thumb|Tour de télégraphe Chappe. thumb|Tour de télégraphe Chappe à Marly-le-Roi. vignette|Tour Dreyfus une tour télégraphe dans la commune de Kourou en Guyane.
Le télégraphe est un système destiné à transmettre des messages, appelés télégrammes, d'un point à un autre sur de grandes distances, à l'aide de codes pour une transmission rapide et fiable.
Étymologie Télégraphe est un mot qui vient du grec ancien , « loin » et , « écrire »).
Contexte
Le télégraphe n'est pas le premier système permettant de transmettre des informations à distance. Plusieurs peuples ont mis au point des procédés de communication permettant de répercuter une information sur de longues distances à l'aide de signaux de fumée ou de torches placées sur des points élevés. Ces systèmes étaient toutefois limités dans leurs possibilités d'expression ; le télégraphe s'en distingue par l'utilisation d'un alphabet ou code linguistique permettant de transmettre n'importe quel type de message, sans se limiter à un ensemble de messages prédéfinis. Trois principaux types d'appareil furent successivement mis en œuvre : le télégraphe électrostatique, le télégraphe optique et le télégraphe électromagnétique.
Télégraphe aérien (ou optique) Précurseurs Télégraphe aérien romain Les Romains ont édifié de nombreuses tours à signaux, comme la tour Magne à Nîmes, créant ainsi un vaste réseau télégraphique inter-continental .
Guillaume Amontons Guillaume Amontons (1663-1705) mène en 1690 au jardin du LuxembourgCatherine Bertho, Télégraphes et téléphones, de Valmy au microprocesseur, Éditions Le Livre de Poche, Paris, 1981, numéro 5581, , puis en 1695 entre Meudon et Paris, une expérience qui consiste à transmettre un message entre deux points par le biais de signaux optiques émis par un poste et intercepté grâce à une longue-vue par le poste suivant, qui lui-même le transmet au poste suivant, jusqu'au point d'arrivée. Chaque lettre de l’alphabet a son signal dont la signification n’est connue que des postes extrêmesFontenelle, « Éloge de M. Amontons », in Histoire de l’Académie Royale des Sciences, Année 1705.
Fontenelle décrit ainsi le dispositif de Guillaume Amontons : Fontenelle, « Éloge d'Admontons », in Éloges, cité par ..
Télégraphe Hooke Robert Hooke (1635-1703) propose et expérimente en 1672 un système composé de trois mâts reliés par une poutre transversale. En partie gauche se situe un cache derrière lequel sont placés les symboles en attente ( différents). Chaque symbole est amené successivement en partie droite grâce à un palan« La télégraphie Chappe », ouvrage collectif sous la direction de Guy DE SAINT DENIS, Strasbourg, Éditions de l'Est, 1993, 441 pages (FNARH : 19, rue Émile Bertin, BP 4020, 54039 NANCY CEDEX.) .
Télégraphe Bergstrasser Johann Andreas Benignus Bergsträsser (1732-1812) effectue un essai de son « synthematographe » entre le Feldberg, Homberg et Philippsruhe, le . Il propose l'utilisation d'un mât et de deux barres pivotant sur des axes pour former des symboles.
Télégraphe Dupuis Charles-François Dupuis réussit à correspondre en 1788 entre Ménilmontant et Bagneux à l'aide d'un télégraphe alphabétique.
Télégraphe Chappe
thumb|250px| Télégraphe du mont Saint-Michel. Le premier télégraphe Chappe exploité est optique et totalement manuel. Il s'agit du premier réseau de télécommunications d'envergure nationale au monde.
Pendant la Révolution française, Claude Chappe met au point son système révolutionnaire de transmission par sémaphores, et le fait adopter par l'État français, notamment grâce au soutien de Joseph Lakanal. À la fin du , les premiers usages du télégraphe de Chappe sont dédiés à la communication militaireAnnonce à la Convention de la prise de Quesnoy..
Les messages peuvent être transmis sur une longue distance par l'intermédiaire de relais espacés d'une dizaine de kilomètres et situés sur des hauteurs. Ces tours sont munies d'un système de bras articulés actionnés manuellement par un opérateur via un système de poulies. L'opérateur surveille au travers de deux lunettes situées de façon opposée la tour précédente et la suivante. Ainsi, il observe les signaux émis par le relais précédent et les retransmet au suivant.
Autres systèmes Tout au long de la carrière du télégraphe Chappe quelques systèmes de télégraphie optique sont expérimentés, avant la loi de 1837 sur le monopole télégraphique.
Système Depillon sémaphore de la Marine La marine utilisait des pavillons flottant au vent pour communiquer de bateau à bateau ou avec la côte. En 1806, la Marine décide la création d'un réseau de sémaphores côtiers entre Flessingue et La Spezia, basé sur le télégraphe Depillon. L'appareil proposé par Charles Depillon est constitué d'un mât tournant muni de trois ailes. Les sémaphores de la Marine reprennent ce système avec un mât fixe de , produisant différents correspondant chacun à un message. Un réseau de côtières est mis en place en 1806 et fonctionnera jusqu'en 1814.
Système Bétancourt-Breguet Augustin Bétancourt (1760-1826) et Abraham Breguet (1747-1823) proposent et expérimentent à Meudon en 1796 le télégraphe à aiguille : un indicateur en forme d'aiguille, monté en son centre sur un poteau, peut prendre (une tous les dix degrés). En 1797, ils proposent une variante, le télégraphe en T, où l'aiguille a une forme en T afin de réduire les possibilités d'ambiguïté.
Systèmes Saint-Haouen Le contre-amiral Yves Le Coat de Saint-Haouen (1756-1826) est l'inventeur du premier télégraphe utilisable de jour comme de nuit. Il propose d'abord des projets qui resteront sans suite, comme les machines à pavillon de 1798, puis en 1800 un télégraphe constitué d'un mât et une vergue supportant deux cadres avec des boules déplacées par des drisses. Cette même année ses travaux sont abordés lors d'une séance de l'Institut en date du relative au télégraphe optique dans le brume..
À l'été 1822, il expérimente sans succès sur quatre stations un système similaire sans cadre. Ce système est décrit par son principal concurrent Ignace Chappe :
vignette|Planche descriptive du télégraphe Saint-Haouen.
Ce système permet de produire mots, dont 120 sont finalement retenus.
Après une première proposition envoyée à Louis-Alexandre Berthier. en 1806 puis une autre repoussée en 1809 pendant le Premier Empire, Saint-Haouen présenta à nouveau le projet sous la restauration, et, grâce à l'appui de , il obtint du ministre de la marine de faire expérimenter de mai à une courte ligne de Paris au mont Valérien, qui était visible des fenêtres des Tuileries. En outre, dans la même période, d'autres expériences eurent lieu au havre, sur terre et sur mer, de jour et de nuit.
Les signaux ainsi émis sont visibles de trois à quatre lieues de jour, et de quatre à cinq lieues de nuit. L'expérience fut un succès aux yeux de la commission d'observateurs, composée d'officiers de marine et de l'ingénieur en chef des travaux maritimes, et par un décret en conseil des ministres du , il fut décidé la construction d'une ligne entre Paris et Bordeaux., malgré deux avis défavorables du comité de l'intérieur des et . Le , l'emplacement des douze stations est choisi ; mais rapidement, il faut changer d'emplacement, remplacer les guetteurs qui désertent, et les difficultés s'accumulent, laissant deviner les manœuvres du concurrent Chappe.
Devant la difficulté de lire les chiffres indiqués par le télégraphe, Saint-Haouen les remplaça par des boules d'osier, afin de produire des figures diverses, comme dans la description de Chappe.
L'expérience entre la butte MontmartreIl était situé à l'emplacement du de la place du Tertre. et Orléans, sur une ligne qui comportait douze stations, faite le à du soir, et répétée le lendemain, fut un échec., et le projet fut interrompu plusieurs mois après une campagne de calomnie initiée par Chappe. dans une lettre du au Moniteur universel.
Malgré des expériences officieuses exécutées avec succès devant le duc d'Angoulême le et devant le comte d'Artois le , entre la butte Montmartre et Orléans à du soir, le gouvernement décide d'appliquer sa décision secrète du qui fait le choix du télégraphe Chappe. Ironie de l'histoire, le télégraphe de son concurrent sera installé sur le toit d'une de ses propres maisons à Brest, l'Hôtel Halligon, au des Portes, après une bataille judiciaire acharnée.
Son télégraphe fut malgré tout utilisé par Louis de France (1775-1844), duc d'Angoulême, durant l'expédition d'Espagne de 1823 où une brigade télégraphique est attachée à l'Armée française.. Il est alors allégé pour être porté à dos de cheval, chaque machine présentant alors une charge de . Le télégraphe est utilisé devant Cadix fin 1823. Il sera également installé sur le vaisseau-amiral de Guy-Victor Duperré et sur les côtes algériennes en 1830 lors de la campagne d'Alger. L'amiral avait testé le télégraphe Saint-Haouen en 1822 à bord d'une escadre d'évolution partie de Brest, et c'est le propre fils de Saint-Haouen, le Baron Antoine le coat de Saint-Haouen, officier de la garde royale, qui fut chargé de le mettre en place en Algérie. Il organisa en quinze jours à Toulon une brigade télégraphique, qui permit des communications permanentes entre la flotte et la terre pendant la campagne grâce à l'installation de télégraphes à Torre-Chica et Staoueli.. Les télégraphes étaient portés à dos de mulet et montés en une demi-heure.. L'usage qui en a alors été fait a démontré qu'il était également utilisable de nuit, et supérieur donc, sur ce point, au télégraphe de Chappe.. Il servit notamment durant cette campagne à faciliter la communication entre l'état-major et la terre ferme pendant le débarquement des troupes à Torre-Chica..
Saint-Haouen meurt en 1826 avant d'avoir pu le commercialiser en Grande-Bretagne.. La dépêche annonçant sa mort a été envoyée par Abraham Chappe au Ministre de la marine..
Système Ferrier Alexandre Ferrier (1809-1858) propose en 1831 la mise en place d'une ligne de télégraphie commerciale entre Calais et Londres, puis en 1832 un projet de ligne Paris-Rouen à l'aide d'un télégraphe à cinq voyantsBrevet 5227 du , INPI.. La ligne fonctionnera en 1833 mais s'arrête faute de trafic.
Systèmes non officiels Dans les années 1833-1834, des hommes d'affaires souhaitant bénéficier d'un réseau de communication organisent des lignes « clandestines ». Une ligne Paris-Lyon est mise en place en 1836, sur laquelle des transmetteurs tendent des toiles blanches entre un et cinq couples de piquets, reproduisant le signal observé à la station précédente. Une ligne clandestine Angoulême-Bordeaux utilisant six moulins à partir de quatre positions des ailes, est démantelée en . À la même époque, près de Tours, des hommes d'affaires ont tenté de payer des stationnaires pour ajouter des signaux ou commettre des erreurs porteuses de sens lors des transmissions officielles.
Systèmes mixtes Le Pony express de Nouvelle-Écosse était un système permettant, à partir de , de relier à cheval Halifax, le seul grand port canadien libre de glaces toute l'année à Digby, de l'autre côté de la péninsule de Nouvelle-Écosse. De là, un bateau traverse les de la Baie de Fundy pour arriver à Saint-John au Nouveau-Brunswick, terminus d'une ligne télégraphique nouvellement construite, où les nouvelles d'Europe sont télégraphiées à New York, et suivies de près à Wall Street.
Réseaux de télégraphie optique thumb|Schéma d'une tour du réseau prussien.
France
La première ligne du système Chappe, mise en place en 1794, relie Paris à Lille, pour des raisons stratégiquesÉtablir une liaison rapide entre le Comité de Salut public et l'Armée du Nord. et annonce à la Convention la prise de Quesnoy.
Les lignes suivantes sont construites de 1797 à 1846.
Algérie et Tunisie