Le Décalogue () est une série de dix téléfilms psychologiques de 1988 réalisés par Krzysztof Kieślowski, d'après le scénario qu'il a écrit avec Krzysztof Piesiewicz, et produits par Telewizja Polska et Zespół Filmowy « Tor ». Le premier épisode à être diffusé est , le ; les films suivants de la série sont diffusés entre le et le . Deux des téléfilms du Décalogue sont sortis en version longue au cinéma sous les titres Tu ne tueras point et Brève histoire d'amour en 1988.
La série de Kieślowski et Piesiewicz se réfère thématiquement aux Dix commandements de la Bible. Presque tous les films inclus dans Le Décalogue, qui se déroulent en Pologne durant les , sont liés par la figure d'un homme mystérieux interprété par Artur Barciś. Le personnage de Barciś observe les transgressions des personnages principaux, qui violent le tabou moral établi par Le Décalogue et font face aux conséquences éthiques de leurs actions.
Le Décalogue constitue l'une des œuvres cinématographiques les plus importantes de la carrière de Kieślowski et Piesiewicz, apportant au premier une certaine notoriété en Europe de l'Ouest ; à la Mostra de Venise, la série reçoit le prix FIPRESCI. Le Décalogue figure également sur la liste vaticane de films importants pour sa valeur morale.
Production Conception et écriture vignette|alt=Un homme aux cheveux gris en costume avec une cravate regardant vers la gauche.|Krzysztof Piesiewicz, ici en 2005, coscénariste du Décalogue. L'avocat Krzysztof Piesiewicz, qui a déjà travaillé avec le réalisateur Krzysztof Kieślowski sur le film Sans fin, a l'idée du Décalogue en 1984. Kieślowski est d'abord sceptique mais l'accueil hostile réservé à Sans fin convainc le réalisateur d'accepter la proposition de Piesiewicz. Dans une interview accordée à Mikołaj Jazdon des années plus tard, Piesiewicz justifie son initiative comme suit : .
La fascination de Piesiewicz pour les thèmes religieux découle de son intérêt pour le personnalisme chrétien. En tant que néophyte, Piesiewicz renouvelle son intérêt pour le Sermon sur la montagne, feuillette les livres de Simone Weil et rencontre son traducteur Andrzej Wielowieyski. Il se refamiliarise également avec l'Ancien et le Nouveau Testament. Finalement, Kieślowski et Piesiewicz se mettent d'accord pour tourner dix histoires, qui font en quelque sorte référence aux dix commandements judéo-chrétiens. Kieślowski a raconté qu'avec le temps, il a développé une motivation particulière pour laquelle il a décidé de réaliser Le Décalogue : .
Au départ, Kieślowski prévoit seulement d'écrire le scénario avec Piesiewicz, qu'ils remettraient à dix réalisateurs débutants. Dès le début du projet, Kieślowski et Piesiewicz décident que l'action du Décalogue se déroulerait dans un lotissement de Varsovie. Les deux hommes travaillent sur le scénario dans l'appartement de Piesiewicz, rue Klaudyny, l'avocat suggérant au réalisateur des idées tirées de la pratique judiciaire, d'anecdotes, de fantaisies ou même de ses propres souvenirs d'enfance. L'écriture du scénario dure plus d'un an, après quoi les textes de dix épisodes sont envoyés à Telewizja Polska à l'automne 1986. Le scénario est accueilli très positivement par les consultants de TVP, parmi lesquels Andrzej Kołodyński écrit : .
L'un des motifs les plus célèbres du Décalogue est créé pendant le travail du script. Selon Kieślowski, c'est de Witold Zalewski, le directeur de production, que vient l'idée : . Kieślowski décide alors que la série a besoin de ce personnage, mystérieux, que peu de gens remarquent.
Les dix téléfilms sont initialement simplement numérotés de un à dix sans autre titre. L'association avec l'énoncé des commandements n'est explicitée qu'après les nombreuses interrogations des journalistes lors de la projection à la Mostra de Venise en 1989.. L'énoncé de chaque commandement n'apparaît pas dans le générique. Ils sont toutefois placés en exergue dans l'édition DVD pour éviter des erreurs d'attribution, en partant d'interprétations, de la part des spectateurs.
Réalisation vignette|redresse|alt=Photo en noir et blanc d'un homme avec de grandes lunettes fumant une cigarette.|Krzysztof Kieślowski, ici en 1994, réalisateur et coscénariste du Décalogue. En , le président de la télévision polonaise, Janusz Roszkowski, chef du comité de la radio et de la télévision, accepte de financer Le Décalogue. Cependant, il explique aux auteurs du scénario que la chaîne de télévision, appauvrie, ne peut fournir de l'argent que pour huit films au lieu des dix prévus. La production est confiée au studio Tor, dont le directeur artistique est Krzysztof Zanussi. Afin de financer Le Décalogue, Zanussi a l'idée de tourner les premiers épisodes en double version : une version TV et une version cinéma. Les versions cinéma devaient être distribuées à l'étranger et attirer les investisseurs occidentaux. Toutefois, pour être réalisée, l'idée de Zanussi doit être approuvée par le Comité de la cinématographie. Grâce à la médiation d'Irena Strzałkowska, le comité contribue à financer deux versions cinématographiques de la série : Tu ne tueras point et Brève histoire d'amour. En même temps, Kieślowski décide de réaliser lui-même toutes les parties du Décalogue, confiant cependant le tournage à différents directeurs de la photographie.
La réalisation du projet se complique lorsque les directeurs de la photographie et les assistants potentiels refusent initialement de travailler avec Kieślowski. Par exemple, pour tourner Tu ne tueras point, le réalisateur parvient à convaincre Sławomir Idziak à la seule condition qu'il puisse utiliser un filtre vert fait à la main. Le travail sur l'ensemble de la série se déroule également dans des conditions inconfortables. Kieślowski passe treize à quatorze heures par jour à tourner et à monter Le Décalogue. Entre-temps, le budget de la série s'épuise ; Zanussi doit se rendre en Europe occidentale à la recherche de sponsors, mais d'autres bailleurs de fonds potentiels refusent de financer la série. Ce n'est que lorsque le producteur berlinois Manfred Durmiok de Sender Freies Berlin accepte de mettre des fonds que le travail sur l'ensemble du projet peut être achevé. Le budget estimé pour la série est d'environ cent mille dollars.
Le succès inattendu de la version cinématographique de contribue largement à la diffusion de la série. Tu ne tueras point, admis de justesse dans la compétition principale au Festival de Cannes, scandalise d'abord le public avec sa longue scène de meurtre, mais connaît finalement un grand succès (prix du jury et prix FIPRESCI). Un accueil tout aussi enthousiaste est réservé à Brève histoire d'amour, qui attire l'attention des critiques occidentaux non seulement sur les précédents films de Kieślowski mais aussi sur Le Décalogue.
Bande sonore vignette|alt=Un homme au crâne dégarni et aux petits yeux, souriant en regardant l'objectif.|Zbigniew Preisner, ici en 2011, compositeur de la bande sonore du Décalogue. La bande sonore du Décalogue est composée par Zbigniew Preisner. Elle est enregistrée en au studio Radiowy Dom Sztuki, à Katowice. Les enregistrements sont publiés pour la première fois en 1991 en France sous le nom Les Dix Commandements. Le Décalogue par le label musical Amplitude. En 1992, l'album est publié en Pologne par Kompania Muzyczna Pomaton sous le nom de Dekalog. Muzyka filmowa. La bande sonore est rééditée à plusieurs reprises au Royaume-Uni et en France...
Liste des téléfilms Décalogue
Décalogue vignette|redresse=1.35|alt=Un bâtiment beige avec des colonnes sur plusieurs étages.|L'hôpital , décor principal de ..
Décalogue vignette|redresse=1.35|alt=Petit parc avec une statue et un bâtiment blanc entre deux routes.|La Plac Trzech Krzyży est un lieu important de ..
Décalogue vignette|redresse=1.35|alt=Bâtiment rectangulaire vitré.|L'aéroport de Varsovie-Chopin apparaît brièvement dans Décalogue bien qu'il soit d'une grande importance pour le récit..
Décalogue vignette|redresse=1.35|alt=Tunnel avec, par dessus, une route et des bâtiments.|Dans Décalogue , le personnage de Jacek lance une pierre sur une voiture depuis le sommet d'un tunnel. Ce tunnel se trouve sur la route W-Z empruntée par les protagonistes de Décalogue ..
Décalogue vignette|alt=Femme aux cheveux bruns portant une robe blanche.|Grażyna Szapołowska incarne le rôle de Magda dans Décalogue Brève histoire d'amour.
Décalogue vignette|alt=Femme blonde souriante, de face.|Maja Barełkowska incarne Majka dans Décalogue .
Décalogue vignette|redresse=1.35|alt=Portail d'entrée composé de deux colonnes carrées et d'un grillage.|Zofia donne son cours d'éthique à l'université de Varsovie dans Décalogue ..
Décalogue vignette|alt=Homme chauve à la tête ronde de face portant des lunettes.|Piotr Machalica joue le rôle de Roman dans Décalogue .
Décalogue vignette|redresse=1.35|alt=Timbre rouge comportant un dessin de dirigeable au-dessus de la planète Terre.|Timbre issu de la série Polarfahrt 1931 apparaissant dans Décalogue .
Diffusion En , Le Décalogue est présenté en salles hors compétition à la Mostra de Venise, où il reçoit un accueil très positif ; l'ensemble de la série y reçoit le prix FIPRESCI. Au début de 1990, l'œuvre de Kieślowski et Piesiewicz commence à être distribuée à la télévision française, et, en mars de la même année, elle fait ses débuts dans les salles de cinéma en France. En Pologne, la première diffusion télévisée du Décalogue est suivie par environ de téléspectateurs, et Tadeusz Lubelski rapporte en 1993 que le Décalogue est toujours diffusé dans les cinémas parisiens deux ans et demi plus tard. En 2002, Telewizja Polska a vendu les droits de diffusion de la série à dans . Selon le portail JP's Box-Office, les recettes estimées de la distribution en salle du Décalogue jusqu'en 2000 s'élevent à plus de ., tandis que Box Office Mojo estime les recettes de la diffusion répétée de la série à ..
Réception Réception critique en Pologne Le Décalogue a reçu un accueil houleux de la part des critiques de cinéma polonais ; selon Mirosław Przylipiak, l'acceptation, parfois l'admiration, ont prévalu, les points les plus âprement discutés de l'œuvre étant l'attitude des auteurs vis-à-vis de la religion, la fidélité de la série aux réalités de la Pologne de l'époque et la technique cinématographique.
Le Décalogue et la religion La question la plus débattue parmi les critiques polonais est celle de l'attitude des auteurs de la série vis-à-vis de la religion. Le père Jacek Bolewski considère le Décalogue comme une série profondément enracinée dans les vérités de foi catholiques, bien que plus proche de l'esprit que de la littéralité des dix commandements. Krzysztof Teodor Toeplitz trouve à la série des traits plus protestants. Selon lui, le Décalogue suggère la présence de Dieu comme un législateur dur et cruel de l'Ancien Testament, et non comme le protecteur miséricordieux de l'humanité du Nouveau Testament. Małgorzata Szpakowska propose une approche différente du Décalogue ; elle le définit comme une série suggérant que les commandements sont impossibles à respecter dans la société contemporaine. Parallèlement, Przylipiak perçoit Le Décalogue comme porteur d'un message universel, selon lequel l'homme doit être responsable de ses actes. Tadeusz Szyma partage ce point de vue, soulignant l'originalité et l'illustration bravache des commandements du Décalogue plus proche de la perspective séculière. Hanna Borowska, sur un ton plus agressif à l'égard de Kieślowski, a déclaré que le réalisateur du Décalogue et ne propose aucune solution en matière de morale humaine, qui dans la série semble dépourvue de la présence de Dieu.
Fidélité aux réalités de la Pologne vignette|alt=Grands immeubles gris.|Immeubles d'habitation à Varsovie, dans le quartier d'Ursynów, lieu principal du Décalogue.