Georges Ganier, dit Ganier d'Abin, né le à Paris et présumé mort le à Carthagène (Espagne), est un aventurier français.

Biographie

Origines et premières aventures

Né le dans l'ancien 7 arrondissement de Paris, Joseph-Georges Ganier est le fils d'Eugénie-Jeanne Francheteau (1808-1871)Archives de Paris, état civil du 18 arrondissement, registre des décès de 1871, acte (vue 1 sur 31). et de Joseph GanierArchives de Paris, état civil du 17 arrondissement, registre des mariages de 1864, acte (vue 2 sur 22). (né vers 1808), menuisier. Georges aurait également été menuisier, à Montmartre, avant de se découvrir une vocation conforme à son caractère tumultueux et instableLe Figaro, 7 novembre 1873, ..

À partir des années 1860, il se lance en effet dans une vie d'aventures et se fait appeler « Ganier d'Abin » en déformant le patronyme de sa grand-mère maternelle, Jeanne Dabin.

Un certain nombre de ses exploits et voyages semble toutefois avoir été inventé : par exemple, ses propres souvenirs et d'autres témoignages rapportés par Léonce Dubosc de Pesquidoux mentionnent un engagement au service de François II des Deux-Siciles ainsi qu'une participation à une expédition en Abyssinie, épisodes manifestement empruntés à la biographie d'un autre aventurier, Raoul du BissonDubosc de Pesquidoux (cf. bibliographie), ..

Rôle dans l'insurrection polonaise (1863)

Après un bref passage chez les Zouaves pontificaux d' à , Ganier d'Abin s'engage aux côtés des insurgés polonais contre les troupes russes.

vignette|Ganier d'Abin à l'époque de l'insurrection polonaise de 1863.

Au service du gouvernement provisoire formé par les insurgés, il prend notamment part à la le Le Siècle, 23 juillet 1863, .. À la tête du bataillon des « Faucheurs », il force les Russes à se retirer et joue ainsi un rôle décisif, salué par l'ordre du jour d'Le Journal des débats, 5 mai 1863, .. Le , il repousse les attaques des Russes lors de la seconde bataille d'Ignacewo, mais celle-ci se solde par une défaite polonaise.

Le , le corps dont il a le commandement est mis en déroute par les troupes russes et prussiennes. Peu de temps après, la haute cour criminelle de Prusse lance un mandat d'arrêt contre le jeune insurgé françaisLe Constitutionnel, 31 juillet 1863, ., qui s'est rapidement élevé du grade de capitaine à celui de colonelL'Illustration, 28 novembre 1863, ..

Donné pour mort à plusieurs reprises (son nom, écrit par erreur « Paul Gannier d'Aubin », figure même sur un monument aux morts de Wola Cyrusowa)Stefan Kienewicz, « Le centenaire de l'insurrection polonaise de 1863 », Revue historique, 1964, ., il rentre finalement en France au printemps 1864Le Siècle, 9 juillet 1864, . et rejoint ses parents au du passage Piémontési.

Entre la France et le Siam (1864-1871)

Employé de la compagnie du chemin de fer de LyonArchives de Paris, état civil du 12 arrondissement, registre des mariages de 1884, acte (vue 21 sur 31)., Ganier épouse Hyacinthe-Clarisse Ricou (née en 1824) à l'église Sainte-Marie des BatignollesLe Siècle, 16 décembre 1864, . le . Le jeune marié abandonnera bientôt son épouse au profit de nouvelles aventures.

En 1869, le colonel Ganier d'Abin est au Siam, où il est nommé commandant en chef des troupes de terreLe Français, 14 mai 1869, . ou, plus modestement, capitaine des gardes, par le jeune roi Rama V.

L'année suivante, ayant appris que la guerre venait d'éclater entre la France et les États allemands, il obtient un congé d'un an afin de pouvoir participer à la défense de son pays natal. Malheureusement, en arrivant à Tours, il se blesse accidentellement au genou avec son revolver et se retrouve momentanément dans l'incapacité de combattreLe Moniteur universel, 16 décembre 1870, .. Soigné à Bordeaux, il est nommé colonel de l'armée auxiliaire par décret du Ministère de la Guerre, Décrets, arrêtés et décisions de la délégation du gouvernement de la défense nationale hors de Paris, paris, Baudoin, 1882, ..

Général de la Commune de Paris (1871)

Quelques semaines plus tard, Ganier d'Abin passe au service de la Commune de Paris. Promu général de brigade, il est nommé commandant de la garde nationale du 18 arrondissementL'Avenir national, 22 mars 1871, . par le Comité central de la Garde nationale dans les jours qui suivent le soulèvement du 18 mars 1871Le Petit Journal, 23 mars 1871, .. Le , il envoie au Comité central un rapport révélant qu'il a fait fusiller sommairement quatre hommes (deux sergents de ville, un gardien de la paix et un gendarme) arrêtés par les communardsDelion, ..

Il donne cependant sa démission moins d'une semaine plus tard, après avoir été suspecté d'être un agent bonapartiste et menacé d'arrestationLe Figaro, 30 mars 1871, .. Il aurait notamment pris part aux mêmes intrigues que les généraux Lullier et Du BissonLe Français, 9 août 1871, .. Le , le sous-comité central le déclare indigne et le condamne à mort par contumaceLe Français, 30 mars 1871, ..

Après l'écrasement de la Commune, les autorités légitimes s’occupent à leur tour du cas Ganier : le général communard est jugé par le conseil de guerre, qui le condamne par contumace à la déportation dans une enceinte fortifiée le . Réfugié en Belgique puis aux Pays-Bas, Ganier d'Abin ne purgera jamais sa peine.

Après la Commune

Le dernier conflit auquel Ganier d'Abin aurait pris part est la Révolution cantonale espagnole. Il s'y serait lié intimement avec la révolutionnaire Mina Puccinelli et aurait commandé un corps de francs-tireurs rebelles lors des combats de Carthagène. C'est là qu'il aurait été tué, le Le Gaulois, 10 octobre 1873, ..

vignette|« Ganier d'Abin, président de Saint-Domingue » (Le Sifflet, 23 novembre 1873).

Pourtant, moins d'un mois plus tard, les journaux annoncent que Ganier d'Abin, toujours vivant, aurait pris la tête d'une insurrection contre le président de la République dominicaine, Buenaventura Báez, et qu'il aurait été nommé président à la place de ce dernierLe Siècle, 5 novembre 1873, ..

La nouvelle, d'abord prise au sérieux par beaucoup de monde (dont les éditeurs de l’Almanach de Gotha)Almanach de Gotha, Gotha, Justus Perthes, 1874, (consultable en ligne sur Gallica)., s'avère cependant erronée et uniquement fondée sur un faux extrait du Courrier des États-Unis imprudemment relayé par l'agence HavasLe Journal des débats, 4 décembre 1873, .. Peu de temps après, un autre journal francophone, Le Messager franco-américain, reçoit une lettre dont l'auteur prétend être Ganier d'Abin. Celui-ci affirme qu'il aurait lui-même envoyé ce « canard » (fausse nouvelle) afin de démontrer le manque de sérieux des journaux parisiens et, ainsi, de se venger des calomnies publiées par eux. L'authenticité de cette lettre n'a cependant pas été prouvéeLa Liberté, 17 décembre 1873, ..

Certaines revues illustrées étrangères des années 1870-1880 font également état d'un marchand d'opium français actif au Cambodge et nommé « Ganier d'Abain » [sic]Ganier d'Abain, « A Cambodian Ceremony », The Century Illustrated Monthly Magazine, novembre 1874, .F. Meister, « Ein Unterhaltungsabend beim König von Kambodja », , 1886, ..

Les dates et lieux de mort de Ganier d'Abin demeurent par conséquent incertains. En 1884, il est ainsi déclaré « sans domicile ni résidence connus » dans l'acte de divorce obtenu par sa femme.

Notes et références

Bibliographie Léonce Dubosc de Pesquidoux, « Ganier d'Abin », Revue du monde catholique, série, t. XX, , , (consultable en ligne sur Internet Archive). Paul Delion, Les Membres de la Commune et du Comité central, Paris, Lemerre, 1871, .

Liens externes

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