Michel Baron est un comédien et dramaturge français, né le 7 ou le à Paris où il est mort le .

Élève de Molière avant de devenir son camarade de scène, et son amant passionné, il interprètera les plus grands auteurs dramatiques du règne de Louis XIV — Pierre et Thomas Corneille, Racine, Regnard, Dancourt — il est considéré par ses contemporains comme le meilleur acteur de sa génération, tant dans le comique que dans le tragique Cf. ...

Il a lui-même composé dix comédies en prose ou en vers, dont la plus célèbre, L'Homme à bonne fortune, a été régulièrement représentée jusqu'au milieu du Julien Travers, « Baron (Michel Boyron, dit) » dans Charles Dezobry et Théodore Bachelet (dir.), Dictionnaire général de biographie et d'histoire, de mythologie, de géographie ancienne moderne et comparée, tome I, Paris, C. Delagrave, 1869 ( éd.), , , ou 1889 ( éd.), , ..

Biographie Un enfant de la balle (1653-1670) Michel Baron est le dernier des six enfants d'André Boyron (1600-1655), dit « Baron »Ou « Baron père » par certains historiens pour le distinguer de son fils dont la notoriété était supérieure., et Jeanne Auzoult (1625-1662), dite « » ou « la Baronne »Tallemant des Réaux note à propos d'André Baron que . Cf.Les Historiettes de Tallemant des Réaux, tome VII, , Paris, Techener, 1858, , note 1 (). Six décennies plus tard, Madame Palatine revient sur ce thème en l'enrichissant d'un détail : ( Lettre du 4 juillet 1720 à Anna Katharina von Harling, dans ., comédiens de la Troupe du Marais, puis de celle de l'hôtel de Bourgogne.

Né à Paris le 7 ou le Le seul acte disponible est un extrait de baptême mentionnant la date du 8 octobre 1653 à l'église Saint-Sauveur, même si celui-ci reste sujet à caution. Cf. et : , il perd son père à l'âge de deux ans, puis sa mère à l'âge de neuf ans. Ses tuteurs l'engagent alors pour cinq ans dans la troupe des petits comédiens du Dauphin, que dirige Marguerite Siret, dite « La Raisin »Louis Morin, « Deux familles troyennes de musiciens et de comédiens, les Siret et les Raisin », Mémoires de la Société académique d'agriculture, des sciences, arts et belles-lettres du département de l'Aube, tome XXXIX, J.-L. Paton, Troyes, 1927, , .. Au début de l'année 1666, cette troupe donne sur la scène du Palais-Royal une série de représentations dont le gazetier Charles Robinet rend compte dans sa Lettre en vers à Madame du , en soulignant la présence et le « charme [du] fils de la Baronne », alors qu'il n'a que douze ans à peine.

Dans sa Vie de Monsieur de Molière, Grimarest raconte que Molière, ayant assisté à la dernière des représentations, aurait obtenu du roi l'autorisation d'enlever le jeune Baron de chez la Raisin et l'aurait installé chez lui à Paris. On ignore quelle place il aurait occupée dans la troupe pendant l'année 1666, mais les historiens du théâtre ont été pendant longtemps persuadés que c'est pour lui que Molière aurait écrit le rôle de Myrtil dans la pastorale de Mélicerte, créée au mois de décembre au château de Saint-Germain, dans le cadre du Ballet des Muses, et dont le rôle-titre aurait été tenu par Armande Béjart, femme de Molière. Myrtil est un enfant de douze ans d'une beauté si extraordinaire qu'elle ébranle même les cœurs des nymphes, mais il aime la bergère Mélicerte et est aimé en retour. Les relations entre Baron et « la Molière » s'étant aigries au fil des mois, celle-ci en serait venue à gifler le jeune garçon, lequel, blessé dans son honneur, aurait choisi de retourner parmi les comédiens du Dauphin.

Ce récit de Grimarest est contredit par les documents authentiques : outre que les recherches récentes ont montré que ce n'est pas Mélicerte qui a pu être jouée en dans le Ballet des Muses, mais une « pièce comique » jouée à l'improvisadeCf. Bénédicte Louvat, « Notice de Mélicerte » dans Molière, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, Gallimard, 2010, vol II, , et Georges Forestier, Molière, Paris, Gallimard, 2018, ., les indications fournies par le Registre de La Grange (en particulier la liste des membres de la troupe qu'il donne à chaque nouvelle saison théâtrale) ignorent la présence de Baron dans la troupe de Molière avant 1670 et elles nous apprennent inversement que la troupe était restée inchangée en 1665 et en 1666 et comportait les mêmes 12 acteurs. La gratification royale concédée après le Ballet des Muses donné à Saint-Germain et au cours duquel Mélicerte aurait été représenté avec Baron dans le rôle de Myrtil (selon Grimarest), fut ainsi partagée tout à fait normalement en 12 parts, ce qui confirme l'absence de Baron. Autrement dit, le récit de Grimarest serait de nature apocryphe.

On ignore à quel moment précis Baron quitta la troupe des comédiens du Dauphin pour rejoindre celle, également itinérante, du duc de SavoieHenri Chardon, La Troupe du Roman comique dévoilée et les comédiens de campagne au , Le Mans, E. Monnoyer, 1876, , .Louis de Gouvenain, Le Théâtre à Dijon (1422-1790), Dijon, 1888, ., où il côtoie les époux BeauvalJean Pitel dit Beauval (1635?-1709), qui, selon Soleirol (), « jouait les rôles de niais avec un grand succès » et n'entra dans la Troupe du Roi, en 1670, que pour une demi-part, et Jeanne-Olivier Bourguignon dite (1648?-1720), qui y entra pour une part entière et fut, selon H. Lyonnet (), « le type de la servante à la gaîté communicative […] la soubrette idéale de Molière, de Regnard, de Brueys, de Baron et de Palaprat »., qui seront ses camarades de scène pendant plus de vingt ans.

Dans la troupe de Molière (1670-1673) À Pâques 1670, obéissant à une lettre de cachet que Molière lui a fait parvenir à Dijon, Baron intègre la Troupe du Roi au Palais-Royal. Sur la page de son registre où il signale cette arrivée, suivie deux mois plus tard de celle des Beauval, La Grange précise que « le sieur Baron » entre pour une part entière, ce qui est exceptionnel, compte tenu de son jeune âge (seize ans et demi)La page où sont mentionnés les changements intervenus dans la troupe au cours du relâche de Pâques 1670 a été, comme la quasi-totalité du registre de La Grange, rédigée et mise en forme beaucoup plus tard (sans doute au cours des années 1680), ainsi que l'ont démontré les travaux de nombreux historiens modernes, parmi lesquels : Édouard Thierry, notice sur « Charles Varlet de la Grange et son registre », ; Sylvie Chevalley, « Note sur La Grange et son Registre », ; Heinrich Morf, « Molières Hoffestspiel vom Tartuffe », Aus Dichtung und Sprache der Romanen, , Berlin et Leipzig, Walter de Grunter et Cie, 1922, , ; H. C. Lancaster, Modern Language Journal, vol. VIII, 1923, ; Gustave Michaut, Les Luttes de Molière, Paris, Hachette, 1925, , note 1 (« La Grange a commis des erreurs de date assez fortes et qui semblent impliquer qu’il écrit longtemps après les faits ») ; rééd. Genève, Slatkine, 1968, aperçu sur Google Livres ; John Cairncross, Molière, bourgeois et libertin, Paris, Nizet, 1963 ; François Rey et Jean Lacouture, Molière et le Roi : L'Affaire Tartuffe, Paris, Le Seuil, 2007, , aperçu sur Google Livres..

Baron fait ses débuts parisiens dans une tragédie de Pierre Corneille, Tite et Bérénice, où il tient le rôle de Domitian. Au cours des années suivantes, il est Damis dans Le Tartuffe, puis Dorante dans Le Bourgeois gentilhomme, Octave dans Les Fourberies de Scapin et Ariste dans Les Femmes savantes.

En 1671, il crée le rôle d'Amour dans Psyché, aux côtés d'Armande Béjart, qui tient le rôle-titre. Selon l'auteur anonyme de La Fameuse Comédienne ou Histoire de la Guérin, auparavant femme et veuve de MolièreArmande Béjart y est appelée « la Guérin » du nom de son second mari, Guérin d'Estriché, épousé en 1677 après la mort de Molière., roman à charge publié en 1688, ce spectacle aurait été l'occasion pour les deux acteurs de nouer une brève relation amoureuse, dont la réalité factuelle a été régulièrement contestée par les commentateurs jusqu'à une période récente.

Le , s'il faut en croire la relation qu'en fera Grimarest. Aucun autre biographe n'évoque la présence et le rôle de Baron lors de la mort de Molière., Baron aurait assisté Molière à ses derniers moments. C'est lui encore qui, le lendemain, se serait rendu à Saint-Germain, où séjournait la cour, pour annoncer la nouvelle au RoiAucune des autres relations de la mort de Molière, aucune des très nombreuses pièces de vers (épitaphes, madrigaux, épigrammes, stances, sonnets) qui circulèrent dans les jours et les semaines suivantes, ne fait état de cette présence et de ce rôle de Baron. Dans le chapitre intitulé « Une mort chrétienne » de sa biographie de Molière, Roger Duchêne procède à une étude comparative des différents récits des dernières heures du Maître, et conclut que « Grimarest, qui n'aime pas la comédienne [Armande Béjart dite « la Molière »] et qui amplifie le rôle de Baron, les a curieusement unis dans une sorte d'indifférence aux derniers moments de Molière » (Molière, Paris, Fayard, 1998, p. 657-664).. La réouverture du Palais-Royal, le , se fait avec Le Misanthrope. Baron, qui n'a encore que dix-neuf ans, y tient le rôle d'Alceste, que Molière avait écrit pour lui-même alors qu'il en avait quarante-quatreLe Misanthrope ayant été repris pour quatre représentations au cours de l'automne 1672, avec des recettes sensiblement supérieures à celles qu'il réalisait lors de ses précédentes reprises, Georges Monval suggère que du vivant même de Molière, Baron aurait pu le doubler dans le rôle d'Alceste (Chronologie moliéresque, Paris, Flammarion, 1897, , ), une hypothèse reprise par )..

À l'Hôtel de Bourgogne (1673-1680) Au cours du relâche de Pâques, La Thorillière, Baron et les Beauval quittent la Troupe du Roi, pour rejoindre la Troupe royale de l'hôtel de Bourgogne. La Grange note dans son Registre : Pendant sept ans, d' à , date à laquelle les deux troupes seront réunies par ordre du Roi pour donner naissance à la Comédie-Française, Baron est le principal acteur tragique de l'hôtel de Bourgogne, où il a repris l'emploi et tous les rôles de Floridor ; il y crée entre autres ceux d'Achille dans Iphigénie (1674) et d'Hippolyte dans Phèdre (1677) de Racine.

À la Comédie-Française, acte I (1680-1691) La réunion des deux troupes françaises, rendue inévitable par le passage, à Pâques 1679, des époux Champmeslé de l'Hôtel de Bourgogne à l'Hôtel Guénégaud, et par la mort, en juillet de l'année suivante, de La ThorillièreLa Grange note dans son Registre : « Le samedy 27 de juillet 1680, Mr de la Torilliere est mort a l'hostel de bourgogne, ce qui a donné lieu a la jonction des deux troupes au mois d'aoust cy aprez. », ne fait que confirmer le statut de Baron comme premier acteur tragique. Il sera ainsi amené à incarner les principaux héros des pièces d'auteurs nouveauxCorneille, qui mourra en 1684, a donné sa dernière tragédie, Suréna, en 1674 ; Racine a renoncé au théâtre après Phèdre (1677) pour devenir historiographe du roi., tels que Jean de La Chapelle, Michel Le Clerc ou Jean Galbert de Campistron.

Le , alors qu'à trente-et-un ans il est à l'apogée de sa réputation d'acteur, il entame une carrière d'auteur, en faisant représenter sur la scène du Théâtre français, une comédieLe marquis de Dangeau parlera d'une « farce » (Journal, I, 18 mars, p. 134) intitulée Le Rendez-vous des Thuilleries ou le Coquet trompé avec une musique de Marc-Antoine Charpentier. Ce premier essai sera suivi, au cours des quatre années suivantes, de cinq autres comédies, dont une en vers.

Vingt années de succès l'ont suffisamment enrichi pour lui permettre d'acquérir, en , une maison de livres à porte cochère et jardin, située place de Fourcy (actuel arr.), près des fossés de l'Estrapade.

Une retraite studieuse (1691-1720)