Ludwig Andreas Feuerbach, né le à Landshut (électorat de Bavière), et mort le à Rechenberg, est un philosophe bavarois. Il est disciple, puis critique de Hegel et le chef de file (après Bruno Bauer) du courant matérialiste appelé hégélien de gauche auquel se sont joints Stirner, Marx, Engels et Bakounine. Sa critique de la religion et du courant philosophique de l'idéalisme allemand eut une influence considérable sur le mouvement du Vormärz. Biographie
Enfance et famille Ludwig Feuerbach est le quatrième fils du juriste Paul Johann Anselm von Feuerbach, l'un des juristes les plus importants de l'époque moderne en Allemagne, qui s'est notamment occupé de l'affaire Kaspar Hauser.
La mère de Ludwig Feuerbach, née Eva Wilhelmine Tröster (* 1774 à Dornburg/Saale, † 1852 à Nuremberg), vient d'un milieu modeste, bien qu'elle soit la petite fille d'un enfant hors-mariage de Ernest-Auguste de Saxe-Weimar-Eisenach.
Ludwig Feuerbach avait trois sœurs et quatre frères. Tous ses frères s'engagèrent dans les mouvements étudiants allemands des Burschenschaften, où l'on s'engageaient pour l'unification allemande et la liberté d'expression. Ces sociétés étudiantes constituaient l'une des principales oppositions à la Restauration. Il est établi que le jeune Ludwig Feuerbach était un sympathisant de ces mouvements étudiants, néanmoins, il n'existe pas à l'heure actuelle de preuves qu'il y ait participé activement.
Études et premières contributions à la philosophie Après des études secondaires dans sa ville natale, Ludwig Feuerbach part en 1823 étudier la théologie protestante à Heidelberg sous la direction de Paulus et de , ce dernier étant un ardent partisan de Hegel. L'année suivante, « déjà déchiré entre la théologie et la philosophie », et contre l'avis de son père, il décide de se rendre à Berlin suivre les cours de Hegel, et se passionne immédiatement pour la doctrine du maître. Il abandonne alors la théologie pour se consacrer définitivement à la philosophie, et, plus particulièrement, à la défense et à la propagation des idées hégéliennes.
Il passe son doctorat à Erlangen, soutenant la thèse De ratione una, universali, infinita (de la raison une, universelle et infinie), ce qui lui permet d'obtenir en 1828 un poste d'enseignant libre (privat-docent) à l'université de cette ville. La hardiesse de quelques-unes de ses théories lui suscite déjà de nombreux adversaires, et lorsqu'en 1830 il publie Pensées sur la mort et l'immortalité (Gedanken über Tod und Unsterblichkeit, Nuremberg) sans nom d'auteur, cet anonymat ne trompe personne. Il y critique les conceptions chrétiennes de l'âme ; reprenant avec talent les arguments des matérialistes, il refuse l'immortalité à la personne, ne l'accordant qu'à la Raison. Les réactions sont très vives, même de la part de quelques disciples d'Hegel, qui, effrayés par son athéisme, s'efforcent dans leurs professions de foi de repousser des conséquences qu'on pourrait tirer de leurs propres ouvrages. Après la polémique engendrée par cette publication, considéré par certains comme un ennemi juré de la religion, il doit quitter sa chaire en 1832, et, après plusieurs demandes de poste rejetées (la dernière en 1836), il se résigne à renoncer à toute carrière universitaire.
Critique de la religion et de la philosophie hégelienne vignette|294x294px|Demeure de Feuerbach à Rechenberg (Nuremberg) de 1859 à sa mort en 1872 En 1837, il épouse une riche héritière, Bertha Loew, dont il a deux filles, ce qui lui permet de se consacrer uniquement à ses écrits. Il s'installe alors à Bruckberg, en Bavière. En 1838–1839, il écrit plusieurs articles dans la revue des hégéliens de gauche Annales de Halle. Il y publie en 1839 la Contribution à la critique de la philosophie hégélienne qui marque sa rupture avec ce courant de pensée. Plusieurs livres essentiels suivent, mi-philosophiques, mi-religieux, où la religion est implicitement sacrifiée. Au premier rang de ces ouvrages vient l'Essence du christianisme, en 1841. Ce livre lui assure un grand succès, Friedrich Engels parlant « d'effet libérateur », notamment vis-à-vis de l'hégélianisme, et proclamant : « nous devînmes tout d'un coup tous des feuerbachiens ». Néanmoins, le livre de Stirner, L'Unique et sa propriété, qui paraît en 1844, porte de violents coups aux thèses feuerbachiennes. L'Homme qu'il exaltait comme dieu de l'homme est dénoncé comme une nouvelle transcendance, une nouvelle aliénation. Feuerbach écrira ensuite L'Essence de la foi dans l'esprit de Luther, et une série de cours à Francfort en 1848–1849. En 1845, L'Essence de la religion marque une inflexion vers le naturalisme. vignette|295x295px|Inscriptions sur la tombe de Ludwig Feuerbach au cimetière Saint-Jean, à Nuremberg En 1848, en tant que philosophe critique de la religion, il représente beaucoup pour les protagonistes de la révolution allemande de 1848. Des étudiants le pressent même de venir exposer les principes fondamentaux de sa philosophie. Il se rapproche alors du socialisme, et s'engage en politique. Il se présente aux élections de l'Assemblée nationale de Francfort, mais sans succès. Après l'échec de la révolution allemande et le retour en Allemagne de la Restauration, ses thèses perdent de leur influence dans l'opinion. À partir de 1860, ses conditions matérielles deviennent plus difficiles à la suite de la faillite de la manufacture de sa femme. Il doit alors quitter le château de Bruckberg, où il habite, pour rejoindre Rechenberg près de Nuremberg. Sa dernière grande œuvre s'intitule "Spiritualisme et Matérialisme", publiée en 1866. En 1868, il lit Le Capital de Marx et s'en enthousiasme. En 1870, il rejoint le Parti ouvrier social-démocrate (fondé un an plus tôt en 1869), ancêtre du Parti social-démocrate d'Allemagne.
Il meurt à Rechenberg, près de Nuremberg le . Il est enterré au cimetière Saint-Jean à Nuremberg.
Sa pensée Feuerbach considère que le Dieu personnel est une création humaine. Bien qu'il ne se définisse pas comme athée lui-même, il considère que l'athéisme n'est pas condamnable. Tout au contraire, pour lui la morale provient de la raison et la raison est humaine. Il considère que le divin se trouve dans l'essence de l'homme. Pour Feuerbach, croire en Dieu est le signe d'une aliénation de l'homme qui abaisse ses propriétés (liberté, conscience transcendantale, créativité, etc.) pour les projeter sur Dieu. Les déterminations divines sont les déterminations humaines absolutisées. . L'homme est donc dépouillé de sa vraie nature, rendu étranger à lui-même, c'est-à-dire, au sens propre, aliéné. La tâche de la critique de la croyance en Dieu est de restituer à l'homme son être perdu en Dieu. Dans les Principes, Feuerbach corrige le penchant anthropocentrique que comporte sa philosophie de l'homme, pour faire place à une « nature » non dépendante de la raison humaine, et, dans la Théogonie, les thèmes moraux deviennent prédominants comme dans tous les derniers écrits de Feuerbach. Critique La philosophie de Ludwig Feuerbach a été vivement critiquée par le philosophe et théologien catholique Henri de Lubac dans le Drame de l'humanisme athée (1944). Bibliographie Principales œuvres
publié originellement sans nom d'auteur ; Contenu dans ;
, recueil d'aphorismes ;
, où l'auteur essaie en vain de concilier sa philosophie avec la religion ;
Contenu dans
Thèses provisoires en vue d'une réforme de la philosophie (1843) ; L’Essence de la foi dans l’esprit de Luther (das Wesen des Glaubens im Sinne Luther's), Leipzig 1844 ;
Contenu dans Théogonie (1857) ; Spiritualisme et Matérialisme (1858). ;
Sur Feuerbach
(Gallica)
(Gallica)
: Ludwig Feuerbach, in seinem Briefwechsel und Nachlaß sowie in seiner philosophischen Charakterentwicklung dargestellt. 2 Bände. C. F. Winter, Leipzig 1874. (Digitalisate: Band 1, Band 2) Adolph Kohut: Ludwig Feuerbach. Sein Leben und seine Werke, nach den besten, zuverlässigsten und zum Teil neuen Quellen geschildert. Mit ungedruckten Briefen von Ludwig Feuerbach und Anselm Ritter von Feuerbach. F. Eckardt, Leipzig 1909.
Werner Schuffenhauer: „Vorwort zu den Gesammelten Werken Ludwig Feuerbachs“, in: Ludwig Feuerbach: Gesammelte Werke, Band 1, Zweite, durchgesehene Auflage, Berlin 2000, : Ludwig Feuerbach, Denker der Menschlichkeit. Aufbau Taschenbuch Verlag, Berlin 2004, ; Neuausgabe Lambert Schneider Verlag, Darmstadt 2011, . Hommages Une place à Kharkiv porte son nom. Notes et références
Liens externes
Catégorie:Philosophe du royaume de Bavière Catégorie:Personnalité critiquant les religions Catégorie:Philosophe athée Catégorie:Étudiant de l'université de Heidelberg Catégorie:Étudiant de l'université Friedrich-Alexander d'Erlangen-Nuremberg Catégorie:Naissance en juillet 1804 Catégorie:Naissance à Landshut Catégorie:Naissance dans l'électorat de Bavière Catégorie:Décès en septembre 1872 Catégorie:Décès en Bavière Catégorie:Décès dans le royaume de Bavière Catégorie:Décès à 68 ans