La forclusion, traduction proposée par Jacques Lacan d'un emploi chez Sigmund Freud du terme de (pour « rejet »), désigne le mécanisme de défense à l'origine de la psychose.
Lacan forge ce concept dans les années 1950, quand il élabore sa théorie du symbolique. Avec la forclusion comme mécanisme de défense spécifique échappant au refoulement, il détermine une structure de la psychose séparée de celle de la névrose. Le signifiant fondamental du Nom-du-père est forclos : le phallus en tant que signifiant du complexe de castration est rejeté hors du champ symbolique du sujet.
De Freud à Lacan Selon Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis, Lacan se réclame de l'emploi que fait Freud dans certains textes du terme de (rejet) en relation avec la psychose et propose .
Pour Laplanche et Pontalis, la invoquée par Jacques Lacan au sujet de cette notion de « forclusion », telle qu'elle est proposée, appelle plusieurs remarques : des remarques terminologiques ainsi que des remarques sur la conception freudienne de la défense psychotique.
D'après le Vocabulaire de la psychanalyse, le verbe et le substantif seraient employés par Freud dans des acceptions variées qui pourraient se ramener à trois : 1) le « refus » sur le mode du refoulement, 2) le « rejet » en tant que (), 3) le sens qui va être mis en avant par Lacan, qu'on trouve par exemple dans Les psychonévroses de défense (1894), quand Freud parle d' . Mais le texte sur lequel Lacan va s'appuyer avant tout pour promouvoir la notion de forclusion est un passage de L'homme aux loups, où Freud observe chez le sujet la coexistence de plusieurs attitudes vis-à-vis de la castration rejetée (verworfen) ; Freud rapporte aussi une hallucination de son patient à l'âge de cinq ans.
D'autres termes que Verwerfung employés par Freud se rapprochent du concept de forclusion chez Lacan : (écarter, décliner), (supprimer, abolir), (dénier).
Tandis que dans les premiers textes freudiens, le mécanisme de la projection correspond chez le psychotique à un rejet d'emblée dans l'extérieur et non pas à un retour du refoulé inconscient, la projection est interprétée ultérieurement à un temps secondaire au refoulement névrotique et n'est plus considérée en ce sens comme le ressort essentiel de la psychose. Dans les « Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa : le président Schreber », Freud reconnaît plutôt que .
Dans ses derniers travaux, Freud centre davantage sa réflexion autour de la notion de ou « déni de la réalité » qu'il étudie dans le cas du fétichisme comme perversion apparentée à la psychose.
La forclusion chez Jacques Lacan En France, la définition donnée dans les années 1950 par Jacques Lacan de ce qu'il entend sous le terme de forclusion (Repudiation ou Foreclosure en anglais ; Verwerfung en allemand) est la suivante : (D'une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose, 1957)Roland Chemama (dir), Dictionnaire de la psychanalyse. Dictionnaire actuel des signifiants, concepts et mathèmes de la psychanalyse, Paris, Larousse, 1993, .. C'est en effet dans le cadre de sa théorie du « symbolique » que Lacan forge le concept de forclusion en s'appuyant notamment sur le texte freudien de L'homme aux loups. D'après le Vocabulaire de la psychanalyse, la notion lacanienne de forclusion désigne le .
Histoire du concept lacanien Selon Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Jacques Lacan introduit le terme de forclusion pour la première fois le dans la dernière séance de son séminaire sur les psychoses consacré à la lecture du commentaire freudien sur la paranoïa du juriste Daniel Paul Schreber.
Pour Roudinesco et Plon, on comprend mieux la genèse du concept lacanien de forclusion en la rapportant à l'utilisation que fait Hippolyte Bernheim en 1895 de la notion d'« hallucination négative » qui désigne . Freud n'a plus repris cette notion de Bernheim à partir de 1917, parce qu'à partir de 1914, il a proposé une nouvelle classification des névroses, des psychoses et des perversions dans le cadre de sa théorie de la castration.
En France, Édouard Pichon introduit quant à lui le terme de « scotomisation » pour désigner un mécanisme d' chez le sujet qui lui permet ainsi d'effacer de sa mémoire ou de sa conscience des faits désagréables. En 1925, une polémique oppose Freud et René Laforgue à ce sujet : Laforgue propose de traduire par « scotomisation » aussi bien le déni (Verleugnung) qu'un autre mécanisme relevant de la psychose. Freud refuse de suivre Laforgue, il continuera de distinguer la Verleugnung de la Verdrängung (refoulement).
Quand Édouard Pichon publie en 1928 avec son oncle Jacques Damourette un article « Sur la signification psychologique de la négation en français », le registre n'est plus clinique, mais linguistique : l'adjectif « forclusif » est emprunté au vocabulaire juridique : le locuteur n'envisage plus certains faits comme faisant partie de la réalité, lesquels faits sont donc forclos.
En 1954, Lacan entreprend d'actualiser cette question du forclusif et de la scotomisation à l'occasion d'un débat avec le philosophe hégélien Jean Hyppolite à propos de la que ce dernier a proposé de traduire par dénégation et non par négation. Lacan s'inspire aussi de la Phénoménologie de la perception de Maurice Merleau-Ponty, en particulier des pages sur .
Forclusion du Nom-du-père Pour appréhender la psychose, Jacques Lacan postule une lésion dans le champ de l’Autre : le Nom-du-Père y fait défaut. Il n’est pas refoulé mais forclos. N’étant pas articulé dans le symbolique langagier, quand il fait retour, il surgit dans un réel hors-sens. D’où la fréquence de l’appel à un imaginaire paternel dans le délireJean-Claude Maleval, La forclusion du Nom-du-Père, Seuil, Paris, 2000..
Avec le cas du Président Schreber, il est question du . Selon Lacan, . Il s'agit du père . Si le Nom-du-père vient à manquer, s'ouvre un trou dans le symbolique à la place de la signification phallique. Le père n'étant pas un signifiant, il ne peut être qu'une .
En 1987, Jacques-Alain Miller introduit la notion de « forclusion généralisée ». Elle désigne un trou structural dans le champ du symbolique qui implique l’absence de référence ultime. Elle vaut pour tout sujet parlantJacques-Alain Miller, La forclusion généralisée. La Cause du désir, 2018, 2, n°99, ., tandis que la forclusion du Nom-du-Père, forclusion dite alors restreinte, ne vaut que pour quelques-uns.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Bibliographie
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Jean-Claude Maleval, La forclusion du Nom-du-Père, Seuil, Paris, 2000,
Articles connexes Approche lacanienne de la psychose Nom-du-père (concept) Réel, symbolique et imaginaire Scotomisation Déni psychose
Forclusion Catégorie:Mécanisme de défense Catégorie:Psychose