Dans la mythologie grecque, Bellérophon (en grec ancien ) est un héros, roi de Corinthe. Il est selon les versions le fils de Poséidon, ou de Glaucos (et donc petit-fils de Sisyphe ou de Poséidon), sa mère étant Eurynomé. Il est le tueur de la Chimère et a réussi à capturer et dompter Pégase.

Étymologie pourrait venir de , , (projectile, javelot, flèche, dard) et de (tueur), (abattre, tuer).

D'après certaines sources, ce nom lui aurait été donné parce qu'il aurait tué un certain Belléros ou Bellérus (de , meurtre ou , tuer, soit « tueur de Belléros »), un monstre ou un noble corinthien selon les textes... Cette interprétation est cependant considérée comme une étymologie populaire tardive..

Attestations vignette|190px|Bellérophon et Pégase. vignette|Médaillon central restauré de la mosaïque de Bellérophon, ap. J.C., découverte à Autun en 1830, musée Rolin.

Homère Son histoire est contée dans l’Iliade par Glaucos, fils d’Hippoloque, à qui Diomède a demandé de quelle lignée il était.

Pindare Les Olympiques de Pindare, composées dans le cadre des jeux olympiques, rapportent la capture de Pégase par Bellérophon :

Mythe vignette|Bellérophon, Pégase et Athéna, fresque de Pompéi, première moitié du

Bellérophon naquit à Ephyre sous le nom d’Hipponoos. Il était officiellement le fils de Glaucos et le petit-fils de Sisyphe, mais une rumeur faisait de lui le fils du dieu de la mer Poséidon.

Il fut rebaptisé « Bellérophon » , après avoir tué involontairement, soit son frère Déliadès lors d’un lancer de disque, ou, selon d'autres récits par une flèche dans le dos (il visait un cerf), soit un noble corinthien tyran de son état, nommé BellérosBellérophon signifie « tueur de Belléros ». Il dut s’expatrier et fuir à Tirynthe pour que le roi Proétos le purifie de son crime. Mais la femme de ce dernier, Sthénébée, s’éprit du jeune homme. Bellérophon était très timide avec les femmes et la repoussa. Elle l’accusa faussement devant le roi d'avoir tenté de la séduire. Proétos décida de tuer le jeune homme. Ne pouvant mettre à mort son hôte lui-même sans s'attirer le courroux des Érinyes, il l’envoya à la cour de son beau-père Iobatès, le roi de Lycie et père de Sthénébée, avec une tablette scellée sur laquelle figurait un message ordonnant de tuer le porteur.

Iobatès fit grand accueil à Bellérophon et le laissa manger et boire à sa table une semaine durant avant de lire le message. Comme il ne pouvait pas non plus tuer son hôte (car il l’avait laissé manger et boire), il lui demanda alors d'éliminer la Chimère, un monstre qui causait de grands ravages dans son pays, persuadé que le jeune homme y trouverait la mort.

Désemparé, Bellérophon consulta un devin, Polyidos, qui lui conseilla de sacrifier un taureau à Poséidon en le noyant et de passer une nuit dans le temple d’Athéna, ce qu’il fit. La déesse apparut dans ses rêves pour lui parler de Pégase, seule créature assez rapide pour lui permettre d'échapper aux flammes de la Chimère. Elle lui remit une bride d'or et lui dit où trouver le coursier ailé. À son réveil, Bellérophon trouva l’objet bien réel à côté de lui. Il réussit à apprivoiser Pégase près de la fontaine de Pirène où le cheval ailé aimait s'abreuver.

Bellérophon vint à bout de la Chimère : selon une version du mythe en volant au-dessus d’elle, il la cribla de flèches ; selon une autre version il utilisa une lance garnie de plomb, que le souffle ardent de la créature fit fondre et qui lui brûla les entrailles.

Iobatès, loin de le récompenser, l’envoya combattre les belliqueux Solymes, peuple de montagnards de Lycie. Lorsque le guerrier et sa monture revinrent, le roi les renvoya affronter les Amazones, alliées des Solymes. Quand Bellérophon revint pour la troisième fois à la cour de Lycie, Iobatès posta secrètement des combattants en embuscade et demanda à Bellérophon de contacter un certain Acrisios, de nuit et sans armes. Bellérophon triompha une fois de plus. Comme Iobatès avait envoyé sa garde royale contre lui, Bellérophon mit pied à terre et demanda à Poséidon d’inonder la plaine à mesure qu’il avançait. Les hommes n'ayant pas réussi à l'arrêter, les femmes de la région relevèrent leur tunique par-dessus leur tête et marchèrent vers lui. Bellérophon était si pudique qu'il fit demi-tour, entraînant les vagues avec lui (Plutarque, Conduites méritoires de femmes, 9).

Iobatès, impressionné après de tels exploits, fut convaincu de l’innocence de son invité et renonça à le mettre à mort. Il lui donna sa fille Philonoé en mariage ainsi que la moitié de son royaume en succession. Bellérophon eut plusieurs enfants : Isandros, Hippoloque et Laodamie, la mère du héros Sarpédon. Peu à peu, Bellérophon devint victime de son orgueil. Pour se venger de la reine Sthénébée (ou Antéia), il revint à Argos et fit semblant de succomber à ses charmes. Il lui proposa un petit voyage aérien sur le dos de Pégase et quand il fut assez haut, il la précipita dans les flots. Au sommet de sa gloire, il entreprit de voler vers l’Olympe grâce à Pégase, s'estimant digne de séjourner avec les dieux. Mais Zeus, furieux, envoya un taon qui piqua Pégase sous la queue. Bellérophon tomba dans un buisson d'épines et devint aveugle. Il erra sur la terre jusqu’à sa mort après avoir vu son fils Isandros tué par les Solymes, et sa fille Laodamie mourir par la volonté d’Artémis, de maladie soudaine et inconnue (Les morts soudaines et de raison inconnue étaient vues comme la volonté d’Artémis lorsqu’il s'agit d’une femme et d’Apollon lorsqu’il s’agit d’un homme).

Selon le quatrième Livre de l’Histoire d'Héraclée par l’historien Nymphis, Bellérophon tua dans les campagnes de XanthosVille de Lycie sur les bords du Xanthos un sanglier qui ravageait les cultures et élevages de la région. Sans aucune reconnaissance de la part des habitants, Bellérophon les maudit, et obtint de Poséidon qu’il sortît du sein de la terre des exhalaisons salées dont l'amertume corrompait tous les fruits. Le fléau ne cessa que lorsque les femmes vinrent lui demander grâce.

Culte Les habitants de Corinthe lui rendaient un culte héroïque.

Interprétations Palaiphatos, dans ses Histoires incroyablesPalaiphatos, Histoires incroyables, texte traduit par Ugo Bratelli, 2002, édition numérique rapporte que Bellérophon était un exilé, noble et courageux qui dévastait les villages côtiers dans une nef rapide, et Pégase était le nom de son navire. Amisodaros, un roi voisin du fleuve Xanthos et de la forêt, habitait entre des escarpements sur une montagne du nom de Chimère, le long d'une route et une cité le long d'une autre route. D'un côté se trouve un vaste ravin, où de la terre jaillissent des flammes. Un lion vivait près de l'accès principal, et un serpent non loin de là, dévorant les bûcherons et les bergers. Bellérophon mit le feu à la forêt de Telmissa, qui brûla ; les deux bêtes féroces périrent.

PlutarquePlutarque, Œuvres morales, : Conduites méritoires de femmes – Étiologies romaines – Étiologies grecques – Parallèles mineurs, texte établi et traduit par Jacques Boulogne, Paris, 2002 , dans Les Lyciennes reprend à son compte le texte de Palaiphatos en y ajoutant toutefois une modification personnelle : la Chimère n'est plus évoquée sous l'aspect d'un lion et d'un serpent vivant sur une terre d'où jaillissait du feu, mais par le biais du navire de Chimarrhos (dont le nom fait écho à celui de la Chimère), un guerrier cruel et inhumain à la solde d'Amisodaros. Les emblèmes étaient un lion à la proue et à la poupe, un dragon.

Mythe lunaire vignette|Bellérophon tue la Chimère. Jean Haudry voit dans le récit de Bellérophon et de son châtiment un ancien mythe lunaire répandu dans le domaine indo-européen, où Lune, époux volage et parjure, abandonne son épouse Soleil. Lune (Bellérophon) refuse de s'unir à Soleil (Antée ou Sthénébée selon les récits). Antée se plaint à Proétos, mais le châtiment n’est pas suivi d’effets. Comme Yama, Bellérophon est puni une seconde fois, et « il est réduit à errer solitaire comme la Lune dans la daina », comme Yima privé de son pouvoir et de ses trois charismes »Jean Haudry, Le mariage du dieu Lune, , 2001, .

Développements ultérieurs Mosaïque vignette|Pégase et Bellérophon (1840-1850), bas-relief de Julius Troschel à la Nouvelle Pinacothèque de Munich.

La Mosaïque de Bellérophon, d'époque romaine, découverte le à Nîmes lors de travaux, représente Bellérophon chevauchant Pégase et mettant à mort la Chimère ; elle est conservée au musée de la romanité de Nîmes..

Une mosaïque de pavement du fut découverte à Reims en 1938 lors de travaux dans la rue Jadart. Au centre, Bellérophon chevauche Pégase et terrasse la Chimère représentée ici comme un monstre bicéphale crachant des flammes. Le reste de la mosaïque est composée de losanges et de triangles encadrées de tresses dans une grande variété de coloris, Reims, musée Saint-Remi.Archéologia, , décembre 2018, ..

Peinture vignette|Bellérophon volant vers la gloireGiambattista Tiepolo (1746-1747) Palais Labia, VeniseUtpictura 18.

Littérature La légende a inspiré la tragédie lyrique homonyme de Lully, sur un livret de Thomas Corneille.

Jean de La Fontaine fait référence également à ce personnage mythologique dans L'Ours et l'Amateur des jardins, fable 10 du Livre Huit Des Fables.

Filmographie

Cinéma Dans le film Planète interdite de Fred McLeod Wilcox, sorti en 1956, le vaisseau des scientifiques naufragés porte le nom de Bellérophon, préfigurant ainsi sous forme d'indice l'attaque de la chimère née des cauchemars du seul scientifique survivant.

Dans le film Mission Impossible 2 de John Woo, sorti en 2000, l'équipe est aux prises avec une organisation voulant propager un virus exterminateur, la « Chimère », dont le seul antidote est appelé le « Bellérophon ».

Télévision En 2016, l'épisode 15 Bellérophon, l’homme qui voulait être dieu de la série Les Grands Mythes est centré sur lui.

Sciences La planète extrasolaire 51 Pegasi b fut initialement nommée « Bellérophon » d'après le personnage mythologique suivant la tradition d'attribuer un nom issu de la mythologie aux planètes de notre système solaire avant d'être finalement officiellement baptisée « Dimidium ».

Autres L'ouvrage de Federico Grisone, fondateur de l'école d'équitation napolitaine, est publié la première fois en français sous le titre "L'écuirie du Sir Frederic Grison..." en 1559, imprimé à Paris par Guillaume Auvray, rue Jean de Beauvais, et parait chez le libraire Charles Perier à l'enseigne du Bellérophon couronné. Ce dernier est alors l'un des quatre grands libraires jurés de la ville et de l'université de Paris. Il avait repris une affaire qui appartenait aux Wechel, dynastie de libraires originaires de Bâle et dont l'officine se trouva libre après le départ du fils André qui acheta en 1560 le fonds de l'imprimerie d'Henri Estienne. La marque utilisée par les Wechel sur leurs pages de titre représentait deux mains soutenant un double caducée que surmonte Pégase. . Tous les textes équestres produits sous l'enseigne du Belléphoron utilisent du matériel typographique des éditions Wecheliennes, des lettrines en bois taillées d'après Holbein et trois xylographies hippiques d'Hans Sebald Beham.

est le nom du navire britannique sur lequel embarqua après Waterloo en se plaçant sous la bienveillance de son plus constant ennemi, le Royaume-Uni. C'est sur ce navire qu'en 1815, il quitta définitivement le territoire français.

Notes et références Notes

Références

Annexes

Sources antiques (, 3, 2). Euripide, Sthénébée et Bellérophon (passim). (319-325). (, 150, 205). (57). (Olympiques, ; Isthmiques, ). Plutarque, Conduites méritoires de femmes. In Œuvres morales tome IV. Texte établi et traduit par Jacques Boulogne. Les Belles Lettres, 2002. Sophocle, Iobatès. Histoire d’Héraclée (en grec ancien ) de Nymphis d'Héraclée Inscription de Cyzique dans l’Anthologie palatine ().

Bibliographie . .

Études modernes 1955 : 1960 : 1995 :