Le terme d’addiction au travail est issu de l'anglicisme « workaholic ». Il correspond au cas d'une personne travaillant de manière compulsive, mettant ainsi sa santé en péril.
Il s’agit d’une pratique addictive. En effet, selon l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), le terme d'addiction permet d'inclure à la fois des relations problématiques aux substances psychoactives ou drogues, ainsi que des addictions dites "comportementales", comme l’addiction au travail.
Plus largement, ce phénomène renvoie à la définition générale de l’addiction en tant que « dépendance d'une personne à un médicament ou à une drogue. Par extension, la dépendance peut concerner une activité dont on ne peut plus se passer : jeux d'argent, jeux vidéo, Internet ».
L'addiction au travail est donc une forme d'addiction « comportementale », c’est-à-dire liée à l’activité, par opposition aux addictions en rapport avec une consommation de drogues. Il fait référence aux personnes dont le besoin de travailler est si fort qu'il pourrait constituer un danger pour leur santé, leur bien-être, leurs relations interpersonnelles.
L’addiction au travail est envisagée par le droit comme une extension des risques psychosociaux.
Apparition de la notion en France
La première référence au phénomène d’addiction au travail est l’œuvre de l’Américain (1917-1999), ce dernier ayant choisi le terme de « workaholisme » afin de faire une analogie avec l’alcoolisme, étant alors la conduite addictive la plus connue.
En France, la première étude est réalisée en 2005 et porte sur les personnels navigants de l'aéronautique. Cette étude démontre que pour ces derniers, le risque d’addiction au travail est plutôt élevé, puisque l'étude mentionne un taux de 26,8 % ..
Une autre étude sur l’addiction au travail est publiée en 2012. Cette nouvelle étude, menée par l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS), porte cette fois-ci sur 51 salariés du tertiaire parisiens. L'enquête par questionnaire évalue que le risque d’addiction au travail concerne 54 % des personnes, avec un risque particulièrement élevé pour 12% de l'échantillon.
Une étude menée auprès des médecins du Centre hospitalier universitaire de Nantes de 2014 établit un taux de 13,3 % des médecins reconnus comme addicts à leur travail et que 34,7 % des médecins présentent un risque de souffrir de cette addiction.
Le travail étant généralement associé à la réussite sociale dans la culture occidentale, la dépendance au travail n’est pas toujours mal vue, ceci qui peut rendre sa détection d’autant plus difficile.
Mais culturellement, la France distingue le salarié acharné du salarié véritablement dépendant de son travail. Une nuance peut être plus ou moins difficile à discerner pour des ressortissants étrangers.
En effet, le travailleur acharné est celui mettant tout en œuvre pour accomplir son travail, en prenant des heures supplémentaires par exemple. Mais pour ce dernier, les buts et délais sont clairement définis. Une fois la mission accomplie le travailleur acharné décroche facilement de son travail en se gardant du temps pour sa famille et ses amis, ce qui n’est bien souvent pas le cas pour la personne souffrant d’une addiction au travail.
Autres pays
Le phénomène de l’addiction au travail touche tous les travailleurs, quel que soit le pays où ils travaillent, de nombreuses recherches ont été réalisées dans différents pays sur ce sujet.
Ainsi, les États-Unis sont un des premiers pays à prendre en compte ce type d’addiction à la suite d'une étude menée dès 1971 par le psychologue Wayne Edward Oates. Ce dernier propose pour la première fois la notion de « workaholism ». Dans la continuité de l’émergence du terme, certaines études sont venues préciser la traduction du phénomène selon les métiers. Il semble que les cadres ou professions intellectuelles soient particulièrement touchées. C’est notamment le ressenti de nombreux avocats américains. Pour certains d’entre eux, la charge de travail s’est considérablement amplifiée. En 15 ans, « le nombre d'heures facturables attendues d’un avocat a doublé pour atteindre une nouvelle moyenne de à par an » SELLS, B. L. (1993). Workaholism. ABA Journal, 79(12), 70–72. http://www.jstor.org/stable/27834734. Les avocats travaillant pour des cabinets privés sont très exposés. Une étude estime que près de 50 % de ces avocats travaillent au moins 2400 heures par an . Ce rythme impose aux avocats environ 46 heures par semaine, en rappelant qu’il s’agit ici d’un minimum. Notons que l’article relève que cette charge entraîne une certaine aliénation des avocats à leur métier.
La reconnaissance d’une forme d’addiction au travail apparait assez tôt au Japon. En effet, le phénomène de « karōshi », désignant littéralement la « mort par dépassement du travail », est reconnu comme maladie professionnelle depuis les années 1970 et donne lieu à des indemnisations si une telle situation venait à se produire. Ce terme fait référence à la mort subite d’une personne par crise cardiaque sur son lieu de travail, après qu’elle ait exercé une activité de travail de plus de 24 heures sans discontinuité.
En Chine, la notion de “suicide par surtravail” Jobin, P. & Tseng, Y. (2014). Le suicide comme karōshi ou l'overdose de travail: Les suicides liés au travail au Japon, à Taiwan et en Chine. Travailler, 31, 45-88. https://doi.org/10.3917/trav.031.0045 a aussi émergé mais de façon plus tardive. Entre 2009 et 2010, une trentaine d’ouvriers de l’usine Foxconn (sous-traitant d’Apple) vont se suicider. La littérature universitaire chinoise a alors pu étudier les différentes possibilités d’indemnisation de ces comportements, leurs qualifications juridiques, etc . Ces études vont notamment se baser sur ce qui a pu être fait depuis de nombreuses années au Japon.
En Belgique, le risque d’addiction au travail a également commencé à faire l’objet d’études. On peut par exemple évoquer une étude menée en 2013 et parue dans la Revue médicale de Liège.
La Norvège a elle aussi connu quelques études en matière d’addiction au travail. On peut notamment citer une étude ayant été menée sur les employés norvégiens et parue en 2014.
Diverses études portant sur les évolutions du temps de travail en Allemagne,indiquent que les troubles de santé sont fortement corrélés à des horaires de travail prolongés, ainsi qu’à un rythme élevé de travail hors temps de travail lié à une surcharge au travail et à l’addiction au travail.
La considération des horaires souligne l'importance centrale du temps de travail dans l'organisation de la vie sociale. Dans leur étude intitulée "Situation des horaires de travail : travail par roulement et le week-end", Laura Vieten et Ines Entgelmeier ont souligné qu'environ 40 % des participants travaillent régulièrement les samedis et/ou dimanches. Ce phénomène concerne principalement les jeunes travailleurs peu qualifiés, employés dans les petites et moyennes entreprises (PME), ainsi que dans des secteurs tels que la sécurité, la santé et la restauration. Ceux qui travaillent régulièrement (au moins une fois par mois) les samedis et dimanches signalent plus de problèmes
de santé.
Mesure Il existe différents tests permettant de diagnostiquer et quantifier une addiction au travail. Les deux tests les plus utilisés cliniquement étant le « Work Addiction Risk Test » (WART) développé par le psychothérapeute américain Bryan E. Robinson, et le « Workaholism Battery » (WorkBAT).
Facteurs de l'addiction au travail
Différents facteurs peuvent favoriser l’addiction au travail, particulièrement les facteurs environnementaux et psychologiques.
Facteurs environnementaux
Travail à domicile
Dans son article « La santé du travailleur à domicile en question » paru en 2013 dans la revue AJ Famille, Céline Leborgne-Ingelaere différencie légèrement le travail à domicile du télétravail. D’une part, les articles L.7412-1 et s. du Code du travail définissent le travail à domicile comme la situation où un salarié exécute, directement à son domicile, le travail que lui confie son employeur. La question du travail à domicile ne concerne pas uniquement les salariés puisque le Code du travail précise qu’il n’y a pas lieu de rechercher s’il y a entre le travailleur à domicile et le donneur d’ouvrage, un lien de subordination (article L. 7412-1 du Code du travail). Le travailleur à domicile n’exécute pas nécessairement son activité dans un local qui lui appartient, mais son statut est caractérisé par le fait qu’il travaille soit seul, soit avec son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité, concubin ou avec ses enfants à charge. En d’autres termes, c’est la solitude de l’activité qui permet de retenir la qualification de travailleur à domicile.