Bernard Noël, né le à Sainte-Geneviève-sur-Argence (Aveyron) et mort le à Laon.Le Nouvel Obs, « Bernard Noël, poète du corps et de la “sensure”, est mort ».., est un poète, écrivain et essayiste français..
Biographie Saluée, entre autres, par Louis Aragon, André Pieyre de Mandiargues et Maurice Blanchot., l'œuvre de Bernard Noël est très abondante et protéiforme : poésie, essais, textes sur l'art, textes politiques, théâtre, livres pour enfants etc.
Son premier livre, Extraits du corps, paraît en 1958 aux éditions de Minuit. Il est considéré comme la matrice de son oeuvre. À partir de ce recueil, la plupart des titres de Bernard Noël comporteront quinze lettres.
Après avoir exercé divers petits métiers, Bernard Noël gagne sa vie, de 1958 à 1967, en étant rédacteur pour les encyclopédies Laffont-Bompiani. Il y publie plus d'un millier d'articles.
Pendant la guerre d'Algérie, il est porteur de valises pour le réseau Curiel et, arrêté en , il subit une incarcération de deux semaines.. Très marqué par la violence d'État, il ne parvient plus à écrire pendant neuf années. "La guerre d’Algérie y fut sans doute pour beaucoup avec la découverte d’une violence qui maltraitait toute ma langue par le mensonge, qui la dégradait par la torture – la torture qui fait parler..." (Entretien avec Jacques Ancet). En 1967, Noël renoue avec l'écriture en publiant La Face de silence.
En 1969, Le Château de Cène, un roman érotique, paraît aux éditions Jérôme Martineau sous le pseudonyme d'Urbain d'Orlhac. Le roman est réédité en 1971 par Jean-Jacques Pauvert sous le vrai nom de l'auteur. En 1973, ce livre vaut à Bernard Noël un procès pour outrage aux bonnes mœursJean Frémon dans .. À la suite de sa condamnation, et à la demande de Jean-Jacques Pauvert, il écrit en 1975 un pamphlet intitulé L'Outrage aux mots dans lequel il fustige l'hypocrisie de la justice et du pouvoir. Il crée alors le mot sensure pour dénoncer le détournement de sens du langage par les institutions officielles.
De 1969 à 1971, il travaille à un Dictionnaire de la Commune pour lequel il lit tous les tirages des 141 journaux parus durant la Commune de Paris.. L'ouvrage paraît en 1971, pour le centenaire de l'insurrection. Devenu une référence, il sera plusieurs fois réédité.
De 1973 à 2015, Bernard Noël écrit neuf Monologues, récits dont toutes les phrases commencent par un pronom personnel.
En 1975, il crée une forme de poèmes qu'il appelle des Lettres verticales. Chacune est dédiée à un(e) ami(e) dont le nom apparaît en acrostiche. Il en existe une cinquantaine, la dernière datant de 2021.
À partir de 1976, Bernard Noël travaille sur le visible et sur la peinture. Il rédige un Journal du regard et de très nombreux textes sur des peintres, entre autres René Magritte, Gustave Moreau, Henri Matisse, David, André Masson, Olivier Debré ou Vladimir Velickovic, ainsi qu'une anthologie : Les Peintres du désir.
En 1983, il crée une forme de textes qu'il nomme les "romans d’œil" en regardant les artistes au travail dans leur atelier. Il y mêle la gestuelle et les propos des peintres à l'analyse de leurs tableaux (Onze romans d’œil, Romans d'un regard, Le Roman d'un être sur le peintre Roman Opalka). Son goût pour la peinture le conduit à réaliser quantité de livres d'artistes et de textes pour des catalogues d'expositions. À partir de 1987, il réalise lui-même des lavis et des dessins qu'il nomme "chosins".
En 1995, il est chargé de la célébration du centenaire de Paul Éluard. Il décide alors de faire un état des lieux de la poésie mondiale et il réunit les contributions d'une centaine de poètes français et étrangers dans le volume Qu'est-ce que la poésie ? (éd. Jean-Michel Place)
En 2007, grâce à l’éditeur Bernard Dumerchez, Bernard Noël rencontre le peintre Zao Wou-Ki avec qui il réalise le livre d'artiste Le Jardin d'encre. Ce poème continuera sous le nom de Chemin d'encre avec l’artiste François Rouan. Après avoir prévu de le poursuivre jusqu'à sa propre mort, l'auteur y mettra le point final en 2018.
Les éditions P.O.L ont rassemblé un choix de textes de Bernard Noël en quatre volumes dŒuvres (qui ne sont pas complètes) : Les Plumes d'Éros (textes érotiques, 2010), L'Outrage aux mots (textes politiques, 2011), La Place de l'autre (textes sur l'écriture et sur les écrivains, 2013) et La Comédie intime (monologues, 2015).
Bernard Noël a joué un rôle important dans le monde de l'édition. De 1967 à 1970, il a été directeur littéraire chez Delpire. En 1977, il a créé la collection des "Classiques abrégés" pour l'École des Loisirs, très utilisée dans les collèges et les lycées. De 1977 à 1983, il a pris la direction de la collection "Textes" de Flammarion (créée par Paul Otchakovsky-Laurens en 1972). Sous l'égide de Bernard Noël, cette collection, spécialisée dans l'écriture de recherche, a publié notamment Denis Roche, Claude Ollier, Jean-Claude Montel, Claude Louis-Combet, William Carlos Williams ou E.E. Cummings.
Bernard Noël a réalisé de nombreuses traductions (Lovecraft, Shakespeare, Powys, Pentadius). De 1983 à 1985, il a dirigé le Centre littéraire de Royaumont où il a initié des séminaires de traduction collective, en collaboration avec Emmanuel Hocquard. Il a également dirigé plusieurs collections chez divers petits éditeurs..
Il a sorti de l'oubli ou mis en avant des auteurs importants tels Georges Bataille, Jacques Prevel, Colette Peignot (connue sous le nom de Laure), Colette Thomas, Mina Loy
Son œuvre a été distinguée par plusieurs prix littéraires. Elle est traduite dans de nombreux pays.
La sensure
La sensure est une notion élaborée par Bernard Noël dans son texte L'Outrage aux mots, écrit et publié en 1975. Ce mot-valise (sens + censure) désigne un langage vide de sens.
Bernard Noël conçoit cette notion de sensure à l'issue du procès qui lui est intenté en 1973 après la parution de son premier roman, Le Château de Cène. À « l'outrage aux mœurs » dont on l'accuse, il rétorque par « l'outrage aux mots » en dénonçant le détournement de la langue par un pouvoir qui n'est pas d'une moralité exemplaire. Ainsi, les gouvernements ont appelé « événements d'Algérie » ce qui était en réalité une guerre et les mots « pacification » et « maintien de l'ordre » ont servi à masquer les actes de torture et le racisme d'État. « Par l’abus de langage, le pouvoir bourgeois se fait passer pour ce qu’il n’est pas : un pouvoir non contraignant, un pouvoir “humain”, et son discours officiel, qui étalonne la valeur des mots, les vide en fait de sens – d’où une inflation verbale, qui ruine la communication à l’intérieur de la collectivité, et par-là même la censure. Peut-être, pour exprimer ce second effet, faudrait-il créer le mot SENSURE. » (L'Outrage aux mots). De même le mot populisme, auparavant positif, a reçu une nouvelle signification, péjorative.
Bernard Noël a fait lui-même évoluer ce concept de sensure, notamment en élargissant son champ vers ce qu'il a appelé la « castration mentale » (abrutissement des individus par la télévision qui encourage la surconsommation) puis la « captation mentale » (usage généralisé des smartphones et outils numériques).
Œuvre (sélection) Le site de ressources Atelier Bernard Noël propose une bibliographie détaillée et des extraits de l'oeuvre. Des extraits sont également proposés sur Lieux-dits.eu.. Littérature, poésie, essais (premières éditions) Aux éditions Flammarion
Aux éditions Fata Morgana
Aux éditions Pauvert 1971 : Le Lieu des signes 1975 : Le Château de Cène suivi de L’Outrage aux mots Aux éditions Talus d'Approche
Aux éditions Unes
Aux éditions P.O.L
Aux éditions Æncrages & Co 1991 : Écrit de la mer, Æncrages & Co 1995 : À côté de pourquoi, Æncrages & Co, ill. de Jean-Michel Marchetti 2013 : Un temps sans lieu, Æncrages & Co, ill. de Jean-Marc Brunet
Aux éditions Bernard Dumerchez 1993 : Adam et Ève, Mikhaïl Boulgakov, théâtre, 1994 : Vieira da Silva suivi de Árpád Szenes, 1995 : Le Reste du voyage, vignette de Gérard Titus-Carmel,
Aux éditions L'Atelier des Brisants 2002 : Onze voies de fait et Héloïse et Abélard2002 : Un certain accent (anthologie de poésie)
Aux éditions L'Amourier
Aux éditions Lignes-Manifeste 2003 : Artaud et Paule 2004 : Le Retour de Sade Aux éditions Ypsilon 2010 : Paul Trajman ou la main qui pense...
Aux éditions Artgo 2010 : Une Rupture en soi suivi de L'Écriture du Corps, coll. « Au Coin de la rue de l'Enfer » (Artgo & ) avec un CDVoir https://lecomptoirdulivre.wordpress.com/2015/01/17/une-rupture-en-soi-suivi-de-lecriture-du-corps-bernard-noel-au-coin-de-la-rue-de-lenfer-artgo-2010/. 2020 : Un toucher aérien avec des dessins de Bernard Moninot (Artgo & Cie)
Aux éditions Cadastre8zéro 2011 : Ce jardin d’encre, avec François Rouan, bilingue français/ espagnol, traduit en espagnol par Sara Cohen, . 2012 : Le Chemin d’encre, avec François Rouan, bilingue français/ arabe, traduit en arabe par Mohammed Bennis, (avec une édition spécifique pour le monde arabe.) 2018 : Le Chemin d’encre 2, avec François Rouan, bilingue français/ anglais, traduit en anglais par Eléna Rivera.
Chez d'autres éditeurs
Publications numériques 2009 : Le Mal de l’espèce., Publie.net 2010 : À bas l’utile., Publie.net
Livres d'art Aux éditions Hazan 1979 : Gustave Moreau 1983 : Matisse, coll. « Monographie » (rééd. en 2002)
Coédition Maison de la culture de La Rochelle / Éditions de la Différence 1987 : Christian Jaccard, Le Roman des nœuds Aux éditions Flammarion 1989 : David 1998 : Magritte Aux éditions Gallimard 1993 : André Masson. La Chair du regard Aux éditions Belfond 1996 : Les Peintres du désir Aux éditions Cercle d'art 1997 : Fred Deux 1999 : Dana, ill. d'Yves Dana Aux éditions L'Atelier contemporain 2024 : Là, il y aura oracle (Pour André Masson), édition établie par Nicole Martellotto, préface de Michel Surya
Livres d'artistes Aux éditions Æncrages & Co 2008 : Ce Jardin d'Encre, ill. de Jean-Michel Marchetti 2013 : Un temps sans lieu, tirage en livre d'artiste, ill. de Jean-Marc Brunet
Aux éditions Area Source : éditions Area 1986: Bernard Noël, tête d'ombre, Initiale n° 21, préface d'Alin Avila 1987 : Serge Plagnol, Initiale n° 9
Aux éditions À Travers Source : Jacques Clauzel, éditions À Travers
Aux éditions Café le Liminaire
1998 : Poèmes pour en bas,''' Ill. Jean-Marc Scanreigh
Aux éditions de la Canopée L'Ombre du doubleL'Ombre du double sur artpointfrance., ill. de Thierry Le Saec
Aux éditions Dumerchez
Aux éditions Editart-D. Blanco 1983 : Mis par la lumière, ill. de Ramon Alejandro.
Aux éditions l'Entretoise 1998 : Extraits du corps, ill. (linogravures) de Bernadette Griot-CullafrozVoir sur artpointfrance.org.
Aux éditions Fata Morgana
Aux éditions Karl Flinker 1976 : Le Mental virtuel ou Les visionnaires de Bernard MoninotPlaquette éditée à 500 exemplaires à l'occasion de l'exposition des « Serres » de Bernard Moninot à la galerie Karl Flinker du 17 mars au 17 avril 1976.25, rue de Tournon, 75006 Paris.
Aux éditions L'Instant perpétuel 2000 : Lettre verticale XXXI pour Olivier Debré.
Aux éditions de la galerie Remarque Source : galerie Remarque.
Aux éditions Manière Noire 2016 : Le Livre des morts, typographie au plomb mobile, huit gravures de Jean-Marc Brunet
Aux éditions de la Médiathèque de la Ville du Mans Espace du sourire, ill. d'Olivier Debré
Aux éditions du Scorff 1997 : Site transitoire, ill. de Jean-Paul Philippe
Aux éditions Le Silence qui roule Dans l’écart, collectif, ill. de Marie AlloyVoir sur artpointfrance.org.
Aux éditions Unes Sources : éditions UnesTirages limités et éditions de tête.
Rééditions Aux éditions Jean-Jacques Pauvert 1971 : Le Château de Cène 1975 : Le Château de Cène suivi de L'Outrage aux mots Aux éditions Flammarion 1978 : Dictionnaire de la Commune, , 2 vol. 1983 : Poèmes 1, (épuisé)
Aux éditions Unes