La glyptique est l'art de la gravure des pierres fines ou gemmes, comprenant la taille, qui peut être sculptée soit en creux (intaille), soit en relief (camée).

Le savoir-faire de la glyptique, très ancien, est reconnu en France par son inscription à l'Inventaire du patrimoine culturel immatérielDomaine des Savoir-faire de l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France.

Étymologie vignette|redresse| Sceau carré de la culture Harappa (c. - 2 200 av. J.-C.), intaille sur stéatite cuite (Metropolitan Museum of Art) « Seal with an Ox », notice objet 1984.482, catalogue numérisé du MET.. Le mot glyptique est forgé à partir du grec ancien , « gravé, sur quoi l'on peut graver. ». Dès l'Antiquité, cet étymon grec s'emploie quant à du bois ou de la pierre, et est en lien avec l'image. Cependant, le gluptós semble surtout rattaché à l'activité de production de sceau (carré, rectangulaire, ou cylindrique), qui apparaît au Moyen Orient, technique qui se répandra aussi bien en Occident qu'en Orient Adelheid Otto, « Glyptic », in: Ann C. Gunter (dir.), A Companion to Ancient Near Eastern Art, Hoboken, John Wiley & Sons, Inc., 2019, — lire en ligne..

Ce n'est qu'à la fin du , quand l'archéologie et l'esthétique commencent à se structurer, que le terme va qualifier des objets gravés en pierre fine ; on parle également de glypticien ou de lithoglyphe (terme ambigu), pour qualifier la personne qui sculpte la pierre, de glyptographe, pour la personne qui étudie les signes sculptés dans la pierre, et de glyptographie (ou de glyptologie), pour l'étude des signes entaillant la pierre « γλυπτός », ΛΟΓΕΙΟΝ, University of Chicago.« Glyptique », base lexicographique du CNRTL..

Désormais, la glyptique au sens contemporain exclut les objets gravés en bois et en métal, mais elle inclut les objets conçus à partir de l'ivoire et de l'ambre.

En termes de représentations graphiques, il existe une grande variété de types de signes figurant sur ces glyptiques : des symboles et formes géométriques, des animaux, des végétaux, des anthropomorphes, et pouvant combiner toutes ces catégories.

Glyptique avant notre ère vignette|redresse| Bague avec intaille sur cornaline figurant une scène mythologique, Grèce ancienne, (musée de l'Ermitage) Notice objet ГР-20750 , catalogue numérisé de L'Ermitage.. La glyptique est un savoir-faire très ancien, qui remonte sans doute à la préhistoire : le geste est alors interprété comme un acte à la fois artistique et religieux, relevant d'une spiritualité qui caractérise l'évolution de l'humanité.

Durant l'Antiquité, la glyptique se développe. Des sceaux-cylindres gravés, pour les plus anciens remontant à ans avant notre ère commune, ont été retrouvés en basse Mésopotamie dans la région de Sumer, au Moyen-OrientSEMA, Fiche Métier Glypticien, Centre de ressources Sema, décembre 2007. En Égypte antique, les sceaux et les amulettes gravées en pierres fines abondent. On en retrouvent également dans les sites de la civilisation de la vallée de l'Indus, véritable carrefour, où elles proviennent éventuellement de différentes régions, parfois très éloignées, ce qui suppose un commerce, et un statut d'objet d'échange, de négocePierre Amiet, « La civilisation de l'Indus, le Proche-Orient et l'Asie centrale », in: Jean-François Jarrige (dir.), Les cités oubliées de l'Indus. Archéologie du Pakistan, Paris, Musée national des Arts asiatiques Guimet, 1988, ..

L'une des fonctions premières qui apparaît dès l'Antiquité est utilitaire : le sceau gravé permet la signature de document, la certification d'un acte de langage, c'est l'endroit de l'affirmation du pouvoir politique et aussi d'un contrat commercial. La pierre gravée est une matrice en tant qu'elle permet de multiplier une image, et dans ce contexte, une « image-signature ».

Glyptique gréco-romaine vignette|redresse| Camée en sardoine figurant l'empereur romain Constantin, couronné par la déesse Constantinopolis ( s., musée de l'Ermitage)

Après la conquête de la Grèce au , des intailles et camées hellénistiques arrivent à Rome et commencent à être collectionnés par de riches hellénophiles. Au apparaissent les premiers objets produits pour des Romains, sans doute ouvragés par des artistes grecs.

La maison julio-claudienne passe commande de grands camées impériaux (Grand Camée de France, Gemma Augustea...) et de nombreux portraits d'une remarquable qualité pour entretenir une propagande et asseoir ainsi son hégémonie.

Au siècle de notre ère, la production de petites intailles connaît une très forte croissance. La composition des matériaux est principalement en agate, agate rubanée, améthyste, calcédoine, cornaline, cristal de roche, grenat, hématite, jaspe (rouge, jaune, sanguin...), lapis-lazuli, niccolo (agate-onyx noire intense), onyx, plasma (une forme de jade), prase, spinelle. La cornaline est à cette époque la plus fréquente, elle provient du Deccan, ce qui explique la découverte d'intailles romaines sur la côte ouest de l'Inde (Arikamedu). Des intailles et camées en verre ont aussi été fabriqués, à moindre coût.

Les intailles se répandent durant les premiers siècles de notre ère, souvent montées en bague, pouvant servir de matrice de sceau ; ainsi l'empereur Auguste signe des documents par l'anneau qu'il a hérité de César. Objets précieux, les intailles et camées sont thésaurisés et ont pu être trouvés dans des dépôts archéologiques avec des monnaies. Leur style se fait alors plus simple et les compositions moins ambitieuses (figure seule, animaux, objets ou symboles).

Entre le et le siècle circulent de nombreuses intailles magico-religieuses, gravées de figures plus ou moins gnostiques, empruntant à la religion gréco-romaine traditionnelle, à la religion égyptienne, aux traditions juives et chrétiennes bibliques, à l'Orient... Elles sont utilisées à des fins médicales ou prophylactiques..

Techniques antiques

Les pierres sont taillées par abrasion. Une tige (ou « broche »), en fer recuit ou en cuivre, use et creuse la surface par une rapide rotation entraînant une poudre abrasive (pierre de Naxos, grès voire poudre de diamant). Le mouvement rotatif était obtenu par un archet ou une drille à pompe. Le travail était très long et se terminait par un polissage qui faisait disparaître les traces de gravure pour un rendu plus « naturel », avec des broches douces, de plomb, d'étain, voire de buis, avec un abrasif doux. Des auteurs ont avancé une durée de cinq ans pour la seule réalisation du grand camée de Vienne, la Gemma Augustea.

Des lentilles convexes en cristal de roche auraient pu être utilisées comme loupe, mais essentiellement pour contrôler le fini. Des globes de verre remplis d'eau pourraient avoir eu la même fonction.

Les graveurs relevaient de statuts très différents : un certain Dioskourides travailla pour l'empereur Auguste, ou Euodos ont pu signer leurs œuvres, ce qui est très rare dans l'Antiquité, mais Campanus, de Pompéi, était esclave.

Au Moyen Âge vignette|redresse| Au centre, une intaille représentant Julia Titi, fille de Titus, signée « Euodos », du nom du graveur. Datant du siècle, elle a été réemployée dans un décor d'époque carolingienne ( s.). Paris, Cabinet des médailles. Durant la période médiévale un grand nombre de camées et d’intailles de facture antique sont réutilisées dans les Ars Sacra.  Dès l’époque carolingienne des exemples apparaissent, le plus emblématique étant la statue reliquaire de Sainte-Foy comprenant trente-trois camées et trente-et-une intailles antiques. Une pratique courante par la suite et tout au long de la période, à l’exemple de l’escrain de Charlemagne dont subsiste aujourd’hui le sommet figurant une intaille représentant Julia Titi enchâssée dans une monture en or de réalisation médiévale (ci-contre). Au siècle plusieurs exemples apparaissent dans le trésor de l’abbaye de Saint-Denis. Au siècle le contexte des croisades ouvre la pratique de la taille sur pierre à de nouvelles perspectives. C’est en effet à cette époque que les artistes vont s’atteler à la gravure sur pierre semi-précieuse et précieuse, et ce au contact des camées et intailles antiques circulant en Europe de manière plus intensive. Il s’agit d’un siècle très riche concernant l’art de la glyptique et ce dans une large partie des foyers artistiques européens. Exemple remarquable et emblématique, la Châsse des rois mages déposée à la cathédrale de Cologne, a été réalisée entre 1181 et 1230, et est attribuée à l’atelier de Nicolas de Verdun « Dreikönigenschrein », dim.: 153 x 110 x 220 cm, bois de chêne, argent, or, cuivre, émail, pierreries, notice objet sur Bildindex.. Puis aux ce type d’objet apparaît de façon beaucoup plus importante dans les collections princières, notamment celle des ducs de Berry et d’Anjou.     

Le Moyen Âge est également la période où les intailles vont servir de matrice de sceau. Grâce à leurs motifs gravés en creux, ces objets vont permettre d’imprimer la cire en relief. Ainsi tout au long de la période des pierres de facture antique sont réutilisées notamment comme anneau sigillaire ; ces « chevalières » sont appréciées en raison de la finesse de leurs tailles, à la fois pour le caractère esthétique de l’objet mais également du fait que cela rend l’empreinte de cire impossible à falsifier. C’est aux que les exemples sont le plus présents, et ce principalement dans les pratiques sigillaires de la noblesse, de la bourgeoisie marchande et des membres ecclésiastiques. Ce phénomène est visible dans toute l’Europe septentrionale et plus intensément en Normandie, en Flandres et en Angleterre. Les pierres sont réutilisées comme telles en laissant intacte l’iconographie antique, ou alors sont ajoutés des détails venant compléter la gravure et ainsi transformer le motif. Il est également attesté des pierres gravées de facture médiévale utilisées comme matrice de sceau copiant les motifs antiques les plus répandus. Ainsi dans le cas de la Flandre, de nombreux exemples de ces pierres représentent des profils de têtes humaines, imitant les bustes de profils antiques.

Arts de l'islam vignette|redresse| Bague sigillaire, néphrite gravée d'un verset coranique, montée sur or, originaire d'Asie centrale, - s. (Metropolitan Museum of Art) « Seal Ring with Inscription », notice objet 12.224.6, catalogue numérisé du MET.. Dans le monde musulman, les Fatimides d'Égypte entre 909 et 1171 se distinguèrent par leur maitrise de la taille du cristal de roche pour produire des objets d'une grande diversité, qui sont restés sans rivaux pendant de nombreux siècles. Un certain nombre de ces objets furent exportés vers les royaumes chrétiens d'Europe, entre autres par le biais des républiques italiennes comme Florence, Gênes, et VeniseCéline Simon (expert), Glyptique, archéologie, arts de l'Inde et de l'Islam, bijoux, dessins, tableaux, Japon et japonisme, sculptures, souvenirs historiques, mobilier et objets d'art, Paris, E. de Baecque / Drouot, 13 octobre 2021 — sur Google Livres..

Il est désormais établi que les premiers diamants gravés et donc entaillés en leurs surface (à distinguer de la taille) et marqués d'inscriptions, l'ont été sous le règne des empereurs moghols au début du siècle de notre ère. Cette technique a été redécouverte à Venise au début du siècle. Le plus célèbre reste le diamant Chah (Palais des Armures, Moscou) Edwin W. Streeter, The Great Diamonds of the World: Their History and Romance, Londres, George Bell & Sons, — lire sur Archive.org..

Glyptique italienne () Si Venise fut le grand centre de la glyptique au , c’est Milan qui prit le relais au avec en particulier la famille Miseroni, jusqu’en 1633.

Les Miseroni de Milan