vignette|200px|Les armes de Villefranche-sur-Saône se blasonnent ainsi :De gueules à une porte de ville d’argent flanquée à dextre d’une tour du même, au chef cousu d'azur chargé de trois fleurs de lys d'or, chacune brisée d'un bâton de gueules péri en bande.
L'histoire de Villefranche-sur-Saône commence par une création ex nihilo en 1140 des sires de Beaujeu, désireux de tenir à distance la puissance du comte-archevêque de Lyon et d'avoir part au grand trafic européen. Passée sous le contrôle des Bourbons au début du , elle a été promue capitale du Beaujolais en 1532 et dotée à ce titre d'importantes fonctions administratives. Quand cette fonction de commandement a décliné dans le nouveau cadre administratif issu de la Révolution française, la ville s'est inventée une vocation industrielle basée principalement sur le textile et la métallurgie. Quand, à leur tour, ces activités ont périclité du fait de la concurrence internationale, tirant profit de sa situation sur le grand axe de circulation séquano-rhodanien et devenue un véritable nœud autoroutier, elle s'est muée en centre de services non seulement au niveau local du Beaujolais mais aussi sur le plan national.
Une fondation volontaire Les conditions géographiques comptent beaucoup moins que les circonstances historiques dans la naissance et le développement de Villefranche-sur-Saône comme centre urbain. La décision de seigneur de Beaujeu en 1140 de fonder une ville franche répond à deux objectifs. D’une part, affirmer son autorité en limite sud de ses possessions face aux archevêques-comtes de Lyon qui avaient érigé Anse en solide place forte, au nord de leur domaine ; d’autre part, avoir part aux fruits de la croissance économique caractéristique de l’époque en créant un relais commercial sur la route de Bourgogne animée par le transit international entre les pôles de Flandre et d’Italie du Nord. Rien d’original en cela comme en témoigne le grand nombre de villeneuves et les centaines de bastides fondées dans le sud de la France à la même époque. Beaujeu était trop à l’écart pour tirer profit de ces grands courants commerciaux.
Lors de la création du réseau de voies, les Romains avaient enjambé l’espace entre Asa Paulini, ancêtre de l’actuelle Anse et Ludna où l’on identifie pour partie l’actuelle Saint-Georges-de-Reneins sans laisser beaucoup de traces dans l’intervalle : on peut donc parler d’une création ex nihilo.. Le choix d’une telle situation par trouvait sa justification dans une position de relais à égale distance par rapport aux étapes historiques majeures de Mâcon et de Lyon. La possibilité de liaisons sur un axe transversal, est-ouest entre le gué sur la Loire au niveau de Roanne et celui, à proximité immédiate, gardé sur la Saône par la poype de Riottier achevait de faire de la cité un carrefour. alt=Château de Limas|vignette|Château de Limas. alt=Château d'Anse|vignette|Château d’Anse. Plus étonnant est le choix du site précis retenu par . Limas aurait pu, à plusieurs titres, servir de point d’ancrage à cette fondation. Cette localité, en situation limitrophe si l'on en adopte l’étymologie latine de limes, du territoire où la présence des Beaujeu est attestée dès le , était le siège d’un péage et d’une châtellenie ainsi que d’une église dédiée à sainte Madeleine. Sa position sur les premières pentes de la montagne beaujolaise en facilitait la défense. La préférence a pourtant été donnée au creux formé par la traversée du Morgon, ruisseau descendu de cette même montagne. C’était, certes, s’assurer une bonne alimentation en eau mais aussi s'exposer au risque de ses débordements. D’où cette forme de nef de bateau selon la comparaison de Louvet, le premier historien de la ville : « Sa figure est presque semblable à la forme d’une galère par sa longueur un peu étroite et par ses deux extrémités qui, s’élevant au nord et au midi, ne représentent pas mal la proue et la poupe d’une galère, l’enfoncement du milieu ayant du rapport avec le corps de ce vaisseau ». Le risque était aussi de devoir assainir les rives marécageuses au bord desquelles devait être transférée l’église de la Madeleine de Limas sous le patronage de Notre-Dame-des-Marais, précisément. Il est vrai que ce voisinage devait répondre aux indications obstinées de la Vierge elle-même apparue à des bergers. Faut-il établir un lien entre cette topographie particulière et le gentilé de caladois des habitants ? Comme on est loin du Midi où la calade désigne une rue dallée en pente, on retient plutôt, avec une pointe d’humour l’élargissement à l’ensemble de la ville de l’espace limité au parvis pavé de l’église devant laquelle on s’attardait pour commérer à la sortie de l’office..
L’axe principal nord-sud de la villeneuve, long de 1 kilomètre, a été tracé selon le sens du trafic attendu. Cet ancêtre de l’actuelle rue nationale était doublé de part et d’autre de rues parallèles dites de derrière. Il était recoupé perpendiculairement un peu au nord du Morgon par un axe est-ouest de . Il portait le nom de rue des Fayettes à l’est et de rue des Frères à l’ouest. C’est l’actuelle rue Paul-Bert. Le croisement de ces deux axes marquait la limite entre les quartiers de la Poulaillerie au nord-est, des Presles au nord-ouest, de l’Eglise au sud-est et de la boucherie ou du Maisel au sud-ouest. La volonté de privilégier la fonction marchande se traduisait dans le détail de ce plan. La redevance perçue par le seigneur était proportionnelle à la largeur de la façade donnant sur la Grande rue, à raison de trois deniers par toise. La bonne mesure étant de , artisans et commerçants devaient acquitter la somme de . En revanche, chacun avait la libre disposition d’empiéter sur la Grande rue : ce pavé bourgeois était encombré de boutiques masquant les rez-de-chaussée. Surtout, chaque parcelle s’étirait en profondeur en direction des rues de derrière et l’espace y était disponible à tous usages : celliers, cuisines, remises, écuries, granges et plus ou moins aéré de courettes. L’exercice d’une activité commerciale ou artisanale n’était pas compatible avec le statut proche du servage dans lequel était maintenue la masse paysanne dans le système féodal. La charte était donc l’acte juridique fondateur de toute villeneuve, Dans le cas de Villefranche, deux dates sont à retenir. La première qui nous a été conservée est celle octroyée par en 1260. Elle confirme par écrit un ensemble de privilèges accordés oralement antérieurement. Elle garantissait la personne et ses biens contre tout arbitraire. Elle réglemente aussi l’exercice du commerce en fixant un calendrier des foires et marchés, enlevant les inquiétudes du marchand étranger bénéficiaire d’un sauf-conduit et exempté de droits de péage. Par la charte de 1370 octroyée par Antoine de Beaujeu les bourgeois ont le droit de s’organiser collectivement en une commune sous la conduite d’échevins élus ayant pouvoirs de négociation avec le seigneur.
Dès la fondation de la ville, un rempart a été construit dans un esprit défensif : œuvre de longue haleine sans cesse reprise. À la veille de sa démolition au début du , il était long de mètres et haut de . Il était jalonné de dont certaines ont été conservées (de la Carrière, de Chaffourd, Grenette, de Gayand). La communication avec l’extérieur était assurée par les quatre portes de Belleville au nord, d’Anse au sud, des Frères à l’ouest et des Fayettes à l’est.
Villefranche capitale du Beaujolais Villefranche était née par la volonté de son seigneur. C’est encore par décision princière que la ville a changé de statut au et a été promue capitale du Beaujolais en 1532, mais à cette date le pays était passé sous la domination des Bourbons depuis plus d’un siècle. C’est en effet en 1400 qu’, le dernier des Beaujeu, déconsidéré par ses excès, viveur et dépensier, avait été contraint d’aliéner son domaine pour payer ses dettes (dans des conditions qui rappellent celles du rattachement du Dauphiné à la France en 1348) au profit de , duc de Bourbon. Ce prince était à la tête du vaste territoire du Bourbonnais et ne devait exercer sur le Beaujolais qu’une tutelle lointaine et débonnaire. Mais en 1473, l’un de ses petits-fils (1438-1502) qui vient d’hériter du titre de sire de Beaujeu (il ne sera duc de Bourbon qu’à la mort du duc Jean son aîné en 1488) épouse Anne de France, fille de , devenue du fait de son mariage Anne de Beaujeu. Elle est surtout connue pour avoir exercé à la mort de son père la régence de son frère mineur, le futur . Restée très influente, elle a été très appréciée des habitants de Villefranche pour ses largesses en 1499 en finançant les travaux d’embellissement et d’agrandissement de l’église Notre-Dame ; en 1514, elle déclare la ville capitale du Beaujolais. Il faut attendre cependant 1532 pour une officialisation encore plus solennelle par . À cette date, au terme d’une crise sévère mettant en cause le comportement du duc Charles, tous les biens de la famille de Bourbon ont été rattachés directement à la couronne de France. Par décret, le bailliage de Villefranche est proclamé bailliage royal. La physionomie de la ville va être positivement influencée par cette promotion.
À ne considérer que les limites territoriales, la situation de Villefranche a peu changé au cours des trois siècles suivants. À la veille de la Révolution de 1789, toute la population est encore concentrée à l’intérieur du rempart médiéval. Mais alors qu’elle se maintenait autour de habitants, elle a nettement augmenté au et est évaluée à à la veille de la Révolution. On ne s’en étonnera pas : Villefranche persévère dans la vocation pour laquelle elle a été créée au Moyen Âge. La moitié se livre à une activité commerciale en incluant dans cette catégorie une large gamme allant du petit boutiquier jusqu’aux riches marchands. Le rôle de ces derniers pourrait être comparé à celui des marchands-fabricants lyonnais leurs contemporains. Ils n’interviennent pas dans la fabrication elle-même comme cette dénomination le laisserait supposer. Ce sont des distributeurs d’ordre et de matière première aux tisserands de Villefranche et des campagnes alentour. Ils récupèrent ensuite les toiles et se chargent de leurs ventes sur le marché lyonnais. « Ce sont ces négociants qui, avec les officiers royaux, formeront à partir du début du l’essentiel de l’aristocratie locale ».
Une partie importante du menu peuple s’adonne donc au travail des fibres textiles. Avec toute l’autorité que lui conférait sa charge de contrôleur des manufactures Jean-Marie Roland évalue à 200 le nombre de tisserands de la ville, soit un cinquième de la population active. La ville persévérait dans une tradition qui avait commencé dès sa fondation avec le travail de la laine puis celui du chanvre, toutes matières dont elle s’approvisionnait dans le voisinage. À partir de la fin du , le coton a pris progressivement la première place, quitte, dans un premier temps à conserver le chanvre pour la trame du tissu. À partir de 1764, est intégrée la filature de la fibre. Les étoffes étaient blanchies dans les eaux du Morgon. Tard venues, mais aussi plus éphémères, les fabrications d’indiennes ont été introduites en 1768 par des spécialistes de Mulhouse.