L’Ours de Middendorff (Ursus arctos middendorffi), plus communément désigné sous le nom d’Ours Kodiak, ou simplement Kodiak, est une sous-espèce de l’Ours brun, un mammifère carnivore de la famille des Ursidés. Endémique de l'archipel Kodiak dans le Sud-Ouest de l'Alaska, il rivalise avec l'Ours blanc pour le titre de plus grand ursidé actuel et de plus grand carnivore terrestre vivant, dû au phénomène de gigantisme insulaire, avec des mâles pouvant dépasser à l'automne pour une hauteur atteignant debout.
Décrit par le zoologiste américain Clinton Hart Merriam en 1896, ce taxon est génétiquement isolé sur son archipel depuis la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ . Malgré une diversité génétique particulièrement restreinte, la population présente une grande vitalité démographique, estimée à plus de individus. Bien qu'essentiellement solitaire et exploitant un domaine vital relativement réduit grâce à l'abondance des ressources locales, l'Ours kodiak fait preuve d'une sociabilité élaborée lors des rassemblements saisonniers sur les cours d'eau, où il tire profit des cinq espèces de saumon du Pacifique en période de fraie, en complément d'un régime opportuniste composé de végétaux, de baies et de carcasses.
Occupant une place centrale dans la culture traditionnelle du peuple autochtone alutiiq, l'ours a subi une forte pression de chasse commerciale et de persécution au tournant des . La sanctuarisation de ses habitats vitaux par la création du Refuge faunique national de Kodiak en 1941, combinée à une stricte régulation cynégétique supervisée par l'Alaska Department of Fish and Game (ADF&G), a permis une reconstitution durable des effectifs. L'archipel fait aujourd'hui l'objet d'un plan de gestion concerté conciliant la chasse aux trophées par tirage au sort, la prévention des conflits homme-ours et l'essor de l'écotourisme d'observation. Dénominations Nom scientifique valide : Ursus arctos middendorffi (Merriam, 1896) selon ; Nom normalisé anglais : Kodiak bear ; Nom vulgaire typique en français : Ours Kodiak ; Autres noms vulgaires : Ours de Middendorff, Ours brun de l’île Kodiak, Grizzly Kodiak ; Noms vernaculaires : Kodiak, Grizzly (ou Grizzli), Ours brun d’Alaska, Ours brun, Ours.
L'ours revêt une grande importance pour le peuple alutiiq. En alutiiq, il est nommé Taquka’aq (« Ours »).., la prononciation variant selon les dialectes septentrionaux et méridionaux..
Taxonomie vignette|gauche|Illustration de l’Ours de Middendorff (Ursus middendorfffi) dans A History of Land Mammals in the Western Hemisphere, 1913. L'Ours kodiak a été décrit scientifiquement pour la première fois en 1896 par le zoologiste américain Clinton Hart Merriam sous le nom binominal d'. La localité type correspond à l'île Kodiak en Alaska, d'où provient le spécimen type (mâle adulte no 54793, conservé au musée national des États-Unis), collecté le 3 juillet 1893 par B. J. Bretherton.
Dans sa diagnose originale, Merriam attribue l'épithète spécifique en hommage au naturaliste russe Alexander von Middendorff, saluant ses travaux précurseurs sur les grands ours des rives de la mer de Béring et son identification précoce de la singularité des crânes de l'île Kodiak.
L'auteur souligne qu'il s'agit du plus grand des ours actuels. Il compare principalement ce taxon à l'ours du Kamtchatka (alors nommé Ursus beringiana), dont il le distingue par une région frontale considérablement surélevée, renflée et plus arquée au-dessus et en arrière des processus postorbitaires chez le mâle, des arcades zygomatiques extrêmement arquées vers l'extérieur avec des racines postérieures formant un angle droit par rapport à l'axe crânien, ainsi que par des molaires antérieure supérieure et postérieure inférieure nettement plus réduites.
Des révisions taxonomiques ultérieures ont par la suite regroupé l'ensemble des ours bruns nord-américains au sein de l'unique espèce Ursus arctos, reléguant le taxon au rang de sous-espèce (Ursus arctos middendorffi), d’abord sous une graphie incorrecte en 1910, puis sous la graphie définitive dans le .
Phylogénie Des analyses génétiques réalisées sur des ours bruns de l’île Kodiak ont montré qu'ils sont plus étroitement apparentés aux ours bruns de la péninsule d'Alaska et du Kamtchatka, en Russie, ainsi qu'à l'ensemble des populations situées approximativement au nord des États-Unis. Les ours Kodiak sont génétiquement isolés depuis au moins la dernière période glaciaire, il y a et présentent une très faible diversité génétique au sein de leur population..
Phylogénie des clades mitochondriaux et des sous-espèces d'Ours brun (Ursus arctos) basée sur les études phylogéographiques et mitogénomiques mondiales (notamment Matsuhashi et al., 2001, Calvignac et al., 2008, Hirata et al., 2013 et Lan et al., 2017) :
Description Dimensions vignette|right|Adulte dans un zoo en Allemagne.
Alors qu'il existe généralement d'importantes variations de taille entre les ours bruns des différentes régions, la plupart pèsent habituellement entre .. L'Ours kodiak illustre quant à lui un cas de gigantisme insulaire, atteignant fréquemment des masses de . La plage de masse corporelle pour les femelles se situe entre , tandis que celle des mâles s'étend de ... Les mâles adultes affichent une moyenne de au cours de l'année., et peuvent peser jusqu'à lors des pics d'engraissement lors des saisons froides. Les femelles sont généralement environ 20 % plus petites et 30 % plus légères que les mâles, et la taille définitive est acquise vers l'âge de six ans. Les ours atteignent leur poids le plus bas au moment où ils émergent de leur tanière au printemps, et peuvent augmenter leur masse corporelle de 20 à 30 % à la fin de l'été et en automne. À l'instar d'autres animaux, les ours kodiak maintenus en captivité peuvent peser encore plus lourd que leurs congénères sauvages.
Un mâle adulte moyen mesure de long et de hauteur au garrot. Le plus lourd mâle jamais répertorié à l’état sauvage, pesait et présentait des pattes postérieures mesurant . Un grand mâle atteint jusqu'à de hauteur au garrot lorsqu'il se tient à quatre pattes. Lorsqu'il se dresse complètement debout sur ses pattes arrière, un grand individu peut atteindre une hauteur de . Le record vérifié pour un ours kodiak en captivité est attribué à un individu ayant vécu au zoo de Dakota à Bismarck, dans le Dakota du Nord. Surnommé « Clyde », il pesait lors de sa mort en juin 1987 à l'âge de 22 ans. D'après le directeur du zoo Terry Lincoln, Clyde pesait probablement près de l'année précédente ; il présentait encore une couche de graisse de à sa mort..
vignette|left|Crâne d'Ours kodiak conservé au musée national d'histoire naturelle de la Smithsonian. L'Ours kodiak constitue la plus grande forme d'ours brun et rivalise en taille avec l'Ours blanc (Ursus maritimus). Ces deux taxons remportent la position des deux plus grands membres de la famille des ursidés ainsi les plus grands carnivores terrestres actuels..
La méthode standard d'évaluation de la taille des ours repose sur la mensuration de leurs crânes. La plupart des agences de gestion de la faune et organisations cynégétiques nord-américaines emploient un pied à coulisse pour mesurer la longueur crânienne, de l'arrière de la crête sagittale jusqu'aux incisives antérieures ainsi que sa largeur, maximale entre les arcades zygomatiques. Les dimensions totales du crâne correspondent à la somme de ces deux mesures. Le plus grand individu prélevé en Amérique du Nord provenait de l'île Kodiak, avec un total cumulé de , et huit des dix plus grands ours bruns répertoriés dans le livre des records du Boone and Crockett Club proviennent de Kodiak.. La dimension moyenne du crâne des ours kodiak prélevés par les chasseurs au début du XXI siècle s'élevait à pour les mâles et à pour les femelles..
Pelage La coloration du pelage de l'Ours kodiak est similaire à celle de ses proches parents que sont le Grizzly d'Amérique continentale et l'Ours brun d'EurasieLa teinte générale est brune, avec un certain nombre de variations, allant d’un beige pâle ou roussâtre présent chez les femelles et les populations méridionales, à un brun plus foncé. Les oursons conservent fréquemment un collier blanc autour du cou au cours de leurs premières années de vie..
Répartition et habitat vignette|droite|Aire de répartition locale de l’Ours Kodiak Cette population d'ours bruns se rencontre exclusivement sur les îles de l'archipel Kodiak, sur les îles Kodiak, Afognak, Shuyak, Raspberry, Uganik, Sitkalidak ainsi que les îles adjacentes. La population de l'Ours kodiak était estimée à individus en 2005, représentant une densité globale estimée sur l'ensemble de l'archipel à 270 ours pour (700 pour 1 000 miles carrés). Au cours de la dernière décennie vers la fin du XXème siècle, la population a connu une lente augmentation..
Domaine vital Les ours de l’archipel Kodiak sont diurnes, mais lorsqu'ils font face à la concurrence pour la nourriture ou l'espace, ils adoptent un rythme de vie davantage nocturne. Ce comportement s'avère particulièrement marqué chez les individus évoluant à proximité immédiate ou à l'intérieur de la ville de Kodiak. Les ours de Middendorf ne défendent pas de territoires, mais utilisent chaque année u, même domaine vital traditionnel. Grâce à l'abondance et à la variété des ressources alimentaires de l'archipel, ces ours présentent des domaines vitaux parmi les plus réduits de toutes les populations d'ours bruns d'Amérique du Nord., et un fort chevauchement s'observe entre les espaces utilisés par les différents individus. Le domaine vital d'une femelle adulte sur l'île Kodiak atteint en moyenne , tandis que celui d'un mâle adulte avoisine en moyenne .
vignette|right|Vue d'une partie de la baie d'Uganik sur l'île Kodiak, un site d'alimentation fréquenté par l'Ours kodiak.
Habitat Les îles de l'archipel Kodiak sont soumises à un climat océanique subpolaire caractérisé par des températures fraîches, un ciel souvent couvert, du brouillard, du vent et des précipitations modérées à abondantes tout au long de l'année. Bien que l'archipel ne couvre qu'environ , il présente une grande diversité de reliefs et de végétation : des forêts denses d'Épicéa de Sitka au nord, des montagnes abruptes et englacées culminant au pic Koniag à le long de la crête centrale de l'île Kodiak, jusqu'aux collines ondulées et à la toundra plate à l'extrémité sud de l'archipel. Environ habitants vivent sur l'archipel, principalement dans et autour de la ville de Kodiak ainsi que dans six villages isolés. Le réseau routier et les autres aménagements d'origine anthropique sont principalement concentrés sur l'île Afognak et la partie nord-est de l'île Kodiak. Près de la moitié du territoire de l'archipel est intégrée au refuge faunique national de Kodiak.
Comportement et écologie
Hivernation et tanière Les ours Kodiak commencent à rejoindre leurs tanières à la fin du mois d'octobre. Les femelles gestantes sont généralement les premières à entrer en hivernation, tandis que les mâles sont les derniers. Ces derniers commencent à émerger de leur tanière au début du mois d'avril, alors que les femelles accompagnées de leurs nouveaux oursons peuvent y demeurer jusqu'à la fin du mois de juin. Les individus vivant dans la partie nord de l'île Kodiak ont tendance à observer des périodes d'hivernation plus longues que ceux des régions méridionales. La plupart des ours de Kodiak creusent leur tanière à flanc de colline ou de montagne et exploitent une grande diversité de milieux en fonction de leur localisation sur l'archipel. Près d'un quart des ours adultes renoncent à l'hivernation et restent modérément actifs tout au long de l'hiver.
Reproduction et survie vignette|redresse|Ourse accompagnée de ses oursons.