa fille Oum Kulthum. Othmân est le seul homme à s'être marié avec deux filles du prophète.
Sous le califat d'Abou Bakr (632—634)