vignette|320px|Vue de la sépulture. Le , né le à Nara et mort le est un régent et un homme politique de la Cour impériale du Japon durant la Période d'Asuka. Il joua un rôle majeur dans l'implantation au Japon du bouddhisme et d'éléments de la culture chinoise, notamment l'écriture et le système d'organisation gouvernementale Ritsuryō. Le Nihon shoki, l'une des principales sources biographiques de ce prince, le qualifie en premier de .

Au fil des générations, un culte dévotionnel s'est développé autour de lui, en tant que protecteur du Japon, de la famille impériale et du bouddhisme. Des personnalités religieuses clés telles que Saichō, Shinran et d'autres ont revendiqué une inspiration ou des visions attribuées à Shōtoku.

Dès le , il a été représenté dans de nombreuses œuvres artistiques, peintes, dessinées ou sculptées, et sur des billets de banque japonais au .

Biographie Shōtoku naît le à Nara. Fils aîné de l'empereur Yōmei, il est également connu sous le nom de prince Umayado (厩戸皇子, Umayado no ōjî) ou prince Kamitsumiya (上宮皇子, Kamitsumiya no ōji), est réputé être un enfant prodige. Sa mère était l'impératrice . Ses parents étaient tous deux des enfants de l'empereur Kinmei, mais de mères différentes. Lorsque la première impératrice, Suiko, monta sur le trône, Shōtoku est nommé sesshō (régent) et devient son assistant. Elle devient à la fois sa tante et sa belle-mère, car il épouse sa fille, la princesse Uji no Kahitako.

Selon le Nihon shoki, Shōtoku parvient à mettre en place un gouvernement centralisé durant son règne. En 603, il institue les douze rangs officiels à la cour.. La constitution de dix-sept articles, est également promulguée à la même période (elle lui est souvent attribuée, bien qu'aujourd'hui certains spécialistes, se basant sur le style du texte, doutent qu’il en soit l’auteur). En 607, il envoie une délégation dirigée par Ono no Imoko auprès de la dynastie Sui, en Chine.

Le prince Shōtoku est surtout connu pour avoir développé le bouddhisme au Japon. On lui doit des commentaires du Sūtra du Lotus, du Sūtra de Vimalakīrti et du Sūtra Shrimaladevi. Il ordonne aussi la construction du temple Shi Tennō-ji dans la province de Naniwa (Osaka). Pour accomplir cette construction, il fait venir des membres de la famille Kongō depuis la Corée, et, de cette façon, il joue un rôle central dans la formation de l’entreprise de construction Kongō Gumi, encore active de nos jours, après 1400 ans, cas unique à l’échelle mondiale.

Bien qu'il soit considéré comme le fondateur du bouddhisme japonais, on dit aussi que le prince respectait le shinto et ne visitait jamais les temples bouddhistes sans se rendre dans les sanctuaires shinto .

Il fait construire le temple Hōryū-ji dans la province de Yamato. Les documents conservés établissent que celui-ci fut fondé par l'impératrice Suiko et par Shōtoku en 607. Les archéologues modernes auraient découvert les ruines de l'antique palais du prince , Ikaruga-no-miya, sur le site du temple.

On attribue à Shōtoku la première utilisation du nom Nihon, qui désigne aujourd'hui le Japon. Dans une lettre qu'il aurait écrite au nom de l'impératrice Suiko destinée à l'empereur chinois Yangdi, on peut lire :

Il meurt le . Il est inhumé dans un kofun du bourg de Taichi dans la province de Kawachi (actuelle préfecture d'Osaka). L'accès étant interdit, leur caveau a été reproduit au musée préfectoral Chikatsu AsukaThe Chikatsu Asuka Museum (Osaka, 1999), ..

Épouses et descendance Princesse Uji Kahitako no Miko, fille de l'empereur Bidatsu et de l'impératrice Nukatabe (impératrice Suiko). Kashiwade no Hokikimi no Iratsume, fille de Kashiwade no Katabuko no Omi, mère de : princesse Tsukishine-hime no Miko, mariée à son demi-frère le prince Yamashiro no Ōe ; prince Hatsuse no Miko ; princesse Kuhata no Miko ; princesse Hatori no Miko ; prince Sakikusa no Miko ; prince Itoshiko no Miko ; prince Maroko no Miko ; princesse Umajako no Miko ; Soga Tojiko no Iratsume, fille de Soga no Umako, mère de : prince Yamashiro no Ōe no Miko (supposément assassiné en 643 par son cousin, Soga no Iruka) marié à sa demi-sœur Tsukishine-hime no Miko, dont il eut : prince Naniwa no Maroko no Miko ; prince Maroko no Miko ; prince Yuge no Miko ; princesse Sasa no Miko ; princesse Mishima no Miko ; prince Koka no Miko ; prince Ohari no Miko ; prince Takara no Miko ; prince Hiki no Miko ; princesse Kataoka no Oka ; Inabe no Tachibana no Miko, fille de Ohari no Miko, mère de : prince Shirakabe no Miko ; princesse Teshima no Miko ; princesse Pataute no Miko ; prince Toyosatomimi no MikoCette généalogie figure dans la biographie de Shōtoku Taishi, le Jōgū Shōtoku hōō teisetsu, rédigée entre les .. Noms et titres Le nom de naissance de Shōtoku est Umayado no ōji 厩戸皇子, littéralement : Le prince de la porte des étables (car il est dit être né en face d'une étable). Il est également désigné par plusieurs noms : ou ; dans le Kojiki; Umayado no ōji, ou encore Hossu-ō dans le Nihon shoki.

Les écrits les plus anciens dans lequel apparaît l'appellation «prince Shōtoku Taishi » (littéralement : Le prince vertueux et avisé) sont le Kojiki, (Chronique des faits anciens) (712), et le Nihon shoki (Chroniques du Japon) (720). Ceux-ci ayant été rédigés près d’un siècle après sa mort, sa biographie n’est pas très documentée.

Son nom est également mentionné dans le Kaifūsō, un recueil de poèmes un peu plus tardif (751), ainsi que dans de nombreux textes des époques Heian (794-1185) et Kamakura (1185-1333). Culte et légendes autour de Shōtoku Taishi vignette|250px|, réplique réalisée au à partir de la broderie originale du , faite à la demande de l'impératrice Suiko et de Inabe, veuve de Shōtoku Taishi, après la mort de celui-ci en 622, fragments, , temple Chūgū-ji, préfecture de Nara, Japon. vignette|Le prince Shotoku à l'âge de 14 ans, en pèlerin bouddhiste, , rouleau peint sur soie, Époque de Muromachi, Freer Gallery of Art, Washington D.C., États-Unis. Culte de Shōtoku Taishi Les historiens pensent que le culte de Shōtoku a commencé à se développer à partir de l’époque de Nara (710-794).

Parmi les artéfacts et œuvres d'art qui lui sont associés, il y a les deux épées sacrées considérées comme trésors nationaux, connues sous l'appellation «Heishishōrinken» et «Shichiseiken», qui figurent sur plusieurs représentations peintes du prince.

La plus ancienne broderie du Japon, connue sous le nom de 天寿国繍帳曼荼羅 (Mandala de la Vie éternelle dans les Cieux) a été réalisée à la demande de sa veuve Inabe et de l'impératrice Suiko, qui pleuraient sa disparition (voir illustration ci-contre).

La mystérieuse statue du bouddha caché (ou secret), 秘仏, dans le Hall des Rêves, Yumedono 夢殿, du temple Hōryū-ji, Guze Kannon 救世観音, est une représentation du prince Shōtoku. Elle aurait été réalisée peu après sa mort.

Pendant toute la période féodale (1185-1868), le culte autour de l'image du prince ne cesse de se développer. En tant que personnage historique, il est le plus représenté dans l'art japonais après Kobo Daishi, le fondateur de l'école bouddhique Shingon.

Le prince est aussi appelé le , et ce, depuis une époque remontant à moins d'un siècle après son décès. Autre point commun avec Çakyamuni, il est aussi désigné par le titre de (Roi du Dharma). Certaines sources le considèrent comme étant la réincarnation de la bodhisattva féminine Kannon (à l'instar du dalaï-lama), de Bodhidharma ou encore du Bouddha historique

Des religieux et des écoles bouddhiques considèrent Shōtoku comme leur saint protecteur, tels les moines Shinran et Nichiren, ou encore l’école Tendai.

La secte classique Taishi-ryū Shintō (太子流神道), dont Shōtoku serait le fondateur, est un syncrétisme de: shintoïsme, bouddhisme, confucianisme, bouddhisme ésotérique Mikkyō, de taoïsme (et peut-être aussi de Keikyō, une antique forme sino-japonaise de nestorianisme, dont le mihashira torii triangulaire serait un des vestiges). Le prince semble en outre être intégré dans un culte rendu à Tsukuyomi, dieu de la Lune et dieu d'immortalité (deux concepts ayant leur place dans une secte ésotérique).

Parmi les œuvres postérieures conçues pour l'adoration de Shōtoku Taishi, on distingue quatre grandes catégories. Il est représenté: - chantant des ; - faisant acte de piété Voir une des illustratrions dans la section «Galerie», sous-section « Sculptures».; - prêchant les ; - enfin en prince , dont fait partie le plus ancien portrait connu de Shōtoku, celui où il est accompagné de deux pages, dont l'un est probablement son fils, le prince YamashiroVoir l'illustration de l'infobox de cet article et la note qui s'y rapporte.. Mais le culte de Shōtoku Taishi a fortement diminué en intensité depuis le début de l'époque moderne, marquée par l'avènement de l'ère Meiji (1868-1912). Sa dernière représentation officielle a été sur les billets de banque de 5000 et la fin du (voir illustrations ci-dessous).

Le «coup de grâce», si l’on peut dire, sur le chemin de la désacralisation du prince, a été porté par une série animée humoristique japonaise, au début des années 2000. Shōtoku y est représenté en des termes peu flatteurs, loin des critères de l’hagiographie, début des années 2000.

A la fin du XIXe siècle, l’historien Kume Kunitake met en doute le rôle attribué à Shōtoku dans le Nihon shoki ; au XXe siècle, l’historien Sōkichi Tsuda montre que la Constitution en 17 articles n’est pas de Shōtoku Taishi ; Oyama Seiichi publie quant à lui une thèse en 1996 qui interroge son existence-même.

Légendes Ainsi que cela a été précisé précédemmentVoir section « Appellations multiples »., le nom de naissance de Shōtoku est Umayado no ōji 厩戸皇子, qui signifie Le prince de la porte des étables (étant dit être né en face d'une étable).

Concernant la version de l’étable, il est dit que sa mère, passant à proximité, fut pénétrée par la grâce des bouddhas et accoucha spontanément sans douleurs, sur le lieu même où, ultérieurement, sera construit le temple de (橘寺). Mais cette anecdote suscite la perplexité de certains historiens qui émettent plusieurs hypothèses, comme : - la mère du prince était en déplacement hors du palais le jour de l'accouchement; - des troubles politiques à la Cour l'avaient contrainte de quitter la résidence royale. L'historien japonais Kanzawa Teikan (1710-1795), époque d'Edo, écrit dans son ouvrage OkinagusaKanzawa Teikan, Okinagusa en plusieurs volumes, première édition en 1886, réédité en 1906 par Ikebe Yoshikata, difficile à se procurer : ; voir la page de couverture d'un des volumes sur books.google . Consulté le ., quelle dut accoucher hors du palais car il y avait un incendie ce jour-là. La ferveur religieuse, quant à elle, a conduit les fidèles à comparer la naissance de Shōtoku à celle du Bouddha historique -lui aussi né loin du palais royal- convaincus que l'impératrice Anahobe était imprégnée de la puissance mystique de Kannon (voire de celle des immortels taoïstes), ce qui expliquerait les pouvoirs surhumains du prince.

Le prince était un enfant prodige, capable de parler dès la naissance, de lire et écrire dès la petite enfance (d’où son prestige et son influence à la Cour, car la plupart des nobles et aristocrates japonais de l'époque étaient illettrés). Son intelligence était si vive et ses connaissances si vastes, qu’ il pouvait répondre à dix personnes à la fois, aux questions que celles-ci avaient simultanément formulées. Il comprenait tout et proposait à chacun une réponse adéquate.