vignette|300x300px| La grande muraille à Mutianyu. Cette section, ainsi que beaucoup d'autres sections célèbres de la Grande Muraille a été construite pendant la dynastie Ming vignette|300x300px| Le territoire de la dynastie Ming et le tracé de ses longs-murs, qui forment l'essentiel de ce qu'on appelle aujourd'hui la Grande Muraille de Chine La Grande Muraille Ming (明長城, Ming changcheng), construite sous la dynastie Ming (1368-1644), forme aujourd'hui la partie la plus visible et la plus connue de la grande muraille de Chine. Une étude archéologique complète, utilisant des techniques de pointe, a conclu que la longueur totale de cette muraille est de 8 850 km, du col de Jiayu à l’ouest jusqu’à la mer au niveau de la passe de Shanhai, à l'est, où elle fait une boucle pour se terminer en Mandchourie, à la Grande Muraille de Hushan. Elle est composée de de murailles proprement dites, 359 km de tranchées et de barrières défensives naturelles telles que des collines et des rivières.
Alors que les murs érigés sous la dynastie Ming sont généralement appelés « Grande Muraille » (changcheng) à l'époque moderne, ils étaient appelés à l'époque de leur construction « barrières frontalières » (邊牆; bianqiang) par les Chinois, car le terme changcheng renvoyait alors à des images de la tyrannie de Qin Shi Huang (260-210 ).
Histoire
Premiers murs et garnisons Ming En 1368, l’empereur Hongwu (Zhu Yuanzhang, r. 1368 98) chasse les Mongols de la dynastie Yuan de Chine et fonde la dynastie Ming. Mais même après qu'ils se sont enfuis en Mongolie, et malgré de nombreuses campagnes militaires, les Mongols continuent d’être un problème pour la dynastie chinoise.
Dans les premières années de son règne, Hongwu envisage une politique frontalière basée sur le déploiement d'armées mobiles le long de la frontière nord, afin de veiller sur la sécurité de la Chine. À cette fin, il établit les "huit garnisons extérieures" proches de la steppe et une ligne de forts intérieurs mieux adaptés à la défense. Cette ligne intérieure est, d'une certaine manière, l’ancêtre de la Grande Muraille Ming. En 1373, alors que les forces Ming subissent des revers, Hongwu met davantage l'accent sur la défense et adopte la suggestion de Hua Yunlong (華雲龍), en établissant des garnisons à 130 points de passages et autres points stratégiques de la région de Pékin. D'autres positions fortifiées sont créées dans les années qui précédent la mort de Hongwu en 1398, et des tours de guet sont organisées de la mer de Bohai à Pékin et plus en profondeur dans les steppes mongoles . Cependant, ces positions ne sont pas un système de défense linéaire et continu, mais plutôt régional et qui ne repose pas encore sur des fortifications lourdes, l'accent étant toujours mis sur les tactiques offensives à l’époque.
Le fils de Hongwu, l'empereur Yongle (r. 1402 24) poursuit la politique de lutte ouverte contre les Mongols de son père et, en 1421, déplace la capitale Ming de Nanjing au sud à Pékin au nord, en partie pour mieux gérer ladite lutte. La construction de murs en pierre et en terre commence sous le règne de Yongle, mais cela se limite encore à des cols et passes stratégiques. Il fait également bâtir des tours de signalisation et de longs fossés. Le règne de Yongle voit également le réaménagement des frontières de la dynastie, ce qui conduit à l'abolition de l'intégralité des huit garnisons extérieures, sauf une, pour réduire les dépenses. En agissant ainsi, l'empereur sacrifie ainsi un pied-à-terre essentiel dans la steppe, qui servait de zone tampon entre les Ming et les Mongols. Après la mort de Yongle en 1424, les Ming abandonnent la dernière des huit garnisons, celle de Kaiping (l'ancienne capitale des Yuan, également connue sous le nom de Xanadu) en 1430. La suppression de ces garnisons aura des conséquences à long terme, car la politique étrangère Ming se tourne de plus en plus vers la défense aux dépens de l'offensive, surtout après avoir pris en compte le coût du maintien des garnisons périphériques.
Vers 1442, un mur est érigé par les Ming au Liaodong afin de protéger les colons han d'une possible menace provenant des Jurchens/Mongols de la horde Oriyanghan. En 1467- 68, l'allongement du mur fournit une protection supplémentaire à la région contre les attaques des Jurchens "Jianzhou", dans le nord-est. S'il se situe sur le futur tracé principal de la Grande Muraille, ce "mur du Liaodong" est alors de conception simple : la plupart du temps, il est construit en coulant de la boue entre des rangées parallèles de pieux, avec des fossés creusés des deux côtés. Même si des pierres et des tuiles sont utilisées par endroit, il ne s'agit pas des matériaux de base de ce mur, qui reste très proche de ceux érigés depuis les dynasties Qin et Han
Malgré son repli de la steppe, l'armée Ming reste en position de force jusqu'à la crise de Tumu en 1449, qui provoque l'effondrement du système de sécurité chinois. Plus de la moitié de l'armée chinoise en campagne périt dans le conflit, tandis que les Mongols capturent l'empereur Zhengtong. Cette débâcle militaire brise la puissance militaire chinoise qui avait tellement impressionné et bloqué les Mongols depuis le début de la dynastie, et les Ming sont désormais sur la défensive et ce jusqu'à la chute de la dynastie.
Immédiatement après le désastre, le problème politique le plus pressant suscité par la capture de l'empereur est résolu lorsque le ministre de la Guerre par intérim, Yu Qian (par intérim, car le ministre "officiel" est décédé à Tumu), installe le frère de l'empereur capturé en tant que nouvel empereur Jingtai (r . 1450 1459). Les tensions militaires avec les Mongols Oirats restent fortes pendant le règne de Jingtai, car, après une telle débâcle, conclure la paix entre les deux camps aurait été une maladresse politique majeure pour la faction du nouvel empereur et de Yu Qian, son principal soutien. Afin de maintenir une présence militaire, tout en compensant la perte de soldats, des fortifications, des fossés et des remparts sont construits dans des passages importants, notamment à la passe de Zijing (紫荊關), par où les Mongols sont entrés en Chine pendant la crise de Tumu, la passe de Ningwu (關) et celle de Juyong. Les travaux entrepris au cours de cette période marquent un tournant majeur vers la construction de murailles défensives.
Le mur de l'Ordos vignette| Carte de 1688 des forteresses de la dynastie Ming autour de Taozhou; ce qui correspond actuellement à la ville de Xincheng du Xian de Lintan. La détérioration de la position militaire des Ming dans la zone de transition de la steppe ouvre la porte à des raids des peuples nomades sur le territoire des Ming, y compris dans la région cruciale de l'Ordos, ce à un niveau sans précédent depuis la fondation de la dynastie. Pour résoudre ce problème, les Ming peuvent soit passer à l'offensive et rétablir leurs positions dans la steppe, soit concéder les zones de transition aux nomades et maintenir une politique défensive et accommodante. À la fin du XVe et au début du XVIe siècle, le choix entre les deux options fait l’objet d’un débat animé au sein de la cour chinoise et de dissensions, qui sont parfois exploitées par diverses factions politiques pour se débarrasser de leurs opposants. La décision de construire les premiers bianqiang de la dynastie Ming est l'un des résultats de ces débats, ces derniers étant vus comme un compromis acceptable.
Alors que les actions offensives contre les différents peuples nomades deviennent quasiment impossibles à organiser en raison d'une pénurie de combattants et de fournitures militaires, Yu Zijun (余子俊; 1429 1489) commence par proposer de construire un mur dans la région de l'Ordos en août 1471, mais cela va à l'encontre de la politique offensive traditionnelle datant du début de la dynastie Ming. Le ministre de la Guerre de l'époque, Bai Gui (白圭), essaye de mettre en œuvre une solution offensive depuis son entrée en fonction en 1467, et il s'oppose à la proposition de Yu en raison des craintes qu'il a sur les coûts de constructions de ces fortifications. Le 20 décembre 1472, alors que des informations font état de personnes fuyant les provinces frontalières à cause des lourdes taxes militaires imposées pour financer des campagnes offensives, Yu explique que son projet de mur ne serait pas aussi coûteux que la stratégie offensive et qu'il s'agirait une mesure temporaire, visant à permettre aux Ming de restaurer leur puissance militaire et économique. La cour et l'empereur approuvent le plan et la victoire chinoise de 1473 remportée par Wang Yue (王越) lors de la bataille du lac du Sel Rouge (紅鹽池), décourage les invasions et autres raids mongols assez longtemps pour permettre à Yu Zijun d'achever son projet de mur en 1474. Ce mur, né d'un effort combiné de Yu Zijun et Wang Yue, s'étend de l'actuel Hengcheng (城), dans la ville de Lingwu (nord-ouest de la province du Ningxia) jusqu'à la ville de Huamachi (馬池 鎮) dans le Xian de Yanchi, et de là à Qingshuiying (清水 營) dans le nord-est de la province du Shaanxi. Le tout représente un ouvrage de plus de 2000 li (soit environ 1 100 km) de long. Le long de ce mur, on trouve 800 points forts, postes de garde, tours de phares et de défenses. 40 000 hommes sont enrôlés pour la construction du mur, qui prend plusieurs mois et coûte finalement plus d'un million de taels d'argent. Ce système de défense fait ses preuves en 1482, lorsqu'un groupe important de pillards mongols se retrouve piégé dans les doubles rangées de fortifications et est vaincu par les généraux Ming. Pour les habitants des zones frontalières, cette victoire est vue comme une justification de la stratégie de construction de murs de Yu Zijun. Au milieu du XVIe siècle, le mur de Yu dans les Ordos est transformé en un vaste système de défense comprenant deux murs : le mur de Yu, appelé la « grande frontière » (大邊, Dabian), et une « frontière secondaire » (二邊, èrbiān), soit un second mur construit par Yang Yiqing en retrait du premier.
Après le succès des murs de l'Ordos, Yu Zijun propose la construction d'un autre mur qui s'étendrait du coude du fleuve Jaune dans l'Ordos jusqu'au col de Sihaiye (四海 冶 冶; dans l'actuel Xian de Yanqing), près de Pékin, la capitale, sur une distance de plus de 1300 li (environ 700 km). Ce projet est approuvé en 1485, mais les ennemis politiques de Yu insistent sur les dépassements de coûts et le forcent à abandonner le projet et à se retirer de la vie politique la même année. Pendant plus de 50 ans après la démission de Yu, les luttes politiques au sein de la Cour Impériale empêchent la construction de bianqiang à une échelle comparable à celle du projet de l'Ordos de Yu.
Cependant, pendant cette période, la construction des murs continue indépendamment des affres de la politique de la Cour Impériale, les murs de l'Ordos étant étendus, améliorés et réparés jusqu'au XVIe siècle.
Les murs de Xuanfu – Datong et le tronçon occidental gauche|vignette| La Grande Muraille à Dajingmen, une partie de la portion Xuanfu de la Grande Muraille. La structure de la porte est une construction de la dynastie Qing.