L'ontologie est une branche de la philosophie et plus spécifiquement de la métaphysique qui, dans son sens le plus général, cherche à définir ce qu'est l'être. est une question considérée inaugurale, car première émise dans l'histoire de l'ontologie et première dans l'ordre de la connaissance. Elle est celle des premiers penseurs de la Grèce antique, tels Parménide et Platon. Elle déborde très largement le strict cadre de la métaphysique qui, née chez Aristote, étudie les différentes modalités et propriétés de l'être (ne posant déjà plus de problème en soi), avec quoi on a tendance à la confondre. Il faut également distinguer l'ontologie en tant que telle de l'ousiologie, laquelle est la science de l'être entendu en tant qu'essence.

Le terme « ontologie », comme celui de « métaphysique » dans sa signification moderne, n'apparaît que bien plus tard, au début du , où il prend le sens de « philosophie de l'être », mais aussi de « science première ». À suivre Aristote, .

À partir de cette définition, .. Selon Heidegger, ce dont traitent Aristote et ses successeurs, c'est moins de la « question de l'être » en tant que telle, qui demeurera fixée pour lui et ses successeurs dans la métaphysique, que des multiples significations de l'être selon les distinctions repérées par Franz Brentano...

La « scolastique » reprendra cette doctrine en réinterprétant à son tour la « question de l'être » comme métaphysique générale, c'est-à-dire comme science des premiers principes, appelés aussi « transcendantaux » au sens où ils renvoient aux déterminations communes à tous les êtres. À cette métaphysique générale, on opposera la métaphysique spéciale ou « théologie », traitant de la question de Dieu.

Brève histoire de l'ontologie vignette|Meditationes.

On a coutume de présenter la naissance de la philosophie et les premières interrogations sur l'être à partir des questions que les hommes se posaient à propos de leur entourage physique lire en ligne. Thalès par exemple, pose comme principe de toutes choses un élément matériel, l'eau. C'est à savoir de quoi les choses sont faites que la pensée s'est attelée selon diverses approches, que l'on regroupe avant Platon en de multiples écoles : l'école pythagoricienne place l'origine ; l'école éléatique avec Parménide et Zénon d'Élée pose comme vérité première le fait que ce qui est, l'être, est, et qu'il est sans négation et sans altération. Seule la doxa, l'opinion changeante ou confuse, qui nous écarte de la vérité, nous fait croire à ce qui change et donc à ce qui n'est pas. Les Éléates en vinrent à nier toute réalité matérielle, toute variété, et à ne plus admettre que l'unité absolue.

À l'opposé, Héraclite d'Éphèse soutient Mais, de plus, chaque chose contient en elle-même ce qui la nie.

C'est contre la thèse éléatique que Platon pose, dans le Sophiste, le problème du « non-être »-. L'être n'est pas un et unique, et les grands genres de l'être doivent aussi inclure l'altération et la négation.

Aristote définit l'être avant tout comme substance et de manière secondaire comme accidents de la substance (les autres catégories, qualité, quantité, relation, lieu, temps, disposition, possession…)..

De fait, toute la pensée postérieure s'est efforcée de concilier l'affirmation héraclitéenne de l'éternel devenir avec la définition que Parménide donnait de l'être. Être, essence, accident : les Stoïciens distinguent ce qui existe (les Corps) du quelque chose (ti) en général (qui comprend donc aussi ce qui n'est pas, le vide, le temps et l'exprimable).

Dans l'interprétation latine d'Avicenne, l'être (ens, l'étant) est commun, univoque, entre l'être divin et l'étant créé. L'essence est indifférente à l'existence. L'essence de l’équinité est considérée comme ni existante ni non-existante, et l'existence est dès lors analysée comme un « accident de l'essence » (ce qui n'était pas le cas chez Aristote)..

Thomas d'Aquin s'oppose à cette théorie de l'univocité de l'être, et rejette aussi une équivocité totale. Il introduit un moyen terme avec celui d'analogie. Il existe une analogie de proportionnalité (analogia entis) entre l'être de Dieu (car Dieu est l'Acte d'Être) et des substances créées qui reçoivent l'être. Mais il s'agit surtout d'une analogie de nomination. Par exemple, on peut dire que Dieu possède l'intelligence en ce qu'il possède au degré infini l'intelligence humaine. Les Thomistes comme Suárez étendront cette théorie de l'analogie à l'être tout entier en tant qu'analogie de l'être. Les « étants » seront tous hiérarchisés intrinsèquement vers l'Être ultime, sommet de l'analogie, qui est Dieu - ..

L'« analogie de l'être » issue de Thomas d'Aquin devient un principe structurel, repris par la scolastique tardive et le début de la philosophie moderne dans la forme contemporaine du Jésuite Erich Przywara et son œuvre Analogia entis lire en ligne.. Ce n'est qu'au que naît le terme disciplinaire « ontologie » en tant que spécialité ou « metaphysica generalis ».

On parle d'« argument ontologique » selon une avancée dès le , par Anselme de Cantorbéry qui prétend prouver l'existence de Dieu à partir de son simple concept. Formulé de nombreuses fois au cours de l'histoire, sa forme la plus célèbre se retrouve dans les Méditations métaphysiques de Descartes - , lire en ligne. (pourtant un auteur moderne), qui entend prouver l'existence de Dieu à partir de sa perfection principielle (si Dieu est parfait il doit, selon Descartes, avoir le prédicat existentiel).

Emmanuel Kant invente le terme « onto-théologie »Critique de la raison pure, A632/B660. pour désigner .. Par là, Kant fait référence à la preuve ontologique. La Critique de la raison pure rejette les arguments onto-théologiques en considérant que l'existence n'est pas un prédicat qu'on ajouterait à un sujet (et dénonçant par là la confusion du prédicat catégorique et du prédicat existentiel), mais plutôt son affirmation. Pour Martin Heidegger, l'onto-théologie constitue un moment caractéristique du nihilisme, en ce qu'il réduit la question de Dieu à celle d'un étant (et non à celle de l'être en tant qu'être) - un étant suprême demeurant en effet un étant.

L'ontologie comme question adressée à l'être de l'étant Les multiples significations de l'être L'« être » se dit en de multiples acceptions, dit Aristote au début du quatrième livre de sa Métaphysique, il énumère en ce même passage, une liste de concepts dont chacun reçoit le nom d'étant d'une façon chaque fois différente. rapporte Franz BrentanoOn rappellera pour mémoire la perplexité de Platon, partisan de Parménide obligé de reconnaître l'être au « non-être » pour rendre compte de l'existence du sophiste-.

L'impossibilité d'une science unitaire de l'être Pierre Aubenque structure son gros volume consacré au problème de l'être chez Aristote autour de son échec à constituer une science « Une » de l'être (qu'il nomme philosophie première) autrement dit, à assurer un fondement sûr à sa Métaphysique. Si les multiples acceptions du mot être se disent relativement à un terme unique (pros hen), elles n'en font pas pour autant un genre ni un homonyme.

La question du fondement En métaphysique, chez Aristote comme plus tard chez René Descartes, le rôle du fondement est joué par la « Substance ». Mais plus généralement, rechercher le fondement ou principe c'est s'interroger sur quoi repose ultimement les choses et donc, de proche en proche, remonter jusqu'à la cause première ou premier principe non causé. Dans l'ordre de la connaissance la recherche du fondement consiste à découvrir sur quoi (l'élément solide), l'on peut s'appuyer pour commencer à penser, ainsi de Descartes qui fonde tout son raisonnement sur le « cogito », ou Heidegger qui momentanément fit fond dans Être et Temps sur une . La Scolastique va user, en les reformulant des quatre causes aristotéliciennes (matérielle, formelle, finale, efficiente), pour induire à l'instar d'Aristote (avec nécessité d'un premier moteur), les quatre preuves de l'existence de Dieu.

Dans la brève période de l'« Idéalisme allemand », avec des penseurs d'envergure comme Emmanuel Kant, Fichte, Schelling, Hegel, se joue rien de moins que la « question de l'être », dans un Idéalisme qui se caractérise par une « volonté » ou une « revendication » de « Système » Martin Heidegger. Le plus célèbre de ces systèmes construits de bout en bout selon des enchaînements logiques est celui de Spinoza sous le titre d' Éthique-Un système clos devient comme le note Martin Heidegger lire en ligne, qui le singularise dans l'histoire de la philosophie d'après un commentaire de Gilbert Gérard lire en ligne. Dans sa quête formelle, cette question du système va conférer à l'Idéalisme allemand son unité, par-dessus les différences de tempéraments de ces protagonistes. Des trois philosophes ce dernier commentateur considère le système hégélien comme le seul véritablement accompli.

Le Nihilisme et la Volonté de puissance de Nietzsche constituent selon Heidegger l'ultime forme du déploiement de la « métaphysique de la subjectivité » initiée par Descartes.

Martin Heidegger appellera ou sa propre tentative dans Être et Temps d'instauration d'un fondement plus solide à la métaphysique-.

L'onto-théologie

Alors que pour Kant, qui l'aurait créé, le terme « onto-théologie » désigne simplement une forme spéculative qui vise à déduire l'existence de Dieu de son concept, il devient loi interne et historiale de l'être chez Martin Heidegger dans sa réinterprétation de l'histoire de la métaphysique, et ceci depuis l'origine grecque. En 1957, Heidegger prononce une conférence intitulée Constitution onto-théologique de la métaphysique dans laquelle (c'est-à-dire Dieu, la cause première ou la causa sui, constituant l'étant suprême), même dans le cas où elle tourne formellement le dos à la théologie. Heidegger parle à propos de cette structure onto-théologique d'un trait « destinal » de toute pensée métaphysique lire en ligne.

En raison de sa structure « onto-théologique », la métaphysique, bien avant l'introduction du christianisme, serait depuis l'origine obnubilée par la question du fondement qui vise l'étant suprême, visée qui s'accompagne, selon Heidegger, de l'« oubli » de ce qui n'est ni un étant, ni l'étantité en soi, mais l'être en tant qu'être. La distinction entre l'être et l'étant se nomme « différence ontologique ».

L'analogie

Pour la Scolastique- lire en ligne, qui a beaucoup investi ce concept, il était essentiel, en vue d'offrir, par son usage, d'envisager la possibilité d'un discours rationnel, sur l'« être suprême ». Il s'agissait d'établir solidement la métaphysique comme , d'où le développement d'une science qui ne serait ni « univoque », ni « équivoque », à savoir.

Les traits constitutifs et permanents de l'ontologie métaphysique Aux traits déjà répertoriés de la métaphysique tels que la nécessité d'un fondement, la révélation de sa structure systématique avec l'analogie et l'onto-théologie, Heidegger ajoute (découvre), l'oubli de l'être et son caractère destinal.

L'oubli de l'être Depuis l'origine (au moins depuis Platon) la question en quête de l'être (de ses modalités), s'est substituée à la question du sens. La conséquence la plus immédiate de cet oubli, c'est la permanence, inquestionnée dans la métaphysique, d'un fonds de concepts ontologiques, qui court à travers toute l'histoire de la philosophie, concepts tels que l'« être », la « substance », le « mouvement », le « temps », la « Vie », le « Soi » au profit d'une fausse évidence, d'un dogmatisme latent.