Jean Lannes, duc de Montebello, né le à Lectoure (Occitanie) et mort le sur l'île de Lobau, en Autriche, à la suite des blessures reçues à la bataille d'Essling, est un général français de la Révolution et de l'Empire, élevé à la dignité de maréchal d'Empire en 1804 et inhumé au Panthéon en 1810.
Engagé volontaire en 1792, il fait ses premières armes sur le front pyrénéen, puis dans l'armée d'Italie où, général de brigade, il est remarqué par Bonaparte lors de la bataille du pont d'Arcole. Il participe ensuite à la campagne d'Égypte et est élevé au rang de général de division.
Lors de la seconde campagne d'Italie (1799-1800), il dirige l'avant-garde de l'armée française. Il remporte son plus grand succès à la bataille de Montebello le . Son intelligence et son aptitude au combat sont confirmées lors de la bataille de Marengo cinq jours plus tard. Il est ensuite ministre plénipotentiaire au Portugal où il se heurte aux diplomates britanniques et portugais. En 1804, Napoléon l’élève à la dignité de maréchal d'Empire et lui donne le commandement du cinquième corps de l'armée des côtes de l'Océan.
Il participe à la campagne d'Allemagne achevée à Austerlitz (). Ayant quitté l'armée à la dissolution de la Troisième Coalition, il est rappelé par Napoléon lorsque la Prusse déclare la guerre à la France et suit l'Empereur dans sa campagne de Prusse et de Pologne : après la bataille d'Iéna (), il est chargé de pourchasser l'armée russe de Bennigsen, qu'il écrase à la bataille de Pułtusk. Il prend part à la bataille de Friedland où il combat encore en infériorité numérique. Le , il est fait duc de Montebello puis envoyé en Espagne où il remporte la bataille de Tudela, puis mène le second siège de Saragosse.
En 1809, il participe à la deuxième campagne d'Autriche, durant laquelle Vienne est de nouveau prise par les Français. Mais le , durant la bataille d’Essling, le maréchal Lannes, après avoir vu son ami le général Pouzet se faire tuer d'une balle perdue, est frappé à son tour par un boulet de trois livres qui le blesse gravement aux jambes. Malgré les tentatives des médecins, il meurt le , à l'âge de .
Au cours de sa carrière, Lannes a démontré des qualités d'attaquant (Saragosse, Montebello), de chef d'avant-garde (Friedland, Aspern-Essling) ou de manœuvrier (Ulm, Iéna) qui en font, avec Davout, l'un des meilleurs commandants dont ait disposé Napoléon. Celui-ci dira de lui à Sainte-Hélène : .
Biographie Début de carrière vignette|gauche|La maison natale de Jean Lannes à Lectoure. vignette|Le petit Lannes, apprenti teinturier. Publicité du (entre 1884 et 1890), chromolithographie sur carton.
Jean Lannes est né le , de Jean Lannes, trafiqueur (c'est-à-dire bailleur rural et marchand agricole)Henri Sales, Les origines du maréchal Lannes, d'après des documents inédits, Bulletin de la Société archéologique du Gers, trimestre 1955, p. 279 Gallica et cultivateur, et de Cécile Fouraignan. Cinquième enfant d'une fratrie de six (il a quatre frères et une sœur), il naît à Lectoure, en Gascogne. L'aîné, Bernard, est doté d'une bonne instruction, entre au séminaire et devient prêtre. Jean, de son côté, commence des études, mais est mis en apprentissage chez un teinturier, son père ne pouvant subvenir aux dépenses. Selon une tradition rapportée par le poète agenais JasminJasmin, Les Papillòtos, Le Maréchal Lannes, il aurait participé à la plantation des ormeaux de la promenade du Bastion, sous lesquels sa statue sera érigée en 1834. À , il décide à la Révolution française de s'engager dans l'armée, ce qu'il fait définitivement en 1792, entrant dans le service avec apparemment le grade de sergent-major.
vignette|Jean Lannes en 1792, en uniforme de sous-lieutenant du 2e bataillon des volontaires du Gers par Paulin Guérin (1835), Versailles.|alt=
Comme bon nombre de ses camarades, il rejoint rapidement le de volontaires du Gers basé à Auch pour compléter son instruction, puis au camp du Mirail près de Toulouse, dirigé par le général Marbot, et où il côtoie Augereau, alors adjudant-général. Il est élu sous-lieutenant de ce bataillon le de cette même année, le lieutenant en étant le futur général Pouzet. Ce bataillon est affecté à l'armée des Pyrénées orientales, dans laquelle s'engagent également deux des frères de Lannes qui participe à la guerre du Roussillon.
À la mi-, le jeune sous-lieutenant se fait remarquer au poste de Saint-Laurent-de-Cerdans, proche du col de Coustouges. Les Gersois à peine arrivés sont délogés et mis en fuite par les Espagnols. Jean Lannes, dont c'est le baptême du feu, les harangue avec ardeur et réussit à rallier les fuyards pour retourner à l'offensive. Surpris, les Espagnols sont repoussés. Il montre la même ardeur dans la suite des opérations, notamment à la bataille de Peyrestortes, et est promu lieutenant le , puis capitaine à peine un mois après, le 21 ou le .
Il participe activement aux combats de Port-Vendres puis à Banyuls où il est blessé. Il est alors envoyé en convalescence à Perpignan. Au mois de décembre, le général Basset lui envoie une dépêche lui enjoignant de rejoindre l'armée« Mon cher ami, je sais que ta blessure va bien et qu'elle peut permettre de monter à cheval. J'ai besoin de toi ! », afin de lui confier le commandement du corps des grenadiers pour la bataille suivante. Celle-ci se tient à Villelongue. Longtemps indécise, elle tourne à l'avantage des Français quand ceux-ci prennent d'assaut une redoute puissamment fortifiée sur laquelle bute l'armée française, et l'empêche de prendre la ville. Le succès vaut à Lannes d'être nommé au rang de chef de brigade, afin de remplir les fonctions d'adjudant-général, peu de temps après (le ou le ).
Sa blessure n'est cependant pas totalement guérie, et après cet avancement il doit regagner Perpignan pour finir de se soigner. Il y rencontre sa future première femme Jeanne Josèphe Barbe Méric, souvent surnommée Polette, . Revenu sur le front pyrénéen, Lannes participe du au à la seconde bataille du Boulou, dans la division du général (et futur maréchal) Pérignon. Il y commande alors les et de volontaires du Gers. Puis il dégage le général Lemoine au combat de Ripoll lors de l'expédition du corps de Cerdagne. Après cet engagement, Lannes passe dans la division d'Augereau, désormais général. Le , il se marie avec « Polette ».
Lannes aurait ensuite été destitué par la purge royaliste d' entamée par François Aubry, mais serait reparti en tant que volontaire pour l'armée d'Italie. Toutefois en , à la suite du remaniement de l'armée des Pyrénées orientales par son nouveau commandant en chef, le général Schérer, Lannes est apparemment nommé à la tête de la de première formation, qui comprend les deux bataillons du Gers et le du d'infanterie (ci-devant Alsace). La division d'Augereau est transférée en Italie, où elle s'intègre dans l'armée d'Italie, commandée à partir de septembre par Schérer. Lannes se distingue à la tête de cette nouvelle unité lors de la bataille de Loano le , où il remplace dans le feu de l'action le général Banel, un « pays », blessé en menant sa colonne.
Première campagne d'Italie (1796-1797) Rencontre avec Bonaparte La réorganisation de l'armée d'Italie par le général Fabrefond prive Lannes de son commandement en versant les effectifs de la de première formation dans la de deuxième formation, dirigée par un officier plus ancien que lui. Il est également prévu qu'il quitte l'armée, comme d'autres officiers qui doivent être réformés à la suite de la réorganisation. Mais le nouveau commandant en chef Bonaparte prend sur lui de conserver ces officiers provisoirement.
Le , le généralissime remarque Lannes au cours de la bataille de Dego, où celui-ci s'illustre dans un combat acharné à la baïonnette pour la prise de cette ville. Il est alors nommé par Bonaparte à la tête de la de deuxième formation, qui vient de perdre son chef. À la suite d'une série d'erreurs d'intendance, Lannes prend finalement le commandement des et de grenadiers, ainsi que du de carabiniers. À la tête de l'avant-garde de l'infanterie, il est le premier à passer le Pô le , aux environs de Plaisance, à la bataille de Fombio. Puis à la bataille du pont de Lodi, , il s'avance en tête de ses troupes, suivant Dupas, sur le pont contre l'artillerie autrichienne.
À la suite de ces affrontements, un quatrième bataillon passe sous son commandement. Il est désormais l'un des officiers de valeur de Bonaparte, qui lui confie le soin de réprimer la révolte dans le village de Binasco le . À Pavie comme au premier siège de Mantoue, Lannes se distingue, aussi lui est-il confié la sécurité du quartier général, le mettant sous les ordres directs du général en chef. L'officier est à nouveau chargé de ramener l'ordre à Arquata début juin. Le , il doit soumettre le duché de Massa et Carrare avec trois cents grenadiers et soixante-quinze hussards.
Il fait preuve encore une fois d'un courage exemplaire au cours de la bataille de Bassano du . Il y est blessé, puis plus grièvement le à Governolo. Bonaparte demande alors que lui soit donné le grade de général de brigade. Malgré sa blessure, Lannes suit son chef dans sa lutte contre le Feldmarschalleutnant Alvinczy, ce qui conduit à la bataille d'Arcole.
Bataille d'Arcole
Les forces françaises tentent de prendre le village d'Arcole en franchissant l' par un pont sous le feu des forces autrichiennes. Dans les premiers assauts, Lannes est à la tête de deux bataillons de la 51e demi-brigade et tente de traverser ; ses troupes doivent reculer devant la violence du feu ennemi, et leur chef est blessé par deux fois. Il doit être transporté à l'ambulance de Ronco pour se faire panser.
À son retour, il repousse avec ses grenadiers les Autrichiens qui tentent de traverser le pont, profitant de la retraite des Français, et qui menacent gravement l'état-major de Bonaparte. Le général en chef tente alors de galvaniser ses hommes en se portant seul en avant, arborant le drapeau. À cheval alors que ses troupes sont à pied, recevant une troisième blessure, Lannes permet toutefois à Bonaparte de se dégager des troupes adverses, alors que le général en chef se retrouve entouré de toute part.
Certains ont raconté la scène d’une manière quelque peu différente, ainsi Jean-Claude Damamme :
Bonaparte reconnaît le caractère décisif et salvateur de cette action désespérée ; le , soit quatre jours après l’événement, il écrit au Directoire :
Le général en chef se fait même plus précis en écrivant à Carnot, membre du Directoire exécutif et grand spécialiste des questions militaires :
Pour remercier son nouveau général de brigade, Bonaparte lui remet le fameux drapeau qu'il a porté sur le pont, que le Corps législatif lui a renvoyé en l'honneur de sa victoire, et l'accompagne de ces termes : .
Lannes, soigné, ne prend part ni au combat du lendemain, ni à la victoire du ; il reprend des forces à Milan jusqu'au début 1797.
Fin de la campagne d'Italie Le général Lannes est envoyé à Bologne en , avec deux mille hommes, afin d'observer les troupes pontificales. À la suite des victoires de Rivoli et de La Favorite, il est rappelé pour rejoindre la division d'Augereau, et participe au combat d'Anghiari sous le commandement du général Bon. Lannes fait prisonnier quinze-cents hommes, cette victoire permettant la capitulation de Mantoue et du reste du nord de l'Italie.
À la suite de cette victoire décisive, Bonaparte peut se tourner contre l'armée pontificale, et lui envoie donc une expédition commandée par le général Victor, l'avant-garde étant sous le commandement de Lannes. Au début de février, la bataille de Faenza permet à cette expédition d'obtenir une capitulation rapide du pape, l'avant-garde parvenant à trois jours de Rome. Quelques jours avant le traité de Tolentino, le jeune Monaldo Leopardi, futur père de Giacomo rencontre le général Lannes et en relatera le ridicule et la violence dans ses mémoires.