vignette|Tournage d'un film pornographique. vignette|Affiche du film Gorge profonde (1972).
Un film pornographique est un film à visée érogène contenant des scènes où le rapport sexuel, non simulé, est montré de manière explicite dans le but de provoquer l'excitation sexuelle du spectateur. Les films pornographiques relevant du se distinguent des productions dites , terme désignant les films érotiques où le rapport sexuel est simulé. Dans le hard les organes génitaux, dont le pénis en érection, sont directement montrés à l'image, avec de fréquents gros plans, dans des scènes représentant le coït de façon explicite. La plupart de ces films étaient interprétés par des acteurs spécialisés, mais depuis internet, l'ubérisation de la profession tend au contraire à mettre en scène des personnes non professionnelles.
Dans les premiers temps, les films pornographiques sont destinés à des projections personnelles, à des clubs privés ou des lieux de prostitution, dans des conditions souvent clandestines. Par la suite, ils sont projetés dans des salles de cinéma spécialisées. À compter des années 1980, les films pornographiques gagnent en visibilité grâce à leur diffusion en cassettes vidéo (puis plus tard en DVD), ainsi que sur certaines chaînes de télévision (généralement sur abonnement ou en vidéo à la demande). La pornographie connaît ensuite une nouvelle révolution avec l'essor d'Internet, qui facilite grandement l'accès à ce type de productions.
Genre cinématographique Linda Williams (chercheuse pionnière des Porn Studies à la Duke University) et Julien Servois notent l'existence d'un lien essentiel entre la pornographie et le cinéma qui se traduit par une volonté de décomposer les mouvements involontaires du corps humain qui échappent à la perception naturelle afin de les rendre visibles... Stéphane Bou relève de son côté que Stéphane Bou, « Cinéphilie », in: Philippe Di Folco (dir.), Dictionnaire de la pornographie, Paris PUF, 2005, ..
Le cinéma pornographique renvoie souvent à des codes de représentation rigides. Il est fréquent que la scène sexuelle se déroule selon un ordre précis qui se traduit typiquement par la pratique d'une fellation (parfois d'un cunnilingus), d'une pénétration vaginale et/ou d'une pénétration anale, et se termine par une éjaculation externe. Les gros plans sur les organes génitaux sont très couramment employés. La grande majorité des films pornographiques n'ont aucune prétention au réalisme : ils dépeignent au contraire un univers relevant du fantasme, où l'activité sexuelle représente l'essentiel de l'action et où les partenaires, féminins ou masculins, sont toujours disponibles et performants, y compris avec de parfaits inconnus. vignette|gauche|Photo d'un tournage avec les acteurs Sebastian Barrio, Mélissa Lauren et Ian Scott. vignette|L'actrice Océane dans une scène du film XYZ, de John B. Root (2000). Le public hétérosexuel masculin constitue la majeure partie du marché, bien que diverses niches existent (pornographie gay, pornographie lesbienne, SM...). L'industrie du cinéma pornographique propose à son public, en fonction des demandes du marché et des législations nationales, toutes les formes de pratiques sexuelles autorisées. La législation varie selon les pays : en France, il est ainsi interdit de réaliser des films nécrophiles ou zoophiles. Les films pornographiques mettant en scène des enfants sont interdits dans l'ensemble des pays : leur réalisation, comme leur diffusion et leur visionnage, sont des crimes. Sur les 4 plateformes porno les plus visitées (Pornhub, Xhamster, Xvideos, Xnxx) les internautes peuvent trouver : vidéos de violences sexuelles vidéos racistes vidéos d'inceste vidéos pédocriminelles Soit vidéos hors la loi en France et en libre accès..
Certains films peuvent tourner autour d'un type précis de pratiques, voire d'une seule pratique. Les films hard peuvent avoir un scénario plus ou moins élaboré, ou au contraire, à l'image de la pornographie gonzo, consister en une simple suite de scènes sans autre lien entre elles que les interprètes, les équipes techniques ou les pratiques représentées.
En 2022, le Haut Conseil à l'Égalité a réalisé des tests en procédant à des signalements auprès de Pharos, dont la mission est de lutter contre les contenus illicites sur internet. Exemples de titres des 35 vidéos signalées par le HCE entre le et le : « écolière se fait sodomiser », « Papa baise moi », « Deux filles se réveillent avec de la pisse au visage », « Une rousse se fait électrocuter, torturer et baiser », « Beurette en chaleur calmée avec la ceinture », « Ils lui ont fait boire leur pisse après avoir été baisée grossièrement dans le cul ». Aucun des signalements à Pharos sur ces contenus n'a été suivi d'effet.
Les films sont interprétés par des personnes rémunérées — sauf dans certains cas relevant de la pornographie amateur — et majeures. Le , Marie Maurisse, journaliste et autrice de Planète Porn, raconte à une commission parlementaire : « J'ai assisté à des scènes surréalistes. Des femmes très précaires, en grande difficulté économique et sociale, étaient présentes sans savoir ce qu'elles faisaient là, sans savoir comment elles avaient atterri là, parce qu'elles avaient besoin d'argent. Elles faisaient ça pour quelques dizaines d'euros. Elles sont abusées, bien qu'elles aient techniquement donné leur accord. C'est un cercle infernal. Les scènes sont extrêmement violentes. ». Les actrices sont choisies en fonction de leur correspondance à des critères de beauté ainsi que de leur capacité à se livrer à telle ou telle pratique sexuelle, la bisexualité (aptitude à tourner aussi bien avec des hommes qu'avec des femmes) étant, pour les femmes, l'une des plus courantes. Depuis les années 1970, la promotion du cinéma X joue beaucoup sur la mise en vedette de certaines actrices : dans les premières années du cinéma pornographique non clandestin, on peut citer Linda Lovelace aux États-Unis ou Claudine Beccarie en France. Ce phénomène de « starisation » va croissant avec le temps, avec l'apparition régulière de nouvelles actrices, à la carrière généralement éphémère : Marilyn Chambers, Teresa Orlowski, Annette Haven, Amber Lynn, Jenna Jameson, Victoria Paris, Brigitte Lahaie, Marilyn Jess, la Cicciolina, Moana Pozzi, Traci Lords, Laure Sainclair, Estelle Desanges, Clara Morgane, Belladonna, Maria Ozawa, Katsuni, Sasha Grey, Asa Akira...
S'agissant des interprètes masculins, l'âge et le physique sont des facteurs moins importants que leur capacité à produire une érection ferme et à la maintenir pendant le tournage (avec ou sans l'aide de produits « dopants ») ; ils sont également moins nombreux que leurs collègues féminines, et leur salaire est en moyenne sensiblement inférieur, mais ils ont généralement une carrière longue. Leur rôle étant de servir de substitut au spectateur masculin et de produire un effet d'identification, ils sont généralement moins mis en vedette, la caméra et la promotion des films mettant plutôt l'accent sur leurs partenaires féminines. La starisation peut cependant concerner certaines vedettes masculines, comme les Nord-Américains John C. Holmes et Harry Reems, le Canadien Peter North, l'Italien Rocco Siffredi, ou le Français Manuel Ferrara.
Histoire Des origines à 1969 vignette|gauche|200 px|Photographies d'un film érotique autrichien, vers 1906, par le photographe Johann Schwarzer. vignette|Une image de A Free Ride (1915 ?) l'un des plus anciens films pornographiques produits aux États-Unis d'Amérique. On relève des films proposant un contenu sexuel parmi les premières œuvres réalisées à la suite de l'invention en 1893 du film 35 mm par Thomas Edison et William Kennedy Laurie Dickson, et celle du cinématographe par Louis Lumière qui consacre la vente aux particuliers de caméras argentiques. Le public des frères Lumière était une clientèle aisée et familiale, et toute la production de leur société était visible par tous. En revanche, celui d'Edison, dans ses , qui telles des salles de jeux, permettaient de visionner des films individuellement sur des kinétoscopes (), était plus populaire et moins guindé.
Le Coucher de la mariée, réalisé par Albert Kirchner en 1896, est considéré comme l'un des tout premiers films à caractère érotique. Les premiers films montrant des rapports sexuels non simulés apparaissent au début du , apparemment en Amérique latine ; la documentation sur ces films est lacunaire et beaucoup ont aujourd'hui disparu. L'exemple le plus ancien, un film intitulé El Sartorio, pourrait avoir été tourné en 1907 ou 1908. L'un des tout premiers films français de ce genre, À l'Écu d'or ou la Bonne Auberge, date de la même époque. Le plus ancien film pornographique produit aux États-Unis à avoir été conservé, intitulé A Free Ride, semble avoir été tourné vers 1915. Les réalisateurs comme les interprètes des films pornographiques muets sont anonymes ; le matériel audiovisuel étant alors coûteux et difficilement maniable, les techniciens semblent cependant avoir été des professionnelsJacques Zimmer, Le Cinéma X, La Musardine, 2012, pages 45-68..
Ces films sont destinés à une consommation à domicile, dans des clubs privés ou dans des maisons closes afin d'émoustiller les clients. Les actrices pourraient, dans un certain nombre de cas, avoir été des prostituées : il a été postulé que ces films étaient réalisés pour l'essentiel par des proxénètes, mais cette thèse semble infondée en raison des coûts de production et des contraintes techniques de l'époque. En théorie illégaux, les films à caractère sexuel sont néanmoins proposés de manière assez transparente, pendant l'entre-deux-guerres, dans les catalogues que des sociétés comme Pathé destinent aux exploitants ; il est néanmoins difficile, faute de pouvoir accéder aujourd'hui à la plupart de ces bandes, de déterminer lesquels étaient de simples films proposant uniquement des images de nudité et lesquelles étaient réellement de nature pornographique.
Les films pornographiques après-guerre suivent les innovations techniques du cinéma conventionnel : l'apparition des formats puis Super 8 facilite leurs conditions de tournage. De nombreux films d'exploitation, aux États-Unis ou en Europe, proposent des images à caractère sexuel, mais il s'agit alors de films de nature érotique et non pornographique, qui se parent souvent d'un prétexte éducatif ou documentaire (notamment les films sur le naturisme). Les véritables films pornographiques sont en général des courts-métrages et demeurent alors destinés à une exploitation clandestine. À partir de 1969, leur exploitation est progressivement autorisée dans divers pays dans des salles de cinéma spécialisées.
Années 1970
Plusieurs tentatives ont eu lieu aux États-Unis dans les années 1970 pour proscrire la pornographie, mais les tribunaux établissent une distinction entre une personne qui reçoit de l'argent en contrepartie d'un rapport sexuel et la représentation cinématographique ou photographique d'un rapport sexuel.