George Eliot, nom de plume de Marian Evans (Mary Anne Evans ou encore Mary Ann Evans), née le dans la paroisse civile de Chilvers Coton à proximité de Nuneaton dans le comté du Warwickshire et morte le dans le quartier de Chelsea, à Londres, est une romancière, nouvelliste, poète, journaliste, épistolière, directrice de publication, critique littéraire, philosophe et traductrice britannique.
Durant vingt-quatre ans, de 1854 à 1878, son union illégitime avec George Henry Lewes (qu'elle désigne comme ), un homme déjà marié, fait scandale. Lewes continue cependant à entretenir son épouse légale et leurs enfants, même après que celle-ci l'a quitté pour refaire sa vie avec un autre homme dont elle a d'autres enfants. En , dix-huit mois après la mort de Lewes, George Eliot épouse John Cross, ami de longue date beaucoup plus jeune qu'elle et change son nom en Mary Ann Cross.
George Eliot est une figure majeure de la littérature victorienne. Ses sept romans, Adam Bede (1859), Le Moulin sur la Floss (1860), Silas Marner (1861), Romola (1862–1863), Felix Holt, le radical (1866), Middlemarch (1871–1872) et Daniel Deronda (1876), à l'instar de ceux de Charles Dickens et de Thomas Hardy, se situent dans une Angleterre provinciale (les Midlands ruraux) et relèvent des genres littéraires du réalisme et du roman psychologique.
Biographie Jeunesse et formation
Famille Mary Anne Evans est la troisième enfant de Robert Evans (1773-1849) et Christiana Pearson (1788-1836). Robert Evans est d'ascendance écossaise, il est le régisseur d'une propriété de , lieu de résidence ancestrale de la famille Newdigate, l'Arbury Hall, et habite avec sa famille une ferme en bordure de la propriété. Il avait épousé en premières noces Harriet Poynton. De ce premier mariage sont nés un fils, Robert (1802-1864) et une fille Frances, surnommée Fanny (1805-1882), Harriet Poynton meurt en 1809, peu de temps après la mort prématurée de leur troisième enfant, encore nourrisson. En 1813, Robert Evans épouse en secondes noces Christiana Pearson, la benjamine de Isaac Pearson, un yeoman et marguillier de Astley dans le Warwickshire. De leur union naissent une fille Christiana, surnommée Chrissey (1814-1859), un fils Isaac (1816-1890) et enfin le Mary Anne la cadette, la future George Eliot.
Quatre mois après la naissance de Mary Anne, au printemps de l'année 1820, la famille emménage dans une nouvelle résidence nommée , une maison de style georgien située sur la route entre Nuneaton et Coventry. Mary Anne y reste jusqu'à ses .
Scolarité Dès l'âge de cinq ans, Mary Anne devient, avec sa sœur aînée Chrissey, pensionnaire de la Miss Latham's School située à , non loin de Nuneaton. À neuf ans, elle est placée à la Mrs. Wallington's School de Nuneaton où elle reçoit l'éducation religieuse évangéliste de Maria Lewis, une enseignante d'origine irlandaise particulièrement pieuse qui deviendra ultérieurement son amie intime et sa confidente. Puis, de 13 à 16 ans, elle est scolarisée dans une institution d'enseignement secondaire, la Miss Franklin's School de Coventry dirigée par deux sœurs, et Rebecca toutes deux filles d'un pasteur baptiste. Elle y étudie la littérature anglaise, la littérature française, l'histoire, l'arithmétique, la musique et la diction. C'est ainsi que Mary Anne découvre Pascal, Shakespeare, les poètes anglais au premier rang desquels Lord Byron. Pendant ces années, elle développe une attention particulière aux questions religieuses et un respect marqué à l'égard de la religion.
Mary Anne lit The Linnet's Life, qui l'a marquée comme un des premiers présents reçus de son père., The Pilgrim's Progress de John Bunyan, Le Vicaire de Wakefield d'Oliver Goldsmith, les fables d'Ésope, et probablement son livre préféré Histoire politique du Diable de Daniel Defoe et le . Elle est particulièrement impressionnée par la poésie de John Milton. La lecture des romans de Walter Scott, comme Waverley, lui donne l'envie d'écrire des romans.
L'anglicanisme évangélique Pendant son adolescence, Mary Anne vit dans un climat de querelles religieuses où s'affrontent baptistes, disciples de John Wesley, unitariens, quakers, congrégationalistes et anglicans. Ses parents font partie d'une communauté anglicane tolérante. Robert Evans refuse d'entrer dans des débats théologiques. Mary Anne, fortement influencée par l'anglicanisme évangélique de Maria Lewis, lit et relit la Bible en anglais, dans sa version dite du Bible du roi Jacques, durant tout sa scolarité à la Mrs. Wallington's School. Elle attache une attention particulière à la pensée des évangiles, notamment à leur exigence morale. Éthique qui s'affermit par la quête de son propre perfectionnement. Mary Anne devient de plus en plus puritaine, cette démarche se remarque dans les premiers articles qu'elle écrit dans les années 1840 dans les colonnes du .
Mort de Christiana Pearson À la fin de l'année 1835, Mary Anne est appelée par sa sœur aînée Chrissey pour l'aider : leur mère, atteinte d'un cancer du sein, est gravement malade et leur père souffre de calculs rénaux. Christiana Pearson meurt le . C'est la fin de la scolarité de Mary Anne, âgée de , qui s'occupe dorénavant des tâches ménagères avec sa sœur Chrissey pendant que leur frère Isaac seconde leur père pour la gestion du domaine.
De Mary Anne à Mary Ann Mary Anne est la demoiselle d’honneur de sa sœur Chrissey lors de son mariage avec un médecin local, Edward Clarke, cérémonie célébrée le . Sur le registre du mariage, Mary Anne pour la première fois signe pour son prénom Mary Ann, cette élision du E final est probablement un geste symbolique signalant son nouveau rôle en tant que seule responsable de la tenue de la résidence familiale mais aussi probablement pour signifier une nouvelle identité.
Une période de transition 1837-1841
Une zélatrice puritaine Après la mort de sa mère en 1836, Mary Ann, par sentiment de culpabilité tombe dans une sorte de fanatisme religieux, elle s'impose une vie ascétique faite de privations. Ce radicalisme puritain atteint son paroxysme en 1838. Lors d'un week-end à Londres, son frère Isaac lui propose de passer la soirée au théâtre, elle refuse, considérant qu’assister à des pièces de théâtre relève de vaines futilités et frivolités au même titre que la lecture des romans. En lieu et place, elle lit les Antiquités judaïques de Flavius Josèphe, un des livres « sérieux » dont elle s'autorise la lecture. Le lendemain, elle se rend à l'église Sainte-Bride pour écouter un sermon de qu'elle admire après avoir écouté ses poèmes à la cathédrale Saint-Paul où il fustigeait les hypocrites.
Son radicalisme puritain se manifeste également lorsqu'elle est invitée par Rebecca Franklin à assister à un concert donné en l'honneur de l'organiste et compositeur , le programme prévoit l'exécution de trois oratorios à savoir la Création par Joseph Haydn, de Jephtha par Georg Friedrich Haendel et Paulus par Felix Mendelssohn avec le ténor John Braham. La réaction de Mary Ann est tranchante, elle dénonce les numéros « acrobatiques » des danseurs au sujet desquels elle considère que s'ils ne sont pas blasphématoires, ils sont du moins plus que déplacés. Elle écrit à Maria Lewis que plus jamais elle n'assistera à un oratorio.
Le style de vie austère de Mary Ann surpasse de loin celui de ses amies, qui passent outre ses indignations. Rebecca Franklin continue de voir des oratorios, et Maria Lewis d'écrire des romans.
L'autodidacte Son refus de lire des romans jugés « comme perte de temps » pour ne lire que des livres dits sérieux conduit Mary Ann Evans dont la curiosité est immense à lire divers traités concernant des domaines variés : histoire, géologie, histoire naturelle, théologie, etc. Elle ne peut cependant se dispenser de lire des œuvres régulièrement citées dans les manuels d'histoire littéraire comme le Don Quichotte de Miguel de Cervantes, le poème Hudibras de Samuel Butler, le roman d'aventures Robinson Crusoé de Daniel Defoe, le roman d'inspiration picaresque Histoire de Gil Blas de Santillane d'Alain-René Lesage, les poésies de Robert Southey ou de Lord Byron, les romans historiques de Walter Scott ainsi que le théâtre de William Shakespeare.
Mary Ann Evans approfondit sa connaissance du latin, et des langues de la Bible, pour cela elle acquiert la et la version polyglotte de la Bible éditée par .
En 1839, dans un courrier à Maria Lewis, elle écrit avoir lu l'essai Chartism de Thomas Carlyle ainsi que le poète William Wordsworth. La plupart des ouvrages que lit Mary Ann Evans en 1838 et 1839 sont des livres religieux, soit des récits et biographies de missionnaires tels que John Williams, soit des ouvrages d'exégèse comme ceux de , soit des manuels d'histoire ecclésiastique comme The History of the Church of Christ de Joseph Milner ou Schism: As Opposed To The Unity Of The Church de John Hoppus.
Elle suit également des cours d'italien et d'allemand auprès de Joseph Brezzi, un professeur de Coventry, ce qui lui permet de lire dans le texte la Storia d'Italia de Carlo Giuseppe Guglielmo Botta, de Silvio Pellico et Wallenstein de Friedrich von Schiller.
L'emménagement pour Coventry En 1840, Robert Evans prend sa retraite, laissant la gestion de ses affaires à son fils Isaac. Lui et sa fille Mary Ann Evans recherchent un nouvel endroit pour vivre. Finalement ils se décident pour une maison située dans périphérie campagnarde de Coventry sur la route qui mène à . Ils y emménagent le .
Une rencontre décisive gauche|vignette|upright|Portrait de Charles Bray, probablement dessiné par son épouse. vignette|upright|Harriet Martineau par le peintre Richard Evans. Soulagée des certaines tâches ménagères, Mary Ann Evans peut élargir sa vie sociale, elle reprend contact avec les sœurs Franklin qui la présentent à Elizabeth Pears qui en la présente à Charles Bray et son épouse Cara à leur résidence de Rosehill à proximité de Foleshill. Charles Bray fait de sa résidence un lieu de rencontres pour les intellectuels animés par des idéaux de réformes sociales comme William Makepeace Thackeray, Herbert Spencer ou Harriet Martineau. Charles Bray décrit sa résidence comme un lieu . Bien Charles Bray soit au départ méthodiste, il se convertit à l'unitarisme dont l'approche rationnelle et sa promotion des réformes sociales le séduisent. Il est également un promoteur de cette nouvelle « science » qu'est la phrénologie dont est le champion. Politiquement, Charles Bray est un owéniste, mouvement socialiste non marxiste fondé par Robert Owen, lui aussi un familier de Rosehill, mouvement auquel adhère également la sœur de Cara Bray.
La rupture gauche|vignette|upright|Daguerréotype de William Makepeace Thackeray pris par Jesse Harrison Whitehurst. Le , peu de temps après sa première visite à Rosehill, Mary Ann écrit à Maria Theresa Lewis . Elle fait référence au livre de , le frère de Cara Bray, An Inquiry Concerning the Origin of Christianity publié en 1838, ouvrage qu'elle doit lire avant de se rendre à nouveau à Rosehill. Le contenu de An Inquiry Concerning the Origin of Christianity remet en question les miracles rapportés par les quatre évangiles comme étant contraires aux lois de la nature. Critique qui le conduit non pas à l'athéisme ou l’agnosticisme mais à une reconsidération d'un Jésus, dépouillé de toute divinité, maître de morale prêchant une « religion naturelle ». À la suite de la lecture de An Inquiry Concerning the Origin of Christianity, le Mary Ann annonce à son père qu'elle ne l'accompagnera pas à l'église. Après de violentes disputes entre elle et son père finalement, ils trouvent un arrangement, de son côté il tolère son agnosticisme et elle de son côté sauve les apparences en l'accompagnant à l'église, Mary Ann souscrit à ce compromis le .