vignette|Tête de vipère péliade. Suède.

Vipera berus, la Vipère péliade, est une espèce de serpents venimeux de la famille des Viperidae à distribution paléarctique.

Étymologie et noms vernaculaires Son nom spécifique, berus, vient du grec puis du latin « vrai », « véritable » dans le sens de « commun » de par sa large répartition en Europe. Son nom vernaculaire « péliade » vient probablement du grec , nom de la lance d'Achille dont la hampe venait du Mont-Pélion, ou peut-être du grec , « sombre », en référence à sa couleur. Après le placement de l'espèce dans le genre Pelias par Merrem (1820) puis Duméril, Bibron & Duméril (1854) les auteurs l'appellent « péliade berus » ou « petite vipère ». Elle est ensuite appelée « vipère berus » ou « vipère à plaques de Péliade » (Rollinat 1934, Phisalix 1940). L'emploi de « vipère péliade » semble plus récent (Domergue 1942, Freytey 1975, Naulleau 1984)L'étymologie des noms d'amphibiens et de reptiles, J. Lescure & B. Le Garff, Éditions Belin, 2006.

Description Morphologie La vipère péliade, dont le corps est relativement large, peut atteindre à l'âge adulte, mais mesure en moyenne . Cette taille varie toutefois selon la localité. Les spécimens les plus grands se trouvent généralement en Scandinavie, certains individus pouvant dépasser les (deux spécimens de ont déjà été observés). En France et en Grande-Bretagne, la taille maximale est d'environ 80 à Mallow D, Ludwig D, Nilson G. 2003. True Vipers: Natural History and Toxinology of Old World Vipers. Krieger Publishing Company, Malabar, Florida. 359 pp. .. En moyenne elle n'est que légèrement plus grande que la vipère aspic. Vipera berus a une masse pouvant aller de 50 à Mats Olsson, Thomas Madsen and Richard Shine, "Is sperm really so cheap? Costs of reproduction in male adders,Vipera berus", Proceedings of the Royal Society 1997 264, p 456 Alexandru STRUGARIU, Ştefan R. ZAMFIRESCU and Iulian GHERGHEL "First record of the adder (Vipera berus berus) in Argeş County (Southern Romania)", Biharean Biologist (2009), 3, 2, p 164 [(http)://biologie-oradea.xhost.ro/BihBiol/cont/v3n2/bb.031206.Strugariu.pdf].

La tête est large et distincte du corps tandis que ses flancs sont presque droits.

Écailles vignette|Détails des écailles de la tête :1 = Pariétale2 = Frontale3 = Supraoculaire4 = Internasale5 = Rostrale6 = Supralabiale7 = Nasale8 = Mentale9 = Prénasale Sur la tête Vue de dessus, l'écaille rostrale n'est pas visible, ou à peine visible. Immédiatement après la rostrale se trouvent deux (rarement une) petites écailles. Sur la face dorsale de la tête, on trouve généralement cinq grandes écailles plates remarquables : une écaille frontale plus longue que large, aux contours anguleux et de forme parfois rectangulaire, deux écailles pariétales (une petite écaille est parfois intercalée entre la frontale et les pariétales), deux écailles supraoculaires longues et étroites qui sont séparées de la frontale par une à quatre petites écailles.

La narine est située dans une petite dépression au sein de la grande écaille nasale. L'œil est relativement grand puisqu'il est de la même taille que cette dernière, bien qu'il soit généralement plus petit chez la femelle. Sous les supraoculaires, on peut voir six à treize (mais généralement entre huit et dix) petites écailles circumorbitales. Les écailles temporales sont lisses (mais peuvent parfois être légèrement carénées). On compte entre dix et douze écailles sublabiales et entre six et dix (généralement huit à neuf) supralabiales. Chez ces dernières, les et 4 (en partant du museau) sont les plus grandes, les 4 et 5 (mais parfois les 3 et 4) étant séparées de l’œil par une seule rangée de petites écailles (parfois par deux rangées dans les populations alpines).

Sur le reste du corps On trouve d'écailles dorsales (mais, rarement, on peut en trouver 19, 20, 22 ou 23). Celles-ci sont très fortement carénées, mises à part celles qui bordent les écailles ventrales. Ces dernières sont par ailleurs entre 132 et 150 chez les mâles et entre 132 et 158 chez les femelles. Il n'y a qu'une seule écaille anale, les écailles subcaudales, appariées étant au nombre de 32 à 46 chez les mâles, 23 à 38 chez les femelles.

Denture C'est un serpent solénoglyphe, dont les crochets venimeux sont mobiles et possèdent un canal fermé pour l'écoulement du venin.

Distribution vignette|Partie occidentale de l'aire de répartition de Vipera berus. Vipera berus a une aire de répartition très étendue. On peut la trouver à travers toute l'Eurasie, de l'ouest (Royaume-Uni, Scandinavie, France, Belgique) à l'est de l'Asie (nord de la Chine et de la Mongolie, Corée du Nord, et même jusqu'à l'île de Sakhaline dans l'océan Pacifique), en passant par l'Italie, l'Albanie, la Croatie, la Macédoine, la Bulgarie et le nord de la Grèce. Au nord, elle s'étend même au-delà du cercle polaire arctique.

Cette vipère est le seul serpent venimeux présent dans la moitié nord de l'Europe, que ce soit en Grande-Bretagne, au Benelux, en Allemagne, en Scandinavie, en Pologne, dans les pays baltes, en Russie ou dans le nord de la France.

L'espèce a cependant beaucoup régressé dans les régions cultivées d'Europe occidentale et ses populations sont aujourd'hui souvent très morcelées. Elle a disparu de vastes zones, notamment à cause de l'agriculture intensive, ainsi que par la dégradation et le mitage de ses habitats de prédilection. Ainsi en Belgique par exemple, elle n'existe plus que dans le sud-ouest de l'Ardenne pour la Wallonie, et quelques populations relictuelles subsistent dans les landes de Campine en région flamande, mais elle a disparu partout ailleurs. Dans le Nord-Pas-de-Calais elle n'est plus signalée que très localement dans la partie occidentale du Pas-de-Calais. En Picardie, elle subsiste encore dans la vallée de la Somme entre Corbie et Bray-sur-Somme. Dans ces régions elle bénéficie désormais de mesure de protection ou de suiviPlan d'action régional de la Vipère péliade (Nord - Pas-de-Calais), réalisé par le Conservatoire d'espaces naturels du Nord et du Pas-de-Calais, sous la direction de Vincent SANTUNE. PDF: ..

La localité type était auparavant considérée comme étant « Europe » mais Mertens & Müller (1940) ont proposé de la limiter à Uppsala (Suède)McDiarmid RW, Campbell JA, Touré T. 1999. Snake Species of the World: A Taxonomic and Geographic Reference, vol. 1. Herpetologists' League. 511 pp. (series). (volume). et elle a fini par être restreinte à Berthåga, Uppsala par Krecsák & Wahlgren (2008)Krecsák L. & Wahlgren R. (2008): A survey of the Linnaean type material of Coluber berus, Coluber chersea and Coluber prester (Serpentes, Viperidae). The Journal of Natural History 42(35–36): 2343–2377. .

Habitat La vipère péliade vit dans des milieux très variés, pourvu qu'ils présentent un certain nombre de caractéristiques communes. Elle a besoin essentiellement de milieux ouverts et fuit les forêts ombragées dépourvues de clairières. Elle affectionne les végétations basses étagées à structuration complexe, qui lui offrent à la fois une bonne productivité alimentaire (abondance des micro-mammifères) et des cachettes où elle peut se retirer rapidement en cas de danger, ce qui est notamment le cas des broussailles, friches, haies, buissons épars comme les bruyères, ronciers et fourrés buissonnants. Des pierriers peuvent également convenir. Elle a aussi besoin de zones entièrement dégagées, bien exposées, même si elles peuvent être de faible étendue, pour pouvoir se chauffer au soleil : souches, pierres, chemins peu fréquentés, zones de broussaille couchée ou de terre nue restant souvent au sec, herbe rase ou encore tapis de mousse.

Ces trois conditions sont réunies dans les landes à bruyères, les lisères forestières structurées (avec ourlet forestier), les clairières, les tourbières et autres marais ouverts, les haies bocagères, les talus, les friches, les carrières, les bords de voies ferrées abandonnées ou non, les massifs dunaires littoraux à végétation diversifiée, les pelouses calcicoles avec buissons, les prairies d'altitude Les conditions idéales pour l’espèce sont souvent réunies le long des écotones entre milieux ouverts et milieux boisés, ainsi que dans les végétations transitoires s'inscrivant dans une dynamique de végétations et formant des mosaïques de milieux (campagnes anthropisées en exploitation extensive, remplaçant les dynamiques naturelles de boisement et d'ouverture du milieu). La déprise agricole peut favoriser temporairement la vipère, comme beaucoup d'autres espèces des milieux ouverts, mais cette situation n'est pas perenne car elle est ensuite éliminée par la densification de la végétation menant au reboisement naturel, qui cause la fermeture du milieu.

Plus régulièrement que la vipère aspic, la vipère péliade peut vivre dans des milieux à dominante humide, pourvu que quelques parties au moins ne soient pas inondables, et elle est moins thermophile. Elle peuple même les tourbières d'altitude jurassiennes et celles des forêts boréales de Laponie et de Sibérie. Elle peuple également des landes côtières venteuses de Bretagne et d’Écosse. Ainsi, dans les régions où les deux espèces sont présentes, la vipère péliade occupe les habitats plus humides, les versants plus frais et, généralement, les zones d'altitude plus élevée, tandis que la vipère aspic est plus compétitive dans les habitats thermophiles de basse altitude, excluant ainsi la vipère péliade de ces habitats. Mais dans les régions plus nordiques où la vipère aspic et les autres espèces compétitrices sont absentes, la vipère péliade occupe également les milieux les plus chauds et secs disponibles, parfois même préférentiellement.

Liste des sous-espèces Selon : Vipera berus barani Böhme & Joger, 1983 Vipera berus berus (Linnaeus, 1758) Vipera berus bosniensis (Boettger, 1889) Vipera berus marasso (Pollini, 1818) Vipera berus sachalinensis Zarevsky, 1917 Vipera berus walser Ghielmi, Menegon, Marsden, Laddaga, & Ursenbacher, 2016

Vipera berus nikolskii (Vedmederja, Grubant & Rudajewa, 1986) est considérée comme une espèce par de nombreux auteurs, sous le nom de Vipera nikolskii, ce qui reste controversé, tandis que Vipera walser est réintégrée comme sous-espèce de Vipera berus.

Alimentation vignette|Jeune vipère péliade en train d'avaler un lézard vivipare. La vipère péliade se nourrit principalement de micromammifères comme des campagnols, des mulots, des souris et des musaraignes, ainsi que, dans une moindre mesure, des lézards. Plus occasionnellement, elle peut consommer des orvets ou encore des belettes, des taupes ou des amphibiens (grenouille rousse). Des oiseaux peuvent également rentrer dans son menu.

Généralement, la composition des repas varie selon la localitéStreet D. 1979. The Reptiles of Northern and Central Europe. London: B.T. Batsford Ltd. .. Les juvéniles ont tendance à manger de jeunes mammifères, des petits lézards, des jeunes grenouilles, des orthoptères, ainsi que des vers et des araignées. Ils commencent à manger la même chose que les adultes lorsqu'ils atteignent une taille d'environ .

Elle parcourt lentement son territoire à la recherche de proies et chasse à l'affût. La vipère s'arrête, observe sa proie une ou deux minutes, puis l'attaque lorsque celle-ci est à la bonne distance.

Reproduction Il existe une seule période d'accouplement, au printemps.

La durée de la gestation varie selon les conditions climatiques, mais on constate que dans une région donnée, les mises bas ont lieu presque en même temps (espèce ovovivipare).

Le nombre moyen de vipéreaux est de 7.

Prédateurs Les principaux prédateurs de cette vipère sont le sanglier, le faisan, les rapaces (buse), la belettePlan d’actions vipère Wallonie, GRAITSON,2011.

Venimosité