Le projet de réforme des retraites de 2020 en France est un projet de loi porté par le gouvernement Philippe visant à refondre en profondeur le système de retraite français. Cette réforme est pour partie dans le programme électoral du président de la République, Emmanuel Macron, qui s'est inspiré d'économistes français favorables aux retraites par points. Elle repose sur la promesse de ne toucher ni à l'âge de départ ni au montant des pensions. Ce projet de réforme propose trois transformations principales : l'institution d'un régime de retraite dit « universel » remplaçant les 42 systèmes existants ; la mise en relation directe théorique du montant de la retraite avec les cotisations versées (système à points) ; la mise en place de mesures ayant pour but affiché d'améliorer les retraites des plus défavorisés s'ils font une carrière complète.

Par rapport aux réformes précédentes (1993, 2003, 2010, 2013) de nature « paramétrique », c'est-à-dire visant à ajuster le système existant, la réforme de 2020 vise à remettre à plat un système de retraite supposément devenu progressivement inadapté (réforme systémique) et s'inscrit dans un mouvement qui a débuté il y a une vingtaine d'années.

Le chantier est engagé avec la nomination en de Jean-Paul Delevoye comme Haut-commissaire à la réforme des retraites ; en , ce dernier remet au Premier ministre un rapport de préconisations devant inspirer le projet de loi.

Les objectifs annoncés de la réforme sont de simplifier un système complexe, de le rendre plus juste et de faciliter son adaptation aux changements structurels (croissance, rapport actifs/retraités…), afin de pouvoir maintenir dans le futur un équilibre des entrées et des sorties. Proche de l'équilibre en 2018 (déficit de d'euros), les comptes pourraient se dégrader jusqu'à un montant plafond en 2030 compris entre 7,9 et d'euros..

La réforme rencontre une forte opposition pendant des mois de grèves et manifestation de la part des principaux syndicats et qui se renouvellera lors du mouvement social de 2023. La contestation porte en grande partie sur le report de l'âge de départ à la retraite à taux plein ( au lieu de ), la remise en cause des avantages des fonctionnaires et des adhérents des régimes spéciaux, et l'instauration d'un système à points jugé inégalitaire. Les négociations entreprises avec maintes catégories professionnelles (policiers, personnel navigants) mettent au jour les ambiguïtés du terme universel revendiqué par la réforme. En effet dans ce cas, s'il indique que le nouveau régime s'applique à tous, cela n'implique pas que tous soient soumis aux mêmes règles. Dans un avis, le Conseil d'État préfère parler d'un système universel de retraite par points composé de régimes différenciés.

Le , Emmanuel Macron annonce la suspension de cette réforme avec la prise de mesures de confinement dans le cadre de la pandémie de Covid-19. Élisabeth Borne présente un nouveau projet de réforme des retraites en .

Contexte vignette|redresse=1.75|Âge effectif moyen de départ à la retraite pour les hommes, de 1970 à 2018. La France a l'un des âges effectifs de départ à la retraite les plus bas d'Europe.

Une retraite par répartition En France, le système de retraite est fondé pour l'essentiel sur le principe de la répartition, les cotisations sociales des actifs servant à payer les pensions versées aux retraités. La retraite par répartition met donc en œuvre un principe de solidarité intergénérationnelle. Le montant de la pension prend en compte principalement la durée d'activité, le niveau de revenus ainsi que d'autres facteurs.. Le système de retraite par répartition s'oppose à la retraite par capitalisation, dominante dans d'autres pays et qui repose sur l'effort d'épargne individuelle (en France la retraite par capitalisation a un rôle très faible). Mais, pour être équilibré, un tel système nécessite que le montant de l'ensemble des cotisations versées par les actifs soit, d'une manière ou d'une autre, ajusté en continu au montant des pensions versées. Or, plusieurs facteurs ont, au cours des dernières décennies, bouleversé ces équilibres : élévation du taux de chômage, ralentissement de la croissance économique, allongement de la durée de vie et faiblesse de la croissance démographique.

Poursuite des débats Les réformes successives des retraites n'ont pas épuisé les débats sur la pérennité du système dans le long terme.

Pour sa part, l’économiste Frédéric Bizard théorise dans son ouvrage Protection sociale : pour un nouveau modèleDunod, mars 2017. la sortie du modèle corporatiste et l’instauration d’un régime universel de retraite à points. Cette idée d'un système par points est retenue par Emmanuel Macron et Jean-Paul Delevoye, Haut-commissaire à la réforme des retraites. Toutefois, selon Christiane Marty (chercheuse, membre de la fondation Copernic), dans un article paru dans Le Monde diplomatique,

Un autre thème de débat récurrent est celui de l'âge légal de départ à la retraite.

En , Delevoye annonce vouloir maintenir l'âge de départ à la retraite à 62 ans, tout en assurant une flexibilité, une . Les réactions sur le sujet ont recréé les conditions d'un débat. Ainsi, l'organisation patronale du MEDEF a déclaré vouloir inciter les français à travailler plus longtemps que cela, au cas où l'âge de la retraite restait à 62 ans. A contrario, la CFDT a jugé qu'il était cet âge légal de départ à la retraite, et qu'il fallait plutôt se concentrer sur le renforcement du en lien avec la pénibilité du travail..

Pour Christiane Marty, la réforme envisagée ne prend pas suffisamment en considération les espérances de vie inégales : « Ainsi, les ouvriers meurent en moyenne six ans plus tôt que les cadres. Le niveau de revenu joue également un rôle : les 5 % les plus aisés ont une espérance de vie supérieure de treize ans à celle des 5 % les plus pauvres chez les hommes, et de huit ans chez les femmes. »

Des régimes multiples aux caractéristiques hétérogènes En 2019, le système de retraite par répartition français se caractérise par l'existence de 18 caisses de retraite, correspondant le plus souvent à un découpage par branche avec des régimes parfois très différents (modalités de financement et prestations). On distingue trois grandes catégories de régimes. : les régimes généraux, qui appliquent des règles communes pour le calcul des droits à la retraite. Il s'agit du régime général des salariés du privé (qui gère 80 % des retraités, soit de personnes fin 2017), le régime des salariés agricoles ( de personnes) et le régime des indépendants, artisans et commerçants ( de personnes) ; les régimes spéciaux, aujourd'hui au nombre de 23 selon le ministère du travail, qui existaient avant la création de la Sécurité sociale (1945) et qui appliquent des règles de calcul de droits à la retraite différents du régime général (âge minimal de la retraite, base de calcul du montant de la retraite, durée de cotisation…). Ces régimes comprennent les régimes de la fonction publique de l’État ( de retraités) et une dizaine d'autres régimes professionnels, dont EDF, GDF, la SNCF, la RATP, le régime des mines (qui concerne les mineurs), celui des marins et celui de la Banque de France (1 million de retraités en tout) ; les caisses de retraite complémentaire, au nombre de cinq (correspondant à un découpage sectoriel : salariés du privés, salariés agricoles, fonctionnaires…), qui versent un montant complémentaire, calculé sur la base d'un système de points, qui vient s'ajouter à la retraite du régime de base obligatoire.

97 % des assurés sont affiliés à plus d'un régime de retraite de base ou complémentaire, générant une complexité de gestion et une absence de lisibilité du système : sont assurés à 2 régimes 36 % des cotisants, 3 régimes 28 %, 4 régimes 18 %, 5 régimes 11 %, 6 régimes ou plus 4 %.

+Les différents régimes de retraite Type assuré Effectifs cotisants (C)et retraités (R) Régime de base Régime complémentaire Retraiteadditionnelle Caractéristiques SALARIES Salariés de l'Agriculture C : R : MSA ARRCO + AGIRC Salariés de l’industrie, du commerceet des services C : R : CNAV Enseignants du privé RETREP Agents non titulaires de l’État etdes collectivités publiquesÉlus locauxFonctionnaires territoriaux et hospitaliers à temps partielPraticiens hospitaliers IRCANTEC Personnel navigant de l’aéronautique civile CRPN Ouvriers de l’État C : R : FSPOEIE Salariés des régimes spéciaux C : R : 1 million CRP (RATP), CPRP (SNCF), Banque de FranceMines, CNIEG (EDF, GDF…),CRPCF (Comédie française), CRPCEN (employés notaires), ENIM (marins)CROPERA (Opéra de Paris), Port autonome de Strasbourg FONCTIONNAIRES Fonctionnaires de l’État, magistrats et militaires C : 2 millionR : 2,16 million Pensions civiles et militaires de retraites (gérées par le service des retraites de l'État) RAFP Fonctionnaires territoriauxet hospitaliers C : R : CNRACL Fonctionnaires du Parlement Caisse de retraite des agents de l'Assemblée nationaleCaisse de retraite des agents du Sénat NON SALARIES Exploitants agricoles C : R : MSA Artisans, commerçants et industriels C : R : Sécurité sociale des indépendants Professions libérales C : 0,67 millionR : 0,35 million CNAVPL CPRN (notaire), CAVOM (Officiers ministériels), CARMF (médecins),CARCDSF (dentistes et sages femmes), CAVP (pharmaciens)CARPIMKO (infirmiers, kinésithérapeutes…), CARPV (vétérinaires)CAVAMAC (agents d'assurance), CAVEC (experts-comptables)CIPAV (architectes et professions libérales diverses) CNBF (avocats) Artistes, auteurs d’œuvres originales CNAV IRCEC Patrons pêcheurs embarqués C : R : ENIM Membres des cultes CAVIMAC ARRCO Débits de tabac Sécurité sociale des indépendants RAVGDT Parlementaires et conseillers du CESE Caisse de retraite de l'Assemblée nationaleCaisse de retraite du SénatCaisse de retraite du CESE

Part importante de versements découlant d'une logique de solidarité Les pensions versées ne reposent pas uniquement sur le montant des cotisations, l'âge et la durée du travail : celles versées relevant d'une logique de solidarité représentent un quart des dépenses..

Les dispositifs de solidarité individuels représentent annuels, soit 16 % du total des sommes versées, et concernent 93 % de tous les retraités. En font partie. : les minima de pensions ( d'euros) ; les majorations pour trois enfants et plus ( d'euros) ; la compensation des périodes non travaillées : chômage, maternité, maladie, invalidité, service militaire ( d'euros) ; les retraites anticipées : mères de trois enfants dans la fonction publique, policiers, militaires et pompiers (10,3 milliards d'euros) ; les dispositifs pour carrières longues, 21 % des départs (1,3 milliard €).

Par ailleurs, des transferts sont opérés entre le régime général excédentaire et les régimes généraux déficitaires du fait du déclin démographique des cotisants (7,9 milliards € en 2015) : Mutualité sociale agricole, Sécurité sociale des indépendants (commerçants, artisans, professions libérales), Caisse autonome nationale de la sécurité sociale dans les mines (salariés des mines)..

Régimes spéciaux de retraite

Enfin, les financements publics compensent de manière importante les déficits des régimes spéciaux : ils représentent ainsi, en 2017, 62 % des ressources du régime de retraite à la SNCF, 59 % des ressources de celui de la RATP et 28 % de celui des IEG (EDF, GDF…). Ces subventions relèvent en partie seulement de la solidarité (déséquilibre démographique), le solde correspondant à des droits spécifiques non financés par les cotisations (départ à la retraite précoce, niveau des pensions…) : la subvention pour déséquilibre démographique était en 2017 par exemple de à la RATP (subvention totale ), à la SNCF (subvention totale ) et à EDF/GDF de ()..

Les régimes spéciaux ne concernent qu'une petite part de la population (moins de 4 %).

Financement principalement contributif