Les ateliers de poterie antique de Lezoux sont un site de production de poterie gallo-romain à Lezoux dans le département du Puy-de-Dôme en Auvergne (région Auvergne-Rhône-Alpes), France.
En activité à partir du , ces ateliers de la Gaule du centre sont dès leur période précoce l'un des relais de l'expansion de la sigillée en Gaule et en particulier vis-à-vis des ateliers de la Graufesenque en Gaule du sud, plus gros centre de production potière du monde romain vers le milieu du avant que Lezoux ne prenne cette place - pour une durée plus longue.
Au tournant du un glissement s'opère depuis la Gaule du sud vers les ateliers de la vallée de l'Allier en Gaule du centre pour ce qui concerne la production de poteries ; Lezoux connaît alors une expansion maximale au et supplante la Graufesenque, devenant à son tour le principal centre de production de poterie. Son envergure décroît à partir du , jusqu'au .
Toutes périodes confondues, les installations artisanales couvrent plus de , qu'il faut envisager comme un site d'ateliers groupés plutôt que comme une agglomération ; plus de 500 fours y ont été trouvés de façon certaine et 300 autres fours sont probables. Le répertoire de leurs décorations est à la fois différent et plus riche que celui de la Graufesenque.
Lezoux potier a des satellites importants avec lesquels les échanges sont - dans certains cas et pour certaines périodes - intenses, et qui forment le groupe de Gaule centrale avec du sud au nord : les Martres-de-Veyre, Terre-Franche près de Vichy, Lubié-Lapalisse, Saint-Rémy-en-Rollat et Toulon-sur-Allier.
Situation géographique Lezoux est entre la plaine de la Limagne à l'ouest et le plateau de la « Varenne de Lezoux » à l'est. La Varenne de Lezoux est une zone de contact entre la Limagne et le nord du Livradois.
La rivière Allier est à à l'ouest, la Dore à à l'est Couches « Cartes IGN classiques », « Limites administratives » et « Hydrographie » activées..
Dans une plus large perspective, Clermont-Ferrand, le chef-lieu de la civitas gallo-romaine, est à environ à l'ouest, Thiers à à l'est, Lyon à à l'est, Moulins à au nord. Les distances par route entre deux points donnés sont calculées dans le panneau latéral (voir l'onglet en haut à gauche de l'écran) – cliquer sur "Itinéraires"..
Situation géologique Selon la carte géologique locale Couche « Géologie » activée., Lezoux est installé sur une couche d'alluvions Fs. (gris à petit pointillé), entourée au nord-ouest, ouest, sud-ouest, sud et sud-est par une ceinture C2 (marron clair) de colluvions indifférenciées faites de sables et biocailles sur substrat non différencié.. La couche Fs correspond à une terrasse alluviale ancienne de la Dore, appelée « formation des sables et argiles des Girauds Faures » Couches « Cartes IGN classiques », « Limites administratives » et « Hydrographie » activées.. Cette couche Fs, d'épaisseur généralement inférieure à , est faite de sables en général jaunâtres, à grains grossiers, incluant des éléments de quartz de de diamètre environ. Elle surmonte une couche d'argiles sableuses. Le rapport du BRGM à la suite d'une dizaine de sondages effectués sur la zone, indique que l'argile sous-jacente est différente pour le sondage S10, qui contient très peu d'éléments sableux ; ce sondage S10 est celui le plus au sud et le plus proche de Préfrechat et de Lezoux.
La couche C2 est elle-même ceinturée par des colluvions argilo-calcaires des bas-versants dérivées du substrat marneux (CRgM, couleur écru), formées à partir de terrains oligocènes et d'une épaisseur supérieure à .
Au sud, entre la D229 (route de Moissat) et la D20 (route de Ravel), se trouve une plage de « complexes » de Limagne. (K, gris uni) : des colluvions marneuses additionnées d'alluvions, qui correspondent à d'anciens marais. Une coupe-type de la couche K montre un sol isohumique surmontant une couche d'alluvions, sables et graviers où dominent des minéraux d'origine volcanique, puis une formation argilo-calcaire de d'épaisseur, meuble mais compacte, à première vue très homogène, de couleur beige ou grise s'éclaircissant en profondeur. En dessous se trouvent des marnes..
Les ateliers de poterie se trouvent sur une bande argilo-sableuse orientée plus ou moins nord-sud. Localement, une épaisse couche d'argile de l'Oligocène, souvent jaune, se trouve sous le sol. Elle est si homogène qu'il n'est pas possible de déterminer les lieux exacts d'extraction.
Le laboratoire de géologie de Clermont-Ferrand a analysé des prélèvements dans une carrière d'argile en activité entre Ravel et Neuville à au sud-est de Lezoux. Cinq niveaux d'argile différents sont présents sur de hauteur.
Situation historique Un atelier de potier nécessite principalement de l'argile, de l'eau, du combustible, et un marché. L'approvisionnement en argile est exposé dans la section précédente. L'eau est disponible dans une nappe phréatique existant sur tous les sites d'ateliers de Lezoux, à une profondeur de ; des puits y donnent accès. Pour le combustible, l'espace entre les ateliers est fait de vastes zones inhabitées, peut-être occupées par des cultures vivrières car elles semblent trop petites pour être occupées par des bois ; mais au nord et au sud-est du village se trouvent de vastes zones inhabitées, qui ont pu correspondre à des massifs boisés. Il reste d'ailleurs encore de nos jours quelques bois sur ces surfaces.
La question de marché commercial est plus complexe. En règle générale, un marché rural est plus important dans les zones de contact de régions complémentaires : montagnes-plaines, ou bien des cités différentes, des lieux de rencontres importants souvent culturels. Pour ce qui est du marché local, Lezoux est en marge d'une zone de fort peuplement qui s'étend du côté de l'Allier à l'ouest, avec des vestiges importants trouvés à Joze (à au nord-ouest en rive gauche de l'Allier) et à Pont-du-Château (), et bien sûr à Clermont-Ferrand à au sud-ouest ; à l'est, dans les Varennes de Lezoux, l'habitat est très peu nombreux. L'extraordinaire développement de la poterie de Lezoux n'est donc pas dû à un lieu d'installation originel à fort potentiel. Sur ce point, voir plus bas les sections « Choix des lieux : l'implantation des ateliers » et « La diffusion ». Mais dans tous les cas de figure, pour permettre un tel développement il a fallu des moyens de transport, une situation pas trop excentrée et la possibilité de contacts et d'échanges avec d'autres ateliers.
Se basant sur la soudaineté du démarrage des ateliers de Lezoux dès la première phase de production au tournant du , Ph. Bet (1999) et d'autres archéologues (Delage...) pensent que leur établissement a été le résultat de la volonté de riches entrepreneurs financiers afin de s'imposer sur le marché de la céramique.
Transport fluvial
Le site se trouve à de la rive droite (côté Est) de l'Allier. De son nom antique Elaver, la rivière était utilisée par les potiers de Lezoux et de Terre-Franche. On rencontre assez souvent l'expression « groupe des ateliers de la vallée de l'Allier », qui n'est pas loin de désigner le groupe des ateliers de Gaule centrale.
Préciser que depuis le Néolithique, la navigation fluviale est le principal moyen de déplacement - surtout pour les objets lourds. Le coût du transport par voie terrestre est particulièrement élevé ; il est donc souhaitable que l'atelier soit à proximité d'une voie d'eau.
Transport routier
Les grands axes routiers suivent dans les grandes lignes l'orientation des voies d'eau et, en quelque sorte, sont leurs doublures..
Généralement, les grands centres de production (poterie, métal, etc) sont situés à proximité des routes. On peut citer Arleuf (ferriers, bas-fourneaux, atelier de forge), Beaune (ferriers), Boncourt-le-Bois, Domecy-sur-Cure (atelier de potiers), Mellecey (artisanat du bronze), Voutenay-sur-Cure (ferriers) ou Palleau (ferriers), Gueugnon (atelier de forge s en plus de l'important atelier de potiers)
Bet & Vertet (1985) donnent Lezoux proche d'un axe routier : la voie Lyon-Bordeaux. En réalité, le trajet Lyon-Bordeaux traverse Augustonemetum (Clermont-Ferrand) et peut se faire par deux voies : l'une passe largement au nord de Lezoux par Olhat, Biozat et Vichy ( au nord) ; l'autre passe au sud de Lezoux par ( au sud-est), puis près de Billom ( au sud) et par Pérignat ( au sud-ouest).
Carrefour régional
Lezoux est dans l'est de la Gaule aquitaine, dans le nord de la civitas des Arvernes (avec sa capitale l'oppidum de Corent à au sud-ouest). Il n'est pas situé sur une limite administrative mais la Gaule lyonnaise commence à quelque à l'est ; la Gaule narbonnaise n'est guère plus loin au sud.
Proximité des grands centres de production
Localement, Lezoux antique est relativement isolé : à l'écart des voies principales et hors de la zone fortement peuplée. Mais il est au cœur du groupe d'ateliers de poterie antique de la Gaule du centre.. Terre-Franche (lui aussi en bordure de l'Allier, près de Vichy, à au nord), Toulon-sur-Allier ( au nord, près de Moulins), Lubié (près de Lapalisse, au nord-est), les Martres-de-Veyre ( au sud-ouest, également en bordure de l'Allier), Cournon-d'Auvergne (atelier des Queyriaux en rive gauche de l'Allier, au sud-ouest)… , l'atelier de poterie antique de la Graufesenque (Millau), plus lointain, est à au sud : il fait partie du groupe d'ateliers de la Gaule du sud - ce qui n'a pas empêché les échanges pendant un temps.
Historique des découvertes et fouilles L'arrêt des fouilles sur la ZAC de l'Enclos est fouillée en 1987 permit au centre archéologique de décupler son activité et d'avancer considérablement dans la connaissance de la céramique lézovienne, en renouvelant la recherche. Il a permis la réalisation de plusieurs thèses, de DEA et de nombreuses maîtrises.
Plusieurs dizaines de fours sont découverts au vers les années 1773-1780, à l'occasion de travaux sur la propriété de M. de Chazerat près de Ligonne, à environ au nord de Lezoux (juste au sud de l'échangeur « Lezoux » de l'autoroute A89). Jusqu'en 1958 (pendant environ 170 ans), de multiples collectionneurs et antiquaires effectuent des fouilles sauvages. Quelques-uns des auteurs de ces recherches désordonnées laissent leur nom à la postérité, mais pratiquement aucune publication.
La seule lumière dans cette longue période d'ombre est le A.-E. Plicque, qui étudie les sites potiers de Lezoux de 1880 à 1885 — période qui est aussi celle de la découverte de la Graufesenque — et fait quelques publications.
Il rédige aussi un catalogue de marques : Étude d'épigraphie céramique gauloise, gallo-romaine et gallo-grecque, d'après les documents inédits recueillis à Linsannum [Lezoux], Nemetum [Clermont-Ferrand] et autres localités arvernes ; dans lequel il inclut cependant beaucoup de noms rutènes (de la Gaule du sud).
Il aurait trouvé près de de potiers (Ph. Bet et H. Vernet pensent qu'il se référait vraisemblablement aux graphies, pas aux noms à proprement parler) sur quelque fragments estampillés, et plus de fours.
Avec de multiples fouilles et acquisitions, Plicque élargit le champ des recherches et constitue une grosse collection, acquise à terme par de grandes institutions (dont le musée des Antiquités de Saint-Germain-en-Laye, qui en acquiert la plus grande partie).
Essentiellement quoiqu'indirectement grâce à lui, apparaissent des travaux plus scientifiques. Sa collection est à l'origine de plusieurs travaux fondamentaux, le premier de ceux-ci étant l'ouvrage encore de nos jours incontournable de , dans lequel 53 pages sont consacrées à la Graufesenque (chap. 3, ), 65 pages à Lezoux (chap. 5, ) et 21 pages à Banassac et Montans (chap. 4, ).
Vers le milieu du , quelques amateurs tels que J. Martin et Ch. Fabre publient quelques articles ou petits ouvrages, ce qui développe l'intérêt local et aboutit à la création du Comité Archéologique de Lezoux à la fin des années 1950, puis d'un musée municipal contrôlé.