La Pentarchie (du grec ancien / (« gouvernement de cinq personnes »)Complément du dictionnaire de l'Académie françaiseEncyclopædia UniversalisCentre national de ressources textuelles et lexicales, Lexicographie, de / (« cinq ») et / (« gouvernement ») est l'organisation de l'Église chrétienne autour de cinq patriarcats : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem.

L'idée de l'exercice exceptionnel d'autorité par un évêque en dehors de sa propre province romaine est déjà exprimée dans la triarchie non universelle du concile de NicéeSelon l'historiographie ultérieure de l'Église catholique romaine, celle-ci se confond avec l'Église primitive (l'apôtre Pierre étant le premier pape), la Pentarchie n'est qu'une « interprétation abusive » des conciles et toutes les autres formes de christianisme sont des « hérésies » : cf. Bruno Dumézil, Les conversions forcées ont-elles existé ? in L'Histoire , novembre 2007, ., dans la tétrarchie du concile de ConstantinopleCanons du concile de Constantinople :

2. Du bon ordre à garder dans chaque province et de la primauté qui revient aux grands sièges d'Alexandrie, d'Antioche et de Constantinople, et de ce qu'un évêque ne doit pas intervenir dans un évêché autre que le sien.

Les évêques qui sont à la tête d'un diocèse ne doivent pas s'immiscer dans les affaires des Églises qui sont hors de leurs limites, ni jeter par-là le trouble dans les Églises. Mais, conformément aux canons, l'évêque d'Alexandrie administrera uniquement les affaires de l'Égypte, les évêques d'Orient gouverneront les Églises du seul Orient, tout en gardant la préséance reconnue par les canons à l'Église d'Antioche, et les évêques du diocèse d'Asie administreront les affaires de l'Asie seule, et ceux du Pont uniquement les affaires du Pont et ceux de la Thrace, les affaires de la Thrace seule. À moins d'être appelés, les évêques ne doivent jamais intervenir hors de leurs diocèses pour des élections d'évêques ou quelque autre acte ecclésiastique. Tout en observant au sujet des diocèses la règle prescrite ci-dessus, il est évident que, conformément aux ordonnances de Nicée, le synode provincial décidera des affaires de toute la province. Quant aux Églises de Dieu qui sont parmi les nations barbares, elles doivent être gouvernées selon la coutume établie du temps de nos pères.

3. Que l'évêque de Constantinople est le second après celui de Rome.

Cependant l'évêque de Constantinople aura la préséance d'honneur après l'évêque de Rome, puisque cette ville est la nouvelle Rome. puis enfin au concile de Chalcédoine qui, en faisant de Jérusalem un siège patriarcal, crée la « Pentarchie »Même remarque que précédemment concernant la position doctrinale de l'Église catholique à ce sujet : son historiographie définit la notion d'Occident chrétien qui désigne une Chrétienté formé d'États catholiques dont la période carolingienne est la matrice..

La formule apparaît pour la première fois dans la législation de l'empereur Justinien, au , qui l'a utilisée pour organiser l'Église chrétienne trinitaire dans le cadre de l'unité politique de son empire, et ensuite dans les actes du concile in Trullo ().

L'Église de Rome n'accepta pas ce concile et refusa de reconnaître la Pentarchie, en déniant toute espèce de primauté au siège de Constantinople, qui n'aurait pas été fondé par un apôtre, et en développant une ecclésiologie qui attribuait au siège de Rome, fondé par l'apôtre Pierre, la position centrale.

Développement Le premier concile de Nicée est convoqué en 325 par l'empereur pour résoudre la crise arienne, dont la controverse théologique avait des incidences politiques par ses conflits entre les évêchés.

Pendant que le canon 4 du concile attribue une autorité particulière à l'évêque du chef-lieu de chaque province politique (l'évêque métropolitain), le canon 6 reconnait une juridiction supérieure des sièges de Rome, Alexandrie et Antioche en relation à plusieurs provinces conjointement. Le siège d'Alexandrie (aurait) ainsi autorité sur toutes les Églises d'Égypte et de Libye et de la Pentapole de Libye ; les limites des zones d'influence des deux sièges de Rome et d'Antioche ne sont pas préciséesCanon 6 .

Le patriarcat de Jérusalem, sans doute le premier chronologiquement, importe dans ce cadre pour l'histoire sainte et les lieux saints. Mais après les événements de 70 (première guerre judéo-romaine (66-73), siège de Jérusalem (70), destruction du second Temple de Jérusalem (70), prise de Massada (73), deuxième diaspora, etc.) puis de 130 (refondation sous le nom d'Ælia Capitolina, puis révolte de Bar Kokhba (132-135), massacres, Jérusalem rasée et interdite aux Juifs), l'Église de Jérusalem peine à retrouver quelque ampleur autre que mémorielle, ce à quoi le canon 7 du premier concile de Nicée (325) rend hommage.

À la suite du déplacement, en 330, de la capitale de l'Empire romain de Rome à Byzance, rebaptisée Constantinople, l'évêque de la ville est élevé au rang qui plus tard serait appelé patriarche. En effet, lors du premier concile de Constantinople en 381, Constantinople, considérée comme la « nouvelle Rome », obtient « la primauté » ou « les prérogatives » d'honneur après Rome. Cette nouvelle promotion d'une nouvelle Église est mal acceptée par l'Église de Rome, comme par l'Église d'Alexandrie. D'autre part, ce concile n'attribue pas à l'évêque de Constantinople des droits de juridiction sur d'autres évêques, en déclarant nommément l'indépendance des évêques du Pont, de l'Asie proconsulaire et de la ThraceCanon 2 du Concile de Constantinople.

En 451 au concile de Chalcédoine, l'évêque de Jérusalem obtient la juridiction supérieure sur les trois provinces romaines de Palestine qu'on lui avait refusée au concile d'Éphèse (431)Karen Rae Keck, "St. Juvenal of Jerusalem" in The Saint Pachomius LibraryPhilip Schaff, "Excursus on the Rise of the Patriarchate of Jerusalem" in The Seven Ecumenical Councils.

Le même concile, dans son canon 28, confirme la « primauté d'honneur après l'évêque de Rome » du patriarche de Constantinople, et lui confère le droit de nommer les évêques métropolitains du Pont, de l'Asie et de la Thrace, ce qui met sous son autorité plus de la moitié de l'Empire Romain d'Orient, et renverse la décision du concile de l'an 381, qui a défendu aux évêques d'autres diocèses romains d'intervenir dans les affaires ecclésiastiques de chacun des diocèses du Pont, de l'Asie et de la Thrace.

L'évêque de Rome, , a rejeté ce canon comme transgression du canon 6 du concile de Nicée et violation des droits d'Alexandrie et d'Antioche. Contre les prétentions de Constantinople (qui plus tard se revendiqua aussi comme apostolique), Léon défendit la théorie des trois « sièges pétrines » (remontant à l'apôtre Pierre) de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche, sièges apostoliquesKlaus Schatz, Unterschiedliche Einheitsfunktion in Ost und West ; version anglaise : Council of Chalcedon dans Encyclopædia Britannica 1911.

Mise en place La première formulation de la théorie de la Pentarchie comme étant l'organisation administrative de l'Église se trouve dans la législation de l'empereur Justinien (527–565), surtout sa Novelle 123, qui cite les cinq patriarches dans l'ordre de préséance : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem.

En dehors de l'Empire byzantin, les chrétiens de l'Orient s'organisaient librement en Églises autocéphales sous forme de patriarcats. C'était notamment le cas de l'Église apostolique arménienne, et du Catholicosat de Séleucie-Ctésiphon. En Occident, de nombreuses nations germaniques, en abandonnant le paganisme et l'arianisme, s'attachaient à l'Église de Rome comme seule autorité ecclésiastique principale. À l'intérieur de l'empire, la majorité des chrétiens en Égypte et Syrie (les Églises copte et jacobite) se sont séparés de l'Église, qu'ils appelaient la Melchite, malgré les tentatives des empereurs d'imposer des doctrines de compromis.

La théorie de la Pentarchie, implicite dans les décisions du concile de Chalcédoine, se trouve explicitement énoncée dans les actes du concile in Trullo () et du Quatrième concile de Constantinople de l'an 869.

Des volontés de primauté antagonistes vignette|500px|La pentarchie de Justinien. transfère de l'autorité du pape à celle du patriarche de Constantinople tous les territoires effectivement contrôlés par l'empire, y compris la Grèce, la Sicile et la Calabre. En même temps, l'empire perd progressivement aux Arabes ses territoires en Asie et en Afrique. Bien que les évêques d'Alexandrie aient pu plusieurs fois chanter victoire à cause de la déposition d'évêques de Constantinople (Jean Chrysostome, Nestorius, Flavien), le siège de la capitale impériale ne faisait qu'augmenter son pouvoirJanin Raymond. Formation du patriarcat œcuménique de Constantinople. Dans Échos d'Orient, tome 13, n°82, 1910. p. 135-140.https://www.persee.fr/doc/rebyz_1146-9447_1910_num_13_83_3860 Janin Raymond. Formation du patriarcat œcuménique de Constantinople (fin). Dans: Échos d'Orient, tome 13, n°83, 1910. p. 213-218.]. Le canon 28 du concile de Chalcédoine n'a fait que sanctionner une situation existante. Justinien, en nommant le premier patriarche chalcédonien d'Alexandrie en 538, le fait ordonner évêque par le patriarche de Constantinople :

Volonté de primauté de Constantinople À partir du , les guerres arabo-byzantines placent sous domination musulmane la grande majorité des chrétiens d'Égypte et de Syrie encore (après la séparation de la majorité des chrétiens en Égypte et Syrie) fidèles aux patriarcats chalcédoniens d'Antioche, Jérusalem et Alexandrie, ce qui réduit les Églises orthodoxes en Orient au seul patriarcat de Constantinople, dont les évêques s'appelèrent « patriarches œcuméniques », sans préciser ce que cela recouvre précisément en termes de juridiction.

Selon une interprétation byzantine contestéeLettre du Patriarche Alexis II de Moscou au Patriarche Bartholomée de Constantinople (18 mars 2003)George C. Michalopulos, "Canon 28 and Eastern Papalism: Cause or Effect?" en Orthodox Christian Laity (12 mai 2009), le canon 28 de Chalcédoine attribuerait à l'évêque de Constantinople le droit de consacrer « les évêques des régions barbares » (appelés χωρεπισϰόποι francisé en chorévêques) des pays orthodoxes situés hors de l'Empire byzantin et placés sous le contrôle des perichorètes (περιχωρέτοι : évêques des périphéries de l'Empire)Kaufhold Hubert, article « Chorévêque », dans Petit Dictionnaire de l'Orient chrétien, Turnhout, Brepols, 1991 (édition originale allemande: 1975), p. 89-90.

Quoi qu'il en soit, les écrivains byzantins qui traitaient de la Pentarchie supposaient que l'Église de Constantinople occupait le rang suprême parmi les patriarcats et avait le droit de les gouverner, conséquence logique de sa position dans l'empire Romain d'Orient, dont le chef civil « est empereur des Romains, c'est-à-dire de tous les chrétiens »Bernard Flusin, La civilisation byzantine (PUF 2018)Jean-Marie Mayeur, Luce Pietri, André Vauchez, Marc Venard, Un temps d'épreuves (1274-1449): Histoire du christianisme (Fleurus 1990), p. 301 Dans un manuel de droit canon, le Nomocanon XIV titulorum paru sous la direction de , l'Église de Constantinople est présentée comme la tête de toutes les Églises. L’Epanagoge et beaucoup d'autres sources affirment que le siège de Constantinople avait le droit d'arbitrer les disputes entre les autres patriarcats Milton V. Anastos, "Constantinople and Rome" dans Aspects of the Mind of Byzantium, Ashgate Publications, Variorum Collected Studies Series, 2001 .

Volonté de primauté de Rome Face aux prétentions de Constantinople se dressèrent celles des évêques de Rome qui, revendiquant la dignité de « premiers parmi leurs pairs » (primus inter pares) ne pouvaient pas reconnaître la pentarchie, car elle impliquait que Rome soit égale aux autres sièges patriarcaux, alors que le « Saint-Siège » se réclamait de l'autorité de l'apôtre Pierre.