Maurice d'Agaune, ou saint Maurice, et ses compagnons coptes venus de Thèbes (soldats thébains) en Égypte, membres de la Legio I Maximiana, martyrs du Valais, sont des chrétiens morts pour leur foi sous l'empereur Dioclétien, à la fin du , probablement le .
Le récit de leur martyre est, en partie seulement, altéré de légende. Celle-ci est née de l'invention de corps de martyrs, de la tradition de saint Maurice d'Apamée importée peut-être par le moine Jean Cassien, mais aussi du souvenir encore vivant de la Legio Felix.. Cependant la thèse de l’École des chartes de Jean-Marie Theurillat a précisé les évènements historiques en les dégageant du merveilleux dont la piété les avait enjolivés ; une meilleure connaissance du remaniement des structures de l’armée romaine à la fin du a fait tomber les objections historiques et techniques, et surtout les fouilles archéologiques entreprises au pied du rocher d’Agaune
Saint Maurice est fêté le Date de l'inauguration, le , de l'abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune. ou parfois le par confusion avec Maurice d'Apamée.
Évènements historiques et diffusion du culte vignette|left|240px|Rencontre entre Saint Érasme et saint Maurice (à droite en armure). Huile sur bois de Matthias Grünewald, v. 1520–1524, Alte Pinakothek de Munich.
Pendant la persécution de Dioclétien, les soldats de la légion thébaine, venus d’Égypte, auraient reçu l’ordre de tuer. tous les habitants près d'Octodure (Martigny) au nord des Alpes, qui avaient été convertis au christianisme par saint Materne. Maurice et les soldats de sa légion refusèrent d'obéir à cet ordre et furent condamnés à mort. Cette légende est peu probable du fait que les persécutions officielles contre les chrétiens débutèrent en 303.
Selon une autre version, peut-être mieux attestée, les troupes romaines étaient envoyées par Dioclétien pour réprimer en Gaule une révolte de bagaudes (entre 286 et 304). Cette révolte ayant été matée à la fin de l'été 285, la passage de la légion en Valais pour se rendre en Gaule a dû avoir lieu en . Faisant étape à AgauneLe mot latin Acaunum est devenu Agaune en français. Il est issu d'un vocable gaulois signifiant « rocher pointu ». Le site abritait un poste de douane romain, où l'on prélevait une taxe sur toutes les marchandises qui franchissaient cette cluse à l'entrée de la vallée du Rhône., leur commandant, Maximien Hercule, césar de Dioclétien, décida d'organiser à Octodure, la ville proche, un sacrifice à Jupiter. Maurice et ses compagnons refusèrent d'y participer. Furieux, Maximien fit décimer la Légion thébaine sans entamer sa résolution. Une nouvelle décimation n'ayant pas eu davantage de résultat, il fit exécuter la totalité de cette troupe.
Le massacre de la légion thébaine prend place parmi les récits hagiographiques de martyre chrétien.
Selon une tradition légendaire, après la mort de Longin, la Sainte Lance aurait été transférée en Égypte, atteignant ThèbesAvant l'an 286., où saint Maurice l'aurait redécouverte. À la disparition de Maurice, la relique serait tombée dans les mains des empereurs romains païens qui ne lui accordent aucune attention jusqu'à ce que l'empereur Constantin, converti au christianisme, marque l'étendue de sa nouvelle Rome, Constantinople, en traçant ses limites avec la pointe de la lance. La lance devient ainsi un symbole de pouvoir dans le Saint Empire.
Saint Sigismond, souverain du royaume des Burgondes et plus tard le premier roi chrétien canonisé au nord des Alpes, fonde le monastère de Saint-Maurice d'Agaune qu'il dote puis, le , y inaugure la louange perpétuelle du martyr. Dans les siècles qui suivent, la noblesse du royaume de Bourgogne (actuellement : Suisse Romande, Franche-Comté, Lyonnais, Savoie, Dauphiné, Provence) mais aussi du Saint Empire (depuis Henri IV) adoptent le culte de saint Maurice. Le culte de saint Maurice en Occident s’est répandu dans un grand nombre de paroisses rurales de Savoie, du Piémont et de Suisse où une cinquantaine de paroisses lui sont dédiées, particulièrement dans le canton de Fribourg. En France, communes portent son nom et plus de paroisses sont placées sous sa protection. On le vénère à Cologne, Halle et Magdebourg, mais aussi à Cracovie en Pologne et à Riga en Lettonie.
Le récit d'Eucher de Lyon vignette|Le martyre de saint Maurice, tableau maniériste représentant le saint barbuAu premier plan, un tronc d'arbre coupé symbolise leur future mort. À côté rampe un serpent près d'une roche grise sur laquelle se détache un papier blanc portant le nom de l'artiste inscrit en grec. Maurice vêtu de bleu et de pourpre, entouré de ses compagnons et de son page tenant son casque, attend le martyre avec résignation. En arrière-plan, les soldats de la légion thébaine serpentent en procession. El Greco ne peint pas la scène en Suisse, mais dans la province de Tolède avec ses « cigarrales », ces grandes maisons de campagne sur les collines, entourées d'arbres fruitiers.. Le Greco, 1580.
Iconographie thumb|Assemblée de l'Ordre du croissant sous le patronage de saint Maurice. Peinture de Giovanni Bellini, s. vignette|Saint Maurice (détail) par Matthias Grünewald. thumb|Saint-Maurice (détail). Vitrail par Józef Mehoffer, 1898-1899, cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg. Bien que d'origine égyptienne (origine indiquée sur un parchemin, une bannière ou un cartouche en tant que , « légion de Thèbes »), on le représente habillé en soldat, portant des armes (épée, lance, bouclier), la palme du martyre et le vexillum romain, avec une physionomie occidentale. Son bouclier et sa cuirasse sont toujours ornés d’une croix tréflée blanche sur fond rouge. Mais à partir du , il est fréquemment figuré, , cette référence à la peau noire étant probablement issue de l'étymologie populaire de son nom latin, , « d'origine maure ». Il figure sur une huile sur bois de Matthias Grünewald (1520-1524) en compagnie de saint Érasme, exposée à la Alte Pinakothek de Munich. Il est présent sur les armoiries de Cobourg (Bavière) et de Saint-Vincent (Val d'Aoste). Il est représenté en cavalier sur l'un des rampants du fronton de la cathédrale Saint-Maurice de Vienne (Isère). Un manuscrit enluminé vénitien est entièrement consacré à sa légende : Passion de saint Maurice et de ses compagnons. Certaines des miniatures sont attribuées à Giovanni Bellini (Bibliothèque de l'Arsenal, Ms.940). Sa statue est présente sur le maître-autel de l'église Saint-Maurice d'Orelle, en Savoie. Un grand tableau de ce saint à cheval le surplombe. Un grand écusson semblable est à l'entrée de l'édifice ainsi qu'un vitrail. Il est représenté dans l'un des vitraux créés par Jacques Le Chevallier en 1950 dans l'église Saint-Pierre de Bourg-Saint-Pierre Chanoine Maurice Ribordy, « La paroisse de Bourg-Saint-Pierre et ses prieurs », Annales Valoisiennes, 1953, ..
Patronage vignette|Image représentant Matthias Grünewald, Saint Erasmus et Saint Maurice. Saint Maurice est le saint patron de la SavoieConférence de Christian Regat aux Amis du Val de Thônes, le 2 décembre 2011, « Saint Maurice et les foires de la Saint-Maurice » (lire en ligne)., du Saint-Empire romain germanique, des chasseurs alpins, des gardes suisses, des teinturiers et des malades de la goutte., ainsi que de nombreuses unités de l’armée française : il est ainsi le saint patron de l'infanterie et de la guilde des Têtes noires.
Devenu depuis le un saint pas seulement militaire mais essentiellement impérial et germanique, pas moins de lui sont dédiées., telles à Angers, la cathédrale du diocèse où ses compagnons et lui sont représentés sur la façade, bon nombre d'églises en Pays de Savoie, ou encore la basilique Saint-Maurice d'Épinal. Il est par ailleurs le saint patron de cette ville et de son hôpital entre 1693 et 1968..
Héraldique Ainsi, sa tête tranchée par les Romains à la suite d'une désobéissance fut dès le Haut Moyen Âge un symbole héraldique, d’abord dans les Alpes et puis repris bien au-delà. La tête de Maure se serait ainsi imposée comme emblème en Sardaigne (4 têtes) et en Corse à la suite de la domination du roi d’AragonPatrice de La Condamine, Histoire en drapeaux et blasons - Cinq Pays Pyrénéens, éditions Les Enclaves Libres..
Il y a un débat historiographique sur cette mise en perspective d'un lien entre saint Maurice et ces drapeaux. La domination ayant été de courte durée, il est possible que l’ajout soit postérieur., d'autant plus qu'il n'y a pas de rapport entre saint Maurice en Valais et le royaume d'Aragon, alors que ce dernier était un acteur de la Reconquista. Il n'y aurait donc probablement pas de rapport héraldique entre la Corse et la Sardaigne, et les Alpes.
Voir aussi
Bibliographie
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Postérité Richard Dubugnon, Le Mystère d'Agaune, oratorio., op. 80, 2018, création mondiale le . à Ollon
Articles connexes Massacre de la légion thébaine Octave de Turin Abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune
Liens externes
Notes et références
Catégorie:Saint catholique et orthodoxe du IVe siècle Catégorie:Saint catholique et orthodoxe d'Occident Catégorie:Personnalité liée au canton du Valais Catégorie:Céphalophore Catégorie:Chrétien martyr en Gaule Catégorie:Chrétien martyr sous Dioclétien Catégorie:Saint savoyard Catégorie:Saint dauphinois Catégorie:Saint catholique fêté le 22 septembre