Charles Bichat, né le à Fontenay-sous-Bois et mort le à Poitiers, est un commissaire de police et résistant français..

Lié au réseau Renard à Poitiers d' jusqu'au démantèlement du réseau en , Charles Bichat est ensuite agent P1 (agent habituel) du réseau Turma Vengance à compter du , ainsi que du réseau Alliance à partir du , jusqu'au .

Charles Bichat devient lieutenant FFI du au , et chef de la section « Police » () du groupe FFI « Robert » (environ 200 hommes) commandé par le capitaine Robert Guionnet, rattaché au groupe Bayard du « colonel Bernard » commandant les FFI de la Vienne.

Son engagement comme résistant français actif dans de multiples actions, ainsi que son rôle crucial pour éviter la destruction du plus ancien pont de la ville de Châtellerault lui valent une reconnaissance officielle en 1945.

Biographie

Jeunesse et formation .

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Bataille de France et emprisonnement ( - ) Mobilisé le comme caporal à la division d'infanterie, Charles Bichat est fait prisonnier le suivant, trois jours après la reddition de la poche de Saint-Valéry-en-Caux. Il parvient le à se faire libérer du Frontstalag 204 de Saint-Quentin en simulant une tuberculose sévère, grâce à sa blessure ancienne au poumon et en se piquant les gencives pour cracher du sangRapport du Commissaire Bichat du 10 janvier 1945 sur ses activités de résistant, in dossier administratif de résistant GR16P 58444 au Service Historique de la Défense...

Activités dans la résistance au commissariat central de Poitiers ( - ) De retour à Poitiers et ne voulant pas servir le régime de Vichy, Bichat ne réintègre son poste de secrétaire de police au commissariat central de Poitiers qu'en après avoir été convaincu de l'utilité de reprendre ses fonctions pour aider la résistance par ses « camarades », Charles Bichat était en 1940 Secrétaire de la Loge du grand Orient "L'avant garde du Poitou". Son épouse, Andrée Bichat née Giraudeau, brûle dans la cheminée tous les documents présents à son domicile relatifs à la Franc-maçonnerie le , jour de l'entrée des Allemands dans Poitiers. dont son ami Charles Pétignat. Il entre à la même période dans le groupe de Robert GuionnetRobert Guionnet, membre de Turma-Vengeance et Alliance, Chef du groupe FFI Robert (), Commandant à la Libération de la Place de Châtellerault, Chargé de missions pour Châtellerault par le Commissaire régional de la République Schuhler (dossier GR16P 280519)., par l'intermédiaire de René Renoux, membre de ce groupe, et qui était également en contact avec le réseau Renard.

Il commence ses activités de résistance en s'adonnant à de la propagande oratoire et en procédant à la diffusion de tracts, d'abord en lien avec le réseau RenardLouis Renard était, comme Charles Bichat, membre du réseau Turma Vengeance, recruté par Marie-Louise Sallier-Viaud alias "Maria" et "tante Jeanne", épouse du capitaine Jean Viaud alias "Le Foc" (GR16P 592497) cf archives de Turma Vengeance données en 1981 par François Wetterwald à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (F Delta 844/10/1-12, F Delta 844/16/1-62 et F Delta 844/09/1-17). jusqu'au démantèlement de ce réseau en , puis au sein des réseaux Turma-Vengeance. et Alliance, dont il devient agent P1 (agent habituel) à compter du ..

Selon le lieutenant-colonel Raoul Ferron (alias Gilles)Lieutenant-Colonel Raoul Ferron alias "Gilles", président de la commission départementale d'attribution de la qualité de membre FFI, cossier administratif de résistant GR16P 222401 au service historique de la Défense, après-guerre Président de la Commission départementale d'attribution de la qualité de membre FFI, il « établit par centaines des fausses cartes d'identité, d'alimentation, de travail » et « fait franchir la ligne de démarcation à de nombreuses personnes menacées dans leur liberté ou leur vieProposition pour l'attribution de la Légion d'Honneur à Charles Bichat du Lieutenant-Colonel Raoul Ferron (GR16P222401), commandant du secteur de la Vienne, Ex-commandant Gilles du groupe Bernard, appuyée par le Général Jean Adolphe Léonce Curnier, commandant le groupe des subdivisions de Poitiers, datée du 30 août 1946, in Dossier administratif de résistant GR16P 58444 au Service Historique de la Défense». Ces « vrais-faux » papiers sont ensuite validés par le commissaire Comtesse.

Lors des perquisitions auxquelles il participe, il fait systématiquement disparaître les pièces compromettantes ou les remet ultérieurement aux intéressés. Il prévient avant leur arrestation et facilite la fuite de plusieurs personnes, résistantes, communistes, ou juivesLa seule famille dont les descendants du commissaire Bichat ont retenu le nom est la famille Lewkowicz, parfois orthographiée Lesskowiez, installée à Targé, car Jean-Marcel Bichat, fils du commissaire, leur rendait fréquemment visite avec son père dans les années 1950. Les descendants de Charles Bichat seraient heureux de correspondre avec leurs descendants, possiblement installés à Paris et à New-York..., dont notamment les chefs du réseau Renard Louis Renard, Gaston Chapron et Noël SorinPlusieurs policiers de Poitiers, membres du réseau Renard, étaient au courant de l'enquête et ont également prévenu les chefs du réseau, notamment le commissaire Albert Petit (GR16P 471468), le secrétaire de police Jean Stator (GR16P 556267), ainsi que Jean Egreteau, rédacteur à la préfecture (GR16P 207821). Le commissariat de Poitiers comptait encore d'autres résistants qui ne semblent pas avoir eu de liens avec Charles Bichat, notamment le brigadier Georges Cimetière (GR16P 130935), le secrétaire de police puis commissaire Roger Plutarque (GR16P 482441 et 482442 erreur de doublon), le futur commissaire Michel Jean Nocquet (GR16P 445958), l'inspecteur Camille Bernard (GR16P 50938), Solange Allard, secrétaire sténodactylo, morte à 20 ans en déportation en 1944 (GR16P 8643). cf Luc Rudolph, Policiers contre policiers, une Résistance oubliée : la Police 1940-1945, volume 2, SPE Militaria, 24 avril 2015, pages 279 et 280, les deux derniers parvenant à s'échapper, de même que le futur député et sénateur communiste Alphonse BoulouxAttestation du Capitaine Robert Guionnet, Chef du groupe Robert, Commandant à la Libération de la Place de Châtellerault, Chargé de missions par le Commissaire régional de la République. vignette|Attestation du Capitaine Robert Guionnet pour Charles Bichat sur ses activités de résistance.

Il permet l'évasion du commissariat les responsables de la résistance communiste Caillas et Pageaud arrêtés lors de la visite de Doriot à Poitiers le . Il rédige un rapport attestant que le jeune René OudinRené Emmanuel Jean Oudin, né en 1920, boucher à Poitiers. cf Maitron des fusillés https://maitron.fr/spip.php?article164694&id_mot=,qui avait attaqué un Allemand à la gare de Poitiers, était manifestement fou pour tenter de lui éviter la peine de mort, mais celui-ci est transféré à Fresnes et fusillé à Paris le .

Averti par Noël Sorin avant l'attentat de contre le chef du PPF dans la Vienne Michel Guérin, il recommande de modifier le plan qu'il juge trop risqué, mais ne parvient pas à convaincre les cinq étudiants de Poitiers qui seront arrêtés en , et pour quatre d'entre-eux fusillés au Mont-Valérien.

Selon le lieutenant-colonel Ferron, Bichat participe avec Robert Guionnet à la surveillance et à la neutralisation des agents de la Gestapo Schmidt et Reynold, tenus responsables de nombreuses arrestations. En 1943, il participe également au sabotage du STO en détruisant, ou en renvoyant avec la mention « parti sans adresse », les convocations et oriente les réfractaires vers son ami Charles Pétignat, organisateur du Maquis Charles.

Charles Bichat est arrêté à quatre reprises par la Gestapo à Poitiers, et menacé de déportation, notamment après avoir remis des papiers réguliers à une femme juive finalement arrêtée sur la ligne de démarcation. Cependant, jamais des preuves suffisantes ne sont avérées pour déporter effectivement un cadre de la police française.

Formation de commissaire à l'École nationale supérieure de la Police ( - ) vignette|Charles Bichat (au centre) élève commissaire à l'ENSP 4ème promotion septembre 1943-juin 1944 (ses deux camarades ne sont pas identifiés). Charles Bichat est élève commissaire à l'ENSP de - ( promotion), et profite d'une permission pour remettre aux services de police FFI, qu'il rencontre dans un immeuble Place du Gouvernement à Lyon, en se faisant identifier par le code « J'apporte des nouvelles du papa », des documents concernant un suspect, repéré par le capitaine Charles PétignatCapitaine FFI Charles Pétignat, organisateur du maquis Charles, GR16P 470946, et venu du Poitou pour espionner les maquis de la région lyonnaise. À l'issue de sa formation, il est prévu qu'il soit affecté à Nantes, mais il obtient, après la mort le dans le bombardement de la gare du commissaire en poste à Châtellerault, de pouvoir retourner dans la Vienne (où réside l'essentiel de son réseau) en étant nommé commissaire de Châtellerault le . La présence de la Manufacture d'armes confère à la ville de Châtellerault le statut de site stratégique de grande importance. Les Allemands y concentrent dès le début de l'occupation, et également à partir de début 1944 une division SS..

Activités dans la résistance au commissariat de Châtellerault et combats de la Libération ( - ) Au commissariat de Châtellerault, Charles Bichat peut s'appuyer sur le groupe « Alfred », réseau de policiers résistants constitué par le brigadier Roger Brossard, qui contribue à former plusieurs maquis dans la Vienne et l'Indre-et-Loire (Coussay-les-Bois, Douadic, Champigny-sur-Veude, Richelieu et Martaizé).

Commissaire et résistant à Châtellerault Agent de liaison de la résistance, membre du réseau Alliance, son bureau sert de boîte aux lettres et de lieu de réunion pour de nombreux résistants de la régionsont cités par Charles Bichat dans son rapport : "Robert" (Robert Guionnet GR16P 280519), "Jacky" (Guy Jean Collas GR16P 137202), "Lagardère" (André Baudinière GR16P 38770), "Le Chouan" (André Cusson GR16P 153367), "Cram" (Marc Farineau GR16P 216422), "Lafleur" (Marcel Lebourg GR16P 347463), "Alex" (Maurice Kesler GR16P 319141), "César" (Claude César Emile Gros GR16P 271789), "Alfred" (Roger Adrien Léon Brossard GR16P 92683), notamment le futur Commissaire Régional de la République Jean Schuhler et le futur Secrétaire général de la préfecture Marcel Foy. Il envoie fréquemment les gardiens de la paix RenouxGardien de la paix René Renoux (GR16P 506252) et Doucet, qu'il met en arrêt maladie, porter des documents à des groupes de résistants de l'ouest de la France.

Les actions de résistance de Bichat sont nombreuses et variées. Il ferme systématiquement les yeux sur les sabotages des postes de radios qui diffusent les nouvelles de Vichy à la mairie de Châtellerault et dans le quartier de Châteauneuf. Il refuse que ses fonctionnaires saluent les miliciens, que la photo de Darnand soit affichée dans le commissariat, et que l'essence stockée au commissariat soit remise à la milice, jusqu'à ce que trente miliciens armés de mitrailleuses viennent encercler le commissariat pour s'emparer par la force du stock. Il arrête les miliciens Faucon et Sevaux qui s'étaient emparés de la caisse de la gare pour les forcer à rendre l'argent. Il démasque et fait arrêter par les maquisards le milicien Tetard parti espionner le maquis de la Haye-Descartes. Il permet au Lieutenant Dupuy d'emmener des combattants Nord-Africains évadés au maquis de Châteauroux et dirige des hommes envoyés de Paris par le Lieutenant MoraineLieutenant puis Colonel Marcel Moraine (GR16P 428719) vers les différents maquis de la région.