En France, il existe de nombreuses formations au journalisme, dont le foisonnement n'empêche pas de distinguer celles reconnues par l'État, d'autres légitimées par des instances professionnelles, et un grand nombre de formations de moindre qualité.
Parmi elles, 16 cursus en écoles de journalisme sont reconnus par la profession, c'est-à-dire par les patrons de presse et les syndicats de journalistes réunis au sein de la Commission paritaire nationale de l'emploi des journalistes (CPNEJ). Ces écoles se sont réunies au sein de la Conférence des écoles de journalisme (CEJ).
Les écoles dispensant ces cursus de formation au journalisme pratiquent pour la plupart une sélection à l’entrée sur épreuves écrites et orales, ainsi qu'un effectif réduit. Des classes préparatoires à ces formations existent. En revanche, il est à rappeler qu'il n'y a pas d'études-types pour devenir journaliste, qui n'est pas un métier réglementé. Mais la voie royale pour nombre de rédactions reste les écoles reconnues par la profession qui forment moins de 20 % des entrants dans le métier.
Historique
siècle gauche|vignette|200x200px|Diplôme de l'École supérieure de journalisme de l'École des hautes études sociales, alors située rue de Rennes, et datant de 1957. L'enseignement du journalisme apparaît en France à la fin du , à Paris, quand s'organise la création d'écoles libres en sciences sociales, distinctes de l'université. La romancière Dick May et le sociologue Théophile Funck-Brentano fondent le Collège libre des sciences sociales en février 1894"Dick May et la création de la première école de journalisme en France : le désir de régénérer la société par la science sociale et la presse" . Alors qu'elle est la première à proposer la création d'une section d'enseignement de journalisme au sein du Collège, Dick May prend ses distances et souhaite créer une « université du quatrième pouvoir ». Elle fonde ainsi sa propre institution en 1899 : l'École des hautes études sociales. Dès sa création, l'établissement compte trois sections, dont la section École de journalisme, qui rencontre un succès immédiat. Elle deviendra par la suite l'École supérieure de journalisme de l'École des hautes études sociales, puis l'École supérieure de journalisme de Paris lors de sa prise d'indépendance en 1986, revendiquant ainsi le titre de doyenne mondiale des écoles de journalisme. vignette|210x210px|L'École de journalisme de l'Université catholique de Lille était située au 1er étage de l'Hôtel académique, jusqu'à son déménagement en 1981. Le , l'université catholique de Lille et son docteur en droit public Paul Verschave créent une section de journalisme au sein des facultés, dont le projet porté par l'épiscopat, est de former les futurs journalistes de la presse catholique, en trois ans. La création de l'école s'inscrit dans un mouvement plus général de « renaissance littéraire catholique » visant à mobiliser une « armée catholique de la plume ». Elle se tournera finalement vers la formation de journalistes pour la presse locale, dont le rôle, selon Ivan Chupin, apparaît comme « central pour la diffusion de la propagande politique de l’Église » face à la crainte d'une « offensive laïque ». Elle devient « l'École de journalisme de l'université catholique de Lille » en 1928, puis l'École supérieure de journalisme de Lille en 1934, soit dix ans après sa fondation.
En 1929, le Syndicat national des journalistes (SNJ) crée le Centre d’études journalistiques, en association cette fois-ci avec le Collège libre des sciences sociales.
Le 5 juillet 1937, la faculté de droit de l’université de Paris crée l'Institut des sciences de la presse. Il doit cependant suspendre ses activités à cause de la guerre dès 1939. Il est relancé en 1945 en tant que Centre d’étude scientifique de la presse, grâce à l'action du haut fonctionnaire et spécialiste du droit de la presse, Fernand Terrou. Il ferme de nouveau deux ans plus tard, mais renaît le 4 avril 1951 en tant qu'Institut français de presse (IFP). Il s'agit d'une association loi de 1901, alors associée à l'Institut d’études politiques de Paris et l'UNESCO. Logé à l'IEP, il est rattaché à l'université de Paris jusqu'à son éclatement en 1969, rejoignant l'université Paris-II Panthéon-Assas nouvellement créée.
À la Libération, deux membres du groupe de résistance « Défense de la France », Philippe Viannay et Jacques Richet., fondent le Centre de formation des journalistes (CFJ) le .. Il faut ensuite attendre près de douze ans avant de voir apparaître une nouvelle école de journalisme de France, avec la création du Centre universitaire d'enseignement du journalisme (CUEJ) par l'université de Strasbourg en 1958Les treize écoles, sur le site de la Convention collective nationale de travail des journalistes : www.snj.fr. Consulté le 2 février 2013.. Sa formation est reconnue par la profession en 1968.
En 1967, la première formation au journalisme dispensée dans un institut universitaire de technologie et de niveau bac +2 voit le jour au sein de l'université Bordeaux-III, sous l'impulsion du sociologue et journaliste Robert Escarpit. Le DUT est reconnu par la profession en 1975. En 2007, le département de journalisme de l'IUT devient l'Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA) et remplace son DUT par un master professionnel (ex-DESS)..
En 1978, l'Institut pratique du journalisme (IPJ) créé par l'historien Pierre Miquel et Jean AugonnetJean Augonnet (1949-2016) dirige ensuite l'Institut français de journalisme: Who's who: biographie de Jean Augonnet. vient compléter le cercle des écoles de journalisme privées, et s'installe dans le quartier parisien historique de la presse française, dans les anciennes salles d'expédition de l'hebdomadaire l'Illustration. Elle ne sera reconnue par la profession qu'en 1991. Elle devient l'IPJ Dauphine lors de son intégration par décret à l'université Paris-Dauphine en 2011Décret n° 2011-1128 du 19 septembre 2011 portant intégration de l'Institut pratique du journalisme à l'université de technologie en sciences des organisations et de la décision de Paris-Dauphine..
L'année suivante, en 1979, le CELSA, grande école rattachée à l'université Paris-IV Sorbonne et située à Neuilly-sur-Seine, crée une école de journalisme en son sein « Le CELSA : 50 ans de communication », sur le site officiel du CELSA. Elle est reconnue par la profession dès 1981« La vraie cote des diplômes 2007 », Le Nouvel Observateur, . La même année, l'Institut universitaire de technologie de Tours crée également son DUT de journalisme. En 2018, le DUT est remplacé par un master, le département de journalisme devenant l'École publique de journalisme de Tours.
En 1981, l'université de la Méditerranée Aix-Marseille crée le Centre transméditerranéen de la communication (CTMC), sous l'impulsion de Lucienne Cornu, reconnu par la profession en 1985 et plusieurs fois renommé : École de journalisme et de communication de Marseille (EJCM) en 1989, puis l'École de journalisme et de communication d'Aix-Marseille (EJCAM) en 2012.
Le 12 mai 1998, la principale école de journalisme de France, le CFJ ainsi que sa maison-mère le CFPJ, annoncent déposer le bilan et se placer en redressement judiciaire, seulement quelques mois après les difficultés financières de l'ESJ de Lille. Le CFPJ avait déjà tenté d'approcher l'État pour obtenir des financements, en vain, se confrontant également au refus des écoles de journalisme publiques d'un éventuel financement public du CFPJ. Selon le sociologue Ivan Chupin, la faillite économique de cette prestigieuse école parisienne constitue « une recomposition majeure de l'espace des écoles de journalisme en France ».
En réaction, les écoles de journalisme publiques s'unissent. Le 22 octobre, cinq écoles rattachées à des universités et sous tutelle du ministère de l'Éducation nationale se réunissent à l'occasion des quarante ans du CUEJ de Strasbourg au sein d'une association : le Conseil des écoles publiques de journalisme (CEPJ). L'association est domiciliée au siège du CELSA à Neuilly-sur-Seine, rattachée à l'université Paris-IV Sorbonne et dont le premier président est Alain Chanel, directeur du CUEJ.
En 1999, le CFJ et le CFPJ sont repris par une association composée d'anciens élèves de l'école, associant des patrons de médias et des groupes de communication, dont Pierre Lescure (président-directeur général de Canal+), Franz-Olivier Giesbert (alors patron du Figaro) ou encore Bernard Pivot, que le sociologue Ivan Chupin appellent « journalistes-managers ». Il décrit un abandon du « cadre paritaire » qui régissait le CFJ depuis sa création en 1946.
siècle En 2003, le CFJ et le CFPJ, peinant à se restructurer, se déclarent de nouveau en cessation de paiement. Un acteur extérieur au monde journalistique reprend l'école, la positionnant aux « avant-postes des transformations qui ont affecté la plupart des médias » à partir des années 2010, selon le chercheur Ivan Chupin. Il décrit un glissement vers un modèle de « business school de journalisme », qui n'est pas forcément suivi par les autres écoles de journalisme privées, préférant une « intégration renforcée » à des grandes écoles publiques : l'IPJ avec Dauphine ou l'ESJ de Lille avec l'Institut d'études politiques de Lille.
Dans les années 2010, puis 2020, les partenariats public-privé (PPP) mis en place entre les écoles de journalisme privées et le monde universitaire s'intensifient : l'ESJ Lille rejoint l'université de Lille, tandis que le CFJ – et son École W – rejoignent l'université Paris-Panthéon-Assas en 2022..
Accès et concours
Des concours « très sélectifs » et « hyper-compétitifs » Les écoles reconnues par la profession mettent chacune en place un concours d'entrée très sélectif.
S'il n'y a pas de concours commun, la plateforme commune de candidature ConcoursJournalisme.fr de la Conférence des écoles de journalisme (CEJ) réunit les concours de cinq écoles : l'IPJ, l'EJCAM, le CUEJ, l'EPJT ainsi que du CELSA. Chaque candidat doit postuler séparément à chaque concours, au sein de la plateforme.
Il existe 16 grandes écoles sur concours, toutes reconnues par l'État et le ministère de l'Enseignement supérieur, ainsi que leur diplôme enregistré au RNCP.
Parmi elles, elles recrutent leurs étudiants au niveau :
bac+3 pour douze d'entre-elles, soit après trois années d'études supérieures ; bac+2 pour l'École de journalisme de Toulouse ; baccalauréat pour deux d'entre-elles et sur Parcoursup : l'IUT de Lannion et l'École de journalisme de Cannes, rattachée à l'IUT de Nice ;
Une voie royale parfois jugée « excluante » pour les étudiants les plus modestes et n'étant que peu représentative de la « diversité de la population française ». Selon Ivan Chupin et Aude Soubiron, chercheurs au CNRS (IRISSO, UMR 7170), les écoles reconnues sont régulièrement critiquées pour leur élitisme social et l'inéquité de leur recrutement. Les écoles de journalisme reconnues concentrent ainsi une proportion très importante d'étudiants « issus de milieux privilégiés » selon une enquête menée en 2008 par les sociologues Géraud Lafarge et Dominique Marchetti.
. La plupart des écoles reconnues ont en revanche supprimé les épreuves écrites de leur concours, pour les remplacer par une phase d'admissibilité sur dossier. Si la plupart des écoles reconnues sont accessibles après une licence ou équivalent (bac +3), les écoles de journalisme de Cannes et de Lannion dispensent une formation, un BUT, accessible directement sur Parcoursup après le baccalauréat.
Les concours aux écoles reconnues sont coûteux : ils peuvent s'élever à près de 300 euros. Depuis la pandémie de Covid-19, ils se déroulent principalement à distance, ce qui permet de supprimer les coûts liés aux déplacements des candidats.
En dehors de ces écoles reconnues, il existe des formations universitaires ou privées qui recrutent généralement sur dossier avec, pour certaines, un entretien de motivation.
Préparation aux concours