thumb|Klérotèrion, machine à tirer au sort, le pinakion des citoyens y était introduit. Musée de l'Agora antique d'Athènes. En politique, le tirage au sort permet de désigner des représentants exécutifs, législatifs et judiciaires, aujourd'hui principalement des jurés et magistrats, au moyen du hasard et parmi un ensemble de candidats universel ou restreint. Dans le cas de la désignation d'une assemblée (échantillon large), le tirage au sort a la particularité d'assurer une représentativité plus importante que le voteSciences Po - Recherche - 5 octobre 2019 - Le tirage au sort assure une représentativité plus importante que le vote : « Lorsqu’il est effectué sur la base du suffrage universel, le tirage au sort assure une représentativité plus importante que le vote. Il favorise le décloisonnement, puisque les personnes tirées au sort – qui viennent souvent d’univers très différents – peuvent se rencontrer, interagir et prendre des décisions ensemble. ». Il est de ce fait couramment promu, en complément des référendums, par les partisans de la démocratie directe.
Dans la première démocratie connue, la démocratie athénienne, le tirage au sort était prépondérant pour toutes les institutions exécutives et juridiques. Son usage pour la sélection de magistrats était généralement considéré comme une des caractéristiques importantes de la démocratie et reconnu pour son caractère égalitaire.
Le tirage au sort fut par la suite utilisé dans les républiques italiennes pour désigner les dirigeants. Durant le siècle des Lumières, le tirage au sort est également promu par Montesquieu et Jean-Jacques Rousseau Jean-Jacques Rousseau - Du contrat social, édition Beaulavon, 1903, p. 295 - « Le suffrage par le sort, dit Montesquieu, est de la nature de la démocratie. » J'en conviens, mais comment cela ? « Le sort, continue-t-il, est une façon d'élire qui n'afflige personne ; il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir la patrie. » Ce ne sont pas là des raisons. Si l'on fait attention que l'élection des chefs est une fonction du gouvernement, et non de la souveraineté, on verra pourquoi la voie du sort est plus dans la nature de la démocratie, où l'administration est d'autant meilleure que les actes en sont moins multipliés. Dans toute véritable démocratie, la magistrature n'est pas un avantage, mais une charge onéreuse qu'on ne peut justement imposer à un particulier plutôt qu'à un autre. La loi seule peut imposer cette charge à celui sur qui le sort tombera : car alors, la condition étant égale pour tous et le choix ne dépendant d'aucune volonté humaine, il n'y a point d'application particulière qui altère l'universalité de la loi. qui, dans le cadre d'un régime démocratique, sont peu enclins à la démocratie parlementaire et au contraire partisans de la démocratie directeNote : Montesquieu n'est partisan de la démocratie directe que dans le cadre d'un État de petite taille ou pour un État fédéral. Dans les autres cas il propose la monarchie ou l'aristocratie mais rejette la démocratie parlementaire.Jean-Jacques Rousseau - Du contrat social - « La souveraineté ne peut être représentée par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point. […] Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. ».
De nos jours, il est utilisé pour former des jurys populaires aux États-Unis, en France, au Royaume-Uni et en Belgique. Il fut même utilisé pour désigner l'Assemblée constituante islandaise de 2011. D'autres expériences de tirage au sort sont également en développement.
Lexique Ballotage Le système des ballottes, boules de tirage au sort, employées à Venise pour l'élection de son doge, a donné en français le verbe ballotter et le substantif ballottage dont il est issu. Leur sens premier désigne l'action de donner les suffrages, tirer au sort avec des ballottes. Cette acception, considérée comme vieillie dès la sixième édition de son Dictionnaire (1835), l'Académie française la supprime de la neuvième édition (1992).
Élection et suffrage par le sort Les expressions élection par le sort et suffrage par le sort furent utilisées, notamment par les philosophes des lumières, comme antonymes à celles par le choix.
Stochocratie L'idée semble être née en 1968 dans l'imagination de l'écrivain de science-fiction Gérard Klein quand il écrivit Le Sceptre du hasard, roman pour lequel il invente le système politique de la stochastocratie : une machine désigne au hasard un citoyen lambda qui devient le chef suprême de la Terre, le Stochastocrate.
Le mot stochocratie fut utilisé pour la première fois par Roger de Sizif (un membre du groupe Jalons, de son vrai nom Christian Romain) en 1998, dans un ouvrage de réflexion sur le mode d'élection des mandataires politiques. Le mot est forgé sur les racines grecques kratein (gouverner) et stokhastikos (aléatoire). Ainsi forgé comme démo-cratie, le terme stocho-cratie est ambigu car ce mot crée la confusion entre une forme de gouvernement de la cité qui laisserait aux mains du hasard les décisions politiques (jouant, par exemple, la guerre à pile ou face) et une forme de gouvernement dans laquelle un parlement de représentants tirés au sort, en nombre suffisant pour être sociologiquement représentatifs de la population, prendrait les décisions lui incombant (vote de loi, contrôle de l'exécutif ou d'autre pouvoirs, ou pour une assemblée constituante chargée de l'écriture de la Constitution).
Imaginé à la fin du dans le cadre d'une réflexion politique, le mot désigne bien une modalité électorale qui n'est ni neuve, ni réservée au domaine politique. Dans la méthode développée par Roger de Sizif, la stochocratie consiste à tirer au sort les assemblées (Sénat et Chambre des députés). Ce tirage au sort, portant sur des groupes de l'ordre de 500 à 600 personnes, doit aboutir à composer aléatoirement des assemblées sociologiquement représentatives de la population de référence (comme cela se fait pour composer un échantillon par méthode aléatoire pour un sondage). Du fait de leur représentativité, ces assemblées prendraient des décisions proches de celles que prendrait le peuple entier, conférant ainsi à ce mode de désignation le caractère démocratique que n'offre pas l'élection de représentants souvent plus éduqués, plus riches et plus carriéristes que des citoyens tirés au sort (pour une durée limitée).
Dans un second temps, ces assemblées sont chargées de choisir en leur sein les responsables de l'exécutif (président et premier ministre). De Sizif ne propose pas de choisir les dirigeants par tirage au sort, mais de tirer au sort une assemblée de représentants qui choisit ensuite les principaux dirigeants.
La stochocratie ne se confond pas avec la démocratie directe, qui est une forme de gouvernement où le peuple, détenteur du pouvoir, s'exprime directement, sans l'intermédiaire d'un parlement. Or, une démocratie parlementaire pourrait décider de choisir les membres de son parlement par tirage au sort.
Clérocratie Le tirage au sort en politique est parfois désigné sous le nom de clérocratie (de Klérotèrion)Les Principes Sociologiques Du Droit Public, Raoul de La Grasserie, 1911, La démocratie est morte, vive la clérocratie!, François Amanrich, 1999. Ce terme est aussi utilisé pour indiquer une forme de gouvernement où l'Église gouverne (de Clergé)Grand dictionnaire universel du : français, historique, géographique, mythologique, bibliographique, Pierre Larousse, 1877.
Inclusion du système judiciaire dans la politique Certains pays ont par le passé, ou encore actuellement avec les jurés d'assises, introduit le tirage au sort dans le système judiciaire. En considérant que le pouvoir judiciaire est l'un des trois pouvoirs politiques, avec le législatif et l'exécutif, le tirage au sort dans cette matière peut être considéré comme un tirage au sort politique.
Historique Antiquité
Athènes
Dans sa période démocratique, Athènes utilise le tirage au sort pour confier la plupart des tâches à de simples citoyens, notamment celles que n’exerce pas l'Assemblée du peuple.. Au , cette dernière perd le vote des lois au profit des juges tirés au sort du Tribunal du peuple.. Les magistrats ont comme mission de préparer et de mettre en œuvre les lois votées par les différentes institutions.. Sur onze cents personnes à désigner chaque année (cinq cents membres du Conseil et six cents autres magistrats), mille sont tirées au sort, le reste étant élu par suffrage. De plus, un citoyen ne peut pas exercer deux fois la même magistrature.. Pour être tiré au sort, un citoyen doit être candidat, avoir plus de trente ans et ne pas être sous le coup d’une privation des droits civiques. La composante stochocratique d'Athènes fait l'objet de critiques de la part de Socrate dans les dialogues de Platon.
Fonctionnement Les magistrats athéniens furent des administrateurs et des exécutants instruisant dossiers, convoquant et présidant instances décisionnaires et mettant leur décisions à exécutions. Ils fixaient l'ordre du jour des instances de décisions, et mettraient à délibération les motions que leur soumettaient les citoyens. Ils ne détenaient pas de pouvoir souverain, au contraire de l'Assemblée et des tribunaux, ni celui d'initiative que détenait chaque citoyenPrincipes du gouvernement représentatif .
Pour prévenir l'élection, par le sort, de mauvais magistrats, un certain nombre de procédures furent mis en place. Avant d'entrer en fonction, le citoyen désigné par le sort était soumis à la dokimasia, un test consistant à vérifier sa moralité (bonne conduite envers ses parents) et son acquittement effectivement des obligations fiscales et militaires.. Il est possible qu’une personne connue pour ses sympathies oligarchiques soit rejetée à l’issue de l’épreuve. Cette formalité n'avait pas pour objectif d’évaluer les compétences du citoyen désigné..
En revanche, une fois en fonction, les magistrats étaient constamment surveillés par l'Assemblée du peuple et par les tribunaux, notamment pour s'assurer de leur compétence, et devaient, à la restitution de leur mandat, rendre des comptes sur leur action. Lors des Assemblées principales la question des magistrats était systématiquement à l'ordre du jour et tout citoyen pouvait demander la censure de l'un d'eux. Si celle-ci était adoptée, le magistrat mis en accusation était suspendu de ses fonctions jusqu'à un éventuel acquittement et l'affaire était transmise aux tribunauxPrincipes du gouvernement représentatif . Ainsi, seuls ceux qui s'en jugeaient digne s'inscrivaient sur les listes de noms tirés au sort au moyen du Klérotèrion car ils savaient que leur travail serait constamment surveillé et que toute faute serait passible de sanctions.
Rome
La République romaine n'a jamais été et ne s'est jamais considérée comme une démocratie mais est définie comme étant un régime mixte avec des traits diarchiques, aristocratiques et démocratiques. Les diverses assemblées du peuple étaient des institutions démocratiques, le Sénat était aristocratique et les magistrats, en majeure partie collégiaux, diarchiques. Selon Polybe — dont l'analyse eut un grand succès à Rome — cet équilibre des pouvoirs stabilisait le régime romain et évitait les abus de pouvoir des régimes simples que sont les démocraties, les aristocraties et les monarchies. Parmi les assemblées du peuple, où siégeaient tous les citoyens romains mais où l'on votait par groupe plutôt que par tête et où l'on cessait le dépouillement ou les votes dès qu'un certain nombre de suffrages s'était porté sur une décision ou sur un candidat, les comices centuriates et les comices tributes employaient le sort.