Sophie Krausz (née le à Saint-Denis dans le département de la Seine) est une archéologue française, spécialiste de Protohistoire européenne. Ses recherches portent sur les systèmes politiques de l'Âge du bronze et de l'Âge du fer, et principalement sur la naissance de l’État. Elle est spécialiste des fouilles d’oppida et de fortifications.
Maître de conférences à l’université Bordeaux-Montaigne, elle est depuis le octobre 2018 la directrice des Éditions Ausonius.
Biographie Formation Passionnée de langues et civilisations anciennes, Sophie Krausz a commencé à faire des fouilles archéologiques à l’âge de 13 ans en Picardie. Ses premiers chantiers ont été la nécropole médiévale de l’église Saint-Pierre de Senlis (Oise), le site gallo-romain de Champlieu (Oise) et surtout le campement magdalénien de Verberie (Oise) où elle a fouillé pendant plusieurs années (1978-1981). À partir de cette expérience, elle s’intéresse plus particulièrement à la Préhistoire et à la faune. Pour diversifier son expérience de terrain, elle fouille en 1980 et 1981 sur les chantiers urbains de Chartres (Eure-et-Loir), première expérience en région Centre. Elle entre à l’université de Paris 1 en septembre 1981 puis est accueillie en 1982 sur le chantier archéologique de Levroux (Indre), l’un des chantiers-écoles de son université. Elle y rédigera sa maîtrise « Les ossements animaux du Village des Arènes à Levroux (Indre). Le terrain Lacotte. Contribution à l'étude de la faune à La Tène finale » (1985), puis son DEA « Objets en os de l’âge du Fer » (1986), enfin sa thèse d’archéozoologie « Les ossements animaux du Village gaulois des Arènes à Levroux (Indre). Une analyse spatiale." sous la direction d'Olivier Buchsenschutz (23 avril 1992). Le 11 décembre 2014, elle soutient à Paris 1 son Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) : « Des communautés paysannes à la naissance de l’État : trois modèles de formation des systèmes politiques du Néolithique à l’âge du Fer dans le centre de la France ».
Carrière professionnelle et fouilles archéologiques Après une carrière de 21 ans à l’AFAN et à l’INRAP, Sophie Krausz a été élue en 2004 à l’université Bordeaux Montaigne au Département Histoire, section Histoire romaine. Elle est depuis cette date chercheur du laboratoire UMR5607 Ausonius. Elle a réalisé de nombreuses fouilles en France et à l’étranger sur des sites de l’âge du Fer, principalement sur des habitats et des fortifications.
Archéologie préventive Sophie Krausz commence sa carrière professionnelle en 1984 avec l’Association pour les fouilles archéologiques nationales (AFAN) sur le chantier du Grand Louvre à Paris, Cour Napoléon. À partir de cette date, elle a occupé différents postes d’archéozoologue et de responsable d’opérations à l’AFAN puis à l’INRAP jusqu’en 2005, en particulier à Levroux (Indre), à Châteauroux (Indre) et dans l’ensemble de la région Centre Val de Loire. De 1996 à 2005, elle est coordinatrice des opérations archéologiques sur l’autoroute A85 (Tours-Vierzon) et responsable du diagnostic archéologique sur 100 km, soit . Elle est l’auteur de plus de 100 rapports d’opérations préventives, fouilles et diagnostics.
Fouille programmée sur le site néolithique de Moulins-sur-Céphons À la suite de sondages réalisés en 1986Krausz S., Constantin C. 1995 — Un site d’habitat de la culture d’Artenac à Moulins-sur-Céphons (Indre). Bulletin de la Société préhistorique française, 1995, 92, 3, p. 346-352. sur le site des Vaux à Moulins-sur-Céphons, Sophie Krausz est responsable de la fouille programmée sur l’habitat monumental du Néolithique final de la civilisation d’ArtenacKrausz S. ; Hamon T. 1999 —Les grands bâtiments de Moulins-sur-Céphons « Les Vaux » (Indre), In : Agogué O., Leroy D., Verjux C. (dir.) : Les premiers paysans en région Centre (5000-2000 av. J.-C.), AREP Centre éditions, Orléans, p.68-69.Krausz S. ; Hamon T. 2007— Le site des Vaux à Moulins-sur-Céphons (Indre) : aspects préliminaires, In : Agogué O., Leroy D. et Verjux C. dir : Camps, enceintes et structures d'habitat néolithiques en France septentrionale, colloque interrégional sur le Néolithique, Orléans, 19-21 novembre 1999, p. 241-256.
L’oppidum celtibère de Valdeherrera (Aragon, Espagne) L’oppidum de Valdeherrera est situé sur la commune de Calatayud dans la province d’Aragon, à environ 2 km de la sortie sud-ouest de la ville actuelle et à 7,5 km au sud de l’agglomération antique de Bilbilis, lieu de naissance du poète Martial. Cette agglomération fait l’objet d’un programme de fouille depuis plus de trente ans, dirigé par l’équipe du Professeur Manuel Martin-Bueno de l’université de Saragosse. En 2005, à la demande de cette équipe, Sophie Krausz a collaboré à un nouveau programme de recherches sur les phases d’occupation anciennes de ce secteur. Le projet de prospection s’est déroulé de 2005 à 2009, en collaboration avec l’université de Saragosse, le laboratoire Ausonius-université de Bordeaux Montaigne associé à l’université de La Rochelle pour les prospections géophysiquesMartin Bueno, M., C. Saenz Preciado, S. Krausz et V. Mathe 2009 —La ciudad celtiberica de Valdeherrera (Calatayud, Zaragoza). Prospecciones geofisicas, Salduie, Estudios de Prehistoria y arquaologica, 9, 2009, p.419-439.Krausz S., Mathe V., Druez M. 2012 —Des prospections géophysiques et pédestres sur l’oppidum celtibère de Valdeherrera (Calatayud, Aragon), Aquitania 28, p. 7-17.. Ce programme a permis de réaliser une série de prospections en préalable à la mise en place d’un projet de fouilles archéologiques. L’objectif de ces prospections s’est concentré sur une approche globale et non destructive du site, de manière à établir les grandes orientations de son organisation interne ainsi que des éléments de datation pour son occupation.
À la suite des campagnes de prospections pédestres et géophysiques, le site de hauteur de Valdeherrera est aujourd’hui mieux cerné. La reconnaissance du tracé du rempart permet d’estimer sa surface totale entre 44 et 50 ha, ce qui en fait l’un des plus vastes sites de la région celtibère. Deux portes ont été localisées avec certitude, l’une au sud, l’autre à l’ouest. La prospection géophysique a mis en lumière leur architecture radicalement différente et il est probable que leurs fonctions l’étaient également : la porte sud montre des aménagements résolument défensifs, alors que la porte Est est une entrée monumentale, peut-être l’entrée principale du site, du côté du rio Jiloca. Sa fonction défensive n’est pas assurée étant donné sa largeur de 20 m qui la rapproche des grandes portes des oppida celtiques européens. À l’intérieur du promontoire, les prospections géophysiques ont partout montré la présence de structures archéologiques qui appartiennent à des bâtiments, des voiries ainsi qu’à des structures artisanales ou des foyers domestiques. Une des informations des plus intéressantes est la présence récurrente d’un axe Nord-sud/Est-ouest selon lequel la plupart des constructions sont aménagées. Cet axe suit l’orientation générale du promontoire de Valdeherrera et l’existence d’une voie centrale organisant cette orientation est très probable. En l’absence de fouilles plus développées actuellement, il n’est pas encore possible d’attribuer une datation à la mise en place de cette trame urbaine, mais on peut cependant poser comme hypothèse qu’elle correspond à la phase d’extension principale de l’occupation du site, qui se situe probablement entre les et s. a.C.
Programme archéologique sur l’oppidum de Châteaumeillant (Cher) Sophie Krausz a débuté le programme de fouilles de Châteaumeillant en 2001 et plusieurs programmes triennaux autorisés par l’État se sont succédé sans interruption :
Le premier programme (2001-2006 : fouille A) s’est concentré sur l’architecture et la chronologie des fortifications celtiques dont la publication monographique est parue en 2007 dans la version électronique de la Revue Archéologique du Centre de la France. Ces fouilles ont permis d’une part de revoir et de réviser partiellement la stratigraphie des remparts et de l’habitat entrevue dans les années 1950, d’autre part de découvrir un énorme fossé situé à l’avant du rempart massif, au sud de l’oppidum.
Le second programme s’est déroulé entre 2007 et 2009 (fouille B) et il s’est porté dans un autre secteur de Châteaumeillant, là où des fosses remplies d’amphores complètes ont été mises au jour depuis plus d’un siècle. Il a été motivé d’abord par l’évaluation des conditions de conservation de l’habitat celtique situé au nord de la fortification. Ensuite, il a permis de découvrir une occupation de La Tène C et D d’une grande densité, présentant des éléments de paléosols piégés et de très grandes fosses remplies d’un riche mobilier. L’une des principales surprises est l’absence totale de structures bâties postérieures à La Tène. L’oppidum offre dans ce secteur une conservation particulièrement remarquable, rarement rencontrée dans un site de ce type.
Le troisième programme (2010 à 2012 : fouille C) s’est concentré sur la structuration et la chronologie des habitats laténiens successifs et l’approche de l’organisation spatiale. Au cours des années 2011 et 2012, la fouille sécurisée de deux puits a été réalisée.
Le quatrième programme (2013-2015, zones D et E) a permis de terminer la fouille des puits et de mieux comprendre l’organisation spatiale de l’habitat qui s’étend des années 180 a.C. au s. p.C.
le cinquième programme (2016-2018) a été consacré exclusivement à l’exploration des remparts gaulois de Châteaumeillant. Il a permis de mettre en évidence le plus ancien des remparts, le murus gallicus construit vers 100 a.C. Ce rempart à poutrage en bois mesure 6 m de largeur et comprend un parement en pierres soigneusement taillées dans du grès de Châteaumeillant. Au milieu du s a.C., les habitants de Châteaumeillant ont construit une nouvelle fortification, un énorme rempart en terre noyant le murus gallicus. Ce rempart massif est précédé d’un fossé de 45 m de largeur et il constitue la plus grande fortification celtique explorée en Europe aujourd’hui. La fouille réalisée en 2018 a montré que le rempart massif de Châteaumeillant n’était pas un simple talus de terre. Il est au contraire un ouvrage de haute technologie, élaboré par des architectes et ingénieurs gaulois qui connaissaient la mécanique et la résistance des matériaux qu’ils pouvaient prélever sur place pour construire cet ouvrage militaire contre l’armée de Jules CésarBuchsenschutz O., Krauss S. 2019— « Agglomérations de plaine et oppida des Bituriges, Carnutes et Turons (- s. av. J.-C.). », in Fichtl S., Barral P., Pierrevelcin G., Schönfelder M. (dir.) : Les agglomérations ouvertes de l’Europe celtique (- s. av. J.-C.), Table-ronde internationale, Glux-en-Glenne 28-30 octobre 2015, Strasbourg, Mémoires d’Archéologie du Grand Est, MAGE 4, p. 135‑148.Krausz S. et Millereux C. 2019 — Les fortifications celtiques de l'oppidum biturige de Châteaumeillant-Mediolanum (Cher), Bulletin de l’Association Française pour l’Étude de l’âge du Fer, n°37, 71-74.Krausz S. 2021— Les remparts de l’âge du Fer ont-ils été construits pour la guerre ou pour la paix ? Les espaces fortifiés à l’âge du fer en Europe, colloque de l’AFEAF, Le Puy-en-Velay, 30 mai-2 juin 2019, sous presse.Krausz S. et Ralston I . 2021— Les remparts massifs de l’âge du Fer de la France aux Iles Britanniques, Les espaces fortifiés à l’âge du fer en Europe, colloque de l’AFEAF, Le Puy-en-Velay, 30 mai-2 juin 2019, sous presse..