Les Conjurés de Florence (titre original ) est un roman uchronique de Paul J. McAuley publié en 1994.
Le roman se déroule au début du dans une Florence où Léonard de Vinci a abandonné l'art au profit de l'ingénierie, donnant naissance à une révolution industrielle en pleine Renaissance italienne. L'ouvrage suit les aventures du jeune peintre Pasquale, élève de Giovanni Battista Rosso. Le double meurtre de l'artiste Raphaël et de son assistant Giulio Romano conduit le jeune apprenti à faire équipe avec le journaliste politique Machiavel pour résoudre cette énigme, qui les entraîne au cœur d'une vaste conjuration dans un contexte de tensions avec l'Espagne et de soulèvement savonaroliste.
Avec cette œuvre mêlant l'uchronie d'inspiration , le roman policier, la fantasy et le roman d'apprentissage, Paul J. McAuley livre un hommage à la culture populaire fantastico-policière, émaillant le roman de références à Sherlock Holmes, Edgar Allan Poe ou au cinéma frankensteinien, tout en proposant une réflexion sur le progrès scientifique et technique et ses répercussions, bénéfiques ou destructrices, sur la société.
Favorablement accueilli par la critique, l'ouvrage est récompensé du prix Sidewise de la meilleure uchronie en format long de l'année 1995, tandis que la nouvelle complémentaire La Tentation du Stein, située dans le même univers, reçoit la même année le prix British Fantasy de la meilleure nouvelle.
Description Contexte de l'action alt=Carte de la péninsule italique à l'époque du récit|gauche|vignette|Carte de la péninsule italienne à l'époque du récit. Le point de divergence de cette uchronie est le choix de carrière de Léonard de Vinci. Quarante ans avant l'action du roman, il se détourne de la peinture après l'assassinat de Laurent de Médicis, victime d'une conjuration fomentée par le pape, pour se consacrer à l'ingénierie. Ses inventions et redécouvertes (canon lance-fusées, char d'assaut, feu grégeois…) permettent à la république de Florence de vaincre les armées de Rome et de Venise. Tandis que le bref règne du successeur de Laurent de Médicis, son frère Julien, est marqué par une chasse aux opposants qui restera de sinistre mémoire avant qu'une révolte ne chasse sa dynastie du pouvoir, Léonard, surnommé le , fonde une université où sont mises au point ou améliorées des inventions telles que la machine d'Héron, l'imprimerie ou l'automobile à vapeur (), donnant lieu à un début de révolution industrielle et à une scission entre artisans (les ) et artistes.
Florence acquiert ainsi une supériorité technique qui lui permet de surpasser les autres puissances, ce qui se manifeste notamment par la découverte des îles Amies du Nouveau Monde par Christophe Colomb (au service de la république toscane, et non d'une Espagne qui peine à achever sa Reconquista) et l'établissement par Amerigo Vespucci de liens commerciaux pacifiques avec l'empire aztèque de Moctezuma. Le tabac, le caoutchouc et la marijuana se répandent comme biens de consommation courants. Ce succès suscite les convoitises : dix ans avant l'action du roman, la flotte espagnole de l'amiral Cortès attaque Florence et ses colonies du Nouveau Monde. Malgré la victoire florentine grâce au feu grégeois du Grand Ingénieur, la cité connaît une période d'instabilité politique en raison de la chute du précédent gouvernement mené par Pietro Soderini, avant un retour à la stabilité. Parallèlement, le Grand Ingénieur se retire peu à peu dans la tour qu'il s'est bâtie au centre de son université, et se fait de moins en moins présent dans la vie publique florentine.
Résumé Première partie : La Saint-Luc alt=Niccolò Machiavel, journaliste politique à la Gazette de Florence|vignette|Niccolò Machiavel, journaliste politique à la Gazette de Florence. Le roman, qui se déroule en 1519, suit Pasquale de Cione Fiesole. Âgé de , il est l'élève du peintre Giovanni Battista Rosso, de six ans son aîné. Pasquale rêve de peindre un ange d'une manière inédite qui susciterait l'admiration de ses contemporains. En attendant, il se contente des menues commandes qui font le quotidien des peintres depuis que les artificiers ont gagné en importance dans la société florentine. À la messe de la Saint-Luc, le grand événement annuel de la communauté des peintres de la ville, Pasquale est témoin d'une violente altercation verbale entre Salai, un membre de l'entourage proche du Grand Ingénieur, et Raphaël, en visite dans la ville quelques jours avant le pape . Son récit éveille l'intérêt de Niccolò Machiavel, ancien collaborateur du gouvernement de Soderini reconverti en journaliste pour la Gazette de Florence, qui l'invite à dessiner l'incident pour illustrer l'article qu'il a l'intention d'y consacrer. C'est alors qu'un homme fait irruption dans les bureaux de la Gazette, apportant la nouvelle d'un meurtre au , où séjourne Raphaël. Machiavel se rend sur place en compagnie de Pasquale. Le corps ensanglanté de la victime, qui n'est autre que Giulio Romano, l'un des disciples de Raphaël, a été retrouvé seul au sommet d'une tour aux signaux, dans une pièce verrouillée de l'intérieur, avec en sa possession la maquette d'une étrange petite machine volante à hélice.
Tandis que l'innocence des domestiques du palais est prouvée par Machiavel, le signaleur responsable de la tour révèle que Romano l'a soudoyé pour passer la nuit dans l'édifice, pour un motif inconnu. Le capitaine de la milice florentine charge Machiavel d'enquêter discrètement sur l'affaire. Le lendemain, à la fin de sa journée de travail, Pasquale est accosté par Machiavel, qui lui propose de l'accompagner pour interroger les différents personnages potentiellement impliqués dans l'affaire : Michel-Ange, le grand rival de Raphaël, et Raphaël lui-même, qui soupçonne un complot contre lui, sans en dire guère plus. Ce soir-là, ils font le guet devant le : quelqu'un utilise la tour aux signaux pour transmettre un message alors même que le signaleur a été renvoyé. Ils prennent en filature leur auteur, Giovanni Francesco, autre élève de Raphaël, jusqu'à la villa de l'écrivain et mystique Paolo Giustiniani, un disciple vénitien de l'occultiste Marsilio Ficino, réputé s'adonner à la sorcellerie. Par la fenêtre, les deux enquêteurs observent Giustiniani se disputer avec Francesco, avant de l'assassiner au moyen d'un fumigène empoisonné. Machiavel et Pasquale brisent la vitre, mais arrivent trop tard pour le sauver ; Pasquale récupère alors dans la cheminée de la pièce un petit cadre contenant une image sur du verre, jeté au feu par Giustiniani lors de sa conversation avec Francesco. À l'issue d'une course-poursuite avec les gardes de la villa, les deux acolytes parviennent finalement à s'échapper.
Deuxième partie : Sur la terre comme au ciel alt=Raphaël et son élève Giulio Romano|gauche|vignette|Raphaël (à gauche) avec un ami, peut-être son élève Giulio Romano. Alors que le pape pénètre à Florence sous les acclamations, Pasquale et Machiavel, qui se reposent au domicile de ce dernier, réfléchissent à la signification de la scène dont ils ont été témoins durant la nuit et de l'image qu'ils ont sauvée des flammes, qui montre Giustiniani participant à une messe noire. Le journaliste suppose que Francesco détenait la preuve de la participation du magicien à ce genre de rituels, et le soumettait à un chantage pour un motif non déterminé. C'est alors qu'arrive une visiteuse inattendue, Mona Lisa Giocondo, épouse de Francesco del Giocondo et amante secrète de Raphaël, qui offre à Machiavel une bourse remplie de florins pour financer son enquête. Les deux enquêteurs l'utilisent ce soir-là pour soutirer des informations sur Giustiniani au docteur Pretorius, un médecin aux allures de savant fou qui se livrerait, selon des rumeurs, à la magie noire. Ils apprennent notamment que Raphaël n'a aucun lien avec Giustiniani, et n'est donc pas impliqué dans l'affaire.
Après avoir échappé à une attaque de sbires de ce dernier, qui a apparemment eu connaissance de leur présence dans sa villa, les deux hommes se dirigent vers le pour mettre Raphaël au courant des développements de l'enquête. Le peintre y dîne en effet avec le pape et sa suite, après que le Grand Ingénieur, sorti de sa tour pour la première fois depuis vingt ans, leur a présenté sa dernière invention, un procédé permettant de créer des images en capturant la lumière. Cependant, une fois sur place, ils apprennent que Raphaël vient d'être empoisonné après avoir bu un verre de vin. Machiavel prouve que le poison a été déposé uniquement sur le bord de son verre, ce qui montre que c'était bien lui, et non le pape, qui était la cible des meurtriers. C'est alors que le palais est attaqué par les hommes de Giustiniani, équipés d'échasses et de fumigènes toxiques. Pasquale perd Machiavel dans la confusion, mais est secouru par des serviteurs du , qui l'emmènent à leur maître, le Signor Taddei. Entouré de son astrologue personnel, Girolamo Cardano, et du cardinal Jules de Médicis, cousin du pape, Taddei demande à Pasquale un compte-rendu détaillé de l'enquête. Ses interlocuteurs lui expliquent ensuite que le corps de Raphaël vient d'être dérobé par un ravisseur qui demande à l'échanger contre le jeune apprenti. La non-restitution du corps étant susceptible de provoquer une guerre entre Florence et Rome, Pasquale est brusquement chloroformé et conduit au , où est censé avoir lieu l'échange.
alt=Le Ponte Vecchio|vignette|Le sur le fleuve Arno. Mais celui-ci est en proie aux flammes allumées par les , des ouvriers révoltés excités par les savonarolistes. Dans la cohue, Pasquale, qui a repris connaissance, s'échappe avec l'aide de son maître Rosso, présent sur les lieux avec son singe domestique Ferdinand. À sa grande stupeur, son maître le conduit dans un bâtiment où sont réunis Salai, le moine savonaroliste Fra Perlata, et Machiavel, sur le point d'être soumis au supplice de l'estrapade. Pasquale, qui comprend que Rosso est lui aussi impliqué dans le complot, doit s'engager à conduire les conjurés à l'endroit où il a laissé la maquette volante trouvée sur Romano (au domicile de Machiavel, sur son bureau). Les conspirateurs traversent ensuite l'Arno sur un bac avec leurs deux captifs, mais une soudaine attaque des hommes de Giustiniani sème la confusion et permet à Pasquale de fuir avec l'aide d'un Rosso repentant.
Troisième partie : La mesure interrompue Parvenus sur la berge de l'Arno, Pasquale, Rosso et le singe Ferdinand passent la nuit à l'extérieur des murailles de la ville. Rosso met son ex-élève au courant de la teneur exacte du complot : c'est Giustiniani qui a ourdi la conspiration pour mettre la main sur la dernière invention du Grand Ingénieur, une machine volante qu'il comptait revendre à l'Espagne. Sur les indications de Salai, Romano a subtilisé la maquette de l'objet lors de la visite de Raphaël et de son groupe dans la tour du Grand Ingénieur, peu après leur arrivée à Florence. Se sentant sur le point d'être repéré par la police secrète, il a voulu confier la maquette à Rosso en envoyant un signal convenu par le sémaphore du . Son singe Ferdinand était alors censé grimper au sommet de la tour pour récupérer la maquette, mais, se croyant peut-être attaqué par Romano, il l'a accidentellement tué, et la maquette est restée dans la tour, où Machiavel et Pasquale l'ont découverte. Giustiniani a alors fait pression sur les conjurés pour lui amener tout de même la maquette, mais Francesco a voulu parlementer avec lui et a trouvé la mort. Les conspirateurs se sont alors détournés du magicien pour s'allier aux savonarolistes, directement financés par l'Espagne, conduisant à la scène dont a été témoin Pasquale.
alt=Léonard de Vinci, le Grand Ingénieur|gauche|vignette|Léonard de Vinci, le Grand Ingénieur.