Salvatore Riina né le à Corleone et mort le à l’hôpital Maggiore de Parme, également connu sous le nom de Toto Riina et surnommé Totò u curtu « Toto le petit » ou « zù Totò » en dialecte sicilien, pour sa petite taille () ou La belva « Le fauve », pour sa férocité, est l’un des parrains les plus influents et redoutés de la mafia sicilienne (Cosa nostra) et était l’homme le plus recherché d’Italie.

Au cours de sa carrière criminelle, il a personnellement tué environ quarante personnes et est soupçonné d'avoir commandité les meurtres de 110 autres« Toto Riina, l'ancien chef suprême de la mafia sicilienne, est mort », RTL info sur msn.com, 17 novembre 2017.. Pendant les années 1980 et le début des années 1990, Riina et sa famille mafieuse, les Corleonesi, ont mené une impitoyable campagne de violence contre les truands rivaux et l'État italien avec l'assassinat des juges antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino à deux mois d'écart en 1992. Cette terreur répandue dans la population par la mafia a entraîné des mesures fermes des autorités, menant à la capture et à l'emprisonnement de Riina et de plusieurs de ses associés.

Capturé en 1993, condamné à perpétuité, il meurt d’un cancer en 2017 après avoir suscité l’émoi dans l’opinion publique quand sa possible libération fut évoquée pour raison de santé.

Débuts de l'activité criminelle En 1943, Toto Riina perd son père Giovanni et son frère Francesco (âgé de 7 ans) alors qu'ils essayent d'extraire des explosifs d'une bombe américaine tombée dans une des terres dont ils sont propriétaires, pour ensuite la revendre ainsi que le métal. Après la mort du père, Totò devient de fait le chef de famille. En même temps il fait la connaissance de Luciano Liggio, lequel l'initie au vol du blé et à la pratique du pizzo chez les agriculteurs des zones adjacentes. Il commet un meurtre en son nom.

En 1950, à l'âge de 19 ans, il est condamné à 12 ans de prison pour homicide volontaire pour avoir tué une personne lors d'une dispute. Le , après avoir effectué six ans de prison, il est libéré et retourne à Corleone où il reprend contact avec Luciano Liggio qui lui donne un rôle de premier plan dans ses différentes activités. Ils s'occupent principalement d'abattage clandestin. Avec eux opère aussi un certain Bernardo Provenzano, autre personnage principal ainsi que symbole de la mafia. Liggio et ses hommes travaillent pour le docteur Michele Navarra, le chef de la mafia de Corleone, avant que le groupe ne décide d'éliminer Navarra, le , pour obtenir une position dominante au sein de la ville.

Riina est arrêté à Corleone, en , par un groupe de policiers dont le commissaire Angelo Mangano, connu pour être un des plus grands chasseurs de mafieux. Au moment de l'arrestation, il a sur lui un pistolet et une fausse pièce d'identité et se fait appeler Giovanni Grande.

Il passe plusieurs années en prison, où il fait la connaissance d'autres mafieux, avant d'être acquitté lors d'un procès à Catanzaro ou « procès des 114 ». et de Bari en 1969 ..

Ascension au sein de Cosa nostra

Pendant les années 1970, Toto Riina, Luciano Liggio et Bernardo Provenzano commencent à asseoir leur pouvoir sur la ville de Palerme, où ils peuvent compter sur l'aide du maire Vito Ciancimino. À Palerme, Riina se fait plusieurs ennemis dont Stefano Bontate et Salvatore Inzerillo, mais il obtient aussi l'appui de chefs de premier plan comme Michele Greco et Pippo Calò. Pendant cette période Riina prend la place de Liggio, arrêté en 1974. Sous sa direction, le groupe augmente sensiblement son pouvoir financier, grâce au trafic de stupéfiants, aux appels d'offres publics de Palerme, à la contrebande de tabac, tout cela en partenariat avec les frères Nuvoletta, chefs de la mafia napolitaine (Camorra).

Le , il se marie avec Antonietta Bagarella (sœur de son ami d'enfance Calogero). Il a quatre enfants avec elle : Maria Concetta, Giovanni Francesco, Giuseppe Salvatore et Lucia.

Il peut compter sur quatre féroces tueurs : Pino Greco dit Scarpuzzedda, Mario Prestifilippo et Leoluca Bagarella, qui est son beau-frère, ainsi que sur Vito Vitale.

Seconde guerre de la Mafia Les principaux rivaux des Corleonesi sont Stefano Bontate, Salvatore Inzerillo et Gaetano Badalamenti, parrains de différentes familles puissantes de Palerme. Riina fait assassiner Bontate et Inzerillo ., qui voulaient le tuer, ainsi que plusieurs associés et membres à la fois de leurs familles de sang et de leurs familles mafieuses ; ces meurtres entraînent la deuxième guerre de la mafia de 1981 à 1982 au cours de laquelle plus de mille assassinats sont commis, ce qui assoit la prise de pouvoir de Riina, des Corleonesi et de leurs alliés sur leurs rivaux. Dans cette « guerre », Riina ordonne aussi l'assassinat de la famille de Tommaso Buscetta, un mafieux palermitain condamné pour trafic de drogue, qui réussit à s'enfuir avec elle au Brésil.

En 1983, les Corleonesi ont pris le contrôle de la mafia, et les années suivantes voient encore leur influence s'accentuer lorsqu'ils éliminent leurs alliés, comme Filippo Marchese, Giuseppe Greco et Rosario Riccobono.

Alors qu'ils sont devenus le clan le plus puissant de Sicile, la tactique des Corleonesi se retourne contre eux quand, en 1984, Buscetta devient le premier mafieux sicilien d'envergure à devenir « collaborateur de justice » ou « repenti » (pentito), et coopère avec les autorités. Buscetta est issu d'une famille mafieuse perdante lors de la deuxième guerre de la mafia ; de nombreux membres de sa famille et amis ont été assassinés par les tueurs de Riina. Cela le pousse à vouloir coopérer avec les autorités, à la fois pour sauver sa vie et se venger de Riina. Buscetta est expulsé du Brésil et, à son retour en Italie, il passe un accord avec le juge Giovanni Falcone. Il témoigne au Maxi-Procès durant la moitié des années 1980. Cela entraîne l'emprisonnement de centaines de mafiosi. Riina est encore une fois condamné à la prison à vie lors du Maxi-Procès. Mais cela se fait en son absence car il est encore en fuite.

En 1989, Riina arrange l'assassinat d'un grand nombre de ses alliés, incluant le parrain de Ciaculli, Vincenzo Puccio, et ses deux frères. Apparemment, Vincenzo Puccio avait planifié de prendre la tête de la mafia sicilienne, mais les Corleonesi n'ont jamais pu vérifier ce fait.

Règne en tant que « Capo dei Capi » de Cosa nostra

Une stratégie de la violence Alors que ses prédécesseurs avaient fait en sorte de rester très discrets au point de faire douter les forces de l'ordre de l'existence de la mafia, Riina ordonne le meurtre de juges, de policiers et de procureurs dans le but de terrifier les autorités. Après que Pio La Torre, secrétaire du parti communiste italien en Sicile, ait présenté un projet de loi instituant un délit de conspiration mafieuse dans le but de confisquer les avoirs de la mafia, ce projet reste bloqué au parlement durant deux ans et La Torre est assassiné le .

En , le gouvernement italien envoie Carlo Alberto dalla Chiesa, général des carabiniers, pour anéantir la mafia. Cependant, peu de temps après son arrivée, le , il est abattu avec sa femme, Emanuela Setti Carraro, et son garde du corps, Domenico Russo, dans le centre-ville de Palerme. En réponse à ce discrédit public devant l'incapacité de l’État à combattre l'organisation de Riina, la loi La Torre est votée 10 jours plus tardVoir sur nytimes.com.. Avec le témoignage du repenti Tommaso Buscetta, le pôle de magistrats antimafia incluant Falcone et Paolo Borsellino lance en des mandats d'arrêt qui mèneront par la suite au Maxi-Procès contre 474 accusés mafieuxVoir sur ilfattoquotidiano.it..

Le massacre de Noël Buscetta est le premier parrain mafieux sicilien à devenir un informateur (pentito) et à révéler que la mafia est une seule organisation dirigée par une commission ou Cupola (Coupole), établissant ainsi que le plus haut niveau des membres de la mafia était complice de tous les crimes de l'organisation. Dans le but de détourner les enquêteurs des révélations-clefs de Buscetta, Riina ordonne un acte terroriste. Le , le train 904 Naples-Milan est plastiqué, tuant 17 personnes et en blessant 267 autres. Cet événement, surnommé « le Massacre de Noël » (Strage di Natale), fut initialement attribué à des extrémistes politiques et ce n’est que quelques années plus tard, lorsque la police découvrit des explosifs dans une cache de Giuseppe Calò, que l’implication de la Mafia dans l’attentat devint évidente.

Assassinats de Falcone et Borsellino Riina et 360 autres mafieux sont condamnés à vie lors du Maxi-Procès. Cette condamnation est un échec pour Riina, bien qu'il soit déjà en fuite : il aspire en effet à profiter de sa grande richesse et à vivre en homme libre.

Riina plaçait ses espoirs dans la lenteur des procédures devant la cour d'appel, où l’on avait même vu des mafieux condamnés être libérés. Il suspend la campagne de meurtres contre les fonctionnaires alors que les affaires sont portées dans les cours supérieures. Les condamnations sont confirmées par la Cour Suprême en . Le conseil des parrains mafieux mené par Riina réagit en ordonnant l'assassinat de Salvatore Lima (bien qu'il soit un allié de Giulio Andreotti) et de Giovanni Falcone. Lima est assassiné le .

Le travail d’instruction du juge Giovanni Falcone et les poursuites engagées par son collègue Paolo Borsellino contre la Mafia en avaient fait instantanément des cibles de premier plan. Les deux juges voient ainsi dans le meurtre de Lima le signe d’un danger de mort imminent.

Le , Falcone, son épouse Francesca Morvillo et trois policiers sont assassinés dans l'attentat de Capaci, l'explosion d'une bombe placée sous l'autoroute A29, dans les environs de Palerme. Deux mois plus tard, Borsellino et cinq de ses gardes du corps sont tués par l'explosion d'une voiture piégée dans la via D'Amelio. Les deux attentats sont commandités par Totò Riina et exécutés par quelques-uns de ses tueurs. Ignazio Salvo, qui avait conseillé à Riina de tuer Falcone, est lui-même assassiné le . L'opinion publique est exaspérée envers la mafia mais aussi envers les hommes politiques, accusés de ne pas avoir assez protégé les deux juges du Maxi-procès. Le gouvernement italien décide alors d’engager une lutte massive contre la mafia.

Allégation de négociation avec l'État : le Papello Entre juin et , le commandant Mario Mori rencontre Vito Ciancimino pour proposer des négociations avec Cosa nostra afin de mettre un terme aux massacres qui ensanglantent Palerme. Selon Mori, il a accepté la rencontre pour débusquer certains fugitifs, mais Riina lui a répondu sous la forme d'un projet écrit, surnommé le Papello.. Ce document liste 12 propositions, telles qu'adoucir les conditions d'incarcération, être détenu à proximité des familles, une modification de la loi sur la repentance ou la révision des sentences du Maxi-Procès.

La possibilité d'une négociation entre l'État et la mafia a été démentie par Mori lui-même.. Cependant le , dans le jugement du procès de Francesco Tagliavia pour les massacres de 1992-1993, les juges ont écrit que la négociation entre l'État et Cosa nostra était « au moins initialement fixée [...] L'initiative a été prise par des représentants de l'État et non par des mafieux »..

Capture et arrestation vignette|Totò Riina au moment de son arrestation