Le soutien social est un concept en psychologie dans lequel un individu reçoit de son environnement social l’information qu’il est aimé, estimé, valorisé et qu’il appartient à un réseau de communication au sein duquel les individus sont soumis à des obligations mutuellesCobb, S. (1976). Social Support as a Moderator of Life Stress: Psychosomatic Medicine, 38(5), 300‑314. https://doi.org/10.1097/00006842-197609000-00003.

Ce concept fait l’objet de nombreuses conceptions qui rendent difficile son appréciation de façon consensuelle. Les chercheurs le décomposent en plusieurs dimensions, variables selon les auteurs, permettant de mieux l’étudier. Certains penchent en faveur de l’idée qu’il se caractérise par l’intégration sociale, le soutien reçu et la perception du soutien social (Barrera, 1986, Streeter et Franklin, 1992)Beauregard, L., & Dumont, S. (2005). La mesure du soutien social. Service social, 45(3), 55‑76. https://doi.org/10.7202/706737ar, tandis que d’autres considèrent que pour appréhender le soutien social il faut le décomposer en trois autres dimensions : les ressources du réseau de soutien, les comportements de soutien et l’appréciation du soutien (Vaux, 1988, 1992 ; Vaux et al, 1986).

Malgré ces difficultés de conceptions, il est utilisé dans plusieurs recherches de psychologie et domaines, notamment concernant ses effets sur le stressDwyer, A. L., & Cummings, A. L. (2001). Stress, Self-Efficacy, Social Support, and Coping Strategies in University Students. Canadian Journal of Counselling and Psychotherapy, 35(3), Article 3. https://cjc-rcc.ucalgary.ca/article/view/58672..

Effet protecteur En sciences cognitives, Lazarus et Folkman (1984) Butler, G. (1993). Definitions of stress. Occasional paper (Royal College of General Practitioners), (61), 1. définissent le stress comme le produit d’une évaluation cognitive inconsciente des stimuli émis par l’environnement et impliquant un danger pour le bien-être. L’individu estime que l’environnement devient dangereux pour lui lorsqu’il ne dispose pas des ressources nécessaires pour y faire face. Le stress correspond ainsi à une réaction signalant cette absence de ressources pour s’adapter à la situation, ce qui peut alors mener à un état de détresse.

Stresseurs et quelques effets Différents éléments peuvent être sources de stress tout en se cumulant. Israel et al. (2002)Israel, B. A., Farquhar, S. A., Schulz, A. J., James, S. A., & Parker, E. A. (2002). The relationship between social support, stress, and health among women on Detroit’s East Side. Health Education & Behavior, 29(3), 342-360. en citent deux particulièrement importants du fait de leurs effets sur la santé : Les événements de vie, perturbant la vie quotidienne et faisant appel à différents types de réponses adaptatives. Parmi ces événements on peut citer des événements majeurs tels que le mariage, le décès d’un proche, etc. Selon Felner et al. (1983), ces facteurs de stress ont d’autant plus d’effet qu’ils peuvent eux-mêmes déboucher sur d’autres expériences stressantes, ce qui rallonge les périodes d’adaptation et augmentent les efforts à mettre en place. Les stresseurs chroniques, considérés comme plus discrets, qui sont des difficultés ou problèmes auxquels on est confronté sur une durée importante, comme les tracas quotidiens, une charge très importante de travail, le racisme, la pauvreté, etc.

Toutefois, tous ces événements ne sont pas considérés unanimement comme stressants selon la perception de chacun, les individus n’y réagissant ainsi pas de la même manière (Dwyer & Cummings, 2001).

De nombreuses études se sont intéressées aux effets du stress sur la santé, souvent considérés comme délétères, notamment pour les « stresseurs » chroniques, qui seraient associés à de nombreuses causes de mortalité et morbidité (hypertension, homicide, etc.) (Israel et al. 2002). Dans une méta-analyse réalisée par Herbert et Cohen (1993), il a été mis en évidence que le stress est relié à une diminution de certaines fonctions immunitaires et une augmentation de la quantité de globules blancs et une diminution de la quantité d’autres cellules impliquées dans le système immunitaire Ces effets seraient toutefois différents et irréguliers selon le type de stresseur, sa récence et sa durée.

D’autres relations ont été mises en évidence, notamment entre le stress et les stratégies d’adaptation mises en place, celles-ci augmentant en quantité lorsqu’on se sent plus stressé. Certaines stratégies, comme l’évitement seraient toutefois associées à une augmentation du stress. (Dwyer & Cummings, 2001).

D’après plusieurs études (Israel et al., 2002 ; Catabay et al., 2019 ; Racine et al., 2019)Hyman, S. M., Gold, S. N., & Cott, M. A. (2003). Forms of Social Support That Moderate PTSD in Childhood Sexual Abuse Survivors. Journal of Family Violence, 18(5), 295‑300. https://doi.org/10.1023/A:1025117311660 le stress est également associé à un état d’anxiété, à des symptômes dépressifs, voire à des symptômes de stress post-traumatique si le stress est dû à un événement traumatique.

L'effet protecteur du soutien social L’environnement social pouvant atténuer les effets liés aux troubles anxieux et dépressifs, des chercheurs se sont intéressés aux effets du soutien social sur le stress. Des études se sont intéressés à son effet sur des aspects génétiques et environnementaux de ces troubles, dans le cadre de stratégies d’adaptation. Par exemple, des études animales ont permis de montrer que le soutien social permettrait de réduire la libération de cortisol provoquée par le stress Ozbay, F., Johnson, D. C., Dimoulas, E., Morgan, C. A., Charney, D., & Southwick, S. (2007). Social Support and Resilience to Stress. Psychiatry (Edgmont), 4(5), 35‑40.. Des auteurs Riem, M. M. E., Kunst, L. E., Bekker, M. H. J., Fallon, M., & Kupper, N. (2020). Intranasal oxytocin enhances stress-protective effects of social support in women with negative childhood experiences during a virtual Trier Social Stress Test. Psychoneuroendocrinology, 111, 104482. https://doi.org/10.1016/j.psyneuen.2019.104482se sont récemment intéressés à son effet sur l’ocytocine, un neuropeptide supposé à la base d’effets protecteurs face au stress, qui augmenterait l’affiliation sociale, mais dont les effets seraient différents selon le sexe (les femmes plus réceptives au support social dont elles disposent que les hommes, notamment en situation de stress) et les pratiques parentales destinées à inculper de la discipline dans l’enfance. Riem et al. (2019) ont montré qu’en situation de stress, en présence d’un ami l’ocytocine permet de réduire le rythme cardiaque, de stimuler la motivation et de réduire l’anxiété, chez des participantes ayant enduré des expériences négatives dans l’enfance.

Les effets du soutien social sur le stress ont été largement étudiés chez les femmes. Israel et al. (2002) se sont intéressés aux effets de différents types de soutien social chez des femmes exposées à des stresseurs chroniques liés à un salaire bas : le soutien émotionnel (comportements bienveillants permettant à autrui de réguler ses émotions) et instrumental qui consiste à apporter du soutien matériel ou tangible, à rendre service. Si les deux types de soutien avaient un effet prédicteur, c’est le soutien matériel qui permettait le mieux de prédire les conséquences sur la santé. Les effets du soutien social chez les femmes exposées à des stresseurs chroniques ou à des événements traumatisants et sources de PTSD sont largement documentés dans la littérature scientifique. Un autre exemple de résultat permettant de proposer des effets protecteurs du soutien social sur le stress, est l’expérience de Catabay et al. (2019) sur des femmes ayant souffert de violences sexuelles et à risque d’avoir contracté une maladie sexuellement transmissible. Leur étude a montré que le soutien social permettait de réduire le stress perçu par la situation ainsi que les symptômes dépressifs ou de stress post-traumatique, et qu’il avait un effet médiateur sur la résilience, le stress perçu chez les participantes étant moins associé à l’état de santé psychologique. De plus, les résultats indiquent qu'un faible niveau de soutien social avait des effets inverses. Racine et al. (2019) ont récemment eu des résultats prometteurs sur un échantillon de 3388 femmes enceintes ou en période de post-partum (période perturbante à la fois physiologiquement et psychologiquement). Le soutien social par les proches (familles, amis, et surtout du partenaire) permet, d'après leurs résultats, une diminution graduelle, mais différée par rapport au soutien apporté à un moment donné, du niveau de stress. Toutefois une augmentation du stress était associée à une baisse du soutien social accordé de façon différée également.

Le soutien social a également fait ses preuves sur des hommes. Gore (1978)Gore, S. (1978). The Effect of Social Support in Moderating the Health Consequences of Unemployment. Journal of Health and Social Behavior, 19(2), 157‑165. JSTOR. https://doi.org/10.2307/2136531 s’est intéressé aux effets sur la santé dus à la perte d’emploi et a mené une étude longitudinale sur des hommes au chômage. L’absence de support social a été associé à une plus forte et plus instable concentration de cholestérol, à plus de dépression et à d’autres symptômes de maladies en tout genre. L’auteur note également que le milieu (urbain ou rural) dans lequel évoluent les gens a une influence sur le soutien social reçu, le milieu urbain permettant moins de support social que le milieu rural.

Le soutien social est ainsi supposé être un facteur protecteur dans tous les contextes pourvoyeurs de stress, comme le montre l’exemple de Floru et CnockaertCnockaert, J. C. (s. d.). Dr. En Médecine Ancien responsable du laboratoire de psychophysiologie du travail de l’INRS. 16. , qui le préconisent face au burn out ou épuisement émotionnel, qui serait d’ailleurs favorisé par l’absence de soutien social. Elle provoquerait un sentiment d’isolement, menant à une perte de la confiance en soi et à une diminution du sentiment de réalisation personnelle. Dans le contexte professionnel le soutien social se manifesterait par l’apport de confort émotionnel, le partage de valeurs communes et la même perception de la réalité, l’écoute active de la part des collègues de travail, des critiques lorsque le comportement sur le lieu de travail est jugé inadéquat et du support technique. Les auteurs insistent d’ailleurs sur le fait que le soutien apporté par ceux avec qui l’environnement de travail est partagé est plus efficace que le soutien familial face au burn out ou à son vécu, et permet même la satisfaction au travail.

Ces effets du soutien social sont désignés par certains chercheurs en psychologie comme un effet tampon (appelé buffer en anglais), permettant de modérer les effets du stress lorsqu’il est élevé. Les précurseurs de cette théorie serait l’équipe de Nuckolls (1972), suivis par de nombreux autres chercheurs depuis. Hyman et ses collaborateurs (2003) sont arrivés à la même conclusion dans une étude testant les effets du soutien social sur 172 femmes ayant vécu une expérience d’abus sexuels. Leurs résultats suggèrent que l’effet tampon est essentiellement assuré dans ce contexte par deux types de soutien social spécifiques. Le soutien d’estime de soi, qui protégerait face au développement de syndrome de stress post-traumatique, et le soutien face à l’évaluation. Le soutien social faciliterait ainsi l’ajustement des victimes, notamment en influençant l'évaluation cognitive de l'expérience vécue (Tremblay, 1999) et en favorisant le maintien d’une estime de soi positive.